•  ola  Compères et Commères ! En guise de bienvenue recevez mon cordial salut ! À ceux qui me liront d’ici et de partout, peuples du merveilleux, enfants de la lune, farfadets d’Irlande ou lutins des terres gaéliques, elfes du froid septentrion ou brownies des montagnes d’Écosse, souffrez que je me présente : mon nom depuis toujours et pour longtemps encore est Filibert Bohruzig.

       Et en toute humilité, je crois pouvoir affirmer être le plus grand baguenaudeur que Bretagne est porté ! Qu’y puis-je, ma foi, si, au bout d’une journée, mes pieds au même endroit ne peuvent se poser ? De-ci, de-là, j’aime à musarder. J’ai vu tant et tant de mille merveilles à m’en remplir les yeux et perdre le sommeil ! Il  y a peu, il m’est venu cette idée singulière que tout le savoir que j’avais pu glaner au cours de mes nombreuses escapades se devait peut-être d’être consigné dans le secret de ces pages afin qu’au plus grand nombre il se voie révélé ! Le temps dira sans doute si c’était simple orgueil de ma part de croire en l’intérêt de faire découvrir à d’autres nos mœurs et nos coutumes, nos façons sans manières. Mais de mon peuple Korrigan je puis dire être fier !

       On nous dit farfelus et grands fauteurs de troubles. C’est peut-être vrai du point de vue de l’humain, mais mise à part une grosse poignée d’entre eux, ils sont laids à frémir et vilains à faire peur ! Et leur avis importe guère !

       Sur les sentes de traverse que j’ai pu emprunter, riches furent les rencontres et jamais oubliées. J’entends d’ici ma chahuteuse parentèle faire grand tapage et rouscailler à qui mieux mieux, je les connais bien, de se voir ainsi dévoilés dans le plus simple appareil. C’est à croire qu’on se voit meilleur qu’on ne l’est ! Qu’ils ne se trompent point, je les trouve magnifiques dans leur diversité !

    Mais je parle, je parle jusqu’à en radoter alors qu’il est grand temps pour moi de vous les présenter !

    Votre dévoué serviteur,

     


     


     

     

     

     


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  • Petite mise au point sur les bêtises que peut dire l’humain sur notre compte

    «  ... Sous ces cieux aux nuées de cendre, il est de ces jours pareils aux nuits »

    Poème, anonyme, Troisième lune de l’âge de jeun l’ancien.

       Qui a prétendu que n’aimions que la nuit ? Est-ce notre faute si l’humain n’a pas d’yeux pour nous voir ?

       Nous nous appelons tous korrigans, parce que cela nous convient fort bien ! Mais ce terme revêt d’infinies apparence : des ailes pour certains, des cornes et des queues pour d’autres, des pattes de chien, de bouc ou de canard en guise de pieds, des peaux soyeuses et douces d’autres rugueuses voir écailleuses, qu’importe .... Nos différences nous rapprochent et nous unissent bien plus qu’elles nous divisent, elles enrichissent et embellissent notre quotidien. Je n’ose imaginer un monde où tout serait à l’avenant : les peaux de la même teinte, les toisons de la même couleur, tous pareils, de même corpulence et de même taille, identiques en tous points, d’une troublante et saisissante ressemblance, comme coulés d’un moule unique. Malepeste ! Quelle terne et terrifiante perspective !

       L’humain nous dépeint comme des diablotins noirauds et maléfiques, parce qu’il n’envisage que la surface des choses. Nous sommes et demeurons des enfants de la magie, certes ! Mais sommes-nous  fautifs après tout, s’il s’est rendu aveugle à vie, et ne la perçoit plus telle qu’elle est, simple et merveilleuse ! Qu’importe alors ce que nous pourrons faire ou dire, l’humain s’est enfermé dans un royaume où règne la peur en maîtresse avide et cruelle !

       Je crains fort que son jugement soit à jamais obscurci ... Seuls ses enfants parviennent encore jusqu’à nous, car ils possèdent toujours cette petite clef d’innocence, cette naïve joie de vivre et ce farouche besoin d’absolu. Malheureusement, le temps s’écoule trop vite pour l’humain et la porte de ses rêves vers les terres tranquilles ne reste entrebâillée qu’un infime moment, et se ferme si vite ... si vite.

       La malle de voyage, se doit de contenir  tout le petit nécessaire, Quelque peu encombrant, pas vraiment indispensable, Mais quand même bien utile ...

    © Le Vaillant Martial 


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  • a pierre levée doit être considérée comme un porche ou un hall d’entrée car l’habitat proprement dit est généralement étable en dessous, creusé dans la roche ou à même la terre, en caverne plus ou moins vaste. L’entrée du menhir peut être dans la roche. Il faut, pour l’ouvrir, une clef de roche et bien finaud qui peut découvrir le trou de serrure d’une porte d’une porte de menhir, car celui-ci est souvent à l’opposé de la porte elle-même ...

        L’intérieur d’un trou de Korrigan va du plus rustique au plus cosy, mais s’il y a des rideaux et des fleurs des champs ne-serait-ce qu’un bouquet d’orties, vous pouvez êtes sûr que dame Korrigan n’est pas très loin !

       Certains menhirs sont appelés caboches ou bouchons de porte, car il faut les soulever et les remettre en place une fois qu’on est entré dans le trou. Ce n’est pas très pratique lorsque l’on s’en vient d’une course, les bras chargés de Moult denrées !

    © Le Vaillant Martial


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  •  

       e que l’on nomme « Demeure Dolmen » est assez courant dans nos contrées, et, somme toute, assez aisé à réaliser. Sur quatre grosses roches, vous posez une énorme table de pierre pour le toit.

       Vous n’avez plus qu’à fermer les vides en installant porte et fenêtres. C’est une demeure tout ce qu’il a plus convenable pour un célibataire ou un jeune couple de tourtereaux fraichement mis en ménage !

       Quand la famille s’agrandit, rien de plus simple : vous avez juste à rajouter deux nouvelles roches couvertes à leur tour d’une vaste table de pierre et ainsi de suite suivant la situation ....

       Ce que les Humains appellent « allée couverte » n’est en fait que les vestiges d’un ancien nid de Korrigans à la nombreuse progéniture !

       uand on arrive à l’endroit que les humains appellent Carnac on est quelque peu surpris par ces étendues qu’on dirait semées de menhirs. Il est à noter que, et c‘est un fait qui est maintenant établi, quand il y a floraison de menhirs en un endroit, on peut être garanti sous la surface d’une cité de Korrigans plus ou moins vaste.

       Ce qui est étonnant, c’est que l’humain n’ait jamais réalisé que ce qu’il prenait pour des pierres levées étaient en fait les extrémités des tours-palais de la fabuleuse cité de kaër Magoth qui émergeaient à la surface !


     

    © Le Vaillant Martial
     


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  • Les contrebandiers de la pleine Lune

     

    L

    a lune était haute, blafarde, revêtant la nuit d’un tapis de noirceur bleutée. La brume stagnante, comme du drap usé, se déchirait au tranchant des rochers, s’accrochant aux ronces, s’évaporant au vent frais de cette nuit d’automne.

    Une ombre glissant sur l’onde bougea, rompant l’immobilité sépulcrale.

    - Maudite brume ! je te dis qu’on a dérivé et avec ces bons dieux de courants, on est à cent lieues du rendez-vous ! ...

    - Arrête de t’énerver le père ! la marée va tourner, ça va chasser la brume. De toutes manières, il faut accoster et décharger vite fait si on ne veut pas que les ballots de tabac prennent l’eau. Si tu n’étais pas aussi têtu on n’aurait pas écopé sans arrêt, cette barcasse part en morceau, l’étoupe fout le camp et le bois est pourri !

     

       Il faut dire que depuis quatre générations et plus, la famille Pouliquen exerçait la dangereuse, mais lucrative activité de contrebande. Vieille aristocratie de la margoule ... Si l’on peut dire ! Nos deux compères, Jean et son fils Louis, avaient donc tout naturellement repris le flambeau : Jean enseignant à son rejeton toutes les astuces de sa noble charge.

     

       Ils passaient ainsi au nez à la barbe des douaniers moult denrées qui, sans être forcément précieuses n’en étaient pas moins recherchées.

       En quelques coups de rame vigoureux, la vieille barque s’échoua sur la grève sableuse.

     

     

    - Bon Dieu ! grommela le vieux. Avec cette lune, on est comme deux verrues sur les fesses d’un bébé ! Si les gabelous traînent dans le secteur ...
    -
    Arrête, tu veux ? sois plutôt content que la brume nous cache ! Ce qui m’inquiète, poursuivit Louis, c’est que la nuit s’avance ... Le mieux serait de trouver un bon trou où cacher le tabac. On reviendra plus tard le récupérer.

       Sur ces mots, il s’enfonça dans les rochers, avalé par la nuit, en quête de l’abri sûr. Râlant de plus belle, son père entreprit de décharger les ballots et les mettre au sec.

    - Un coup de main, l’humain ? clama une voie jaillie de l’ombre.
    -
    Ma doué ! Les rats de la cave, mon compte est bon, gémit le vieux Jean lâchant son fardeau et se tassant dans l’ombre protectrice des rochers.

    - Mais dites-donc ! Ça râle, ça jure, ça crache, mais c’est timide comme une pucelle qui voit son galant J ! T’es pas plus fier qu’à notre première rencontre, t’as vieilli, oui da ! Mais c’est bien toi Jean Pouliquen ? 

     

    L’œil agrandi de surprise, Jean redressa prudemment la tête.

     

    - Ça par exemple ! le ... le ... Korrigan de Toul ar Butun[i] Mais que fais-tu par ici ?
    -
    Seigneur des Côtes, je suis ! fit le petit drôle gonflant le torse. Partout est ma demeure, je vais où souffle le vent, je suis où cogne la houle, la roche est ma maison et de la nuit j’ai fait ma sœur ! ... 

    - Louis qui s’en revenait de ses recherches  resta pantois devant le spectacle de son père en grande conversation avec un ... petit être hirsute et grimaçant : la clarté de la lune conférant à la scène, un côté extraordinaire.

    - Que ta nuit sois paisible et profitable, mon garçon !

     Jean, sans façon, présenta le gnome à son fils, et expliqua, leur rencontre des dizaines d’années plus tôt, alors qu’à son tour, il aidait son père à passer le tabac et autres marchandises et les cachait déjà sur l’îlot de ‘Toul ar Butun » au large de Roscoff.

    - C’est incroyable ! fit Louais abasourdi.

    - Bah ! fit le vieux. Il est des choses de par le monde qui échappent à notre entendement ... Autant faire avec ! 

    - Bien dit Le Pouliquen ! Et pour en revenir à notre affaire .... 

    - Ma foi, fit le vieux Jean, lorgnant vers sa barque chargée de tabac, un peu d’aide ne me ferait pas de mal ! 

    - C’est dit ! fit joyeusement le Korrigan, holà vous autres ! cria-t-il aux ombres épaisses. De l’aide et des bras 

    - A ces mots, le chaos rocheux sembla s’animer. Avec une certaine crainte, Louis et son père virent débouler sur eux une troupe de petits joyeux furieux qui, sans plus de cérémonie, s’attelèrent à la tâche, transportant des ballots de tabac comme des sacs de plumes, au pied d’un énorme rocher.

    - J’ai fait le tour de ce rocher, fit Louis, abasourdi.

    - Bah ! fit le vieux. Il est des choses de par le monde qui nous échappent ... Autant faire avec !

    - Bien dit Le Pouliquen ! Et pour en revenir à notre affaire ...

    - Ma foi, fit le vieux Jean, lorgnant vers sa barque chargée de tabac, un peu d’aide de ne me ferait point de mal ! ...

     

       A ces mots, le chaos rocheux sembla s’animer. Avec une certaine crainte Louis et son père virent déboucher sur eux une joyeuse troupe de joyeux petits lutins, qui, sans plus de cérémonie attelèrent à la tâche, transportant les ballots de tabac, comme des sacs de plumes, au pied d’un énorme rocher.

    - J’ai fait le tour de ce rocher, fit Louis, avec respect, il n’y a pas de cache assez grande pour ...

    - Si fait ! mon fils, mais c’est parce que tu n’as pas la clef ! Extirpant un objet de son ample veste, le petit bougre s’approcha du rocher.

     

     

        Les deux hommes intrigués, le virent frapper trois fois la pierre, et l’objet, au troisième coup s’enfonça dans la roche. Un pan d’ombre sembla alors s’agrandir dans la roche, attestant qu’effectivement la « clef » venait par un prodige que Louis présumait non chrétien, d’ouvrir une porte béante. Mais au lieu de charrier la cargaison dans la cache insolite, Jean vit avec horreur, les turbulents s’attaquer  avec frénésie à un ballot au point de l’éventrer.

    -  Holà ! Tout doux mes seigneurs ! leur cria-t-il.

    - Pardonne-leur le vieux ! Nos bouffardes sont froides depuis belle lurette. Le tabac s’est fait rare au fond de nos bourses, et fumer du varech est un bien triste pis-aller !

    - Bon, bon... bougonna le vieux, remplissez vos brûle-gueule, c’est bien le moins de vous accorder cela !

    - Un Hululement troua soudainement la nuit.

    - On vient par ici, fit le Korrigan dressant l’oreille, votre maréchaussée à ce qu’il me semble !

    La lueur dansante des trois lanternes apparut sur le chemin des grèves, confirmant les dire du petit drôle.

    - Qu’est-ce qu’on va faire ? glapit le vieux Jean, se voyant déjà menottes aux poignets et boulet au pied.

    - Ce qu’on va faire ? répéta moqueusement le gnome, se tournant vers sa turbulente troupe. Allez donc leur chauffer le sang dans les veines ! Réveillez leurs peurs d’enfants et que sur ces grèves revivent les vieilles légendes !! 

       Un hurlement de joie sauvage accompagna ses derniers mots et la horde s’élança farouchement dans les rochers à la rencontre des infortunés douaniers. Les glapissements de folle terreur qui leur parvinrent jusqu’aux oreilles firent hurler de rire nos trois compères.

     

    Plus tard remis de leurs émotions, et le tabac caché, les deux hommes s’apprêtaient à prendre congé de leur étrange ami.

    - Quoi ! fit le Korrigan, éclatant de rire, Tu vas reprendre la mer dans cette épave ? Fends-toi d’un peu de ton or Pouliquen, et foi de moi-même. Je me fais fort de te trouver un bateau que ni les gens d’armes ni même le grand cornu ne pourront rattraper ! 

    - Tu crois sans doute que l’or pousse aux branches comme les prunelles dans les haies ? Déjà que nos affaires déclinent avec cette maudite douane ... 

    - Dur en affaires, le vieux, soit ! Alors écoutez le marché : une balle de tabac pour moi  et mes cousins à chaque lune et tu auras ta barque et une clef de roche, qu’en dis-tu le vieux Pouliquen ? 

    - Un sourire entendu éclaira le vieux visage raviné.

    - Topons-là, fit-il en tendant sa grosse main.

    - Cette nuit fut bonne entre toutes ! s’exclama le gnome. Frères, allumez un grand feu ! Fumons et chauffons nos carcasses !!

    - Holà Louis ... fit le vieux à son fils, si tu jouais quelques airs de bombarde ? ...

     

     

     

        Louis qui de longue date n’avait pas vu son père aussi gai, s’exécuta et sortit l’instrument de son caban. Les douaniers qui moitié courant, moitié chancelant, s’en revenaient vers le port, virent, jetant un dernier regard par-dessus leurs épaules, une immense lueur éclairer la nuit du côté des grèves. L’effroyable certitude qu’ils venaient de voir s’ouvrir la porte des Enfers s’imposa ç leur raison vacillante. Jamais ils ne pipèrent mot de leur mésaventure.

    Mais les rondes nuits qu’ils firent par la suite, évitèrent soigneusement les grèves venteuses, ces lieux maudits entre tous.

    © Le Vaillant Martial

     



    [i] Ar butun, le tabac. À priser, à fumer, à chiquer... Ce mot est à l'origine de très nombreuses expressions.

    Mot masculin. Le terme est un emprunt à l'ancien français pétun qui désignait le tabac, et qui disait pétuner pour fumer. Le français lui-même avait emprunté ce terme qui est d'origine indienne et qui nous est parvenu par l'intermédiaire du portugais au Brésil.

    Le butun marmouz, tabac de singe, est le nom familier que l'on donne aux chatons de châtaigniers ; les enfants le fumaient autrefois, pour jouer aux affranchis. Bien des fonds de culotte en ont changé de couleur !

    Dérivés et composés 

    Les verbes : butunat, fumer ; divutunat, cesser de fumer. Les substantifs: butuner, fumeur ; divutuner, non-fumeur ; butuneg, champ de tabac ; butunenn, pied de tabac (et : cigarette). L'adjectif : divutun, sans tabac.

    Composés. korn-butun, pipe ; butun-fri, tabac à priser ; butun-roll, tabac en rouleau ; butun-chaok, tabac à chiquer ; butun-korn, tabac à pipe ; butun-gwenn, ellébore (plante) ; gwerzh-butun, pourboire.

    Exclamations et jurons 

    Korn-butun ! mil korn-butun ! (à rapprocher du français ; nom d'une pipe). Nom d'une pipe est en français une variante euphémique de nom de Dieu. On dit en breton fi da'm butun! Pour ne pas dire feiz da'm Doue ou encore sac'h ar butun ! Sac à tabac, pour ne pas dire sakredie !

    Expressions figurées 

    Pouezañ butun, peser du tabac (= piquer du nez, s'endormir ; l'expression fait référence au fait qu'en s'endormant à table, par exemple, on dodeline de la tête, mouvement qui rappelle celui du plateau de la balance qui s'élevait et s'abaissait lorsque le buraliste pesait le tabac à chiquer). Ober butun gant unan bennak, faire du tabac avec quelqu'un (= le rosser d'importance, en faire de la chair à saucisses). Bezañ en e vutun, être dans son tabac (= dans son assiette). Butunat e segalenn diwezhañ, fumer son dernier cigare (= mourir, casser sa pipe).

     

     




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