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    Une diversité de noms et de formes ...

    u XVIIIe siècle, en Bretagne, les lutins étaient extrêmement nombreux et divers. Connus sous mille et un noms, ils ne formaient malgré tout qu’un seul et unique peuple. A leurs propos le folkloriste Paul Sébillot[1] passe du pluriel au singulier, il dit « bien que les lutins soient capables de s’attacher aux maisons ou à leurs habitants, et de se plaire à leur rendre des services, c’est une race espiègle, généralement susceptible et malfaisante, et il n’y a point à se fier à leur amitié »

    À la lecture des études et des récits des auteurs, il ne fait aucun doute que la diversité des lutins et créatures identifiées comme tels ne constituent qu’une seule nation, communément reconnue sous les appellations « Petit Peuple », « Lutins »ou « nains ». Leurs véritables noms sont aussi divers et variés que le sont leurs formes, mais cette déroutante abondance de termes et de descriptions en doit pas dérouter le lecteur : tous appartiennent à la grande famille des lutins de Bretagne.

    La diversité des appellations est avant tout due à la richesse des patois et vocables locaux. Chaque région possède sa langue et donc un terme propre servant à désigner les lutins qui l’habitent. L’archiviste René-François Le Men[2], dans un jargon propre à la fonction, met en garde quiconque s’aventurerait en territoire lutin ou se risquerait à leur étude, confrontant le lecteur à la complexité de la situation : «  Les traditions populaires de Bretagne sont celles qui se rapportent aux nains. On peut dire qu’elles sont répandues dans toutes les communes où l’on parle le breton, mais ces êtres mystérieux y sont désignés sous des noms différents suivant les localités.

    Ainsi dans les départements du Finistère et du Morbihan, on les nomme généralement Corrikêt, pluriel de Corrik, diminutif de Corr « Nain », féminin Corrigan « petite naine », pluriel Corriganed, et par abus, sur la limite du Finistère, Corriganed, et même Torriganed. La forme féminine Corrighez, pluriel Corrighezed est moins usitée. Dans tout l’ancien évêché de Tréguier, dans le haut-Léon et dans une partie des Montagnes Noires, surtout à l’est de Châteauneuf du Faou, on les appelle Corrandoun ou Corrandon, «  Nains des (lieux) profonds, pluriel Corrandouende ou Corrondoned, féminin Corrandounez ou Corrandonez,  « Naine des lieux profonds », pluriel Corrandounezed ou Corrandonezed, par abus Cornandonezed. On les désigne encore sous le nom de Paotred-ar-zabbat, « garçon du sabbat », dans le Léon et sous celui de boudiked, dans une partie des Monts d’Arrée ». L’indigeste énumération pourrait compter des dizaines d’entrées similaires, tant les lutins sont nombreux. On y apprend au passage que le nom aujourd’hui répandu de « Korrigan »est utilisé à tort pour qualifier l’ensemble des lutins : ce terme désignait initialement les femmes des lutins en pays bretonnant. Une frontière culturelle oppose la Bass-Bretagne bretonnante et la Haute Bretagne qui parle le Gallo et le Français. Attestée depuis le XVe siècle, cette ligne a évolué au fil du temps, reculant peu à peu jusqu’au Finistère pour disparaître. Au XIXe siècle, époque dans laquelle, s’inscrivent les témoignages, cette limite linguistique s’étend approximativement de la ville d’Étables à celle de Muzillac.

    Outre les divergences linguistiques, la multiplicité des noms est imputable à plusieurs éléments qui révèlent l’étymologie. En premier lieu, elle met en évidence, la nature du lutin. Si la description ordinaire des lutins nous montre des petits êtres malicieux à la figure vieillotte, cette réalité n’est que partielle, car il existe bien des sortes de créatures. Dans la myriade d’êtres « surnaturels » appartenant ou peuple des lutins, prenons par exemple les esprits follets, nains invisibles prenant l’apparence de petites flammes, que l’on aperçoit dans les landes, les marais et les cimetières. À leur propos, Le Men indique : « On appelle Ankelc’her (l’errant, le circulant), à Saint-Pol-de-Léon, Letern-noz (lanterne de nuit), dans l’arrondissement de Quimper, Potr ar sot tan (le gars du tison) dans l’arrondissement de Quimperlé , Keleren dans les autres localités, etc. » Aux côtés des lutins habituels, et des follets on trouve aussi quelques animaux, des esprits malicieux métamorphosés en bêtes sauvages ou domestiques, fréquentant les bois ou les enclos des pâtures pour terroriser les passants. Ils sont connus diversement sous les noms de Marioche, Fersé, Gabino, Veau blanc ou Fausserole, selon les régions. Dans la vaste tradition des lutins, la tradition inclut certaines créatures marines comme les Morgans, Tud-Gommon, Tréo-Fall et Cornandons, des êtres hybrides qui fréquentent les houles. Leurs noms révèlent parfois leur nature ainsi les Dud-vor et Tud-Gommon sont les « hommes de la mer ».

    Lorsque l’étymologie ne met pas en évidence une difformité quelconque, elle s’en remet à l’habitat pour différencier les clans. On sait par exemple que les Tréo-fall fréquentent les rivages et les Morgans préfèrent les profondeurs de la mer, que les Kornikaneds vivent dans les forêts, les Poulpicans dans le creux des vallées et les Crassous dans la fange.

    Certaines tribus sont attachés à un territoire plutôt qu’à un type de terrain : ainsi on apprendra que les Teuz se sont réfugiés dans le pays de Léon, alors que les Korils égaillent les nuits des landes de lanvaux. Le Men donne une idée de la diversité du Petit Peuple en précisant que « chaque chemin creux, en basse-Bretagne, chaque pont, chaque précipice a son lutin particulier » et chacun d’entre eux possède son nom propre...

    Les légendes foisonnent ainsi de noms particuliers comme le Kornandon, Coiffette ou le Teuz-Ar-Pouliet, pour ne citer que les plus connus.

    Il existe une impressionnante variété de formes et d’apparences, c’est pourquoi il faut se méfier de l’image générique et caricaturale. Les uns sont minuscules à l’image des Fions, d’autres sont gigantesques, capables de se faire aussi grands que des géants, à la manière du Collé Porh en dro. Des lutins sont velus d’autres sont imberbes, certains portent des pattes de bouc, d’autre des cornes, les uns sont sauvages et dangereux, vivant nus dans les forêts, tandis que les autres sont aimables et civilisés, vêtus à la manière des hommes dont ils  fréquentent les maisons. Quelques-uns sont solitaires et errants, d’autres vivent en famille ou ne grand nombre, dans de petites demeures chaleureuses et bien entretenues aussi bien que dans des palais immenses. En somme il existe mille noms pour mille visages, et les seuls points communs qui rassemblent ces espèces sont leur essence surnaturelle et leur rythme de vie nocturne.

    Cette communauté de créatures est avant tout le fait des hommes et de leur tradition orale, qui les ont toutes rangées dans un ensemble assez flou. Sébillot note à ce propos : on les nomme Lutins ou Mait Jeans, Follets ou Esprit Follets. Ce dernier nom qui est aussi en usage dans le Morbihan, est employé plus fréquemment dans le voisinage du pays bretonnant qu’en Ille et Vilaine. Mais ce sont là leurs noms génériques, ils en portent d’autres particuliers aux espèces comme le suggère le folkloriste, les lutins peuvent porter des noms directement liés à leurs activités ou leurs fonctions, à l’image des Korils qui sont « ceux qui dansent ». Ils renseignent parfois sur leurs méfaits et les risques qui pèsent sur ceux qui  croiseraient leurs chemins. Le Foulou au faudau est ainsi connu pour « fouler » (ou « fauder ») ses victimes endormies, Les Houpoux sont des « appeleurs » ou hopper qui interpellent les paysans pour les égarer, à la manière des Éclairou qui eux les guident avec leurs lanternes. Certains noms désignent tune capacités extraordinaire, comme c’est le cas de Jetins qui ont la faculté malgré leur petite taille, de « jeter » des menhirs à travers les plaines.

    Sans que les noms s’en fassent nécessairement l’écho, les tribus de lutins se différencient souvent par leurs activités. À titre d’exemple les Teuz aident les humains, tandis que les Maître Jean sont spécialisé dans le soin des chevaux.

    En dehors de ss appellations génériques et des noms de tribus, ou clan, le travail laborieux des folkloristes nous a permis de savoir que les lutins portaient chacun un nom spécifique. Plusieurs sont connus et nous ont été transmis dans les textes. Certains ont été donnés par les hommes pour nommer une créature solitaire c’est par exemple le cas des célèbres Mourioche et Nicole, qui sévissaient en Haute-Bretagne. D’autres sont des prénoms de lutins, entendus et retenus par les conteurs. Près de Roscoff, on se souviendra peut-être de Siphonel et Targel ou du couple formé par Ricaman et Tripadaloup. Près de Lorient, à Riantec et Plouhinec, les sources n’ont pas oublié les noms de Jilofré et Féludoré. Tous ces noms ont une consonance particulière, qui ne ressemble en rien aux prénoms des hommes, pourtant certains portaient des noms de baptême chrétiens. Il y a par exemple  un petit et vieux Pierre sur la commune de Laz et une Martine près de Montours.

    Il existe enfin une masse indéfinissable de créature inconnues ou du moins ne portant aucun nom des hommes. Sébillot le rappelle à juste titre : «  À côté des lutins qui ont leurs noms et leurs fonctions spéciales, il en est d’autres qui n’ont point de noms particuliers, mais qui peuvent se montrer sous les formes les plus diverses, sous celles d’hommes, de bêtes, même parfois prenant l’apparence d’objets inanimés. »

    Toutes ces différences pourraient remettre en doute l’unicité du Petit Peuple, mais leu communauté n’est pas fondée sur l’espèce ou l’origine : elle semble reposer sur le sentiment commun d’appartenance à une même nation.

    © Le Vaillant Martial 

     

     



    [1] Paul Sébillot (1843 -1918) est écrivain et folkloriste. Son travail de compilation, est peu égalé. Il est un des artisans et le directeur de la Société des traditions populaires.

    [2] René François Le Men est un archiviste du Finistère engagé dans la promotion de la langue Bretonne et la transcription orale qui lui est  associée.


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  • Première approche des Lutins en Bretagne

     

    L  s’écrit et se dit beaucoup de choses sur le Petit Peuple de Bretagne, ces lutins que tout le monde connaît sous le nom de « Korrigans ». Nombre de ces dires appartiennent plus à l’imaginaire qu’à la réalité d’une tradition et d’une croyance populaire établie depuis plusieurs siècles.

    Comme l’esprit des enfants et de toux ceux qui ont refusé de rompre avec, le monde des rêves, la Bretagne est une terre de mystères, un pays de légendes, peuple de créatures merveilleuses qu’une tradition orale puissante a su préserver et entretenir.

     

    La brume des forêts de chênes rappelle le caractère magique de cette région gorgée d’histoire. La mousse des pierres millénaires et la profondeur des lacs révèlent au voyageur attentif l’existence d’un monde invisible connu des seuls initiés.

    Le vent du large soufflant sur les landes déserte enseigne la méfiance de ce que l’on voit et sans doute plus encore de ce qui ne peut être vu.

    Et la lutte des flots enragés contre les côtes de granit souligne qu’il est des forces que l’on ne peut dompter. La Bretagne toute entière pousse à s’aventurer hors des sentiers battus de la rêverie. L’imagination est sans doute le bien le plus précieux de l’humanité : elle enrichit les êtres et les histoires, et fonde une partie du patrimoine oral de demain. Le trésor breton tient autant de la richesse de sa tradition passée que de la diversité de son imaginaire à venir. Sa survie repose sur un équilibre fragile qu’il convient de protéger et de renforcer.

     

    Poursuivant l’œuvre des conteurs des temps anciens, les folkloristes actuels, artisans de la continuité, apportent leur contribution à un héritage qui ne doit pas sombrer dans l’oubli. Il est indispensable que les nouveaux récits ne détruisent rien de la mémoire passée. Les récits de jadis ont souffert des bouleversements du XXe siècle, des conséquences de la révolution industrielles, de l’exode rurales, des guerres mondiales, de l’uniformisation des cultures, de la lutte contre le breton... Malgré les nombreuses pertes, une large part de cette tradition orale est sauve.

     

    Durant le XIXe siècle, qui a vu s’élever les nations, les peuples d’Europe se sont plongés dans leur mémoire afin de mettre au jour la richesse de leurs mythes et de leurs cultures. Dans une contrée du bout du monde, en Bretagne, des folkloristes érudits on fait de même. Ils ont sillonné la péninsule en quête d’histoire fantastiques, de témoignages troublants et de légendes populaires. Allant à la rencontre des anciens, ils sont parvenus à compiler les récits de la tradition orale ; la matière de Bretagne. Nombre de gens l’ignorent aujourd’hui, mais quantités de légendes venues de l’héritage des bardes et des conteurs sont arrivées jusqu’à nous. Ce précieux legs nous a été transmis par une troupe de lettrés, précurseurs de l’ethnologie : Paul Sébillot, René-François Le Men, François Marie Luzel, Émile Souvestre, Joseph Frison, Théodore Hersart de la Villemarqué et d’autres.

    Écoutant attentivement, notant consciencieusement, ils ont réussi à figer un folklore menacé d’extinction. Grâce à eux et à leur travail, les générations actuelles peuvent revivre les temps lointains où les hommes vivaient mari les êtres de légendes. Plusieurs de ces auteurs n’ont pas hésité à agrémenter les témoignages des fruits de leur propre créativité, d’autres ont ignoré certains sujets, les rejetant au rang des fadaises et des superstitions. Mais une majorité d’écrivains, les plus précis n’a pas voulu condamner les paroles de leurs sources, préférant accorder le crédit de l’objectivité. Ils ont étudié la matière recueillie avec la plus grande attention et beaucoup de méthode. Ils ont abordé les lutins, les fées, les géants, les lavandières de nuit et toutes les créatures de la tradition populaire, comme ils l’auraient fait avec n’importe quel peuple disparu. Ce choix et cette démarche se sont imposés à l’écoute des récits. Car, pour ceux qui les ont contées, ces histoires relevaient bien de la réalité, leur appartenance au passé n’ôtant rien de leur véracité. Les folkloristes et autres archivistes ont transcrit une tradition pleine de réalisme, faite de croyance et de convictions. Et puisque l’existence de ces êtres magiques n’était pas  mise en doute par les conteurs, il convenait d’aborder la question avec le plus grand sérieux. La disparition de la magie dans le monde actuel, l’incompatibilité des récits avec la rationalité ambiante ne doivent pas pousser le lecteur à renier ou dénigrer les certitudes passées. Il en est tenté, il lui suffira de se rappeler que si la réalité a toujours inspiré les rêves, eux seuls ont le pouvoir de la façonner.

    À travers les témoignages des folkloristes du XIXe, il est possible de reconstituer les croyances populaires relatives aux lutins et de rétablir leur réalité. Pour ce faire il convient de récolter les précieux indices laissés par la tradition, de les compiler avec méthode et d’y relever chaque détail avec rigueur afin ue le visage authentique du Petit Peuple se dessine dans le réalisme et l’abondance des descriptions. Ce travail dévoile le portrait d’un monde Lutin pluriel et complexe, possédant son histoire propre, ses tribus, son organisation sociale, ses meneurs, ses pratiques... En somme, le portrait d’un peuple disparu que l’on dit imaginaire, mais qui possède tous les traits d’une communauté bien réelle.

    À travers les témoignages des folkloristes du XIXe siècle, il est possible de reconstituer les croyances populaires relatives aux lutins et de rétablir la réalité. Pour ce faire, il convient de récolter les précieux indices laissés par la tradition, de les compiler avec méthode et d’y relever caque détail avec rigueur afin que le visage authentique du Petit Peuple se dessine dans le réalisme et l’abondance des descriptions. Ce travail dévoile le portrait d’un monde lutin pluriel et complexe, possédant son histoire propre, ses tribus, son organisation sociale, ses mœurs, ses pratiques... E somme le portrait d’un peuple disparu que l’on dit imaginaire, mais qui possède tous les traits d’une communauté bien réelle.

     

     

     

    © Le Vaillant Martial 


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  • Chipoteries, Duels et Mesquines querelles

     

    e Korrigan peut être d’une amabilité sans pareille, d’une bonhomie, d’une gentillesse, d’une serviabilité sans faille.

    C’est un éternel galant, déployant sans compter des trésors de bonnes manières. Malheureusement il faut bien convenir que la plupart du temps le korrigan a un véritable caractère de cochon.

    Mais là où d’autres exprimeront leur point de vue au cours d’une conversation animée, certes dont le ton resterait fort courtois, le korrigan quant à lui, préférera tout de suite en venir aux mains. Il faut dire que le sieur est chamailleur et d’une mauvaise foi abominable. Il fera donc tout son possible pour faire entendre sa vérité même s’il sait pertinemment qu’il a tort depuis le début ! Quand les mots ne suffisent plus, on applique une autre méthode !

    Et suivant l’importance du différend, on distinguera plusieurs degrés dans l’explication.... Il y a l’explication de base dite du Penn baz. Pour ladite explication qui n’est ni plus ni moins qu’un duel, il faut aller sur la lande, une clairière conviendra à la rigueur.

    Se munir de son plus beau Penn-Baz littéralement « bâton à casser la tête ».

    Les Korrigans ont la folie des bâtons, ils en ont de toutes les sortes et pour tous les usages : le bâton à marcher, celui à baluchon, pour se gratter etc...

    Il va sans dire que le Penn baz est la pièce maîtresse de leur collection, teinte au brou de noix et lustré à la cire d’abeille.

    L’impressionnant pommeau est souvent recouvert d’or ou d’argent et, dans certains cas, serti de pierres précieuses.

    Avant de débattre, on noue autour du bâton quelques rubans de couleur. Il n’y a là aucune signification, c‘est simplement pour faire joli.

    ieux vaut se faire accompagner de trois amis.

    Ils serviront de témoins et se porteront garant du bon déroulement de l’affaire. Sur le chemin, ses compagnons venteront ses mérites et l’encourageront à grands renfort de claques dans le dos.

    Cela pose problème, car, étant donné que l’explication se fait entre amis, les témoins de l’un sont aussi ceux de l’autre ! Ainsi il n’est pas rare de voir cheminer de concert une compagnie de cinq joyeux braillards, on se dit alors qu’ils vont à un débat d’opinions.

    Mais qu’à cela ne tienne, entre gens de bonne conditions on peut se faire confiance et de toute les manières, les deux compères sont trop pressés de se démontrer qu’ils ont chacun raison, pour s’arrêter à ce genre de détail ! Sans plus de cérémonie, la joute commence et se termine tout aussi rapidement, nos deux larrons assommés pour de bon !

    Ce n’est qu’une fois réveillé qu’ils réalisent avec soulagement qu’ils avaient tous les deux raison... ou bien tort, c’est selon.


    uoique n’étant que plaies et bosses. C’est ravi de la tournure qu’a prise l’explication qu’ils s’en vont, bras dessus, bras dessous, vers de bruyantes et joyeuses libations fêter leur toute nouvelle réconciliation et leur amitié revigorée.

    Il m’est dernièrement venu aux oreilles que mère nature, loué soit son nom, m’a faites fort grandes d’ailleurs, que des humains par une profonde amitié puisqu’ils se nomment entre eux compagnons avaient repris pour leur compte, et cela afin de résoudre des désaccords d’opinion, notre fameuse coutume de l’explication du Penn Baz. Comme quoi, quand il fait montre d’un rien de raison et d’un peu de bon sens, l’humain peut presque paraître civilisé !

     


    L’explication du gant 

     

       L’explication du gant est nettement plus sérieuse et s’applique dans les cas où la crudité des propos dépasse l’entendement ! Les deux débatteurs se lèvent alors 

    au grand dam de la tablée en prononçant la terrible phrase : « Souffrez que je vous soufflète » puis, le geste solennel, se présentent leur gant et, sans plus, commencent à s’envoyer un chapelet de claques sonores au visage ! Il arrive que l’un des protagonistes conserve la main dans le gant. Cela reste tout à fait convenable et donne, il faut le reconnaître plus de poids à l’explication.


      Il existe un cas extrême. Quand la divergence d’opinion a atteint des sommets dans l’abime. Quand le bâton ou le gant ne suffise plus, on opte avec beaucoup de réticence pour l’explication de la punaise.

    Chacun part de son côté quérir un beau spécimen de punaise dans un roncier des alentours. Par punaise, il faut bien sûr comprendre l’insecte, celui qui a la très désagréable manie de libérer des effluves nauséabonds sitôt qu’il se sent menacé. Une fois ce choix effectué, tous deux s’en reviennent avec leur spécimen sous le bras pour s’enfermer dans un terrier bien clos. Faute d’avoir un observateur dans la place on ne sait pas bien ce qui s’y passe.

    Tout ce que l’on peut dire de l’affaire, c’est qu’au bout d’un temps plus ou moins long l’assemblée de curieux, l’oreille collée à la porte du terrier entend soudain, provenant de l’intérieur, monter des cris ignobles, des râles effrayants et des gargouillis infâmes ! Un silence et pesant s’installe.

    Puis, dans une plainte lugubre, la porte s’entrouvre et l’assistance pétrifiée voit émerger dans un nuage de puanteur indescriptible, le pas incertain et titubant, deux êtres au faciès verdâtre aux yeux rougis d’avoir trop pleuré, une bave blanchâtre aux coins des lèvres !

    En les voyant s’éloigner ainsi, sans un mot et se soutenant l’un l’autre, personne n’ose poser de questions car cela supposerait trop d’explications et on sait pour le Korrigan, ce que cela veut dire !

     

     

    © Le Vaillant Martial 


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  • De l’origine du nain dans la littérature

     

    On ne le sait toujours pas, mais le Korrigan, comme tout à chacun a un logis, assez rustique mais malgré tout confortable.

    Cependant son antre, doit absolument demeurer secret aux yeux des hommes... Aussi ne peut-il pas laisser échapper la fumée de son feu ou les âcres émanations de sa bouffarde qui révéleraient à coup sûr sa présence.

     

    C’est seulement au soleil couchant, lorsqu’il émerge à l’air libre, que la fumée enfin libérée s’échappe en un épais nuage pour se mêler à la brume du soir.

           Ainsi un jour, il  y a de ça fort longtemps, le curé de Plounéour-Menez qui regagnait ses pénates à la brume après avoir donné les derniers sacrements à un pauvre bougre à l’agonie, eut la très mauvaise idée, pour épargner ses vieilles jambes de couper par la lande.

    Ce qui devait arriver, bien évidemment arriva. Notre brave curé tomba  nez à nez avec un korrigan qui surgissait de terre. !

     

    Le bonhomme crut sa dernière heure venue en s’imaginant voir le diable ou l’un de ses suppôts jaillir du cœur des enfers tout environné de fumée et empestant le souffre à plein nez.

    Sans demander son reste et retroussant sa grosse soutane, il prit ses jambes à son cou et courait en arrivant au presbytère du village.

     

    Le dimanche suivant à la messe, et devant la dévote assemblée, il fit un tel sermon à glacer le sang qu’on se persuada dans à travers le pays que la porte des enfers était bien là, sur la lande, et que les diables noirauds et hirsutes attendaient les égarés pour les entraîner à coups de fourches vers les brûlants abîmes infernaux.

     

     

    À la fin de l’office, sur les marches de l’église, les langues se démenèrent. Et ainsi de village en hameau, de val en coteau, le récit qui bien sûr, tout au long du chemin, prenait une ampleur dantesque arriva aux oreilles d’un certain Hersart de la Villemarqué qui, en gomme de lettres, décida quant à lui de prendre sa plus belle plume...

    Le Korrigan, bien malgré lui, entra ainsi dans la littérature des hommes...

    ... et dans la légende...

     

    Malheureusement, et c’est bien dommage, comme toutes les belles histoires, celle-ci doit trouver sa fin...

     

     


    ... Pourquoi alors ne pas laisser nos paupières se fermer et retourner bien vite vers le merveilleux qui vogue à jamais sur les ailes du rêve....

    ... Imaginer surprendre encore, l’orée d’un songe, un Korrigan en galante compagnie...

     

    Et s’en aller heureux sur la pointe des pieds.

     

     

    © Le Vaillant Martial 


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    es Korrigans attendent avec une impatience fébrile la pousse des Ronds De Fées pour entamer la fameuse Danse dite « de la ronde ». Le pas de danse est assez simple et consiste un pointé, jeté, puis un rond de jambe avant de sauter dur le champignon suivant. Et ainsi de suite, tout cela bien sûr peut se faire en se tenant ou non la main.


     

     

     

      Pour que la danse soit effectuée de jolie façons, il faut au moins être trois. Le sourire et la bonne humeur sont fortement conseillés !


     

      Et la chanson me direz-vous ? De celle qui accompagne joliment toute mélodie, la gouailleuse ou la charmante ? La légère et la désuète ?

    Celle qu’on lance à la ronde pour ponctuer une marche, pour aider à la tâche, pour s’échauffer la glotte ?

    Est-ce le fait d’avoir vécu trop longtemps sous terre au cœur de la pierre, toujours est-il que notre organe est si rouilleux que nous serions malgré la meilleure volonté du monde, bien en peine d‘y planter le moindre soupçon de justesse !

    Plutôt  que de faire fuir autour de nous, nous préférons écouter ou accompagner de nos instruments le chant des fées ou, sur les grèves venteuses les chants mélancoliques des Mari-Morganes....

     

    © Le Vaillant Martial 


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