• Il était une fois un bûcheron et une bûcheronne qui vivaient dans une petite hutte perdue dans la forêt. Ils n’avaient qu’une fille, nommée, Rosette. Sa mère l’envoyait souvent dans les bois chercher des fleurs et des fraises pour les vendre au marché. Mais, quand la récolte n’était pas assez abondante, la pauvre petite allait se coucher  sans souper.

    Un beau jour, n’ayant rien trouvé dans les breils du voisinage, elle s’enfonça peu à peu dans la forêt et, le soir venu, ne put retrouver son chemin. Après avoir en vain couru de tous côtés, Rosette se laissa tomber en pleurant, sur le bord du sentier. Les loups couraient les bois pendant la nuit, et elle en avait grand peur.

    Le fils du roi, qui revenait de la chasse, vint à passer par là. S’approchant de la fillette en larmes, il vit qu’elle avait de beaux cheveux blonds et les plus beaux yeux du monde. Aussi s’informa-t-il, avec le plus vif intérêt, de la cause de son chagrin.

    - Hélas, mon beau seigneur, voilà des heures que je cours dans cette grande forêt, et je ne peux retrouver mon chemin, répondit la petite, en pleurant de plus belle.
    -
    Cette fille est trop jolie pour la laisser manger au loup, dit-il à l’un de ses écuyers, prenez-là en croupe, je vais la conduire à ma mère qui avisera.

    La reine instruite de l’aventure, ne put se défendre de railler son fils.

    - Tel s’en va courre cerf ramène une biche, lui dit-elle en riant.

    Cependant elle prit soin de la fillette et lui fit donner de bons vêtements, pour remplacer ceux que sa course à travers la forêt avait achevé de mettre en lambeaux.

    Le lendemain venu, elle s’informa de sa famille, mais Rosette ne connaissait ni le nom de ses parents, du  breil où leur cabane était bâtie, aussi malgré leurs recherches, les gens du roi ne purent-ils parvenir à les retrouver.

    La fillette ne s’en affligea guère. Elle avait reçu de ses parents plus de coups que de caresses, et ne pensait point devoir regretter sa vie passée.

    La reine de son côté, cessa bientôt de s’informer de ces bûcherons, qui semblaient avoir quitté le pays sans se préoccuper de leur enfant. Un jour donc, elle fit mander Rosette.

    - Puisqu’on ne peut retrouver  tes parents, dit-elle, je te garderai près de moi, mais il te faudra travailler, car je n’aime pas les paresseux. Sais-tu filer ?
    -
    Certainement, dit la petite toute émue, je sais filer, coudre et tricoter.
    -
    C’est fort bien, dit la reine et elle conduisit Rosette dans une chambre isolée, où se trouvait un rouet et tas de poupées de filasse aussi fine que la soie.
    -
    Voilà ce que tu dois filer, mon enfant, dit-elle. Tu as un mois pour t’acquitter de ta tâche, ce temps écoulé, je viendrai voir si tout est terminé. J’ai moi-même filé la première fusée, tu la prendras pour modèle.
    -
    Cela dit, elle quitta la chambre et ferma la porte, laissant la fillette tout interdite.

    Celle-ci n’avait pas menti en disant savoir filer, mais le gros fil de réparon qu’on faisait chez sa mère ne ressemblait guère au modèle de la reine, qui était aussi fin que les plus fins des cheveux. « Je ne pourris rien d’aussi beau » se dit Rosette.

    Cependant elle voulut essayer, mais vite découragée, elle laissa rouet et quenouille et se mit à pleurer à chaudes larmes

    Le lendemain, sitôt réveillée, la fillette reprit courageusement ses essais, mais sans plus de succès que la veille. Les jours suivants, il en fut de même et le temps passait, passait, et Rosette pleurait, pleurait...

    ‘Hélas ! se disait la petite, encore un mois, encore trois semaines, encore quinze jours et la reine viendra examiner mon travail. Que dira-t-elle, quand elle verra que je ne sais rien faire ? »

    Et ses larmes recommençaient à couler de plus belle.

    Un jour que Rosette était assise, la tête dans ses mains et toujours pleurant, il lui sembla entendre dans la cheminée un bruit étrange.

    Elle leva la tête, effrayée, et aperçut, sortant de l’âtre, une grande vieille femme qui s’avançait de son côté.

    La petite eut peine à retenir un cri d’horreur. La femme traînait après elle une courée, si grande qu’elle dépassait le bas de sa longue jupe.

    - Qu’avez-vous à pleurer, mon enfant ? demanda la vieille d’une voix plus douce qu’on ne l’aurait supposé à sa mine.

    Rosette raconta son aventure, montra la tâche que la reine lui avait donnée et qu’elle était incapable d’exécuter.

    - J’avais trois mois pour filer tout cela, ajoute-t-elle, et il ne me reste plus que huit jours ! Quand sa majesté viendra, elle verra que je ne sais rien faire, me chassera, et je devrais retourner dans la forêt où les loups me mangeront.

    -  Ne pleurez pas ma belle enfant, je vais vous tirer d’embarras et votre tâche sera faite et parfaite avant l’heure, mais j’y mets une condition, vous m’inviterez à vos noces !
    -
    Je ne demande pas mieux, madame, répondit Rosette étonnée, car elle ne songeait guère au mariage. Mais comment ferais-je pour vous inviter ?
    -
    Vous viendrez dans cette même chambre, et vous crierez par trois fois : « La bonne femme à la grande courée, descendez ! »

    Cela dit, elle s’assit devant le rouet et se mit à filer. Sous ses doigts agiles, la filasse se métamorphosait en un fil si fin qu’il faisait penser à celui des araignées.

    Rosette ne se lassait pas d’admirer l’habile fileuse. Toutefois elle avait tant pleuré, et se trouvait si fatiguée, que le chant du rouet finit par l’endormir. Quand elle se réveilla, la bonne femme était sur le point d’achever sa dernière quenouillée.

    La fillette, reconnaissante, remercia l’obligeante vieille qui après, lui avoir rappelé sa promesse, disparut par la cheminée comme elle était venue.

    Rosette, restée seule, rangea avec grand soin les beaux écheveaux de fils et, toute heureuse attendue la venue de la reine.

    Celle-ci arriva à l’heure dite, et demeura émerveillée.

    - En vérité, ma petite, dit-elle, je n’aurais pas pensé qu’une aussi habile fileuse se pût trouver dans la forêt. Jamais je n’ai vu un fil si beau, si fin, et il n’est personne dans mon royaume qui puisse t’égaler. En récompense, je te permets de te reposer trois mois, et de te divertir à ta fantaisie.

    Puis elle emmena la fillette, un peu confuse de tant d’éloges, mais bien joyeuses des longues semaines de plaisir qui lui étaient promises.

    Le temps écoulé, la reine fit mander Rosette et la conduisit dans la même chambre.

    - Avec ton fil, j’ai fait tisser une pièce de toile, dit-elle, et j’y ai coupé, moi-même, des chemises pour mon fils ; Je veux qu’elles soient cousues à la perfection, et semblables au modèle que voici ; Dans trois moi, je reviendrai !

    La reine partie, Rosette examina son travail. Des chemises en toile, fine comme de la fine batiste, et qu’il fallait orner de points de plis, de jours. Jamais la pauvre enfant n’avait rien vu ni rêvé de pareil. Cela ressemblait si peu aux grossières coutures exécutées chez sa mère qu’elle n’osa même pas tenter un essai et se mit, comme la première fois, à pleurer à chaudes larmes.

    Et, cependant, les jours passaient après les semaines... Encore cinq jours, et la reine arriverait. La pauvre petite se désespérait, quand tout à coup, elle entendit un bruit étrange, et vit sortir de la cheminée une grande femme, encore plus grande que la première.

    Celle-ci n’avait point de courée dépassant de sa jupe, mais elle avait un doigt horrible, un doigt gros comme le poignet d’un enfant, et si lourd qu’elle devait le soutenir de l’autre main.

    - Qu’avez-vous donc à pleurer ma mignonne, demanda-t-elle, en s’approchant de Rosette.

    La fillette lui montra le tas de chemises préparées.

    - Voilà bientôt trois mois que la reine m’a donné ce travail. Dans cinq jours elle viendra l’examiner. Voyant que je ne sais rien faire, elle me chassera, et je serai obligée de retourner dans la forêt où je mourrai de faim.
    -
    Séchez vos pleurs, ma belle enfant, dit la vieille, je me charge de vous tirer d’embarras, et vous promets que votre travail sera achevé et parachevé à l’heure, mais, en récompense, vous m’inviterez à vos noces.
    -
    Bien volontiers, madame, dit Rosette en souriant de cette fantaisie, mais comment ferai-je pour vous inviter ?
    -
    Vous viendrez dans cette même chambre, et vous crierez par trois fois : »La bonne femme au gros doigt, descendez ! »

    En parlant ainsi, la vieille avait pris dans sa poche un dé aussi grand qu’un gobelet d’enfant, et s’était mise à l’ouvrage, sans plus tarder. C’était plaisir vraiment de la voir travailler, car elle cousait à merveille, et avec une telle rapidité que Rosette suffisait à peine à enfiler les aiguilles. Bientôt tout fut terminé et la bonne femme disparut comme elle était venue.

    La reine, qui avait hâte de voir les travaux de sa protégée, arriva à l’heure dite.

    - En vérité, ma petite, dit-elle, après avoir tout examiné, je ne sais pas, dans tout le royaume, une ouvrière qui te soit comparable. Tout est cousu, plissé, ajouré à miracle, et j’entends que tu prennes encore trois bons mois de repos, tu les as bien mérités.

    Cette fois, la reine ne laissa pas seulement à Rosette la liberté de courir dans le parc, à sa guise, elle la fit assister aux ballets et aux concerts, et la fillette qui jusque-là, n’avait entendu que ke chant des oiseaux des bois, se croyait transportée au paradis.

    Les trois mois écoulés, la reine fit encore mander Rosette.

    - Voici, ma petite, une pièce de mousseline que nous envoie le sultan des Indes. J’en veux faire la robe de noce de ma bru, et comme pour être digne d’une princesse, cette robe doit être richement brodée, c’est toi que je charge de ce soin. Voici un carton rempli de dessins de toutes sortes. Tu choisiras et disposeras à ton gré ceux qui te paraitront les plus jolis. Dans trois mois je reviendrai voir ton travail.

    Rosette avait été sur le point de dire à la reine qu’elle ne savait pas broder. Elle se ravisa en pensant aux obligeantes bonnes femmes qui l’avaient bien tirée d’embarras, et ne s’inquiéta pas tout d’abord, mais le temps s’avança et personne ne venait. Bientôt il ne lui resta plus que trois jours pour exécuter le travail, quand une grande femme se dressa, tout à coup devant elle.

    Cette femme était horrible à voir. Elle avait des yeux énormes à moitié sortis de l’orbite, et rappelant les yeux des écrevisses.

    Rosette, réprimant un mouvement d’effroi, répondit de son mieux aux questions de la bonne femme qui s’informait du motif de son chagrin. Elle lui montra la mousseline qu’on lui avait donnée à broder, les dessins qu’elle y devait  disposer et ajouta :

    - Voilà bien près de trois mois que la reine m’a confié ce travail, dans trois jours elle viendra. Voyant que je n’ai rien su faire, elle me chassera et je ne saurai que devenir.
    -
    Ne pleurez pas ma toute belle, dit la bonne femme, je me charge de broder à votre place, et croyez que s Majesté ne s’en plaindra pas. Mais en revanche, vous m’inviterez à vos noces.
    -
    Bien volontiers, madame, répondit Rosette, qui ne s’expliquait pas quel plaisir de si puissantes personnes pourraient prendre à ses noces. Mais comment ferai-je pour vous inviter ?
    -
    Vous viendrez dans cette chambre, et vous crierez par trois fois : « La bonne femme aux gros yeux, descendez ! »

    Et aussitôt la vielle de se mettre à l’ouvrage. Elle allait si vite, sur Rosette redouta un instant de voir la belle mousseline du sultan des Indes gâtée, mais la brodeuse savait son métier et à la fin du troisième jour, la robe était achevée. La fillette la remercia avec effusion, et l’habile ouvrière disparut par la cheminée, comme elle était venue.

    Il était temps. Quelques minutes s’étaient à peine écoulées que la reine arrivait. Elle s’approcha de la table où était étendue la mousseline, et poussa un cri d’admiration. Des guirlandes de fleurs couraient tout le long de la robe, laquelle était semée, comme au hasard, de bouquets, d’oiseaux et de papillons et cette merveilleuse broderie était rehaussée de point de dentelle, plus beaux encore que ceux des Flandres.

    Toute la cour fut invitée à contempler ce chef-d’œuvre, et la reine voulut même le faire voir à son fils, qui se souciait assez peu de broderie, mais ne laissa pas de remarquer que la petite fille trouvée dans la forêt avait singulièrement grandie, et que ses beaux cheveux d’or et ses yeux de saphir n’avaient pas leurs pareils dans le royaume.

    Sa mère lui donna d’ailleurs tout le loisir de les admirer car, pour mieux la récompenser, elle garda près d’elle, pendant trois mois de repos la brodeuses aux doigts de fée, qu’un séjour prolongé à la cour avait métamorphosée, et dans laquelle personne n’eût pu reconnaître la fillette en haillons que la reine avait recueillie par pitié.

    Le prince la regardait avec un certain intérêt. Rosette, de son côté n’osait pas trop lever les yeux sur lui, mais elle y pensait sans cesse.

    Les trois mois furent vite passés, et ce fut avec un gros soupir que, le moment venu, la pauvre enfant suivit la reine dans la chambre où elle devait travailler isolée pendant trois mois.

    Sa majesté lui montra une corbeille remplie de pelotes de soies de toutes couleurs.

    - Voilà, dit-elle, de quoi faire des bas à jours pour le trousseau de mon fils. Vous travaillerez, je l’espère, encore mieux pour lui que pour sa future épouse.

    Et la reine s’éloigna, après lui avoir dit qu’elle reviendrait dans trois mois comme de coutume.

    Rosette avait appris à compter sur l’aide de ses bonnes femmes, et se préoccupait d’abord fort peu de la tâche donnée, mais, la dernière semaine arrivée, elle se sentit inquiète, car personne cette fois ne venait à son secours. Tapie dans un coin de la grande cheminée, elle se lamentait sans cesse.

    « La reine se disait-elle, va tout deviner. Elle ne me pardonnera pas de l’avoir trompée et me chassera du palais. Alors je ne pourrai plus voir le beau prince et n’aurai plus qu’à mourir. »

    Tandis qu’elle s’abandonnait à ses tristes pensées, il lui sembla entendre un léger bruit. Tout à coup les carreaux qui garnissaient le sol de la chambre s’écartèrent brusquement et d’entre eux surgit un petit bonhomme. Ce petit bonhomme de quatre pieds de haut, tout au plus, était étrange à voir. Il sautait et dansait sans cesse, en tournant autour de Rosette, et répétait en cadence :

    - Qu’avez-vous ma petite à pleurer ?

    Et elle, tout interdite, ne trouva rien à dire.

    - Hélas, monseigneur, répondit-elle enfin, je suis bien malheureuse. Je dois employer toutes ces soirées à tricoter des bas pour le trousseau du prince. Demain à pareille heure la reine viendra, et quand elle verra que je n’ai rien sur faire, elle me chassera.
    -
    Et, en parlant ainsi, la pauvre fille ne pouvait retenir ses larmes.

    Pendant cette explication, le petit bonhomme avait cessé de sauter et danser. Quand Rosette eut fini, il reprit, dansant toujours :

    - Ne pleurez-plus ma p’tite, j’vais vous les tricoter, j’vais vous les tricoter, j’vais vous les tricoter, mais vous m’inviterez à vos noces, à vos noce, à vos noces.

    La jeune fille, comme on le pense bien, accepta de grand cœur. Le petit bonhomme, saisissant la soie et les aiguilles, se mit, toujours en dansant, à travailler avec une telle rapidité qu’il suffisait de le voir pour être étourdi. Ses jambes remuaient presque aussi vite que ses doigts. Il tricota ainsi, toute la journée et la nuit suivante, sans prendre un instant de repos, et il allait si vite en besogne qu’au matin tout était presque terminé.

    Il achevait dernier bas, quand on entendit du bruit dans le corridor. C’était la reine qui arrivait avec son cortège habituel. Avant de disparaître, le petit bonhomme dit à Rosette :

    - Le jour de vos noces, il faudra venir dans cette chambre et crier par trois fois : « P’tit bonhomme Rigagol, montez ! »

    Et, prompt comme l’éclair, il se précipita entre les carreaux qui s’écartèrent pour lui livrer passage.

    Au même instant, la porte s’ouvrait devant la reine qui, sans perdre une minute alla examiner les bas rangés sur la table.

    - Vraiment, dit-elle, je n’ai jamais rien vu d’aussi parfait, et je prétends m’y connaître. Il n’est pas de fée plus habile que toi, ma petite, et en récompense, tu assisteras aux noces de mon fils qui ne sauraient beaucoup tarder. En attendant, tu te reposeras près de moi, comme de coutume.

    La reine était si émerveillée des jours et des reliefs qui ornaient les bas de soie qu’elle les voulait faire admirer à tout le monde.

     Son fils se récusa. En  revanche, il admira sans y  être invité, la beauté toujours croissante de Rosette, et en fut si charmé qu’il déclara à ses parents de point vouloir d’autre femme.

    La reine se montra contrariée d’un tel choix. Un fils de roi devait, à son avis, épouser, tout au moins, une princesse de sang royal, et non une enfant trouvée, fût-elle cent fois plus belle que le jour. Mais le roi était veux et faible et ne voyait que par les yeux de son fils. Il se souvint, fort à propos, qu’au temps passé les rois épousaient des bergères et ne s’en trouvaient pas plus mal.

    Il donna donc son consentement et la reine dut en faire autant. La petite Rosette pensait rêver. Elle se souvenait de son humble enfance dans la forêt, du beau prince qui l’avait sauvée et, quand elle songeait qu’elle allait devenir sa femme, elle ne pouvait croire à son bonheur.

    Elle failli même, dans sa joie, oublier ses promesses, et il fallait que la reine lui demandât si elle n’avait pas quelque parent ou ami à prier à ses noces pour qu’elle s’en avisât.

    Le jour venu, Rosette se rendit de grand matin dans la chambre où elle avait versé tant de larmes et, s’approchant de la cheminée, elle cria par trois fois : « La bonne femme à la grande courée, descendez ! » Puis elle appela successivement la bonne femme aux gros yeux et la bonne femme au gros doigt. Elle n’avait pas achevé que les trois bonnes femmes sortaient de la cheminée, vêtues de toilettes superbes, mais comme on voyait plus à la cour depuis des années.

    La jeune fille les salua respectueusement et e préparait à sortir avec elles, quand  se ravisant tout à coup, elle revint au milieu de la chambre et dit par trois fois, petit bonhomme Rigagol, montez !

    Au même instant les pavés s’écartèrent et le petit bonhomme apparu, vêtu d’un habit di dernier galant, suivant la mode du feu roi, et toujours dansant, mais l’air sombre et irrité. Il s’approcha de la jeune fiancée et lui dit d’une voix rude :

    - Il était temps !

    Rosette s’excusa de l’avoir appelé si tard et alla présenter ses invités au roi et à la reine qui les regardèrent avec surprise, mais n’en laissèrent rien paraître.

    On se rendit à la chapelle où le mariage fut célébré en grande pompe, puis dans la salle d’honneur où l’on avait préparé un superbe festin qui devait être suivi d’un bal. Le prince ne pouvait détacher ses yeux des mais de sa femme, dont l’étrange aspect intriguait au-delà de toute limite. Enfin n’y tenant plus, il s’approcha de la première bonne femme et, d’un air courtois :

    - Pourrais-je vous demander, madame, pourquoi vous traîner après vous une pareille courée ?
    -
    Ah monseigneur, soupira la vieille, c’est que j’ai trop filé !
    -
    Ciel, murmura le prince effrayé, ma femme ne filera donc jamais !

    Et se retournant vers la seconde bonne femme dont le doigt chargé de superbes bagues paraissait encore plus énorme :

    - Pourrais-je vous demander, madame, pourquoi vous avez un si gros doigt ?
    -
    Ah, monseigneur soupira la vieille, c’est que j’ai trop cousu !
    -
    Morbleu ! murmura le prince, ma femme ne coudra donc jamais !

    Et s’adressant à la troisième bonne femme, dont les yeux sortaient de plus en plus.

    - Pourrais-je vous demander, madame, pourquoi vos yeux sont ainsi faits ?
    -
    Hélas, monseigneur, soupira à son tour la vieille, c’est que j’ai trop brodé.
    -
    Ah, pardieu, ma femme ne brodera jamais !

    Le prince se dirigea ensuite vers le bonhomme Rigagol qui dans la salle du festin, aussi bien que dans l’église, n’avait cessé  de se trémousser, de sauter de gigoter :

    - Pourriez-vous me dire, fit-il, pourquoi vous remuez et dansez ainsi sans repos, ni trêve ?
    -
    C’est que j’ai trop tricoté, trop  tricoté, trop tricoté, répondit le petit bonhomme en s’agitant de plus belle, et en tournant autour du prince qui s’écria agacé :
    -
    Ah, je le jure, ma femme ne tricotera jamais.

    Rosette avait tout entendu et, comme elle tremblait de voir la reine découvrir quelque jours sa supercherie, elle se sentit délivrée d’un gros souci.

    Sa belle-mère pensa tout autrement.

    «  À quoi songe donc mon fils ? se disait-elle. Condamner à l’inaction de pareils doigts de fée !  A-t-il oublié aussi que :

    Souvent femme inoccupée
        En devient mal avisée

     Néanmoins, elle s’abstint de toute observation.

    L’heure s’avançait et les courtisans se retiraient peu à peu, quand le petit bonhomme Rigagol s’approcha de la nouvelle mariée qui se tenait un peu à l’écart :

    - Je ne vous dis pas adieu madame, car nous nous reverrons. Dans un an vous aurez un fils et, le jour même de sa naissance, je viendrai vous rendre visite. Mais ajouta-t-il d’un air menaçant, tachez d’avoir meilleure mémoire qu’aujourd’hui, car si vous avez oublié mon nom, vous m’appartiendrez pour toujours vous et votre enfant !

    Puis il disparut, laissant la pauvre femme toute interdite.

    Son émotion fut courte. Rigagol lui semblait un nom  si facile à retenir qu’elle ne saurait l’oublier. La princesse ne songea dons plus qu’à jouir de son bonheur et des brillantes fêtes qu’on donnait à l’occasion de son mariage.

    Au bout de quelques mois, elle devint grosse, comme l’avait annoncé Rigagol. Le roi et toute la cour se réjouirent comme de juste, mais le prince s’aperçut alors que sa femme avait perdu sa gaieté et son entrain. Ni concerts, ni ballets, ni comédies ne paraissaient plus l’intéresser.  Plongée dans une rêverie dont elle sortait à grand ’peine, Rosette restait des heures sans parler et se refusait de donner le motif de sa tristesse... Elle avait oublié le nom du bonhomme, mais elle se souvenait de sa terrible menace, aussi chaque jour qui passait augmentait-il son effroi. Le prince était désolé. Il eût donné la  moitié du royaume de son père pur que sa femme retrouvât sa gaieté d’autrefois, mais tout ce qu’il tentait pour y parvenir demeurait inutile.

    Un jour qu’il était allé se promener dans la forêt et chevauchait distraitement, en cherchant la cause de cette inexplicable tristesse, son attention fut attirée par un petit bonhomme, de trois à quatre pieds de haut et qui dansait sans s’arrêter un instant, et chantait d’une voix perçante : « Ah ! Si Madame savait que je m’appelle Rigagol, Ah ! Qu’elle rirait ! Ah ! Qu’elle rirait ! »

    Le prince haussa les épaules et continua son chemin.

    Rentré au palais, il se rendit près de sa femme qui sortit de sa rêverie pour lui demander distraitement s’il avait fait une bonne promenade.

    - Pas très gaie, puisque j’étais loin de vous, répondit galamment le prince, puis se ravisant, mais j’ai fait une bizarre rencontre, celle d’un étrange petit bonhomme qui sautait et dans sait devant moi, en chantant une chanson qui, disait-il vous sût bien fait rire si vous l’aviez entendue.

    - Une chanson me faire rire ? dit la princesse en secouant la tête d’un air incrédule.

    - Eh oui ! il répétait sur tous les tons : « Ah ! si Madame savait que je m’appelle Rigagol, ah ! qu’elle rirait ! Ah !.... »

    Le prince n’acheva pas. À peine avait-il prononcé le nom de Rigagol que Rosette partit d’un éclat de rire qui fit retentir tous les échos du palais et causa à son mari autant de surprise que de joie.

    Le moment venu, la princesse accoucha d’un beau garçon qui fut baptisé en grande pompe, ainsi qu’il convient à un futur monarque. Pendant la cérémonie, à laquelle toute la cour assistait, la jeune mère, restée seule dans sa chambre, vit tout à coup paraître le bonhomme Rigagol.

    - Voyons, dit-il d’un air narquois, si vous avez gardé souvenir de moi. Vous avez trois fois à me répondre, mais malheur à vous si vous vous trompez à la troisième ! Comment m’appelle-t-on ?

    - On vous appelle ... cigale, répondit malicieusement Rosette.
    -
    J’aurai Madame, s’écria le petit bonhomme en se frottant les mains. Une deuxième fois comment m’appelle-t-on ?
    -
    Vous vous appelez ... Rigole.
    -
    J’aurai Madame, répéta le petit bonhomme, toujours en se frottant les mains. Une dernière fois, comment m’appelle-t-on ?
    -
    On vous appelle... Rigagol !

    - Je n’aurai pas Madame, hurla le petit bonhomme Rigagol, furieux ....

    Et dans sa rage, à défaut de Rosette et de son fils, il emporta en se sauvant le pignon du château, mais de cet accident nul ne prit souci. Le pignon fut rebâti plus beau qu’avant, et tout fut dit. Rosette était désormais guérie de sa tristesse, aussi le prince et elle vécurent-ils très heureux et eurent beaucoup d’enfant pour se conformer aux bonnes traditions du temps jadis

                                                                   A.D Roazoun,
                                                                                                                                                           Contes de grand’mères,
                                                                                                                                                           Contes de Bretagne et du pays Gallo

     

                                                                © Le Vaillant Martial 

     

     

     


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  • La Bûche d’or

    Trois frères, orphelins, vivaient ensemble dans une hutte faite de mottes de gazon et de branches entrelacées, au milieu de la forêt de Brocéliande.

    Ils n’avaient d’autres ressources que leur métier de charbonnier ; aussi travaillaient-ils jour et nuit pour subvenir au besoin de leur existence.

    Un soir, après avoir terminé une fournée de charbon, Jean, l’aîné, dit aux deux autres :

    - Frères, maintenant que la besogne est à peu près achevée, et qu’il n’y a plus qu’à surveiller le feu, je vous laisse pour aller danser à la noce de Jérôme Chouan, qui a lieu cette nuit au bourg de Paimpont.

    - Va, répondirent Jacques et François.

    Il se rendit aussitôt dans la cabane pour faire sa toilette. Il prit son petit veston de tirtaine, un pantalon qui n’avait encore que deux pièces, l’une au genou, l’autre au derre, des cocars frais ressemelés, et son grand chapiau des dimanches, puis il partit en chantant.

    Le cadet se dit à son tour : « À quoi bon rester deux ici pour entretenir le fourneau ? Petit François fera bien cela tout seul. D’autant plus, pensait-il, qu’ils sont tous réunis, filles et gars, chez Julien Guenel, autour du feu, à boire du piot, à manger des châtaignes et à dire des contes. Plus que ça que je resterais ici à mourir d’ennui. »

    Et lui aussi s’en alla, recommandant bien à François de ne pas laisser le feu s’éteindre ou sans quoi tout serait perdu.

    Petit François n’avait encore que treize ans, et était d’une obéissance et d’une complaisance dont ses frères abusaient souvent.

    Or, ce soir-là, le pauvre enfant tombait de sommeil, car, outre qu’il avait aidé ses frères tout le jour, il avait encore passé une partie de la nuit précédente à veiller.

    Il ne dit cependant rien, et prit la pique pour remuer la braise du fourneau afin d’attiser le feu.

    Les heures s’écoulaient lentement et le sommeil le gagnait, malgré tout ce qu’il pouvait faire pour y résister. Il marchait cependant pour se tenir éveillé et allait du fourneau à la hutte et de la hutte au fourneau ; mais rien n’y faisait, il eut beau lutter, il succomba et s’endormit.

    François fit un rêve : il était roi, croyait-il, et gardait les vaches, monté sur un grand cheval blanc. Ses richesses lui permettaient de manger de la galette et du lard à tous ses repas. Qui eut pu le voir endormi aurait lu sur sa figure le plaisir que lui causait ce songe enchanteur.

    Ô ciel ! Désenchantement et malheur ! Lorsqu’il se réveilla, il n’était plus le beau prince chevauchant sur la lande ; mais bien le pauvre charbonnier dont le fourneau était éteint, et qui allait être battu par ses frères.

    Que faire ? Que devenir ? Comment se tirer de là ? Les allumettes étaient inconnues et l’on voyait, chaque matin, les bonnes femmes aller de porte en porte chercher, dans un vieux sabot, quelques charbons embrasés chez les voisines qui avaient pu conserver du feu sous la cendre.

    Le pauvre petit François s’arrachait les cheveux de désespoir, en invoquant, à son aide, tous les saints du paradis.

    Tout à coup, en levant les yeux au ciel, il aperçut au-dessus des arbres de la forêt, des flammes qui s’élevaient à une hauteur prodigieuse.

    - Tiens, s’écria-t-il, d’autres compagnons noirs ont allumé un grand feu pour se préserver de la rosée, je vais aller, bien vite, leur demander quelques tisons.

    Il s’élança dans la direction des flammes, et fut étrangement surpris de voir, en approchant, qu’elles étaient de diverses couleurs : bleues, blanches, jaunes, rouges, etc.

    Elles éclairaient à une telle distance qu’il put distinguer l’endroit où il se trouvait.

    Il s’arrêta soudain. Une sueur froide lui coulait sur le front en s’apercevant qu’il était à deux pas de la Crezé[i] de Trécelien près de la fontaine de Barenton hantée par les fées.

    Minuit sonna à l’église de Paimpont.

    Ce fut alors seulement que François se souvint que les divinités des bois se donnaient rendez-vous en ces lieux, chaque nuit à pareille heure, pour se livrer à leurs ébats et à leurs danses. Il se rappela que les mortels qui voulaient les épier et les surprendre, étaient entraînés, malgré eux, dans leur ronde infernale et tombaient morts d’épuisement.

    Fallait-il avancer ? Fallait-il retourner sur ses pas ? Était-ce encore possible ?

    Comme il faisait ces réflexions, plusieurs nymphes sortirent des bocages qui l’entouraient, le saisirent et l’emmenèrent, bon gré, mal gré, plus mort que vif, au milieu de la Crezée, en face d’un immense brasier devant lequel le dieu des chênes se rôtissait les jambes.

    Ce dernier en apercevant le nouveau venu, s'écria d’une voix formidable : « Mortel ! Que viens-tu faire ici ? »

    François lui raconta, en pleurant, ses chagrins et sa méprise. Le dieu des chênes, en l’entendant, vit bien que le pauvre enfant ne mentait pas et s’attendrit à son récit, aussi lui dit-il, d’une voix presque douce, en lui désignant le feu : « Jeune homme, pique, n’y reviens pas, et fais-en bon usage. »

    Le petit charbonnier ne se le fit pas dire deux fois ; il enfonça sa pique dans le brasier et en retira une bûche enflammée qui l’éclaira pour retrouver son chemin. Aussitôt arrivé, il la mit dans son fourneau dont le feu reprit comme par enchantement. Quand ses frères revinrent, la cuisson du charbon était terminée et rien ne pouvait leur faire supposer ce qui était arrivé.

    Le matin, François fut chargé, comme d’habitude, de nettoyer le fourneau.

    Il enlevait les cendres et le frasil avec une pelle en songeant aux événements de la nuit, lorsque tout à coup il recula surpris en voyant la bûche qu’il avait apportée briller encore d’un éclat merveilleux.

    Une fois remis de son émotion, il s’en approcha, la retourna dans tous les sens, reconnut qu’elle était éteinte, l’essuya du revers de son tablier et s’aperçut enfin qu’il avait sous les yeux, et en sa possession un énorme lingot d’or.

    Ses frères étaient allés vendre le charbon.

    François ne songea toute la journée qu’à sa trouvaille. Abandonné à lui-même depuis son enfance, il se laissait aller à ses mauvaises passions : « Cette bûche d’or, songeait-il, représente des sommes immenses, c’est-à-dire la richesse qui procure le bonheur et les plaisirs. Elle m’appartient, puisque c’est à moi seul qu’elle a été donnée, Jean et Jacques n’y ont aucun droit. »

    Les bons sentiments, cependant, se révoltaient à cette idée et lui faisaient dire : « Tu as été orphelin tout enfant et tes frères ont remplacé tes parents morts. »

    Aussitôt les mauvaises pensées revenaient à la charge et lui soufflaient : « Depuis que tu as l’âge de travailler, tu leur as rendu au centuple ce qu’ils ont fait pour toi. Tu es quitte envers eux depuis longtemps, ne te gêne pas, garde ton or. »

    Satisfait de ce dernier raisonnement, François alla faire un trou sous un hêtre et y cacha son trésor.

    À partir de ce jour, il n'eut plus un instant de repos ; adieu les rêves joyeux. Sa vie changea complètement. Les soucis s'emparèrent de lui et ne le quittèrent plus. Il fuyait ses frères, ses amis, ses camarades, tout le monde. Il errait seul dans la forêt, songeant à quitter ces lieux pour aller à Paris monnayer son or et revenir ensuite acheter, dans le pays, toutes les propriétés à vendre, afin de faire crever de dépit et de jalousie ceux qui l’entouraient présentement, car le démon de l’orgueil le dominait.

    Cependant, malgré sa bûche d’or, il était pauvre et ne pouvait effectuer ce voyage tant désiré. De longues années s’écoulèrent ainsi à économiser liard par liard, sou par sou, la somme qui lui était nécessaire.

    Son temps se passait à aider ses frères auxquels il n’adressait jamais la parole, à rêver à sa fortune, à compter ses épargnes cachées dans un bas, et à surveiller son trésor qu’il couvait sans cesse du regard.

    Ses économies n’augmentant pas selon ses désirs, il laissa ses frères pour aller travailler avec d’autres charbonniers qui le payèrent plus cher.

    Enfin le jour tant désiré arriva.

    Sans dire adieu à personne, il quitta le pays, emportant sur son dos sa bûche d’or dissimulée par de vieux habits attachés avec des cordes.

    En voyant passer par les chemins ce failli gars, pâle, maigre, chétif, sous un aspect misérable, l’on ne pouvait se douter qu’il était porteur d’une fortune considérable.

    Il voyageait ainsi, de village en village, économisant le plus qu’il pouvait afin de ne pas subir de retard, et, pour cela, vivant en Bretagne de pommes et de châtaignes tombées des arbres ; plus loin de raisins dérobés aux vignes, ou de mûres sauvages. Il acceptait aussi, avec empressement, l’hospitalité que les paysans lui offraient par compassion et pitié pour sa mauvaise mine.

    Un soir, après une longue route, il vit les toits de la grande ville se dessiner devant lui ; mais exténué de fatigue, il chercha un gîte dans les faubourgs.

    Le lendemain matin, il brisa sa bûche d’or en morceaux et s’en alla les vendre chez les orfèvres. Des sommes énormes lui furent versées. Il dépouilla dans l’échoppe d’un marchand, ses vêtements de charbonnier et revêtit des habits de bourgeois qui, avec son teint hâve, lui donnèrent l’air d’un monsieur.

    Il s’en alla loger dans un hôtel et goûta bientôt à tous les plaisirs qu’offre Paris.

    Doué d’une intelligence peu commune, d’une physionomie douce et agréable, et ayant avec cela de l’or à pleines mains, il se façonna promptement aux belles manières.

    Un cortège d’amis lui fraya son entrée dans le monde. Les portes s’ouvrirent d’elles-mêmes devant lui, et le marquis de Comper tel était le nom qu’il avait pris,  ne tarda pas à devenir un chevalier accompli, adulé, choyé, envié !

    Tous ces succès, qu’il accueillit d’abord avec enthousiasme, le fatiguèrent de bonne heure, il était breton, et le souvenir de son pays le suivait partout.

    Au milieu des fêtes les plus brillantes, François, le charbonnier, songeait aux grandes futaies de la forêt de Trécelien et aux champs de blé noir parfumés. Souvent il se disait : « Je pourrais là-bas, tout aussi bien qu’ici, m’amuser et recevoir mes amis.

    Or, un beau matin, en sortant d’un bal  sans prévenir personne, selon sa coutume  il rentra à l’hôtel, prit son or, acheta un cheval et des armes, car les routes n’étaient pas aussi sûres que de nos jours, et revint en Bretagne.

    Le voyage s’effectua sans encombre et, à son arrivée, il acheta un superbe château aux environs de Plélan.

    Après cela les fêtes commencèrent. Les gentilshommes de la contrée furent invités.

    Les meutes de chiens aboyèrent dans les cours. Les cors retentirent dans la forêt. La musique se fit entendre dans les salons.

    Les dîners, les bals, les chasses ne cessèrent pas. Des prodigalités sans nombre furent faites, les pauvres seuls n’y prirent pas part et se virent délaissés et oubliés.

    À ce train, la bûche d’or diminua sensiblement, aussi le marquis de Comper voulut-il demander au jeu les sommes qu’il avait follement dissipées. Ce fut là son malheur ; il acheva de perdre ce qui lui restait.

    Après une orgie effroyable, François joua, dans une nuit, jusqu’à sa dernière obole et redevint aussi gueux que dans ses jeunes années. Au plus fort de la partie on vint le prévenir que le feu s’était déclaré dans les écuries et qu’on ne pouvait s’en rendre maître. Trop occupé de son jeu, et voulant regagner au plus vite de quoi tenter de nouveau la fortune, il se contenta de hausser les épaules.

    Quelques heures après, tous les bâtiments étaient la proie des flammes, et rien ne put être sauvé.

    Lorsque l’incendie eut tout consumé, chacun rentra chez soi, mais personne n’invita François à l’accompagner. Ses amis de débauche l’évitèrent. Le malheureux resta seul assis sur les débris en cendres de sa fortune envolée.

    Il y resta tout le jour abimé dans sa douleur. La faim l’obligea à chercher un abri. Il se souvint seulement alors qu’il avait des frères dans le pays et se dirigea du côté de son ancienne cabane.

    Jacques et Jean étaient en train de faire le fourneau et chantaient en travaillant.

    Ils avaient aperçu, plusieurs fois, le marquis à cheval, suivant sa meute, et lui avaient trouvé un air de ressemblance avec leur frère ; mais ils ne pouvaient croire que ce fût lui. Cependant, quand ils le virent entrer chez eux, il n’y eut plus de doute, c’était bien François vêtu comme un grand seigneur.

    - Frère, lui dirent-ils, tu es donc bien riche pour avoir un château, des chevaux, des chiens qui doivent coûter plus cher à nourrir que tous les paysans de la forêt, et de nombreux amis.

    - Je ne le suis plus, répondit-il ; mon château est brûlé, mes chevaux et mes chiens sont vendus, mon argent est dépensé, mes amis m’ont fui. Je n’ai plus rien et j’ai faim et froid.

    - Partage notre repas et réchauffe-toi à notre feu reprirent les charbonniers en lui désignant le foyer et un pot rempli de soupe de pain noir. Il y a toujours ici une place pour le pauvre.

    François mangea et s’approcha du feu pendant que ses frères continuaient leur travail.

    L’accueil, bienveillant, de ceux-ci l’humilia plus que s’ils l’avaient repoussé. Il souffrit de les voir meilleurs que lui, et ne voulut pas rester plus longtemps chez eux.

    D’un autre côté, le travail lui était devenu impossible, et il comprenait bien qu’il ne pouvait rester avec ses frères sans les aider. - Allons ! se dit-il, du courage ! Tentons la fortune une dernière fois et, pour cela, allons rendre visite aux dieux de la forêt, dans la Crezée de Trécelien.

    Il profita des ténèbres pour s’éloigner de la cabane.

    Un peu avant minuit, l’infortuné marquis s’achemina timidement vers la Crezée.

    Il faisait un temps affreux, le tonnerre grondait, les éclairs sillonnaient la nue.

    François aperçut, comme la première fois, les flammes de diverses couleurs qui passaient par-dessus les cimes les plus élevées des arbres de la forêt.

    Les hiboux faisaient entendre leurs cris sinistres. Les chauves-souris et les engoulevents passaient comme des ombres autour des buissons. C’était en été, c’est-à-dire à l’époque où les grenouilles, les crapauds, les sauterelles et les grillons chantent toute la nuit ; mais ils ne donnaient pas signe de vie. Par exemple on entendait le bruissement du vent dans les halliers, les mélèzes se plaignaient, les fougères tremblaient, les bruyères frissonnaient, la nature entière gémissait.

    Le marquis s’arma de courage et avança.

    Des éclats de rire, des voix, des chants partirent tout à coup du bocage et le malheureux se vit cerné et entraîné dans une danse échevelée.

    Le dieu des chênes, en le voyant, le reconnut aussitôt et lui dit d’une voix terrible :

    « Mortel ! Que viens-tu faire ici ? »

    François voulut lui raconter la même histoire de son fourneau éteint ; mais le vieillard l’interrompit :

    « Je la connais, celle-là, elle est trop forte ! Du reste, ajouta-t-il en ricanant, nous verrons bien tout à l’heure si tu dis vrai. Enfonce ta pique dans le feu et tâche d’en retirer une bûche. »

    Pâle, les yeux hagards, le pauvre diable se précipita vers le brasier, y introduisit sa pique et chercha à la retirer. Impossible ! Elle semblait retenue par une force invisible. Ses mains se contractèrent et semblèrent faire partie inhérente de l’instrument. Les flammes vinrent d’abord lécher la pique, puis les bras du malheureux qui, malgré ses cris de douleur, fut enlevé et dévoré par le feu.

    Le matin, à l’aube, les danses cessèrent, les nymphes disparurent, les flammes s’éteignirent, le cadavre calciné de l’infortuné jeune homme resta seul dans la Crezée.

    Plus tard, ses cendres se couvrirent d’écorce, des rameaux poussèrent et, aujourd’hui l’on voit encore, à la même place, un vieux petit arbre rabougri, dont les branches piquent la terre, et que l’on nomme l’arbre au charbonnier.

    Conté par Marie Niobé, du village du Canée, commune de Paimpont.

    © Le Vaillant Martial 



    [i] Clairière.


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    I

     

    mmensité désertique et sauvage, la lande couverte de ronciers et d’ajoncs percée d’îlots schisteux, devient à la nuit tombée l’exclusif et inquiétant territoire de Korrils.

    « La nuit est affaire de Fées, Malheur au voyageur attardé... »

    Jaillissant de leur royaume souterrain, les Korrils déferlent en hordes innombrables pour se lancer tout au long de la nuit, en joyeuses débauches faites de danses frénétiques et de folles sarabandes.

    Furieux ripailleurs, ils festoient autour des pierres levées, en beuglant des chants interminables jusqu’au petit jour.

    Dotés d’une force peu commune, ils aiment à se lancer à la figure d’énormes rochers. On dit même qu’une de ces joutes épiques entre deux factions rivales aurait, à force d’amoncellement, formé la chaîne des Monts d’Arrée.

    Rares sont ceux qui les ont vus d’assez près pour pouvoir en parler sans effroi. Toutefois, Le Men affirme « qu’ils sont noirs et mal faits, avec une tête énorme et hideuse ».

    D’autres témoins, tout aussi digne de foi, assurent qu’ils ont les pieds palmés et ornés de corne de bouc, qu’ils sont pourvus d’une longue queue et, enfin, qu’ils sentent mauvais et ont une haleine fétide...


    Ceux des Landes ....


     

    L

    Carnac Capitale Du Royaume.

    es visiteurs qui parcourent l’été la région de Carnac n’imaginent pas que sous leurs pieds s’étend la plus importante colonie de Korrigans de nos contrées.

    Ils grouillent, ils fourmillent, s’activent incessamment dans les vertigineuses profondeurs souterraines de leur royaume.

    Les Kérions, plus précisément, puisque c’est d’eux qu’il s’agit. Quelle extraordinaire forfanterie peut-être à l’origine d’un tel chambardement ?

    Q

    D’aucuns se plaisent à penser que l’irraison, l’œuvre insensée, n’a qu’un seul but évidemment : c’est que pour rêvent les enfants...

    uand Loïc Le Fur décide de rentrer chez lui, il est fort tard.

    Il  est ma foi d’humeur guillerette alors qu’il quitte le village de la Trinité : la journée, il est vrai, s’est écoulée de charmante manière, les mariés étaient rayonnants de bonheur, les parents reconnaissants et les invités de bons lurons, il faut vous dire que Loïc, sonneur de son état, à l’habitude d’être appelé pour mettre « joyeuse ambiance » dans les banquets qui suivent les mariages.

    L’affaire fut donc rondement menée, mais quand Loïc décida de regagner ses pénates, la lune a depuis longtemps pris possession du ciel.

    Le chemin du retour lui semble malheureusement très long, surtout quand la bière et quelques liqueurs aidant, il lui faut faire un pas en arrière quand il en fait deux en avant.

    Notre bonhomme, pour le coup, décide de couper par les terres pour rejoindre Ploërmel. 

    Après une longue marche hésitante, il aperçoit enfin, éclairée par la lune, les formes obscures des menhirs, dressant leur masse vers le ciel. Mais l’angoisse le gagne alors qu’il  s’enfonce parmi les alignements : il existe tant d’histoires qui courent sur ces champs de pierres, de ces « choses » qui s’y passeraient la nuit venue.

    Il  est maintenant au cœur ru royaume mégalithique, jetant à gauche et à droite, des regards craintifs, essayant de percer les ombres inquiétantes. À présent, il s’en veut amèrement d’avoir pris ce raccourci !

    Et, puis soudain, ils jaillissent, comme nés des ombres, hirsutes et grimaçants, ils environnent de toutes parts le malheureux sonneur, lui faisant mille misères.

    L’ivresse a disparu et, après nombre de croche-pieds, le pauvre Loïc, dans un effet désespéré s’échappe du cercle infernal et se met à courir droit devant lui.

    Ceux des Landes ....


     

    Les ornières du chemin ne l’arrêtent pas et c’est sous un concert tonitruant de rires et de cris qu’il disparaît, avalé par la nuit

    .Loïc le fur ne sut jamais si les « Bugale an Noz » lui voulaient réellement du mal, mais s’il dut, par la suite, couper par les alignements de pierre, jamais plus la nuit ne le surprit...

     

    S

    ans cesse repoussés vers les contrées les plus inhospitalières et les plus sauvages, les Korrils ne s’avouent pourtant jamais définitivement vaincus !

    Ils veillent... Promis à se réapproprier les lieux, jadis consacrés aux divinités antiques, et d’où ils ont été chassés.

    Ainsi, ces calvaires et ces chapelles de campagne élevées sur les hauteurs ou près des sources sacrées, qui, aujourd’hui, soumis à la désaffection des hommes et aux autres vicissitudes du temps, deviennent à la nuit tombée, le théâtre de cérémonials peu orthodoxes...

    Au siècle dernier, des Korrigans auraient été surpris, d’après la Villemarqué, « Au brun de nuit, commettant en rond et en se tenant par la main, avec mille éclats de rire diaboliques, certains actes moitié bouffons, moitié sérieux, mais toujours fort impies et cyniques... au pied des croix des carrefours. »

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    © Le Vaillant Martial 


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  • Korrigans les Origines

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    Les Contrebandiers

    La lune était haute, blafarde, revêtant la nuit d’un tapis de noirceur bleutée.  La brume stagnante, comme du drap usé, se déchirait au tranchant des rochers, s’évaporant au vent frais de cette nuit d’automne.

    Une ombre glissant sur l’onde bougea, rompant l’immobilité sépulcrale.

    - Maudite brume !! Je te dis qu’on a dérivé et avec ces bons dieux de courants, on est à des lieux du rendez-vous !...
    -
    Arrête de t’énerver le père ! La marée va tourner, ça va casser la brume. De toutes manières, il faut accoster et décharger vite fait si on ne veut pas que les ballots de tabac prennent l’eau. Si tu n’étais pas aussi têtu on n’aurait pas écopé sans arrêt, cette barquasse part en morceaux, l’étoupe fout le camp et le bois est pourri !
    -
    Il faut dire que depuis quatre générations et plus, la famille Pouliquen exerçait la dangereuse, mais lucrative activité de contrebande. Vieille aristocratie de la margoule... Si l’on peut dire ! Nos deux compères : Jean et son fils Louis, avaient donc tout naturellement repris le flambeau : Jean enseignant à son rejeton toutes les astuces de sa noble charge.

    Ils passaient ainsi au nez et à la barbe des douaniers moult denrées, qui, sans être forcément précieuses n’en étaient pas moins recherchées.

    En quelques coups de rame vigoureux, la vieille barque s’échoua sur la grève sableuse.

    - Bon Dieu ! Grommela le vieux avec cette lune on est comme deux verrues sur les fesses d’un bébé ! Si les gabelous traînent dans le secteur...
    -
    Arrête tu veux. Sois plutôt content que la brume nous cache !  Ce qui m’inquiété, poursuivit Louis, c’est que la nuit s’avance... Le mieux serait de trouver un bon trou où cacher le tabac. On reviendra plus tard le récupérer !

    Sur ces mots, il s’enfonça dans les rochers, avalé par la nuit, en quête de l’abri sûr. Râlant de plus belle, son père entreprit de décharger les ballots et de les mettre au sec.

    - Un coup de main, l’humain ?! Clame une voix jaillie de l’ombre.
    -
    Ma Doué ! Les « rats de cave », mon compte est bon, gémit le vieux Jean, lâchant son fardeau et se tassant dans l’ombre protectrice des rochers.
    -
    Mais dites donc ! Ça râle, ça jure, ça crache, mais c’est timide comme une pucelle qui voit son galant ! T’es pas plus fier qu’à notre première rencontre, t’s vieilli, oui da ! Mais c’est bien toi : Jean Pouliquen ?
    -
    L’œil agrandi de surprise, Jean redressa prudemment la tête.
    -
    Ça par exemple ! Le... le Korrigan de « Toul ar Butun » ! Mais que fais-tu par ici ?
    -
    Seigneur des côtes je suis ! fit le petit drôle gonflant le torse. Partout est ma demeure, je vais où souffle le vent, je, je suis où cogne la houle, la roche est ma maison, et de la nuit j’ai fait ma sœur Il...

    Louis qui s’en revenait de ses recherches, resta pantois devant le spectacle de son père en grande conversation avec un ... petit être hirsute et grimaçant, la clarté de la lune conférant à la scène  un aspect extraordinaire.

    - Que la nuit te soit paisible et profitable mon garçon !

    Jean, sans façons, présenta le gnome à son fils et expliqua leur rencontre des dizaines d’années plus tôt, alors qu’à son tour, il aidait son père à passer le tabac et autres marchandises et les cachait déjà sur l’îlot de « Toul ar Butun » au large de Roscoff.

    - C’est incroyable ! Fit Louis, abasourdi.
    -
    Bah ! Fit le vieux. Il est des choses de par le monde qui échappent à notre entendement... Autant faire avec !
    -
    Bien dit, Le Pouliquen ! Et pour revenir à notre Affaire....

    - Ma foi, fit ke vieux Jean, lorgnant vers sa barque chargée de tabac, un peu d’aide ne me ferait pas de mal.

    - C’est dit, fit joyeusement le Korrigan, holà vous autres cria-t-il aux ombres épaisses. De l’aide et des bras.

    A ces mots le chaos rocheux sembla s’animer .Les Contrebandiers Avec une certaine crainte, Louis et son père virent débouler sue eux une troupe de joyeux petits furieux qui sans plus de cérémonie, s’attelèrent à la tâche, transportant les ballots de tabac comme des sacs de plumes, au  pied d’un énorme rocher.

    - J’ai fait le tour de ce rocher, fit Louis avec respect, il n’y a pas de cache assez grande pour ...
    -
    Si fait, mon fils, mais c’est parce que tu n’as pas la clef ! Extirpant un objet de son ample veste, le petit bougre s’approcha du rocher.

    Les deux hommes intrigués, le virent frapper trois fois la pierre, et l’objet, au troisième coup, s’enfonça dans la roche. Un pan d’ombre sembla alors s’agrandir dans le rocher, attestant qu’effectivement la « clef » venait, par un prodige que Louis présumait non chrétien d’ouvrir une « porte béante ».

    Mais au lieu de charrier la cargaison dans la cache insolite, Jean vit avec horreur, les turbulents s’attaquer avec frénésie à un ballot au point de l’éventrer.

    - Holà ! Tout doux mes seigneurs ! Leur cria-t-il.
    -
    Pardonne-leur le vieux, nos bouffardes sont froides depuis belle lurette. Le tabac s’est fait rare au fond de nos bourses, et fumer du varech est un bien triste pis-aller !
    -
    Bon, bon bougonna le vieux. Remplissez vos brule-gueules. C’est bien le moins de vous accorder cela !... Un hululement troua soudainement la nuit.
    -
    On vient par ici fit le Korrigan dressant l’oreille, votre maréchaussée à ce qu’il semble !

    La lueur dansante de trois lanternes apparut sur le chemin des grèves, confirmant les dires du petit drôle.

    - Qu’est-ce qu’on va faire ? Glapit le vieux Jean, se voyant déjà menottes aux poignets et boulets aux pieds.
    -
    Ce qu’on va faire, répéta moqueusement le gnome, se tournant vers sa turbulente troupe. Allez donc leur chauffer le sang dans les veines.
    -
    Réveillez leurs peurs d’enfants et que sur ces grèves revivent les vieilles légendes !!

    Un hurlement de joie sauvage accompagna ces derniers mots et la horde s’élança farouchement dans les rochers à la rencontre des douaniers.

    Les Contrebandiers  Les Contrebandiers Les Contrebandiers

     

     

    Les glapissements de folle terreur qui leur parvinrent aux oreilles firent rire nos trois compères.

    Plus tard, remis de leurs émotions, et le tabac caché, les deux jeunes hommes s’apprêtaient à reprendre la mer dans cette épave ? Fends-toi d’un peu de ton or Pouliquen, et foi de moi-même, je me fais fort de te trouver un bateau que ni les gens d’armes ni même le grand cornu ne pourront rattraper.

    - Tu crois sans doute que l’or pousse aux branches comme les prunelles dans les haies ? Déjà que nos affaires déclinent avec cette maudite douane...

    - Dur en affaire, le vieux. Soit ! Alors écoute le marché, une balle de tabac pour moi et mes cousins à chaque lune et tu auras ta barque et une « clé de roche », qu’en dis-tu Pouliquen ?

    Un sourire entendu éclaira le vieux visage raviné.

    - Topons là ! Fit-il en tendant sa grosse main.

    - Cette nuit fut bonne entre toutes ! S’exclama le gnome, Frères allumez un grand feu ! Fumons et chauffons nos carcasses !!

    - Holà, Louis... fit le vieux à son fils, si tu nous jouais quelques airs de bombarde ?...

    Louis, qui de longue date, n’avait vu son père aussi gai, s’exécuta et sortit l’instrument d’une poche de son caban. Les douaniers qui moitié courant, moitié chancelant, s’en revenaient vers le port, virent, jetant un dernier regard par-dessus leurs épaules une immense lueur éclairer la nuit du côté des grèves. L’effroyable certitude qu’ils venaient de voir s’ouvrir la porte des enfers s’imposa à leur raison vacillante.

    Jamais ils ne pipèrent J mot de leur mésaventure. Mais les rondes de nuit qu’ils firent par la suite, évitèrent soigneusement toutes les grèves venteuses, ces lieux maudits entre tous.

    © Le Vaillant Martial 


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