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    Il est dit qu’à la sixième heure du sixième jour de la création du monde nain, Riaël le sage décida de faire la sieste.... Il rêva longtemps.

    Et de ce rêve doux et farfelu jaillirent en sarabandes joyeuses des fées qui peuplent, tranquilles des berges moussues des eaux dormantes, les esprits sylvestres, protecteurs des forêts profondes, les grandes tribus de nains, bons ou malicieux qui courent à jamais les landes, les grèves ou le cœur de granit de cette terre de Bretagne

    Ceci est leur histoire .....

     

     

     

     

    © Le Vaillant Martial 


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    Ce jour-là, Messire Tudual Ambic émergea de son antre, de très bonne heure. S’il est vrai qu’on puisse considérer qu’une fin d’après-midi est une hure décente pour se lever ...

    Mais sieur Tudual d’essence Korrigane et, de ce fait, considéré par ses frères et ses cousins comme un lève-tôt.

    Baillant et s’étirant, notre Korrigan de sa clef de roche, referma la porte de pierre qui dissimulait l’entrée de sa demeure caverneuse.

    Et comme chaque jour, notre petit bonhomme se demanda ce qu’il allait bien pouvoir faire.


     

    N’avisant aucun humain dans les environs, à qui il aurait pu jouer un tour pendable, il décida de descendre vers les grèves pour se restaurer de quelques ormeaux et crustacés.


     

    Braugal Peaudroche, quant à lui s’ennuyait. Il émergeait d’un sommeil qui lui avait paru sans fin. Ce qui somme était le cas, puisqu’il avait été touché par un sortilège de « long sommeil », qui avait duré quelques siècles.

    En soi, cela avait peu d’importance, car Braugal était immortel, à peu de choses près. S’il avait été humain, cela aurait été incroyable, mais Braugal était un brave géant, l’un des derniers représentants des Brise-pierres de l’Ouest.

    Ses pensées suivaient un chemin lent et paisible. Immobilisé depuis tant de temps, il sombrait depuis dans une agréable rêverie, qui lui faisait oublier peu à peu le poids de sa situation présente.

    Il n’avait que de vagues souvenirs des guerres terribles qui, autrefois, bien avant t l’homme avait opposé les Grandes Races. Son esprit simple avait effacé les terribles scènes de la bataille, où il avait vu ses frères tomber un à un, vaincus par les terrifiantes hordes Korriganes qui les avaient anéantis, ensevelis sous des chaos de roches.

    Lui pour sa plus grande honte, n’avait dû son salut qu’à une fuite sans but qui l’avait mené là, au bout de la terre. Harassé de fatigue, il s’était écroulé au bord de l’eau pour sombrer dans une profonde sieste.

    Une troupe de Korrigans qui s’en revenait de guerre, et passait par-là pour rejoindre son royaume souterrain, décida avec beaucoup de malice de lui jouer un tour à sa façon en invoquant le grand sort des « songes profonds ». Puis, sans  plus s’en faire, s’en alla en gloussant de plaisir au spectacle du lourdaud endormi pour le compte.

    Le temps avait passé, et peu à peu le puissant sortilège s’était émoussé, laissant le bon géant s’éveiller de nouveau à la vie.

     


     

    Le sieur Tudual, pendant ce temps, arriva  à la grève et se mit sans attendre en quête de bonnes choses de la mer.

    Pour ouvrir son appétit, il ramassa moult berniques qu’il avala par pleines poignées, les croquant avec délectation. Le Korrigan est ainsi fait qu’il peut manger n’importe quoi : du plat savamment cuisiné, au mets le moins ragoûtant, comme une bernique crue avec sa coquille par exemple.

     

    Tout à ses recherches, il soulevait quantité incroyable de cailloux, surprenant un tourteau ou une famille d’anguilles dans un trou d’eau. Mais décidé qu’il était à avoir du homard à souper, notre petit bougre soulevait des rochers de plus en plus gros. Tant et si bien qu’il arriva que ce qui devait arriver....

    Notre petit furieux, avisant un trou de rocher prometteur, y fourra la main, espérant piéger le noir crustacé.

     

      

    Braugal le géant émergea de ses pensées rêveuses, gêné par quelque chose qui le grattait. Ouvrant les paupières avec lassitude, il fut quelque peu surpris de trouver un de ces détestables Korrigans à cheval sur son nez.

    Il gronda, et quand un géant gronde, c’est la terre qui tremble. Puis d’une voix qu’il voulait impressionnante, il dit :

    -  Hé, le nain ! Tu as le bras dans ma narine !

    Le sieur Tudual, de surprise, fit un bon prodigieux et partit cul par-dessus tête bouler par-dessus les rochers.

     

    - Sabots d’bouc ! fit le petit drôle en se remettant sur ses pattes.

    Le Korrigan, reprenant ses esprits et un peu d ‘assurance, vit alors qu’il avait affaire à un géant. Il faut dire qu’avec le temps, la mer et la nature avaient recouvert Braugal de lichen, de berniques, de bigorneaux et d’algues de toutes sortes, qui lui faisaient comme une grosse barbe indisciplinée.

    - Que je sois béni, si nous n’avons pas là un Gargan vrai de vrai ! s’exclama Tudual.

    Une vieille rancœur venue du fond des âges s’éveilla en Tudual. Mais comme le géant ne manifestait aucune agressivité particulière, il décida de s’approcher :

    - Tu es tellement pouilleux... fit-il en le montrant du doigt, que je n’ai aucune différence entre toi et les rochers qui t’entourent

     


    Lentement, le géant souleva une de ses énormes mains qui se sépara avec des bruits de craquements du rocher où elle reposait, car les concrétions marines, au fil du temps avaient soudé celle-ci à la roche. Grande fut sa surprise en contemplant les ouvrages du temps :

    - Mais, je n’ai fait qu’une sieste... murmura Braugal, désappointé.

    - Soit tu as le sommeil plutôt profond, soit quelqu’un t’a joué un tour !... fit le nain avec malice.

    Se souvenant, bien sûr que dans les environs, il y a bien longtemps, une horde de ses cousins Tug-gommon, moitié naufrageurs moitié jeteurs de sorts, sévissait sur ses côtes. C’étaient bien d’eux que de jouer un méchant tour à un indésirable, venu s’aventurer sur ce qu’il considérait comme leur territoire.

    Regardant le géant, Tudual eut une grimace malheureuse. Ce qui, en langage humain pouvait correspondre à un soupçon de pitié.

    Le géant commença à bouger sa grosse carcasse, s’extirpant peu à peu de la gangue de granit qui, au fil du temps, s’était formée autour de lui. Son esprit plutôt lent était arrivé à la seule conclusion possible :

    - J’ai dormi longtemps ?

    C’était plus un constat qu’une question.

    - On peut dire ça comme cela ! fit Tudual, en souriant.

    - Soudain son regard s’illumina, car le géant en bougeant, et en se redressant, avait dérangé toute une colonie de homards qui avaient élu domicile dans tous les plis de sa broigne de cuir et dans ses grandes baies de jute.

    Les crustacés, dérangés dans leur quiétude, essayaient lourdement de fuir vers des lieux plus hospitaliers.

    - Mon gros, tu es ma providence ! fit le Korrigan joyeux en bondissant après les infortunées bestioles.

     

     

    Au crépuscule, notre petit furieux pouvait se vanter d’un impressionnant tableau de chasse sous le regard affable du géant, ébahi devant tant de rapidité.

    Les Korrigans, c’est connu ont les yeux plus grands que le ventre. Mais là, en vérité, c’était vraiment trop, même pour un bon ripailleur comme  Tudual.

    Regardant tour à tout le géant et la montagne de crustacés, il demanda à Braugal :

    - Dis-moi mon grand, tu as déjà mangé du homard cuit sous la braise ?

    - Ma foi... non ! fit le géant en se grattant le ventre, et il est vrai que je commence à avoir un petit creux.

    - Alors c’est dit, je t’invite à ma table !

     

    La lune brillait haut dans le ciel bleuté quand nos compères achevèrent le festin. Repus, ils se laissèrent bercer par le calme de cette nuit tranquille, quand tel un coup de canon, Braugal lâcha un rot :

    - Oh mille pardons ! fit le géant en regardant, gêné, son compagnon.

    - C’est rien, mon gros, ton bel appétit fait plaisir à voir ! fit el Korrigan en lui tapant sur la cuisse.

    Geste qu’il regretta aussitôt, car Braugal avait la peau dure comme pierre. Braugal regardait le petit bougre qui, juché sur son énorme genou, sautillait en se tenant la main et en hurlant comme un beau diable. Le géant se mit à rire, et ce fut comme le tonnerre sur la mer.

     

    Le nain, voyant cela, ne tarda pas à s’y mettre aussi, leurs rires partagés cette nuit-là lièrent leur amitié à tout jamais.

    © Le Vaillant Martial 


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  • Korrigans ceux de la maison

    Le volet coulissant du lit clos a glissé lentement sur son rail. Seuls les crépitements du feu mourant se mêlent aux respirations profondes de la maison endormies.

    Alors silencieusement apparaissent les Bouffon-Noz, les Bouffons de la Nuit.

     

    Ils émergent des coins sombres, ou encore du grenier,
        Sortant des trous du mur, glissant du vaisselier.
        Visiteurs besogneux, familiers bienveillants,
        S’ils se plaisent en un lieu, ils y passent leur temps.

     

    Ils balayent le sol, astiquent le mobilier,
        Récurent les casseroles et bercent les nouveau-nés
        Quand l’ouvrage est fini, ils se regroupent dans l’âtre,
        Et se reposent enfin, assis sur la pierre plate,
        Qu’on a posé pour eux,
        Sur le devant du feu.

     Parmi tous les présents qui leur sont destinés,
        Celui qu’ils préfèrent demeurent la grillée.
        Ar Grazen[1], c’est la dernière crêpe
        Que la fermière a faite
        Avec le reste de la pâte
        Et le lait de la jatte.

    Mais soudain du dehors on entend, juste avant le matin, comme un long hennissement.
        Cette fois, c’en est un autre, il s’agit du Maitre Jean,
        Grand connaisseur des chevaux et qui les aime tant.
        On sait qu’il est passé, car on trouve le lendemain,
        Comme de longs étriers, tissés dans le crin.
        C’est un signe qu’il a monté assis sur l’encolure
        Une des bêtes au galop à travers les pâtures.

    « Un bon lutin dans une ferme est un trésor » disait-on à Bréhat. Certains en effet, abattaient la besogne de quatre servantes ! Et pourtant peu à peu, ils ont quitté les foyers victimes de la méchanceté et de l’ingratitude des hommes.

    On cite souvent l’exemple de servante qui, sournoisement, avait chauffé la pierre de l’âtre, avant que leur travail achevé, ne s’asseyent les Teuz.

    Ils se brûlèrent les fesses et dégagèrent vivement. Et bien évidemment jamais on ne les revit. En d’autres lieux on étendait de la braise sur les aires où, à la nuit tombée, ils dansaient.

    Rejetés par les autres tribus Korriganes, qui les ont accusés d’être les amis des chrétiens, Les Teuz se sont réfugiés dans le Léonnais.

     

    L’attrait qu’exercent les chevaux sur les Korrigans a maintes fois été observé.

     Le Maestre Yan ou Mait’Jean est un grand palefrenier. Il panse, il étrille et vide les écuries. On dit que quand les bêtes hennissent au milieu de la nuit : « C’est le lutin qui les nourrit »

     Les valets de fermes constatent au matin les nombreuses traces de son passage : la crinière et la queue de l’animal sont joliment tressées et des gouttes de cire, coulées des bougies, marquent l’encolure de l’animal dont il s’est occupé.

     

     


    D’autres fois, il se montre plus facétieux. Le Boudic vole les crins et coupe ceux de la queue. Ou encore assis sur l’encolure, il galope et épuise les meilleures montures.

     Parfois, certains Teuz ne peuvent se résoudre à quitter leur demeure malgré l’abandon de la ferme par ses exploitants. Il existe dans des masures en ruines, envahies de lierre et de ronces, des petits coins d’écuries balayés patiemment, qui attendent de nouveaux arrivants.

     

    © Le Vaillant Martial 

     

     

     



    [1] Dernière crêpe de la soirée, déposée devant l’âtre à l' intention des korrigans pour les remercier d’exécuter pendant la nuit diverses tâches et corvées.


     

      
     

     


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  • i le Korrigan témoigne un respect évident pour crapaud et salamandre, on peut parler d’affection dès lors qu’il s’agit du Grillon. On le soupçonne même parfois, tant il apprécie ce joyeux petit compagnon, d’en revêtir l’apparence pour pouvoir ainsi striduler de concert !

    Le Korrigan lui donne un autre nom, il l’appelle « la sentinelle », et s’il raffole tant de son chant joyeux, c’est aussi pour une raison on ne peut plus opportuniste...

    Quand, au cours d’une promenade, au beau milieu d’un champ, le Korrigan est pris de l’envie de faire la sieste, il va aussitôt se mettre en quête d’un trou de grillon. En effet, d’une extrême méfiance par nature, le grillon chantera tant qu’un danger ne se présente pas.


     

     

    Mais si cela se produit, son chant s’arrêtera net et le silence, du même coup, réveillera notre dormeur qui s’empressera de se cacher !

    Si vous voulez surprendre un Korrigan à sa sieste, suivez le chant du grillon, mettez-vous face au soleil, pour l’ombre, et faites-vous aussi léger qu’un papillon car au moindre craquement de brindille... tant pis !


     

    Il y aussi le cas d’espèce typique où le Korrigan a trouvé le petit coin idéal  pour une sieste, mais pas le moindre bout d’antenne de grillon dans les parages !...

    Qu’à cela ne tienne, au  petit trot, ce qui est quand même rapide pour un lutin, notre bonhomme s’en retourne dans son antre et revient avec une « boîte à grillon ».

    En effet, en plus des crapauds et salamandres domestiques il n’est pas rare qu’un Korrigan fasse l’élevage de grillons...


     

    ulle porte ne fermera jamais une boîte à grillon...

    Car s’il existe bien un peuple qui aime à ce point les grillons, jusqu’à leur confectionner de petites demeures c’est bien celui des Korrigans.

    Il est étonnant de voir avec quel entrain et quelle ingéniosité un Korrigan va s’escrimer à réaliser la plus jolie, la plus confortable des petites niches. Et il semble, contre toute attente, que les grillons raffolent de ce genre d’attentions. Plus le soin apporté à la confection de son domicile sera grand et plus le chant du grillon sera beau et joyeux.

    Les boîtes à grillon peuvent être fabriquées dans les matériaux les plus divers. J’ai pu observer des modèles de boîtes confectionnées dans de simples feuilles d’écorce roulée, ou dans un morceau de bois dont le cœur avait été évidé.


     

    Mais, à l’opposé, j’ai pu admirer, dans la demeure cossue des environs de Berrien, une magnifique boîte à grillon toute d’or façonnée ! Elle n’était qu’arabesques à la finesse extrême, toute en volutes entrelacées et ciselures ouvragées. C’est peu dire de l’affection que certains portent à leurs grillons.

     

    Les boîtes à grillons peuvent être fabriquées dans les matériaux les plus divers. J’ai pu observer des modèles de boîtes confectionnées dans de simples feuilles roulées, ou dans un morceau de bois évidé. Mais à l’opposé, j’ai pu admirer, dans la demeure cossue d’un riche patriarche des environs de Berrien, une magnifique boîte à grillons toute d’or façonnée ! Elle n’était qu’arabesques à la finesse extrême toute en volutes entrelacées et ciselures ouvragées. C’est peu dire de l’affection que certains portent à leur grillon !

    ... Petite galeries de boîtes à grillon ...


     

    Petite boite à grillon d’inspiration orientale, rapportée à grands frais à dos de goéland des lointaines terres levantines.


     

    Jolie petite niche en forme de boule, dont la technique de tissage a été apprise d’un couple de tisserins, bien loin de ses pénates Africaines, et en visite chez des cousins Armoricains... 

    Qu’elles soient de factures on ne peut plus rustique ou bien au contraire les plus élaborée du monde, les boîtes à grillon sont de tradition dans les us et coutumes du Korrigan depuis la nuit des temps.


     

    Niche de porte d’une demeure de teuz en fer martelé des environs de Saint-Pol-de-Léon.

     

    © Le Vaillant Martial 


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    Colportage et troc de breloques


     

    l’est de ces personnages dont on ignore parfois l’existence et qui pourtant son indispensable à tout un chacun.


    C’est le cas du colporteur. Le bonhomme, personnage fort sympathique au demeurant, porte un énorme chapeau en cloche, tient toujours un bâton à marcher en forme de croche, et sous sa grande houppelande sont cousues moult et moult poches, sans parler des multiples bourses et sacoches qu’il trimbale sur dos et à sa taille ! Tous ces plis et replis qu’il possède dans sa vêture lui sont fort utiles pour entreposer ses trouvailles !

    Il y  un dicton de par chez nous qui dit « Quand s’en vient le colporteur cache ton beurre ! » C’est lui prêter grande méchanceté que de dire cela, mais il est vrai que tout bon colporteur qui se respecte emprunte, récupère, glane ou chaparde tout ce qui peut lui plaire ! Ce qui fait, vous imaginez bien, beaucoup de choses qui, bien souvent ont déjà trouvé propriétaire !

    Bon gré mal gré, notre colporteur s’en accommode tant il reçoit bon accueil à toutes les portes de terrier où il va frapper. Il faut dire que le colporteur a toujours la petite chose qui manque à la maisonnée et qui devient bien vite essentielle quand on tombe sous le charme de son boniment ! Le colporteur, en bon professionnel, a sa propre déontologie : on peut vendre, échanger ou troquer n’importe quoi avec n’importe qui, du moment que le client est satisfait !

    Notre bonhomme met un véritable point d’honneur à contenter quiconque et l’on peut être sûr qu’il se mettra en quatre pour trouver l’introuvable. Si une taupe désire une paire de besicles, elle l’a dans l’heure ! Une truie a perdu ses porcelets : il les trouve pour elle ! Et un pot de cette délicieuse gelée royale de la ruche du vieux chêne ! Et un dé à coudre de farine de cette bonne farine de chez l’humain Kerbrat !  Et une poignée d’asticots pour le dernier-né de la famille crapaud ! Et trois longueurs d’orvets de ce brocart vermeil pour la fête d’automne du roi des saules ! Aux yeux de tous, en somme, le colporteur est providentiel.

    Tout à ses recherches, notre téméraire va souvent en des lieux inconnus, voire très dangereux ! Ainsi, au mépris de la sécurité, il a pris l’habitude de s’aventurer  dans les demeures  humaines pour grappiller les mille et un petits trésors qui s’offrent à sa convoitise. Remerciant sa bonne fortune, il fait alors main basse sur un sac de farine ou un pot de confiture. Tout est bon, cela peut aller du vieux bouton de nacre trouvé sous un lit-clos aux dix bonnes longueurs de fil coton prélevées sur un pantalon de toile, et c’est tant pis pour le pauvre bougre d’humain qui ira au jour venu,  ses affaires à l’air  !

     

    O ! Combien de souris, combien de musaraignes ont subi, le courroux sans pareils de l’humain alors qu’elles n’y’étaient pour rien ! Combien ont disparu, tristes et pauvres victimes, pour servir de pâture à quelconque canine ! Pardonnez-moi ce lyrisme malséant mais je vous laisse imaginer le désordre indestructible dans lequel le colporteur peut laisser une maison après son passage et la colère de celui qui découvre le spectacle !

    Il  peut aussi arriver qu’un colporteur fasse du troc avec un teuz rencontré dans une maison ou une ferme. Celui que l’humain appelle lutin du logis ou génie du foyer voit en effet d’un sale œil qu’un importun vienne mettre la pagaille là où il vit. S’ensuivra alors, après un interminable marchandage une transaction acceptable pour les deux compères qui se sépareront à grand rendort de tapes dans le dos.

     

     

    Parfois, un colporteur plus audacieux que les autres et grand voyageur par nature décide de mettre le cap par-delà les marches levantines ou vers les vastes étendues marines qui s’étendent à l’ouest. Faisant fi des oiseaux de mauvais augure qui lui promettent d’un danger, lui rêve déjà à toutes les denrées délicieusement inconnues et à toutes les merveilleux objets qu’il va pouvoir rapporter dans ses bagages ! D’ordinaire pour entreprendre ce genre d’expédition, notre courageux fouineur s’adjoint les services d’un ou plusieurs partenaires. On devrait plutôt en l’occurrence, parler de moyen de transport !

    Il ne faut pas se méprendre, le colporteur fait ses affaires tout seul. Mais comme il ne peut pas tout transporter au fond de ses larges poches de sa défroque  ou sur son dos, il demande alors l’aide d’un grand volatile. Car la voie des airs, juge-t-il et en cela il n’a pas tort, est nettement moins semée d’embuches ! Il se trouve toujours une grande corneille noire ou deux ou trois pies (on suppose que c’est pour avoir trop observé les colporteurs que les pies sont devenues voleuses et des chapardeuses invétérées !) J Toutes prêtes à chevaucher vers de lointains horizons, moyennant bien sûr une récompense à la mesure de leurs efforts.

    Si son choix se porte vers l’ouest, au-dessus des mers incertaines, il va aller sur les falaises  là où nichent les grands oiseaux marins pour humblement demander l’aide d’un goéland sauvage. Ceux-ci ont la maîtrise des cieux marins depuis toujours et savent aussi bien profiter des vents portants que des grands voiliers dans la mâture desquels, durant la traversée, ils peuvent se reposer sans que, du pont du navire, on puisse discerner quoi que ce soit d’insolite juché sur leurs dos. Mais ils n’accordent que très rarement audience, et ce n’est qu’au terme de palabres infinis que l’un d’eux va accepter de le porter sur le dos.

     

    Les goélands pratiquent des prix de transports exorbitants qui peuvent aller jusqu’à cent fois leurs poids en poissons, très frais cela va sans dire et seulement les espèces qu’ils préfèrent !

    Il faut avouer que notre colporteur aime ses aises et, s’il a l’aventure chevillée au corps, il n’est pas prêt à sacrifier son confort à cette vie d’errance, du moins ce qu’il considère comme le minimum acceptable ! En bon Korrigan qui se respecte, notre petit curieux ne se sépare jamais de son chez-soi. Cela peut aller de la simple tente en branches et feuilles cousues, entre elles à une véritable demeure, avec murs, plancher et toiture à l’avenant !

     

    On comprend alors mieux les réticences du goéland à lui porter assistance...

    D’ordinaire, quand il est à terre, un vaste choix d’animaux de bât, s’offrent à lui. Cela peut aller du scarabée, qui est très placide, pour en pas dire lent, mais qui se conduit fort bien, à la belette qui est rapide et peur se faufiler partout mais qui devient incontrôlable sitôt que lui vient aux narines une odeur de sang frais !

     

    © Le Vaillant Martial 


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