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    A

     

     

    lors qu’elle était penchée sur le berceau et contemplait l’enfant, un étrange malaise envahi Anna en un frisson glacé.

    Quand, au beau milieu de la nuit, on avait frappé à sa porte, elle s’était levée du vieux fauteuil placé face à la grande cheminée où brûlait encore un feu moribond. Elle ne dormait pas, en fait, elle veillait. Anna avait senti venir le malheur comme le vent froid soufflant du nord. Le sommeil l’avait fuie alors, et elle avait entendu, sachant que quelqu’un viendrait.

    Remontant le grand châle de laine sur ses maigres épaules, elle était allée et ne fut pas surprise de découvrir le jeune père, dégoulinant de pluie, sur le pas de sa porte. Elle l’avait fait entrer et avait écouté son récit troublant, tissé des craintes inexpliquées de tous les jeunes parents devant cette petite boule de vie qu’était un nouveau-né !

    Anna l’avait rassuré, se gardant toutefois de lui dire qu’elle partageait ses craintes.

    Elle l’avait accompagné sur le chemin caillouteux, affrontant la pluie et le vent froid de novembre, jusqu’à sa demeure.

     

    En entrant dans la maison, elle avait aussitôt ressenti l’étrange atmosphère qui y régnait. Après avoir embrassé la jeune mère qu’elle avait aidée en couches, elle était entrée dans la petite chambre ou trônait le berceau. Le bébé ne dormait pas. Il n’est rien de plus beau que de voir les yeux émerveillés d’un nourrisson, découvrant les mille choses qui s’offrent à lui. Le bébé ne gazouillait ni ne pleurait. Il observait intensément Anna qui comprit aussitôt ce qui effrayait ses parents. Son regard intense n’était pas celui d’un nouveau-né. Rien de candide ni d’innocent ne vivait au fond de ces étranges puits sombres. Elle sentait poindre au contraire une intelligence et un savoir auxquels nul bébé ne pouvait prétendre.

    Anna comprenait à présent l’effroi des jeunes parents. L’étrange froideur de ces yeux sans âge dans ce petit corps potelé et sans défense donnait au nourrisson une aura d’étrangeté malsaine ! Anna rejoignit le jeune couple attablé et les réconforta, essayant de ramener un sourire sur les visages torturés par l’angoisse.

    - Ma petite Jeanne, dis-moi, depuis quand as-tu observé ce « changement » chez ton petit ?

    - La nuit d’avant ... je crois ... je ne sais plus trop, mais j’ai tout de suite senti qu’il y avait quelque chose ... de changé !

    Anna ne mettait pas en doute l’instinct de la jeune mère. Mais la pauvre pensait à la maladie alors que la cause, elle en était à présent convaincue, était ailleurs.

    La nuit s’étirait lentement et, après avoir forcé les parents à prendre un peu de repos, Anna referma la porte et s’installa à côté du berceau. Le nourrisson ne dormait toujours pas et tourna légèrement la tête pour mieux la voir. Le regard tranquille de la vieille femme semblait gêner prodigieusement le bébé qui se mit à trépigner.

    - Ma foi, fit-elle, C’est plutôt bien imité !

    A ces mots, le bébé se calma d’un coup.

    - Je ne pensais jamais rencontrer à nouveau l’un de ta race ...

    Le nourrisson eut un hoquet de surprise et fixa plus durement encore la veille femme.

    - Tu peux sans doute duper bien des gens, mais tes « farces » n’amusent que toi ... Tu vas te découvrir à présent, et cela je le veux.

    Tout en prononçant ces mots, elle se saisit d’une petite bourse de cuir et déversa son contenu sur l’édredon du petit lit.

    - Tiens, fit-elle, commence donc par compter ces grains de blé ! Un cri de rage et de dépit jaillit de la petite bouche. Le bébé se mit frénétiquement à rassembler un à un les grains de blé en un petit tas. La transformation se passa en un souffle. L’illusion du beau bébé joufflu fit alors place à un Korrigan.

     

    - Le nourrisson doit revenir parmi les siens. Tu retrouveras ton or à cette seule condition. Puis, elle sortit de la chambre.

    Les jeunes parents, les yeux cernés et la mine terne, semblaient épuisés. Le reste de la nuit avait dû leur paraître bien long. Elle accepta avec gratitude le bol de café fumant et les rassura en évoquant une fièvre maligne et subite qui allait certainement tomber dans les heures à venir. Puis, sous le prétexte de chercher quelques plantes afin de préparer une tisane que le bébé devrait prendre, ils la virent déambuler et fureter, aller et venir autour du vieux chêne. Tant et si bien qu’au bout de longues recherches ils l’entendirent jubiler et fredonner une chansonnette légère qui parlait d’or et de nain et de Dieu sait quoi encore.

    Les jeunes parents se regardèrent, l’angoisse au cœur, en entendant derrière la porte de la chambre, leur bébé se mettre à hurler de plus belle.

    À son retour, Anna souriait, les joues rosies par la froideur de ce matin de novembre. Elle répandit sur la table le fruit de sa cueillette et énuméra les ingrédients insolites du prétendu remède.

    - Voilà de quoi lui faire partir la fièvre, fit-elle, Pissenlit, glands et chicorée sauvage et quelques racines pour faire bonne mesure. Le goût risque d’être affreusement amer pour le « pauvre petit » mais tu lui donneras un plein biberon toutes les trois heures, même s’il rechigne !


    Anna souriait franchement en voyant l’air dégoûté du poupon usurpateur dans les bras de Jeanne, la tétine enfoncée dans la bouche et forcé de boire l’étrange mixture.

    - On a raison de dire qu’une bonne santé vaut tout l’or du monde, pas vrai mon petit cœur, fit-elle en riant et pinçant fermement la petite joue dodue du « bébé » qui la foudroyait de son noir regard. Regardez le cher trésor comme il se force à boire son médicament, comme s’il savait que sa santé aux yeux de ses parents est la plus grande des richesses !

    Toutes ces allusions à son or mettaient le bébé-Korrigan, pris au piège du petit corps, dans une rage meurtrière, mais seuls ses yeux pouvaient dire toute sa fureur ...

    - Je reviendrai à la nuit, et vous verrez que votre bébé aura changé !

    En disant cela, elle fixait intensément le nourrisson, le marché était entendu !

     

    A la nuit venue, les parents l’accueillirent avec enthousiasme, criant presque au miracle : leur bébé était comme transformé. Jeanne, la jeune mère, ne savait comment exprimer sa reconnaissance. Sur le chemin de sa maison, éclairé de lune, Anna souriait, la joie au cœur et le sang réchauffé par un ou deux petits verres d’alcool de prunelle. Elle entendit tout à coup une voix jaillit de l’ombre.

    - Alors, la veille tu es satisfaite ? j’ai rempli ma part du marché, et ce ne fut pas sans mal ...

     

    Le Korrigan était juché sur un gros rocher couvert de mousse et jetait sur Anna un regard rageur.

    - À cause de toi, je suis désavoué aux yeux de ma maîtresse et ne pourrai plus jamais paraître en son noir palais ! J’ai repris l’enfant et j’ai dû fuir dans la nuit jusqu’ici..., Mais je sens que les sombres chasseurs sont sur mes traces ! Je dois quitter au plus vite ces lieux pour éviter son courroux. Aussi, vieille femme, si tu voulais me rendre mon bien ...

    - Ah oui, ton bel or ! Nozenn a été bien généreuse avec toi, la bourse pesait son poids.

    Devant l’impatience manifeste du Korrigan la vieille Anna feignit un air contrit.

    - Malheureusement je ne l’ai plus !

    A ces mots, le Korrigan bondit sur ses pattes en lâchant un cri de surprise.

    - Ne joue pas à ce jeu-là, la vieille ! proféra le nain en s’approchant, menaçant.

    - J’ai bien profité de ma journée, vois-tu ! Je suis passée voir un ami forgeron et orfèvre à ses heures qui s’est fait plaisir de me rendre service. J’ai regardé ton or au fond du creuset, je n’ai jamais vu plus beau spectacle. Après des heures et des heures d’effort, il a réalisé à ma demande un hochet magnifiquement ciselé.

     

    Anna vit l’éclair zébrer l’œil vif du Korrigan.

    - Et tu l’as donné au bébé ! Hurla-t-il.

    - Ce n’est que justice, le nain, tu lui avais bien joué un tour à ta façon ! J’offre toujours mon aide à qui me le demande, fit Anna, mais là, tu as vraiment mal choisi ta victime car ce bébé est mon filleul !

    Le Korrigan se  mit à trépigner sur place. La bonne vieille rayonnait de voir  l’affreux gnome au désespoir d’avoir perdu son or chéri.

    - Je suis certaine que tu connais la vieille loi : « L’or qui fut par deux fois offert ne peut être volé ». Le sort finalement t’a été bien cruel, le nain, tu devrais te dépêcher d’aller chercher fortune ailleurs, car je sens venir les noirs serviteurs de Nozenn.


    Le Korrigan, la peur au ventre, regardait en tous sens, essayant de percer l’obscurité du sous-bois.

     

    Au mépris de se faire surprendre, il hurla une dernière fois sa rage en un cri effrayant, et bondit dans l’ombre de la profonde forêt, où il disparut.

    Sans plus s’en faire, Anna retourna vers sa demeure sous la clarté lunaire. Elle riait encore en refermant sa porte.

     

      © Le Vaillant Martial 


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    Il est dit qu’à la sixième heure du sixième jour de la création du monde nain, Riaël le sage décida de faire la sieste.... Il rêva longtemps.

    Et de ce rêve doux et farfelu jaillirent en sarabandes joyeuses des fées qui peuplent, tranquilles des berges moussues des eaux dormantes, les esprits sylvestres, protecteurs des forêts profondes, les grandes tribus de nains, bons ou malicieux qui courent à jamais les landes, les grèves ou le cœur de granit de cette terre de Bretagne

    Ceci est leur histoire .....

     

     

     

     

    © Le Vaillant Martial 


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    Ce jour-là, Messire Tudual Ambic émergea de son antre, de très bonne heure. S’il est vrai qu’on puisse considérer qu’une fin d’après-midi est une hure décente pour se lever ...

    Mais sieur Tudual d’essence Korrigane et, de ce fait, considéré par ses frères et ses cousins comme un lève-tôt.

    Baillant et s’étirant, notre Korrigan de sa clef de roche, referma la porte de pierre qui dissimulait l’entrée de sa demeure caverneuse.

    Et comme chaque jour, notre petit bonhomme se demanda ce qu’il allait bien pouvoir faire.


     

    N’avisant aucun humain dans les environs, à qui il aurait pu jouer un tour pendable, il décida de descendre vers les grèves pour se restaurer de quelques ormeaux et crustacés.


     

    Braugal Peaudroche, quant à lui s’ennuyait. Il émergeait d’un sommeil qui lui avait paru sans fin. Ce qui somme était le cas, puisqu’il avait été touché par un sortilège de « long sommeil », qui avait duré quelques siècles.

    En soi, cela avait peu d’importance, car Braugal était immortel, à peu de choses près. S’il avait été humain, cela aurait été incroyable, mais Braugal était un brave géant, l’un des derniers représentants des Brise-pierres de l’Ouest.

    Ses pensées suivaient un chemin lent et paisible. Immobilisé depuis tant de temps, il sombrait depuis dans une agréable rêverie, qui lui faisait oublier peu à peu le poids de sa situation présente.

    Il n’avait que de vagues souvenirs des guerres terribles qui, autrefois, bien avant t l’homme avait opposé les Grandes Races. Son esprit simple avait effacé les terribles scènes de la bataille, où il avait vu ses frères tomber un à un, vaincus par les terrifiantes hordes Korriganes qui les avaient anéantis, ensevelis sous des chaos de roches.

    Lui pour sa plus grande honte, n’avait dû son salut qu’à une fuite sans but qui l’avait mené là, au bout de la terre. Harassé de fatigue, il s’était écroulé au bord de l’eau pour sombrer dans une profonde sieste.

    Une troupe de Korrigans qui s’en revenait de guerre, et passait par-là pour rejoindre son royaume souterrain, décida avec beaucoup de malice de lui jouer un tour à sa façon en invoquant le grand sort des « songes profonds ». Puis, sans  plus s’en faire, s’en alla en gloussant de plaisir au spectacle du lourdaud endormi pour le compte.

    Le temps avait passé, et peu à peu le puissant sortilège s’était émoussé, laissant le bon géant s’éveiller de nouveau à la vie.

     


     

    Le sieur Tudual, pendant ce temps, arriva  à la grève et se mit sans attendre en quête de bonnes choses de la mer.

    Pour ouvrir son appétit, il ramassa moult berniques qu’il avala par pleines poignées, les croquant avec délectation. Le Korrigan est ainsi fait qu’il peut manger n’importe quoi : du plat savamment cuisiné, au mets le moins ragoûtant, comme une bernique crue avec sa coquille par exemple.

     

    Tout à ses recherches, il soulevait quantité incroyable de cailloux, surprenant un tourteau ou une famille d’anguilles dans un trou d’eau. Mais décidé qu’il était à avoir du homard à souper, notre petit bougre soulevait des rochers de plus en plus gros. Tant et si bien qu’il arriva que ce qui devait arriver....

    Notre petit furieux, avisant un trou de rocher prometteur, y fourra la main, espérant piéger le noir crustacé.

     

      

    Braugal le géant émergea de ses pensées rêveuses, gêné par quelque chose qui le grattait. Ouvrant les paupières avec lassitude, il fut quelque peu surpris de trouver un de ces détestables Korrigans à cheval sur son nez.

    Il gronda, et quand un géant gronde, c’est la terre qui tremble. Puis d’une voix qu’il voulait impressionnante, il dit :

    -  Hé, le nain ! Tu as le bras dans ma narine !

    Le sieur Tudual, de surprise, fit un bon prodigieux et partit cul par-dessus tête bouler par-dessus les rochers.

     

    - Sabots d’bouc ! fit le petit drôle en se remettant sur ses pattes.

    Le Korrigan, reprenant ses esprits et un peu d ‘assurance, vit alors qu’il avait affaire à un géant. Il faut dire qu’avec le temps, la mer et la nature avaient recouvert Braugal de lichen, de berniques, de bigorneaux et d’algues de toutes sortes, qui lui faisaient comme une grosse barbe indisciplinée.

    - Que je sois béni, si nous n’avons pas là un Gargan vrai de vrai ! s’exclama Tudual.

    Une vieille rancœur venue du fond des âges s’éveilla en Tudual. Mais comme le géant ne manifestait aucune agressivité particulière, il décida de s’approcher :

    - Tu es tellement pouilleux... fit-il en le montrant du doigt, que je n’ai aucune différence entre toi et les rochers qui t’entourent

     


    Lentement, le géant souleva une de ses énormes mains qui se sépara avec des bruits de craquements du rocher où elle reposait, car les concrétions marines, au fil du temps avaient soudé celle-ci à la roche. Grande fut sa surprise en contemplant les ouvrages du temps :

    - Mais, je n’ai fait qu’une sieste... murmura Braugal, désappointé.

    - Soit tu as le sommeil plutôt profond, soit quelqu’un t’a joué un tour !... fit le nain avec malice.

    Se souvenant, bien sûr que dans les environs, il y a bien longtemps, une horde de ses cousins Tug-gommon, moitié naufrageurs moitié jeteurs de sorts, sévissait sur ses côtes. C’étaient bien d’eux que de jouer un méchant tour à un indésirable, venu s’aventurer sur ce qu’il considérait comme leur territoire.

    Regardant le géant, Tudual eut une grimace malheureuse. Ce qui, en langage humain pouvait correspondre à un soupçon de pitié.

    Le géant commença à bouger sa grosse carcasse, s’extirpant peu à peu de la gangue de granit qui, au fil du temps, s’était formée autour de lui. Son esprit plutôt lent était arrivé à la seule conclusion possible :

    - J’ai dormi longtemps ?

    C’était plus un constat qu’une question.

    - On peut dire ça comme cela ! fit Tudual, en souriant.

    - Soudain son regard s’illumina, car le géant en bougeant, et en se redressant, avait dérangé toute une colonie de homards qui avaient élu domicile dans tous les plis de sa broigne de cuir et dans ses grandes baies de jute.

    Les crustacés, dérangés dans leur quiétude, essayaient lourdement de fuir vers des lieux plus hospitaliers.

    - Mon gros, tu es ma providence ! fit le Korrigan joyeux en bondissant après les infortunées bestioles.

     

     

    Au crépuscule, notre petit furieux pouvait se vanter d’un impressionnant tableau de chasse sous le regard affable du géant, ébahi devant tant de rapidité.

    Les Korrigans, c’est connu ont les yeux plus grands que le ventre. Mais là, en vérité, c’était vraiment trop, même pour un bon ripailleur comme  Tudual.

    Regardant tour à tout le géant et la montagne de crustacés, il demanda à Braugal :

    - Dis-moi mon grand, tu as déjà mangé du homard cuit sous la braise ?

    - Ma foi... non ! fit le géant en se grattant le ventre, et il est vrai que je commence à avoir un petit creux.

    - Alors c’est dit, je t’invite à ma table !

     

    La lune brillait haut dans le ciel bleuté quand nos compères achevèrent le festin. Repus, ils se laissèrent bercer par le calme de cette nuit tranquille, quand tel un coup de canon, Braugal lâcha un rot :

    - Oh mille pardons ! fit le géant en regardant, gêné, son compagnon.

    - C’est rien, mon gros, ton bel appétit fait plaisir à voir ! fit el Korrigan en lui tapant sur la cuisse.

    Geste qu’il regretta aussitôt, car Braugal avait la peau dure comme pierre. Braugal regardait le petit bougre qui, juché sur son énorme genou, sautillait en se tenant la main et en hurlant comme un beau diable. Le géant se mit à rire, et ce fut comme le tonnerre sur la mer.

     

    Le nain, voyant cela, ne tarda pas à s’y mettre aussi, leurs rires partagés cette nuit-là lièrent leur amitié à tout jamais.

    © Le Vaillant Martial 


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  • Korrigans ceux de la maison

    Le volet coulissant du lit clos a glissé lentement sur son rail. Seuls les crépitements du feu mourant se mêlent aux respirations profondes de la maison endormies.

    Alors silencieusement apparaissent les Bouffon-Noz, les Bouffons de la Nuit.

     

    Ils émergent des coins sombres, ou encore du grenier,
        Sortant des trous du mur, glissant du vaisselier.
        Visiteurs besogneux, familiers bienveillants,
        S’ils se plaisent en un lieu, ils y passent leur temps.

     

    Ils balayent le sol, astiquent le mobilier,
        Récurent les casseroles et bercent les nouveau-nés
        Quand l’ouvrage est fini, ils se regroupent dans l’âtre,
        Et se reposent enfin, assis sur la pierre plate,
        Qu’on a posé pour eux,
        Sur le devant du feu.

     Parmi tous les présents qui leur sont destinés,
        Celui qu’ils préfèrent demeurent la grillée.
        Ar Grazen[1], c’est la dernière crêpe
        Que la fermière a faite
        Avec le reste de la pâte
        Et le lait de la jatte.

    Mais soudain du dehors on entend, juste avant le matin, comme un long hennissement.
        Cette fois, c’en est un autre, il s’agit du Maitre Jean,
        Grand connaisseur des chevaux et qui les aime tant.
        On sait qu’il est passé, car on trouve le lendemain,
        Comme de longs étriers, tissés dans le crin.
        C’est un signe qu’il a monté assis sur l’encolure
        Une des bêtes au galop à travers les pâtures.

    « Un bon lutin dans une ferme est un trésor » disait-on à Bréhat. Certains en effet, abattaient la besogne de quatre servantes ! Et pourtant peu à peu, ils ont quitté les foyers victimes de la méchanceté et de l’ingratitude des hommes.

    On cite souvent l’exemple de servante qui, sournoisement, avait chauffé la pierre de l’âtre, avant que leur travail achevé, ne s’asseyent les Teuz.

    Ils se brûlèrent les fesses et dégagèrent vivement. Et bien évidemment jamais on ne les revit. En d’autres lieux on étendait de la braise sur les aires où, à la nuit tombée, ils dansaient.

    Rejetés par les autres tribus Korriganes, qui les ont accusés d’être les amis des chrétiens, Les Teuz se sont réfugiés dans le Léonnais.

     

    L’attrait qu’exercent les chevaux sur les Korrigans a maintes fois été observé.

     Le Maestre Yan ou Mait’Jean est un grand palefrenier. Il panse, il étrille et vide les écuries. On dit que quand les bêtes hennissent au milieu de la nuit : « C’est le lutin qui les nourrit »

     Les valets de fermes constatent au matin les nombreuses traces de son passage : la crinière et la queue de l’animal sont joliment tressées et des gouttes de cire, coulées des bougies, marquent l’encolure de l’animal dont il s’est occupé.

     

     


    D’autres fois, il se montre plus facétieux. Le Boudic vole les crins et coupe ceux de la queue. Ou encore assis sur l’encolure, il galope et épuise les meilleures montures.

     Parfois, certains Teuz ne peuvent se résoudre à quitter leur demeure malgré l’abandon de la ferme par ses exploitants. Il existe dans des masures en ruines, envahies de lierre et de ronces, des petits coins d’écuries balayés patiemment, qui attendent de nouveaux arrivants.

     

    © Le Vaillant Martial 

     

     

     



    [1] Dernière crêpe de la soirée, déposée devant l’âtre à l' intention des korrigans pour les remercier d’exécuter pendant la nuit diverses tâches et corvées.


     

      
     

     


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  • i le Korrigan témoigne un respect évident pour crapaud et salamandre, on peut parler d’affection dès lors qu’il s’agit du Grillon. On le soupçonne même parfois, tant il apprécie ce joyeux petit compagnon, d’en revêtir l’apparence pour pouvoir ainsi striduler de concert !

    Le Korrigan lui donne un autre nom, il l’appelle « la sentinelle », et s’il raffole tant de son chant joyeux, c’est aussi pour une raison on ne peut plus opportuniste...

    Quand, au cours d’une promenade, au beau milieu d’un champ, le Korrigan est pris de l’envie de faire la sieste, il va aussitôt se mettre en quête d’un trou de grillon. En effet, d’une extrême méfiance par nature, le grillon chantera tant qu’un danger ne se présente pas.


     

     

    Mais si cela se produit, son chant s’arrêtera net et le silence, du même coup, réveillera notre dormeur qui s’empressera de se cacher !

    Si vous voulez surprendre un Korrigan à sa sieste, suivez le chant du grillon, mettez-vous face au soleil, pour l’ombre, et faites-vous aussi léger qu’un papillon car au moindre craquement de brindille... tant pis !


     

    Il y aussi le cas d’espèce typique où le Korrigan a trouvé le petit coin idéal  pour une sieste, mais pas le moindre bout d’antenne de grillon dans les parages !...

    Qu’à cela ne tienne, au  petit trot, ce qui est quand même rapide pour un lutin, notre bonhomme s’en retourne dans son antre et revient avec une « boîte à grillon ».

    En effet, en plus des crapauds et salamandres domestiques il n’est pas rare qu’un Korrigan fasse l’élevage de grillons...


     

    ulle porte ne fermera jamais une boîte à grillon...

    Car s’il existe bien un peuple qui aime à ce point les grillons, jusqu’à leur confectionner de petites demeures c’est bien celui des Korrigans.

    Il est étonnant de voir avec quel entrain et quelle ingéniosité un Korrigan va s’escrimer à réaliser la plus jolie, la plus confortable des petites niches. Et il semble, contre toute attente, que les grillons raffolent de ce genre d’attentions. Plus le soin apporté à la confection de son domicile sera grand et plus le chant du grillon sera beau et joyeux.

    Les boîtes à grillon peuvent être fabriquées dans les matériaux les plus divers. J’ai pu observer des modèles de boîtes confectionnées dans de simples feuilles d’écorce roulée, ou dans un morceau de bois dont le cœur avait été évidé.


     

    Mais, à l’opposé, j’ai pu admirer, dans la demeure cossue des environs de Berrien, une magnifique boîte à grillon toute d’or façonnée ! Elle n’était qu’arabesques à la finesse extrême, toute en volutes entrelacées et ciselures ouvragées. C’est peu dire de l’affection que certains portent à leurs grillons.

     

    Les boîtes à grillons peuvent être fabriquées dans les matériaux les plus divers. J’ai pu observer des modèles de boîtes confectionnées dans de simples feuilles roulées, ou dans un morceau de bois évidé. Mais à l’opposé, j’ai pu admirer, dans la demeure cossue d’un riche patriarche des environs de Berrien, une magnifique boîte à grillons toute d’or façonnée ! Elle n’était qu’arabesques à la finesse extrême toute en volutes entrelacées et ciselures ouvragées. C’est peu dire de l’affection que certains portent à leur grillon !

    ... Petite galeries de boîtes à grillon ...


     

    Petite boite à grillon d’inspiration orientale, rapportée à grands frais à dos de goéland des lointaines terres levantines.


     

    Jolie petite niche en forme de boule, dont la technique de tissage a été apprise d’un couple de tisserins, bien loin de ses pénates Africaines, et en visite chez des cousins Armoricains... 

    Qu’elles soient de factures on ne peut plus rustique ou bien au contraire les plus élaborée du monde, les boîtes à grillon sont de tradition dans les us et coutumes du Korrigan depuis la nuit des temps.


     

    Niche de porte d’une demeure de teuz en fer martelé des environs de Saint-Pol-de-Léon.

     

    © Le Vaillant Martial 


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