•  

       e que l’on nomme « Demeure Dolmen » est assez courant dans nos contrées, et, somme toute, assez aisé à réaliser. Sur quatre grosses roches, vous posez une énorme table de pierre pour le toit.

       Vous n’avez plus qu’à fermer les vides en installant porte et fenêtres. C’est une demeure tout ce qu’il a plus convenable pour un célibataire ou un jeune couple de tourtereaux fraichement mis en ménage !

       Quand la famille s’agrandit, rien de plus simple : vous avez juste à rajouter deux nouvelles roches couvertes à leur tour d’une vaste table de pierre et ainsi de suite suivant la situation ....

       Ce que les Humains appellent « allée couverte » n’est en fait que les vestiges d’un ancien nid de Korrigans à la nombreuse progéniture !

       uand on arrive à l’endroit que les humains appellent Carnac on est quelque peu surpris par ces étendues qu’on dirait semées de menhirs. Il est à noter que, et c‘est un fait qui est maintenant établi, quand il y a floraison de menhirs en un endroit, on peut être garanti sous la surface d’une cité de Korrigans plus ou moins vaste.

       Ce qui est étonnant, c’est que l’humain n’ait jamais réalisé que ce qu’il prenait pour des pierres levées étaient en fait les extrémités des tours-palais de la fabuleuse cité de kaër Magoth qui émergeaient à la surface !


     

    © Le Vaillant Martial
     


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  • Les contrebandiers de la pleine Lune

     

    L

    a lune était haute, blafarde, revêtant la nuit d’un tapis de noirceur bleutée. La brume stagnante, comme du drap usé, se déchirait au tranchant des rochers, s’accrochant aux ronces, s’évaporant au vent frais de cette nuit d’automne.

    Une ombre glissant sur l’onde bougea, rompant l’immobilité sépulcrale.

    - Maudite brume ! je te dis qu’on a dérivé et avec ces bons dieux de courants, on est à cent lieues du rendez-vous ! ...

    - Arrête de t’énerver le père ! la marée va tourner, ça va chasser la brume. De toutes manières, il faut accoster et décharger vite fait si on ne veut pas que les ballots de tabac prennent l’eau. Si tu n’étais pas aussi têtu on n’aurait pas écopé sans arrêt, cette barcasse part en morceau, l’étoupe fout le camp et le bois est pourri !

     

       Il faut dire que depuis quatre générations et plus, la famille Pouliquen exerçait la dangereuse, mais lucrative activité de contrebande. Vieille aristocratie de la margoule ... Si l’on peut dire ! Nos deux compères, Jean et son fils Louis, avaient donc tout naturellement repris le flambeau : Jean enseignant à son rejeton toutes les astuces de sa noble charge.

     

       Ils passaient ainsi au nez à la barbe des douaniers moult denrées qui, sans être forcément précieuses n’en étaient pas moins recherchées.

       En quelques coups de rame vigoureux, la vieille barque s’échoua sur la grève sableuse.

     

     

    - Bon Dieu ! grommela le vieux. Avec cette lune, on est comme deux verrues sur les fesses d’un bébé ! Si les gabelous traînent dans le secteur ...
    -
    Arrête, tu veux ? sois plutôt content que la brume nous cache ! Ce qui m’inquiète, poursuivit Louis, c’est que la nuit s’avance ... Le mieux serait de trouver un bon trou où cacher le tabac. On reviendra plus tard le récupérer.

       Sur ces mots, il s’enfonça dans les rochers, avalé par la nuit, en quête de l’abri sûr. Râlant de plus belle, son père entreprit de décharger les ballots et les mettre au sec.

    - Un coup de main, l’humain ? clama une voie jaillie de l’ombre.
    -
    Ma doué ! Les rats de la cave, mon compte est bon, gémit le vieux Jean lâchant son fardeau et se tassant dans l’ombre protectrice des rochers.

    - Mais dites-donc ! Ça râle, ça jure, ça crache, mais c’est timide comme une pucelle qui voit son galant J ! T’es pas plus fier qu’à notre première rencontre, t’as vieilli, oui da ! Mais c’est bien toi Jean Pouliquen ? 

     

    L’œil agrandi de surprise, Jean redressa prudemment la tête.

     

    - Ça par exemple ! le ... le ... Korrigan de Toul ar Butun[i] Mais que fais-tu par ici ?
    -
    Seigneur des Côtes, je suis ! fit le petit drôle gonflant le torse. Partout est ma demeure, je vais où souffle le vent, je suis où cogne la houle, la roche est ma maison et de la nuit j’ai fait ma sœur ! ... 

    - Louis qui s’en revenait de ses recherches  resta pantois devant le spectacle de son père en grande conversation avec un ... petit être hirsute et grimaçant : la clarté de la lune conférant à la scène, un côté extraordinaire.

    - Que ta nuit sois paisible et profitable, mon garçon !

     Jean, sans façon, présenta le gnome à son fils, et expliqua, leur rencontre des dizaines d’années plus tôt, alors qu’à son tour, il aidait son père à passer le tabac et autres marchandises et les cachait déjà sur l’îlot de ‘Toul ar Butun » au large de Roscoff.

    - C’est incroyable ! fit Louais abasourdi.

    - Bah ! fit le vieux. Il est des choses de par le monde qui échappent à notre entendement ... Autant faire avec ! 

    - Bien dit Le Pouliquen ! Et pour en revenir à notre affaire .... 

    - Ma foi, fit le vieux Jean, lorgnant vers sa barque chargée de tabac, un peu d’aide ne me ferait pas de mal ! 

    - C’est dit ! fit joyeusement le Korrigan, holà vous autres ! cria-t-il aux ombres épaisses. De l’aide et des bras 

    - A ces mots, le chaos rocheux sembla s’animer. Avec une certaine crainte, Louis et son père virent débouler sur eux une troupe de petits joyeux furieux qui, sans plus de cérémonie, s’attelèrent à la tâche, transportant des ballots de tabac comme des sacs de plumes, au pied d’un énorme rocher.

    - J’ai fait le tour de ce rocher, fit Louis, abasourdi.

    - Bah ! fit le vieux. Il est des choses de par le monde qui nous échappent ... Autant faire avec !

    - Bien dit Le Pouliquen ! Et pour en revenir à notre affaire ...

    - Ma foi, fit le vieux Jean, lorgnant vers sa barque chargée de tabac, un peu d’aide de ne me ferait point de mal ! ...

     

       A ces mots, le chaos rocheux sembla s’animer. Avec une certaine crainte Louis et son père virent déboucher sur eux une joyeuse troupe de joyeux petits lutins, qui, sans plus de cérémonie attelèrent à la tâche, transportant les ballots de tabac, comme des sacs de plumes, au pied d’un énorme rocher.

    - J’ai fait le tour de ce rocher, fit Louis, avec respect, il n’y a pas de cache assez grande pour ...

    - Si fait ! mon fils, mais c’est parce que tu n’as pas la clef ! Extirpant un objet de son ample veste, le petit bougre s’approcha du rocher.

     

     

        Les deux hommes intrigués, le virent frapper trois fois la pierre, et l’objet, au troisième coup s’enfonça dans la roche. Un pan d’ombre sembla alors s’agrandir dans la roche, attestant qu’effectivement la « clef » venait par un prodige que Louis présumait non chrétien, d’ouvrir une porte béante. Mais au lieu de charrier la cargaison dans la cache insolite, Jean vit avec horreur, les turbulents s’attaquer  avec frénésie à un ballot au point de l’éventrer.

    -  Holà ! Tout doux mes seigneurs ! leur cria-t-il.

    - Pardonne-leur le vieux ! Nos bouffardes sont froides depuis belle lurette. Le tabac s’est fait rare au fond de nos bourses, et fumer du varech est un bien triste pis-aller !

    - Bon, bon... bougonna le vieux, remplissez vos brûle-gueule, c’est bien le moins de vous accorder cela !

    - Un Hululement troua soudainement la nuit.

    - On vient par ici, fit le Korrigan dressant l’oreille, votre maréchaussée à ce qu’il me semble !

    La lueur dansante des trois lanternes apparut sur le chemin des grèves, confirmant les dire du petit drôle.

    - Qu’est-ce qu’on va faire ? glapit le vieux Jean, se voyant déjà menottes aux poignets et boulet au pied.

    - Ce qu’on va faire ? répéta moqueusement le gnome, se tournant vers sa turbulente troupe. Allez donc leur chauffer le sang dans les veines ! Réveillez leurs peurs d’enfants et que sur ces grèves revivent les vieilles légendes !! 

       Un hurlement de joie sauvage accompagna ses derniers mots et la horde s’élança farouchement dans les rochers à la rencontre des infortunés douaniers. Les glapissements de folle terreur qui leur parvinrent jusqu’aux oreilles firent hurler de rire nos trois compères.

     

    Plus tard remis de leurs émotions, et le tabac caché, les deux hommes s’apprêtaient à prendre congé de leur étrange ami.

    - Quoi ! fit le Korrigan, éclatant de rire, Tu vas reprendre la mer dans cette épave ? Fends-toi d’un peu de ton or Pouliquen, et foi de moi-même. Je me fais fort de te trouver un bateau que ni les gens d’armes ni même le grand cornu ne pourront rattraper ! 

    - Tu crois sans doute que l’or pousse aux branches comme les prunelles dans les haies ? Déjà que nos affaires déclinent avec cette maudite douane ... 

    - Dur en affaires, le vieux, soit ! Alors écoutez le marché : une balle de tabac pour moi  et mes cousins à chaque lune et tu auras ta barque et une clef de roche, qu’en dis-tu le vieux Pouliquen ? 

    - Un sourire entendu éclaira le vieux visage raviné.

    - Topons-là, fit-il en tendant sa grosse main.

    - Cette nuit fut bonne entre toutes ! s’exclama le gnome. Frères, allumez un grand feu ! Fumons et chauffons nos carcasses !!

    - Holà Louis ... fit le vieux à son fils, si tu jouais quelques airs de bombarde ? ...

     

     

     

        Louis qui de longue date n’avait pas vu son père aussi gai, s’exécuta et sortit l’instrument de son caban. Les douaniers qui moitié courant, moitié chancelant, s’en revenaient vers le port, virent, jetant un dernier regard par-dessus leurs épaules, une immense lueur éclairer la nuit du côté des grèves. L’effroyable certitude qu’ils venaient de voir s’ouvrir la porte des Enfers s’imposa ç leur raison vacillante. Jamais ils ne pipèrent mot de leur mésaventure.

    Mais les rondes nuits qu’ils firent par la suite, évitèrent soigneusement les grèves venteuses, ces lieux maudits entre tous.

    © Le Vaillant Martial

     



    [i] Ar butun, le tabac. À priser, à fumer, à chiquer... Ce mot est à l'origine de très nombreuses expressions.

    Mot masculin. Le terme est un emprunt à l'ancien français pétun qui désignait le tabac, et qui disait pétuner pour fumer. Le français lui-même avait emprunté ce terme qui est d'origine indienne et qui nous est parvenu par l'intermédiaire du portugais au Brésil.

    Le butun marmouz, tabac de singe, est le nom familier que l'on donne aux chatons de châtaigniers ; les enfants le fumaient autrefois, pour jouer aux affranchis. Bien des fonds de culotte en ont changé de couleur !

    Dérivés et composés 

    Les verbes : butunat, fumer ; divutunat, cesser de fumer. Les substantifs: butuner, fumeur ; divutuner, non-fumeur ; butuneg, champ de tabac ; butunenn, pied de tabac (et : cigarette). L'adjectif : divutun, sans tabac.

    Composés. korn-butun, pipe ; butun-fri, tabac à priser ; butun-roll, tabac en rouleau ; butun-chaok, tabac à chiquer ; butun-korn, tabac à pipe ; butun-gwenn, ellébore (plante) ; gwerzh-butun, pourboire.

    Exclamations et jurons 

    Korn-butun ! mil korn-butun ! (à rapprocher du français ; nom d'une pipe). Nom d'une pipe est en français une variante euphémique de nom de Dieu. On dit en breton fi da'm butun! Pour ne pas dire feiz da'm Doue ou encore sac'h ar butun ! Sac à tabac, pour ne pas dire sakredie !

    Expressions figurées 

    Pouezañ butun, peser du tabac (= piquer du nez, s'endormir ; l'expression fait référence au fait qu'en s'endormant à table, par exemple, on dodeline de la tête, mouvement qui rappelle celui du plateau de la balance qui s'élevait et s'abaissait lorsque le buraliste pesait le tabac à chiquer). Ober butun gant unan bennak, faire du tabac avec quelqu'un (= le rosser d'importance, en faire de la chair à saucisses). Bezañ en e vutun, être dans son tabac (= dans son assiette). Butunat e segalenn diwezhañ, fumer son dernier cigare (= mourir, casser sa pipe).

     

     




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  • L’enfant qui aimait les arbres


     

    Dans un petit village niché aux abords de la belle forêt d’Huelgoat en Bretagne, vivait le petit Sylvain. C’était un gentil gamin, pas méchant pour deux sous et toujours prêt à rendre service envers ceux qui lui témoignaient un semblant de sympathie. Ceux-ci n’étaient guère nombreux car Sylvain, dans le village était considéré comme l’idiot, celui a le « vent dans la tête ». Par ma foi, c’était vrai qu’il pouvait paraître différent, avec ce regard qui semblait toujours regarder vers ailleurs et ce sourire qui flottait sur ces lèvres, même quand on le montrait du doigt. Quand les autres gosses du village, le taquinaient ou lui jetaient des cailloux, il n’y prenait pas garde et préférait se réfugier au cœur de la forêt, sous les grands chênes majestueux, ses amis ....

    Sylvain avait une profonde affection pour sa forêt, il pouvait en nommer chaque arbre et avait même un nom pour chacun. Il aimait caresser leur écorce moussue et leur parlait longuement, comme  s’ils avaient été de silencieux confidents. Il restait ainsi des heures entières, allongé au pied de l’un deux, le regard perdu dans la contemplation du feuillage majestueux, avec pour seule musique, la brise jouant dans les feuilles qui lui contait d’extraordinaires histoires venues d’ailleurs.


     

    Un jour qu’il se promenait à travers bois, heureux comme un jeune animal en liberté, il entendit des cris qui semblaient venir de très loin. Il se rendit bien vite compte que les voix étaient beaucoup plus proches qu’il ne l’avait cru au début.

    Ce ne sont ni des jeunes enfants, ni deux vieilles femmes ! se dit-il. En effet, les voix bien que légères et haut perchées, hurlaient des flots de jurons qui auraient fait rougir les bigotes du village et déclencher la colère de monsieur le curé lors du sermon du dimanche.

    Avec d’infinies précautions, Sylvain s’approcha de l’endroit d’où provenaient les cris et découvrit, au détour d’un grand chêne, un spectacle qu’il n’allait pas oublier de sitôt !... Il contemplait incrédule, juchée sur une grosse racine, deux minuscules personnes vêtues d’habits aux couleurs de l’automne qui se disputaient un morceau de pain ! Ce n’était pas des nains, pour en avoir déjà vu, de cela Sylvain en était persuadé. Ces deux-là ne lui arrivaient pas à la ceinture, et il n’était portant pas bien grand ! ... Le gamin réalisa qu’il se trouvait, ni plus ni moins en présence de deux Korrigans ! C’était en fait deux Korrikaned, ces lutins farouches qui peuplent les forêts profondes, mais cela bien sûr Sylvain ne pouvait le savoir ! Il en avait bien sûr déjà entendu parler lors des longues veillées d’hiver où, es heures durant, suspendu à la voix des conteurs, il rêvait en écoutant ces contes et ces histoires extraordinaires peuplées d’être fantastiques ... Mais de les voir ainsi, là devant lui le laissait pantois.



     

    Sylvain n’arrivait pas à détacher son regard de ces deux petits êtres qui se chamaillaient comme deux chiens après un os ! Mais une fois la surprise passée, il commença à trouver la scène plutôt cocasse, jusqu’au moment où l’un des deux Korrigans l’aperçut ! ...

    - Holà, petit d’homme, que fais-tu là à nous observer sans façon ? ... Alors qu’il toisait l’enfant, grand de plus de deux fois sa taille, nulle peur ne transperçait dans sa voix. 

    - Je ne voulais aucun mal monsieur, mais vous criiez tellement fort que ...

    - Que tu es venu voir, oui da ! Eh bien, dis-moi si tu trouves équitable que ce maraud me vole le pain de la bouche ?

    - Voleur, toi-même, s’écria l’autre, ce pain tu l’as dérobé à une corneille qui l’avait elle-même chapardé dans un poulailler des grandes gens ! 

     

    Et la querelle repartit de plus belle et semblait de jamais vouloir s’apaiser.

    L’enfant se souvint alors qu’il avait toujours sur lui un guignon de pain et un peu de fromage que lui laissait sa mère, avant de quitter la maison pour partir laver le linge des bourgeoises du  village.

    - Attendez, leur dit-il, inutile de vous quereller, voici mon repas, je veux bien le partager avec vous, si vous arrêtez votre dispute. 

    Les deux Kornikaned se mirent à l’observer, flairant le piège. Mais devant l’innocence de ce visage où ne respirait que la gentillesse, leur méfiance s’envola. S’installant confortablement sur un tapis de mousse, nos deux petits drôles, sans plus de façon, prirent qui le pain qui le fromage et dévorèrent avec bel appétit le repas de l’enfant, tout heureux de les voir réconciliés et oubliant même que le soir venu, il irait se coucher le ventre vide ... Sans trop savoir pourquoi, Sylvain se mit à leur raconter sa petite vie, tout heureux pour une fois d’avoir deux « personnes » qui l’écoutent sans se moquer. Les deux goinfres avec forte mastication, opinaient de temps à autre du chef, témoignant ainsi de l’intérêt qu’ils portaient à ce bavardage, malgré leur ouche pleine. Une fois les dernières miettes de ce royal festin avalées, les deux compères le regardèrent avec sérieux ...

    - Petit humain, tu as été bon envers nous, demande ce que tu veux !

    Sylvain s’étonna, il n’avait besoin de rien, les assura-t-il, il courait les bois et il était bien heureux ainsi. Les Korrigans n’ont pas coutume d’avoir ce genre de considérations mais peuvent parfois donner plus qu’ils ne reçoivent ...

    Enfant, tu es trop naïf, d’autres de ton peuple n’auraient pas hésité à nous demander monts et merveilles ! Nous allons cependant faire quelque chose pour toi, chaque jour au dernier rayon de soleil, tu viendras à ce vieux chêne et tu trouveras sur sa plus grosse une pièce d’or. Ainsi, pièce après pièce, tu penseras à nous, enfant d’homme, car sois sûr que nous, nous ne t’oublierons pas.

    Sur un signe de la main, les deux Korrikaned prirent congé de leur nouvel mai et, bondissant de branche en branche, disparurent dans l’épaisse tignasse des feuilles du vieux chêne.


     

    Les semaines s’écoulèrent ; L’enfant rapportait chaque soir une pièce d’or à sa mère qui préférait croire à un don du ciel qu’à l’œuvre du malin. C’était une femme humble qui s’était jusqu’à lors passé du superflu. Elle acheta malgré tout quelques petites choses pour embellir leur triste quotidien et garda précieusement le reste de l’or pour les jours plus sombres. Mais quand les habitudes s’étiolent, s’en vient la jalousie ... Les habitants du village virent ce changement d’un mauvais œil et les ragots allaient bon train.


     

    Les autres gosses avaient remarqué le manège de Sylvain et un soir, décidant d’an avoir le cœur net, ils le suivirent au tréfonds de la forêt. Lui continuait son bonhomme de chemin, insouciant et heureux sous les grands chênes.

    Un craquement de bois mort le fit sursauter ! Il réalisa qu’on le suivait et prit peur. Il détala comme un lièvre, ses poursuivants collés à ses basques. Après une course effrénée, n’y pouvant plus, il s’écroula mort d’épuisement au pied du vieux chêne. Les autres garnements arrivèrent armés de bâtons et de cailloux, le sourire mauvais et de la méchanceté plein les yeux. Le pauvre Sylvain terrorisé, s’était recroquevillé entre les grosses racines qui lui faisaient un bien maigre refuge. Mais au moment où les sales gosses allaient lâcher leurs projectiles, les arbres semblèrent prendre vie.


     

    Comme d’incroyable Titans, les grands chênes ondulèrent dans de terribles craquements d’écorce, leurs branches se tendirent comme des serres voraces vers les assaillants qui n’en menaient pas large. Juchés sur chacune d’elles, comme un cavalier sur sa monture, des dizaines de Korrikaned hurlaient, criaient, vociféraient, faisaient un vacarme de tous les diables !...

    Les gosses abasourdis reçurent sur la tête un déluge de glands et de minuscules javelines qui les piquèrent méchamment aux bras et au visage ! Terrifiés au-delà du possible, les vauriens lâchèrent leurs armes et détalèrent sans demander leur reste ! Quand leurs cris de terreur ne fut plus qu’un écho mourant dans le lointain, la forêt sembla enfin s’apaiser.

    Osant enfin relever sa tête, Sylvain réalisa qu’une multitude de lutins hilares faisaient cercle autour de lui, visiblement très satisfait du tour pendable qu’ils venaient de jouer aux sales gosses. L’un des petits diables s’avança vers lui. Il reconnut alors l’un des deux Korrigans à qui il avait offert son repas.


     

    - Tu vois, bout d’homme, nous ne t’avons pas oublié !

    - Vous avez su que j’étais en danger ici et êtes venus à mon secours, merci ...

    - Nous ne pouvions tout de même pas laisser un ami en fâcheuse posture, n’est-ce pas ? fit l’autre en souriant.


     

    Cette nuit-là, sylvain ne rentra pas au village. Il  était l’invité du petit peuple et ceux-ci lui firent grande fête ! Les tables dressées à même la mousse et recouvertes de somptueuses soieries coulaient sous les victuailles. Les chants joyeux portés par la musique des fées durèrent ainsi jusqu’au point du jour.

    Quand le lendemain, l’enfant revint au village, il n’y avait plus ni moqueries ni railleries dans la bouche des villageois. La peur avait place aux quolibets et cloué les gosiers. Il était « l’ami des Korrigans », tous le savaient à présent. Dès lors, plus jamais Sylvain n’eut à souffrir de la méchanceté des autres.

    © Le Vaillant Martial


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