• Korrigans

    Korrigans ....

  • L’habit ne fait pas le Korrigan

     


     

     

    L est impensable pour un Korrigan de n’être que deux à table, le tête-à-tête se terminant invariablement par une dispute ! Être au moins trois à table est donc conseillé. S’il ne trouve aucun compère dans les environs pour faire le troisième convive, le Korrigan a une astuce toute bête dont l’évidence laisse pantois dans sa simplicité : il trouve un animal, d’écaille, de poil, ou de plume, peu importe, lui met de beaux habits et l’installe, bon gré, mal gré, devant son couvert.

    La conversation peut prendre alors des tournants fort surprenants dès lors qu’il s’agit d’un geai ou d’une vipère, dont plus d’un connaît la réputation de commère. Si faute de mieux, le troisième se trouve être une de ces grosses loches, du genre orange et mollasse, ce sera grand dommage, car comme chacun sait, la limace est stupide, lente d’esprit et n’a aucune conversation. Le repas risque alors de se révéler d’un morne ennui, à la limite du soporifique.

    Il peut arriver un jour que, au détour d’un chemin, vous fassiez l’étrange rencontre d’un gros crapaud juché sur un caillou, portant culotte  et chapeau mou, ou d’une pie sur une branche affublée d’une redingote.


     

    On sait très bien que, par nature, le Korrigan aime à se transformer. Aussi est-il préférable de faire montre de politesse en donnant son bonjour à l’insolite animal. Il se peut qu’il vous rende votre salut : au pire vous recevrez en réponse un croassement empreint de fatalisme ou les jacasseries indignées d’une pie mécontente ! Il faut se dire que, une fois le repas terminé et faisant preuve de ce bel esprit totalement farfelu qui les caractérise, les Korrigans ont laissé les animaux en oubliant toutefois d’enlever leur défroque ! On peut alors parfaitement comprendre le désarroi dans lequel sont plongées ces pauvres bêtes.

     

    © Le Vaillant Martial 


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  • Le Peuple de l’eau

     


     

    D

     

    ans le pays des trois rivières au sud de la vilaine, il existe un petit village oublié de tout le monde, Massérac, jadis pays de pêcheurs et de sorciers, Benoît, le saint-homme avait ici, dit-on, fort à faire avec des ouailles. Les choses ont bien changé depuis et seuls les souvenirs persistent. Entre Histoire et légendes.

    Dans ce pays de marais, traversé pat le T.G.V comme une mauvaise flèche bleue, tout est lié à l’eau. L’eau du Don, l’eau de la Vilaine, l’eau du lac de Murin, au fond duquel croupirait un village englouti, sorte de cite d’Is de l’intérieur des terres. Il est vrai que parfois, un curieux son de cloche venu des profondeurs noires, fait s’envoler les hérons et bécasses, canard et vanneaux huppés, ce qui prouve que le conte possède bien quelque réalité...

    Pour vous en convaincre, voyez l’histoire que nous tenons pour vraie, car la personne qui nous en a fait part nous la garantie ... Pourquoi en douter ?

    Massérac était donc, jusque dans les débuts du XXème siècle, un bourg de pêcheurs. Anguilles, perches, brochets, carpes, gardons, brèmes et tanches, assuraient, outre la nourriture, des revenus modestes à certaines familles.

    De nos jours, rares sont les individus qui maintiennent l’activité, par passion plus que pour le rapport. Or, il advint à l’un d’eux, une bien curieuse aventure que voici :

    Un soir, ce pêcheur dont nous tairons le nom, va poser ses filets à poissons, dans les eaux du Don et du lac de Murin. Avec sa barque sombre et lente, il glisse jusqu’aux lieux propices à une bonne pêche, connus de lui seul.

    Nasses immergées, filets tendus, il s’apprête à retourner au village, sous le scintillement des étoiles, lorsqu’il manque de chavirer sous les soubresauts de son bateau, soudainement agité, comme bousculé par quelque monstre aquatique...

    Tout autour de lui, l’eau bouillonne, gronde et une chose visqueuse gifle violemment l’embarcation... Puis plus rien, le silence est total et les jeunes ragondins se remettent à chahuter.

    Pourtant il lui semble entendre un battement de cloche, juste sous lui... Illusion, sûrement !

    La frayeur passée, c’est l’interrogation qui envahit le pêcheur.

     Quel est donc ce poisson si gros qu’il a la force de secouer ma barque ? Un silure peut-être Ces damnées se répandent partout comme une traînée de poudre. On les dit capables d’avaler d’une goulée, un bon chien de chasse...

    Si c’est le cas quel carnage ce monstre fera dans les environs. Il faut le piéger au plus vite, sinon l’animal aura tôt fait de tout manger.

        Fatigué plus par l’émotion que par sa journée de travail, il perche à gestes comptés, jusqu’à son petit ponton. Après une bonne nuit de sommeil, il sera temps d’aviser.


     

     

    Au petit matin lorsque la brume naît de l’eau, tirée par les rayons encore ras du jeune soleil d’hiver, notre homme reprend sa perche, direction nasses et filets. Il lui faut bien une demi-heure pour rejoindre les eaux profondes du lac de Murin.

    Peu à peu, le jour se fait plus franc. Un héron réveillé par la barque prend son envol, quelques foulques gagnent les berges et piétinent la vase.

    Le pêcheur poursuit sa route lorsqu’il remarque un curieux objet brillant, comme un éclat de lune, posé au fond de sa plate. Il cesse alors sa progression, allonge la perche sur le travers de l’esquif et ramasse la chose....

    C’est une sorte d’écaille large comme deux mains. Nacrée et visqueuse, elle capte le moindre trait de lumière.

    À l’odeur qu’elle dégage, le pêcheur comprend qu’il s’agit bien d’une écaille de poisson, mais d’un spécimen particulièrement grand. D’abord il repense au silure mais écarte aussitôt l’idée car il sait que cet énorme poisson chat n’a pas une peau écailleuse. Il reste perplexe face à cette découverte mais décide d’aller relever ses filets lorsqu’il entend comme un souffle ou un sifflement. Plus il se rapproche de ce bruit et plus l’eau est agitée. C’est alors que sa barque est bloquée par une bande de petits êtres. Mi - hommes, mi- poissons, ils se hissent à bord, dégoulinants. Si tête et buste sont pareils aux nôtres, quoique très maigres, leurs jambes sont fines, longues, couvertes d’écailles nacrées. Les pieds palmés les font semblables à des grenouilles.

    De longues canines dépassent de la bouche et confirment l’impression de menace ressentie par le pêcheur.

    Pourtant sans violence, mais avec force grognements, ils lui imposent de s’assoir et ils prennent les commandes de la petite embarcation. En quelques coups de perches, les voici parvenus aux filets tendus par l’homme qui comprend alors très vite ce qui se passe.

    En effet, prisonnier des mailles l’une de ces drôles de créature tente aidée par le siens, de se libérer du piège infernal.

    Conscient de l’était extrême de l’amphibien, le pêcheur taillade son précieux filet et libère le malheureux ...Celui-ci reste en surface soutenu par ses compagnons, sûrement pour reprendre des forces.


     

     

    La scène se prolonge ainsi durant de longues minutes. Enfin tous regagnent les profondeurs du lac. Deux des passagers de la barque restent à bord. Longuement, ils observent le pêcheur. Armés de petits tridents et de coutelas de pierre, ils paraissent hésiter sur le sort réservé à l’humain.

    Certainement reconnaissants de son geste, ils enjambent enfin les bords de la plate et se laissent engloutir doucement.

    Les eaux froides de Murin se referment sur eux. Le pêcheur est seul et il médite. Il sait à présent que ses filets sont dangereux pour ceux du dessous. Sans hésiter un à un, il détruit ses pièges et rend l’étang à ses vrais habitants.

    Jamais, i l ne parlera de cette aventure à ces proches, il confiera seulement son secret à son seul ami, celui qui  nous en a fait la confidence.

    Quelque part dans le bourg de Massérac, un homme cache un précieux trésor : une belle écaille nacrée, large comme deux mains et lorsqu’il retourne avec sa barque, sur les eaux de Murin, il lui arrive d’entendre une mystérieuse volée de cloches, tout au fond, sous les eaux ...


     

    © Le Vaillant Martial 


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    Le Pucca est un lutin considéré comme un esprit bienveillant. C’est une créature solitaire familière des collines et des landes désertes.

     

    Si parfois, il se présente sous l’apparence d’un vieillard à longue barbe blanche, on observera sous sa chevelure la présence incongrue d’oreilles de cochon ou encore dépassant de sa chemise celle d’une queue de vache. Ses métamorphoses sont fameuses et chaque région d’Irlande le connaît sous les aspects les plus variés.

    Le petit être fantasque qu’il se transforme en chat, en lapin ou bien en chèvre, arbore invariablement un pelage sombre.

     

     

     

     

    C’est toutefois sous la forme d’un cheval noir  de jais aux yeux jaunes et luminescent qu’il a été le plus souvent décrit.

    Il accorde volontiers ses faveurs aux hommes pour peu qu’ils soient bienveillants à son égard. Il n’hésite pas alors à accomplir de nuit des tâches ménagères ou encore de menus travaux agricoles.

    C’est aussi un devin que l’on consulte le jour du premier Novembre pour connaitre de quoi sera fait les douze mois à venir.

     

    © Le Vaillant Martial 


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  • Pouvoirs et caractéristiques des Lutins

      algré  les nombreuses différences de nature et d’allure, La Villemarqué se hasarde à dresser un portrait général du lutin breton : « La puissance des nains est la même que celles des fées, mais leur forme est très différente. Loin d’être blancs et aériens, ils sont généralement noirs, velus, hideux et trapus, leurs mains sont armées de griffes de chat et leurs pieds de cornes de bouc : ils ont la face ridée, les cheveux crépus, les yeux creux et petits, mais brillants comme des escarboucles, leur vois est sourde et cassée par l’âge[1]. »

    Alors que les fées sont connues pour leur beauté et leurs harmonieuses proportions, les lutins portent « sur un corps noir, très petit et mal fait [...] une tête énorme et hideuse, mais ils sont doués d’une force sans limites[2] ». Leur force est telle qu’elle permet par exemple aux Jetins de Haute-Bretagne de s’amuser à jeter les menhirs et rochers sur la lande... Selon, Le Men, cette force surnaturelle n’est pas due à leur qualité physique, elle tire son origine d’un pouvoir magique. Après avoir passé en revue les éléments similaires entre les lutins et les humains, il soutient : « Voilà par quels côtés imparfaits les nains se rapprochent de l’humanité. Ils s’en éloignent par des facultés qu’ils tiennent d’un pouvoir occulte et qui sont une sorte de compensation à leur infériorité physique. Ainsi, ils ont le pouvoir de se rendre invisibles, ils comprennent le langage des oiseaux, païens et sorciers eux-mêmes, ils constamment en rapport avec les sorcières de la race humaines, et c’est par leur intermédiaire qu’elles possèdent l’art des enchantements et de la divination[3]. » L’apparente faiblesse physique des lutins ne doit pas faire oublier leur puissance magique, malheur à celui qui sous-estimerait leurs facultés !

     

    Les récits des folkloristes sont unanimes : les capacités surnaturelles des lutins sont presque sans limites. C’est la raison pour laquelle la tradition associe bien volontiers l’existence de ces créatures à celle du diable, suggérant que les premiers tirent leurs pouvoirs du second, l’auteur du Barzaz-Breiz résume : « Les nains sont sorciers, devins, prophètes et magiciens. Ils peuvent dire comme leur frère Alvis,  de l’Edda : « j’ai été partout et je sais tout[4].» Cette phrase est récurrente dans les récits, elle revient principalement dans une série de contes révélant de quelle manière il est possible de distinguer un enfant humain d’un jeune lutin lorsqu’un échange a été réalisé par les fées. La mère doit faire croire à l’enfant qu’elle prépare de la bouillie pour tout un groupe de travailleurs en faisant cuire le repas dans de simples coquilles d’œufs – si certains éléments divergent selon les sources, la structure et la conclusion demeurent les mêmes – les lutins s’étonnent et disent :

    Ninb hor beuz hada dervennou Coat-ar-zal,     Nous avons vu semer les chênes du bois de la salle
        Dansal ha hanter noz ellec’h ma lenn Brezal,  
    danser à minuit au lieu où est l’étang de Brezal
       Hogen en hor buez guel’t kemend all.               
    Mais dans notre vie, nous n’avons vu pareille chose

     

    Le Men, qui nous livre cette version, assure que ce récit est le plus populaire et le plus connu de toutes les traditions sur les lutins. Poétiquement, ceux-ci confirment à travers ces quelques mots leur science et leur connaissance du monde. Comme Alvis qui affirme : « J’ai été partout et je sais tout », les lutins de Bretagne vantent leur immense expérience, revendiquant une ancienneté et un âge plus grand que celui des plus vieux arbres, antérieur à la formation des plus vieux étangs  Bretagne. La surenchère et l’exagération  n’en attestent que plus encore des longévités de ces créatures

     

     

     Un constat qui explique parfaitement leur allure « vieillotte ». Dans une autre version du mythe, les lutins affirment avoir vu Guingamp  à l’état de bois, de pré, puis de ville ! Sachant que les premières traces d’urbanisme remontent au XIIe siècle, le détail nous permet d’affirmer que les lutins étaient déjà présents dans la région durant le Haut-Moyen-âge.

     

    Autre pouvoir surprenant le don de métamorphose est très présent dans les textes. Les lutins y ont fréquemment recours pour se jouer des humains, comme le rappelle Paul Sébillot : « Ce sont des esprits méchants qui tourment les hommes au point de les faire mourir. Ils prennent toutes sortes de formes, celles d’un taureau, qui tue les passants à coups de cornes ou d’un lièvre qui se glisse entre les jambes de ceux qui traverse un pont, et les fait tomber dans l’eau. Mais leur forme favorite est celle d’un chien barbet qui jette du feu par la gueule. »

    Le Men attribue cette méchanceté « naturelle » au sentiment d’infériorité des lutins : « Les nains ont parfaitement conscience de la supériorité physique des hommes sur eux. Ils en ressentent une jalousie extrême qui se traduit par des vexations de toutes sortes qu’ils font éprouver à ceux que le hasard fait tomber entre leurs mains, ou qui ont le malheur d’exciter leur rancune. » Il poursuit en relativisant quelque peu son propos, montrant que les lutins peuvent tout à fait rendre service aux hommes à travers leurs espiègleries : « Celui qui veut se venger d’un ennemi peut se rendre le soir près de la demeure des nains, et là, exposer à haute voix ses griefs. Les nains, engeance maudite dont le seul plaisir est de faire le mal, s’empresseront de répondre à cet appel, et la personne dénoncée ne tardera pas à ressentir les effets de ce pacte. »

            Dans cet exemple, les lutins ne font qu’accompli r la volonté des hommes, témoignant d’une certaine rapidité à s’exécuter. Pour le folkloriste, cette prompte et docile réponse des lutins ne peut être la conséquence que de leur esprit malicieux, cherchant toujours à nuire aux hommes, par simple plaisir. Il poursuit son argumentation : « On les verra parfois labourer un champ avec tant de soin qu’il semble qu’après le travail il n’y ait plus qu’à semer le grain, mais le lendemain toute trace de culture aura disparu. » Cette petite farce tient plus de la taquinerie que de la mesquinerie.

     Le témoignage des récits pousse Le Men à adoucir un peu plus son propos, l’obligeant même à reconnaître que le Petit Peuple est capable de gentillesse : S’il leur arrive, dans un moment de joyeuse humeur de rendre service à un honnête homme, ce service ne sera jamais complet, la griffe du diable y  apparaîtra toujours. »

    L’auteur ne manque de souligner la rareté de ces moments et de les attribuer à une bonne humeur aussi surprenante que révélatrice de leur esprit versatile. Toutefois, Le Men prend soin de préciser que les lutins ne montrent leur gentillesse qu’à l’égard des hommes honnêtes, apportant la preuve que ces créatures que l’on dit volontiers « diaboliques » possèdent un sens de la justice et que leurs bonnes ou mauvaises actions ne sont pas seulement le fait d’un coup du sort.

     Les récits rapportés par nos auteurs ne manquent pas de sincérité à cet égard. Nombre d’entre eux mettent en scène des lutins punissant chèrement l’opportunisme, l’égoïsme  et l’avarice, mais récompensant l’honnêteté et la fidélité. Le Men achève sa démonstration en reconnaissant la sensibilité des lutins : « Je dois dire cependant qu’ils sont très accessibles à la vanité et que l’in peut, en les flattant, en tirer quelques services. Il suffit par exemple, de se rendre  près de leurs tanières, et d’implorer humblement de leur bienveillance, soit une charrue, soit une paire de bœufs, ou tout autre chose dont on peut avoir besoin, pour qu’ils s’empressent d’y mettent ce qu’ils possèdent à la disposition de la personne qui a recours à eux. On est sûr de trouver le lendemain matin à sa porte l’objet demandé. Mais il faut le leur rendre avant le coucher du soleil, où l’on s’expose aux plus grands malheurs. »

     Pour résumer, la gentillesse des lutins est fonction de leur humeur, de l’honnêteté de celui qui s’adresse à eux et du respect dont il fait preuve, ce que Le Men attribue à de la flatterie, Sébillot, moins critique, approfondit ce dernier point. Selon lui, les lutins sont des esprits familiers qui rendent service aux personnes qu’ils affectionnent et qui font toutes sortes de malices à celles qui les ont offensées. »

     Il souligne que pour obtenir les bonnes grâces de ce capricieux esprit, il faut être avec lui plein d’attentions et de prévenances. La moindre offense suffit pour l’irriter, et alors il ne laissera échapper aucune occasion de vous jouer un mauvais tour. »

     Avec plus ou moins d’animosité, les auteurs s’entendent pour reconnaitre aux lutins un caractère intransigeant, mais juste. Le Petit Peuple condamne vivement ceux qui veulent abuser de sa sympathie ou qui lui manquent de respect. Les lutins sont passés maitres dans l’art de la farce et la plaisanterie, ils n’hésitent pas à vous jouer un vilain tour ni à se moquer des hommes s’ils en ont l’occasion, allant jusqu’à violenter et punir sévèrement ceux qui les ont offensés.

    Pour certains conteurs, ce comportement est le fruit d’une nature diabolique, pour d’autres, il est la conséquence de l’extrême simplicité des nains, de leur sentiment d’infériorité à l’égard des hommes, les poussant à utiliser leurs immenses pouvoirs pour venger cette injustice manifeste.

     

     

    © Le Vaillant Martial 



    [1] La Villemarqué : Barzaz-Breiz, Page 74.
    [2] Le Men, « TSBB », revue celtique Page 227.
    [3] Le Men  « TSBB », revue celtique Page 228.
    [4] La Villemarqué, Barzaz-Breiz, Page 74

     

     

     


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  • Différentes tribus et peuplades

     

     

    i la tradition orale rapporte l’existence d’une grande diversité de lutins, en Basse-Bretagne, les folkloristes ont identifié un nombre limité de grandes familles sous lesquelles se rassemble la multitude de créatures.

    L’abbé de Chesnel[1] affirme que « la race des Korrigans se divise en plusieurs tribus, dont les principales sont les Kornikaned, les Korils, les Poulpiquets, les Teuz, les Gaurils, etc.[2]» Précisant la situation dans son foyer breton, Émile Souvestre[3] introduit son récit des korils de Plaudren par une présentation des quatre grandes familles de nains : « Il avait autrefois dans le pays du blé blanc [pays de Vannes] et dans celui de la pointe de terre [Cornouaille] une race de nains ou korrigans partagée en quatre peuplades qui habitaient les bois, les landes, les vaux et les métairies.

    Ceux qui habitaient les bois s’appelaient Korniganed parce qu’ils chantaient dans de petites cornes qu’ils portaient suspendus à leurs ceintures, ceux qui habitaient les landes s’appelaient Korils parce qu’ils passaient toutes les nuits à danser des rondes au clair de lune, et ceux qui habitaient les vaux s’appelaient Poulpikans, c'est-à-dire qui ont leurs terriers dans les lieux bas. Quant aux Teuz , c’étaient de petits hommes noirs qui se tenaient dans les prés et les blés murs[4] » Il précise en note l’origine étymologique de ces noms : « Kornikaneds, nom composé de Korn, cornet de Kana : chanter, Kouril ou Koril du mot Korol : danse, poulpikans, de poul, lieu bas, mare, et de pika, fouiller. Teuz ou deuz, de du, noir ». La diversité des lutins en Bretagne, bien que constituant une même ethnie Korrigane, se distingue donc en quatre communautés ou tribus bien différenciées par leurs pratiques et leurs environnements. Sébillot, confirme les propos de Souvestre, il assure qu’en Basse-Bretagne où les nains sont désignés d’après leurs attributions, ceux des bois s’appellent Korniganed parce qu’ils chantent dans des petites cornes suspendues à leurs ceintures. Ils semblent avoir laissé peu de traces dans les traditions, quelques autres, comme les Poulpicans, s’amusaient à faire entendre une clochette sous le couvert pour tromper les petits pâtres qui cherchent leurs chèvres égarées ».

    Les Poulpicans habitent les collines et les vallons. Les Korils : les pleines, quant aux Teuz, contrairement à leurs frères, ils n’ont pas rompus avec les hommes et sont restés familiers de leurs demeures et de leurs cultures. Ils sont devenus les lutins des foyers, bienveillant à l’égard des humains reconnaissants. Ainsi que nous le verrons plus loin, cette dernière différence n’est pas sans incidence sur l’histoire du Petit Peuple.

    Le récit des Korils de Plaudren, tel qu’il est rapporté par Souvestre, met en scène trois de ces clans : « Au temps dont je parle, il n’y avait donc plus déjà, par ici [à Plaudren] que des Korniganed, des Poulpikans et des Korils, mais ils étaient en si grand nombre que, la nuit venue, bien peu de gens osaient s’aventurer près de leur palais de pierre. »

    L’un de ces rares aventuriers, le laboureur Bénéad Guicher, se retrouva au milieu de la lande avec sa femme : « Il était de bonne heure, et il espérait que les korrigans n’auraient point encore commencé leur danse, mais arrivé au milieu de Motten-Dervenn, il les aperçut éparpillés autour des grandes pierres, comme des oiseaux sur un champ de blé. Il allait retourner en arrière, lorsque les cornes des nains des bois et les cris d’appel des nains des vallées retentirent derrière lui. Bénéad sentit ses jambes trembler, et dit à sa femme : « Saint-Anne ! Nous voici perdus : car voici les Kornikaneds et les Poulpikans qui viennent rejoindre les Korils pour mener le bal toute la nuit. »

    Ces quatre clans de korrigans sont, d’après la tradition, une réalité propre à la Basse-Bretagne. Dans le reste de l’Armorique, les témoignages ne font état d’aucune organisation semblable. Il n’empêche que plusieurs peuplades de lutins sont clairement identifiées et que la plupart d’entre-elles sont tout à fait similaires et comparables à celles de Basse-Bretagne. Parmi ces tribus se trouvent les Jetins que Pau Sébillot présente en ces termes : «  Les Jetins des bord de ma Rance, nains très petits, mais d’une force prodigieuse, se sont amusés à jeter dans les champs des grosses pierres qu’on y remarque, on prétend même que cet en raison de cet acte qu’ils portent leur nom (Jetin de Jeter), en Basse-Bretagne, les Courtils jouent aussi au palet avec d’énormes rochers[5]. » Outre l’explication donnée  l’origine des menhirs, Sébillot compare judicieusement les Jetins aux Courils ou Korils de Basse-Bretagne.

    Cependant outre les nombreux points communs entre les deux communautés, dont le jeu du palet, l’enlèvement d’enfants et la fréquentation des landes, il existe plusieurs points de divergences et notamment la danse que ne pratiquent pas les Jetins, mais pour laquelle les Korils sont connus.

    À la différence de ceux-ci, Sébillot, prête même aux Jetins une sympathie pour les hommes : » Les Jetins [..] donnaient quelques fois à manger à ceux qui les  en priaient, du pain, des saucisses et du lard, mais celui qui voulait garder un de leurs couteaux était cloué au sol et ne pouvait se relever qu’après l’avoir restitué. »

    Les bords de la Rance et les grottes marines sont également fréquentés par les Fions, autre peuple de Haute-Bretagne aux pratiques semblables : « Les Fions qui vivaient sur les bord de la Rance, dans des « caches » ou petites cavernes proportionnées à leurs tailles, avaient comme les fées, leurs fours mystérieux, des hommes qui charruaient auprès les ayant entendus corner (souffler dans une corne) pour appeler au four, leur demandèrent un tourteau de pain, et quand ils furent arrivés au bord du sillon, ils en trouvèrent sur une nappe avec des couteaux, mais un des laboureurs en ayant mis un dans sa poche, la belle nappe disparu avec ce qui était dessus. »

     

    Comme leurs voisins Jetins, les Fions semblent plutôt enclins à rendre service aux hommes. Comme eux, ils tiennent au respect des lois de l’hospitalité et de la propriété, tout particulièrement s’il est question de leur couteaux. Avec le Fions, un nouveau parallèle peut être établi entre lutins de Haute-Bretagne et de Basse-Bretagne.

    En effet, Sébillot, mentionne que les Fions possèdent de petites cornes dans lesquelles ils soufflent, détail qui est la caractéristique première des Kornikaned des forêts du sud. Les similitudes sont troublantes entres les lutins des deux régions, mais ne doivent pas pousser vers des de hâtives conclusions.. Trop de différences les opposent, tant en termes de morphologie que de caractère, pour se risquer à y voir des tribus identiques sous différents noms.

    Il existe encore de nombreuses tribus distinctes, habitant les rivages de la mer, les souterrains et les nuits des deux Bretagne, et bien plus encore de lutins solitaires, comme Mourioche Nicole ou le Teuz-ar-Pouliet. 

     

    © Le Vaillant Martial 



    [1] Pierre-François-Adolphe marquis de Chesnel (1791(1862) est un historien et encyclopédiste qui s’est intéressé de près aux traditions populaires.

    [2] Chesnel, Dictionnaire des superstitions, erreurs, préjugés et traditions populaires, Page 32

    [3] Émile Souvestre (1806-1854) est un écrivain et journaliste breton, auteur de nombreux ouvrages d’ethnographie relatif à sa région d’origine, dont le foyer breton (1844)

    [4] Souvestre le Foyer Breton Tome II, p 97

    [5] Sébillot, Le Folklore de France, Tome I, P 310


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