• Iseult

    Iseult

     

     

     

     

     seult vint au monde princesse.

    Fille du roi d’Irlande, elle était d’une grande beauté et sa longue chevelure blonde n’avait pas d’égale.
        Mais Iseult n’était pas qu’une princesse.
        Non.
        Car Iseult avait un don.
        Onguents et décoctions n’avaient plus de secrets pour elle depuis longtemps. Car Iseult était guérisseuse.

     

    Toute jeune déjà, d’instinct, elle savait le petit plus qui ferait d’un simple breuvage une potion miraculeuse.
        Et, tout naturellement, sa mère qui toue reine qu’elle fut, était versée dans l’art des simples, lui enseigna tout ce qu’elle savait. Mais l’élève dépassa bien vite le maître et en grandissant, la réputation de la jeune fille dépassa les frontières.
        On venait de très loin pour la voir.
        Et elle faisait des miracles.

     

    Un beau jour, alors que la reine admirait la mer agitée qui s’étendait aux pieds de son beau château, s’éleva jusqu’à elle la plus merveilleuse mélodie jamais entendue. Se penchant par-dessus l’épais rempart, elle aperçut, allongé dans une barque délabrée, un jeune chevalier en bien triste état et qui, avec l’énergie du désespoir, jouait sublimement de la harpe.

    Elle le fit chercher et Iseult, tout naturellement, se mit le soigner.

     Délirant  le jeune homme parla de monstre abattu, de poison et du désespoir qui le poussa à s’embarquer sur ce bateau de fortune, sans voile et sans rame. Seul, avec comme uniques compagnons ses armes et sa harpe, il avait, semblait-il, laissé sa vie entre les mains du destin. Destin qui fit bien les choses puisqu’il le mena auprès la douée et merveilleuse Iseult.

    Le combat avait dû être et rude, car le chevalier était sérieusement commissionné, mais pour la jeune fille c’était un jeu d’enfant ... Par contre, sans son intervention, poison qui coulait dans les veines du jeune homme l’aurait assurément tué.

     Ce qu’ignorait Iseult, c’est que ce beau chevalier venait d’occire Morholt, le frère de sa mère, la reine. Certes, il était géant et terrorisait toute la Cornouailles, mais le jeune inconnu eu l’étonnante prudence de prendre un nom d’emprunt lorsqu’il se présenta.

     Après une courte convalescence, et beaucoup de remerciements, il reprit la mer pour rejoindre son oncle, le roi Marc’h.

    Il était la seule famille qui lui restait ...

    La route du retour fut bien monotone et le jeune chevalier laissa son esprit vagabonder au gré du temps et du vent. La mer et les longs voyages sont propices à ce genre de chose. Et sa vie déjà bien triste mais non moins épique, lui revint en mémoire.

    Sa mère Bleunwenn, la sœur de Marc’h, avait épousé Rivalen, le roi de Loonois ; Alors qu’elle était enceinte, son époux fut trahi et tué par l’un de ses rivaux et, folle de chagrin elle mourut à son tour trois jours après avoir donné naissance à leur enfant.

    Juste avant de rendre l’âme, elle l’embrassa tendrement et murmura son nom ... Tristan.

    Ainsi, il porterait le chagrin de sa mère au plus profond de son être.

     

    L’enfant fut élevé par le maréchal Rohalt, qu’on appelait le roi-Tenant du fait de sa grande loyauté envers Rivalen, le père de l’enfant. Pour éviter que le rival assassin, le duc de Morgan – qui venait de prendre possession du château de Rivalen – ne tuât le nouveau-né, Rohalt le fit passer pour l’un de ses fils et l’aima comme tel..., d’ailleurs ; Puis à l’âge de sept ans, son père adoptif le confia au maître-écuyer Governal qui fut chargé de parfaire son éducation. Ainsi, il lui enseigna le maniement des armes, mais aussi les arts, comme le chant, la musique et tout particulièrement la harpe.

    Mais un jour profitant de la naïveté de Tristan, des marchands norvégiens l’enlevèrent. Pourtant, persuadés que l’incroyable tempête qu’ils venaient d’essuyer – et qui les avait presque tués – n’était autre que punition pour ce rapt, ils l’abandonnèrent sur les côtes de Cornouailles.

     

    Après une longue période de découragement bien légitime pour un si jeune homme, Tristan se reprit et s’enfonça dans les terres.

    Il finit par rencontrer des chasseurs et, après les avoir impressionnés, ils cheminèrent ensemble jusqu’au beau château du roi Marc’h, Tintagel.

    Le roi remarqua bien vite que ce garçon était bien plus que le fils d’un marchand, ce qu’il prétendait être. Sa dextérité au maniement des armes, et sa connaissance des arts trahissaient une éducation de bien plus haut rang. Marc’h respecta le besoin de secret du jeune homme et, bien qu’ignorant tout l’un de l’autre, ils se prirent d’amitié. Si bien que le roi en fit son homme-lige.

    Lorsque fou d’inquiétude pour son fils adoptif bien aimé, Rohalt se rendit à Tintagel  pour ses recherches, toute la vérité fut enfin faite.

    Après que le roi Marc’h l’ait adoubé, Rohalt ramena donc Tristan dans son pays, l’Écosse.

    Là-bas, aguerri par ses aventures, le jeune chevalier défia le meurtrier de son père, le duc de Morgan, et récupéra les terres qui lui revenaient de droit.

    Par soucis d’équité et par amour pour son oncle. Tristan décida de donner ses terres reconquises à Rohalt et, accompagné de son fidèle Governal, prit à nouveau la mer pour retrouver Marc’h à Tintagel.

    Et c’est là qu’il tua le géant Morholt ...

     Oui ... l’histoire de Tristan, pourtant si jeune encore, était déjà très aventureuse. Il portait bien son nom.

    Debout sur le pont du bateau qui le ramenait en Cornouailles, il regarda s’éloigner cette Irlande venteuse qu’il ne reverrait peut-être jamais.

        Il songea à cette reine qui le sauva des eaux.
        Il songea à cette surprenante princesse qui lui sauva la vie ... Les retrouverait-il un jour ?

    La fin du voyage se déroula sans encombre et, de retour à Tintagel Tristan ne démérita pas. À tel point que son oncle, sans enfant, envisageait très sérieusement d’en faire son héritier.

    C’était sans compter sur la jalousie des seigneurs de Tintagel qui poussèrent le roi à se marier pour, enfin donner une descendance directe au royaume.

    Marc’h finit par céder et se résigna, alors à prendre épouse.

    Pour repousser l’inéluctable, il décréta qu’il se marierait à celle à qui appartenait le long cheveu d’or déposé le matin même par une hirondelle.

    Tristan se souvint alors de la splendide chevelure d’Iseult et, naïvement, en fit part à la cour.
        Pressés d’éloigner le jeune chevalier, les barons le désignèrent pour être l’émissaire du roi auprès de cette blonde princesse.
        Ainsi, à peine arrivé en Cornouailles, Tristan reprit la mer pour l’Irlande.
        Tel était son destin.

    À son arrivée en Irlande, il apprit qu’un terrible dragon enlevait une jeune fille chaque nuit. N’écoutant que son courage, il défia la bête. Le combat fut acharné, et, de justesse, le jeune chevalier parvint à vaincre l’affreuse bête. Malheureusement, son trophée, la vénéneuse langue du monstre l’empoisonna.

    La reine qui avait promis la main de sa fille à quiconque terrasserait le dragon, eut vent du combat.

    Et après avoir déjoué la traîtrise d’un autre chevalier qui voulait s’attribuer les mérites de la mort du monstre, elle fit envoyer sa fille Iseult auprès du preux chevalier qu’on disait blessé.

    Une fois sur place, la jeune fille eut quelques difficultés à reconnaitre le chevalier qu’elle avait déjà soigné quelques mois auparavant, tant il était blême. Pourtant une fois de plus, elle fit des miracles.

    La mort devait attendre ...

    Lors des soins, la jeune femme ne put s’empêcher de remarquer une entaille très spécifique dans l’épée de Tristan, qui correspondait très exactement à la blessure de son oncle le géant Morholt.

    Elle comprit aussitôt que le jeune chevalier l’avait tué. Pourtant, elle n’en dit rien. Elle savait ce qu’avait promis sa mère et ce jeune homme était vraiment très beau ...

    Pourtant, lorsque Tristan lui expliqua qu’il était l’émissaire de son oncle, elle accepta tout de même d’épouser le roi Marc’h, afin de sceller l’entente cordiale entre l’Irlande et la Cornouailles.

    Iseult était une princesse et les princesses, en ce temps-là, faisaient souvent preuve d’abnégation ...

    Iseult avait fait ses adieux à ses parents et à sa famille et les au revoir avaient été douloureux.

    La jeune fille avait regardé sa mère, agité son mouchoir jusqu’à ce qu’elle ne pût plus rien distinguer. Son père, plus pudique, était rentré au château bien plus tôt. Brangien, sa suivante toute aussi bouleversée que sa maîtresse, n’avait eu d’autre réconfort.

    Debout sur le pont, de sa belle chevelure dans le vent Iseult craignait de ne plus jamais les revoir, pas plus que son Irlande natale d’ailleurs.

    Elle sentit ses larmes couler sur ses joues blanches et se laissa aller à son chagrin.

    C’était pourtant une merveilleuse journée d’été ... Surtout pour naviguer. Il faisait veau et chaud, pas un nuage à l’horizon ne menaçait le voyage et le vent les poussait vers le large.

    Tristan, lui, avait l’agréable sentiment du devoir accompli. La satisfaction d’avoir trouvé la future épouse de son oncle, et surtout, la fierté d’avoir débarrassé le monde d’un monstre sanguinaire, lui emplissaient le cœur de bonheur.

    Seule la tristesse de la jeune fille venait entacher cette douce joie.

    Alors, il se dit qu’un peu de conversation lui changerait les idées, il se dit aussi qu’aborder la belle sans un petit prétexte serait un peu difficile pour lui car, bien vaillant chevalier, il n’en était pos moins un jeune homme timide.

    Il faisait chaud, il avait soif et il se dut qu’elle aussi. Mais proposer simplement de l’eau à une princesse, cela ne se faisait pas. Du moins, ce fut ce qu’il se dit.

    Il alla donc voir Brangien – qui s’était ressaisie – et lui demanda conseil. Après tout, qui mieux qu’elle connaissait Iseult ? Prévoyant celle-ci avait préparé des fioles de boissons désaltérantes et la servante tendit l’une d’elle au chevalier.

    Son joli petit flacon finement ciselé en main, Tristan aborda enfin Iseult.

    Mais troublée par ces adieux difficiles – car elle aussi avait laissé toute sa famille en Irlande – Brangien fit une erreur.

    Une terrible erreur. Elle s’en aperçut tout de suite, mais c’était trop tard.

    Elle avait donné à Tristan le breuvage que la reine avait confectionné à l’intention du roi Marc’h et de sa fille Iseult. Ainsi, même s’il était affreux et repoussant, sa fille en tomberait amoureuse, et serait malgré tout heureuse. Car en fin de compte, le bonheur de son enfant chéri était tout ce qui comptait aux yeux de la reine.

    Seulement, sous les yeux d’une Brangien tétanisée, la princesse venait de boire ce philtre d’amour avec la mauvaise  personne : Tristan.

    Feignant de s’enquérir de maîtresse, la suivante subtilisa le flacon et le jeta à la mer.

    C’était inutile, bien sûr, mais elle ne trouva rien d’autre à faire sur le moment, si ce ne fit, que de contempler, totalement impuissante, les premiers effets du philtre.

    La fiole au fond de la mer, elle pensa un moment à se taire, mais elle aimait sa maîtresse et ne pouvait pas lui mentir un instant de plus.

    Mais Tristan et Iseult s’étaient immédiatement rendu compte qu’il se passait quelque chose. Surtout Iseult qui connaissait bien l’art des charmes.

    Brangien avoua s faute mais cela ne changea rien.

    Les deux jeunes gens tentèrent de résister, surtout Tristan qui se sentait fautif de désirer si follement la future épouse de son oncle, mais personne n’est plus fort qu’un enchantement.

    Ainsi, avant même d’avoir atteint les côtes de la Cornouailles, Tristan et Iseult avaient succombé à la folle et déraisonnable passion qui s’était emparée de leurs cœurs et, inévitablement, devinrent amants.

    Leur destin était scellé et nul n’aurait pu le prédire.

    Le roi Marc’h accueillit Iseult comme une reine et les noces furent célébrées avec faste et magnificence, comme il se doit d’un mariage royal.

    Pour se racheter, au prétexte d’une pudeur de jeune fille et à la faveur de la pénombre, Brangien offrit sa virginité au roi et l’honneur d’Iseult fut préservé.

    La passion des jeunes amants demeura secrète pendant plusieurs mois, mais certains savent lire les signes qui ne trompent pas, surtout les félons, les perfides et comploteurs toujours à l’affut de la moindre faille qui pourrait servir de sombres desseins.

    Ainsi le nain Frocin et quatre barons particulièrement jaloux, décidèrent d’informer le roi de ses amours interdites. Sûr la loyauté de Tristan, Marc’h ne les crut tout d’abord pas. Mais devant l’insistance de ses seigneurs, finalement, il consentit à éloigner son neveu quelque temps.

    Les félons, se doutant que les amants ne résisteraient pas à l’envie de se voir une dernière fois et, accompagnés du roi, ils tentèrent de les surprendre. Mais Tristan, ayant aperçu le roi dans un reflet de la fontaine ou Iseult et lui étaient assis, fit de rendez-vous torride, une simple et innocent causerie.

    Cependant, après un nouveau piège tendu par les barons félons, Tristan et Iseult furent confondus et le roi les condamna à mort. Tristan serait brûlé sur la place publique et Iseult vouée à une fin plus lente mais tout aussi horrible, serait confiée à un groupe de lépreux. Telle fur la sentence !

    Mais Tristan réussit à convaincre ses geôliers de le laisser prier une dernière fois dans une petite chapelle et réussir à échapper à leur surveillance.

    Puis le jeune chevalier, aidé de Governal, son fidèle maître-écuyer, libera la belle Iseult.

    Ainsi, après, moult rebondissements, les deux amants s’enfuirent et trouvèrent refuge dans la forêt de Morois. Là, ils vécurent tant bien que mal dans des abris de fortune les plus isolés possibles et seul leur amour permit d’affronter ce terrible exil.

    Pourtant malgré toutes ces précautions, l’un des hommes du roi les retrouva.
        Lorsque Marc’h arriva sur les lieux, les amants étaient endormis l’un à côté de l’autre, l’épée de Tristan entre les deux.

    Le roi y  vit une preuve de leur innocence et décida de les épargner. Cependant il tint à laisser un témoignage de son passage et échangea son épée avec celle de Tristan et sa bague avec celle d’Iseult.

    À leur réveil, effrayés d’avoir été retrouvés, les deux amants prirent à nouveau la fuite et se réfugièrent au pays de Galles.

    Mais cela ne pouvait pas durer éternellement.

    Iseult regrettait sa vie d’avant et Tristan se sentait terriblement coupable de sa trahison envers son oncle.

    Ils finirent par consulter l’ermite Ogrin dans l’espoir fou qu’il trouverait une issue. La solution tomba comme un couperet : Tristan devrait trouver la force de laisser partir Iseult afin qu’elle rejoignit son époux légitime. Lui, devrait s’exiler à tout jamais.

    La mort dans l’âme Tristan et Iseult reconnurent que  c’était bel et bien la seule chose à faire.

    Avant de séparer, Tristan confia son chien de garde Husdent à Iseult, qui lui offrit à son tour son anneau de Jaspe.

    Le roi Marc’h accepta de reprendre Iseult auprès de lui – non sans que la virginité de la belle Dame lui fit miraculeusement prouvée – et elle fut reçut en Cornouailles comme la reine qu’elle était.

    Discrètement, Tristan continua çà veiller sur sa belle, notamment lors d’une nouvelle épreuve, soufflée par les félons au roi Marc’h, où elle devait jurer que jamais autre homme que le roi ne l’avait prise dans ses bras. Elle jura que, hormis le roi Marc’h et le pèlerin qui venait l’aider à passer le gué, nul ne l’avait tenue dans ses bras. Le pèlerin en question n’était autre que Tristan déguisé.

    Iseult ne se parjura pas et son honneur fut sauf.

    Tristan pouvait donc rentrer à la cour du roi

    Et les incorrigibles amants reprirent leurs rencontres et s’aimèrent à  nouveau en cachette. Mais cette fois le roi les surprit et chassa définitivement son neveu.

    Ainsi Tristan s’exila définitivement et trouva une terre d’accueil en petite Bretagne.

    Après avoir porté main forte au roi Hoël, lors d’un conflit armé, il se lia d’amitié avec son fils, Kaherdin.

    Ce jeune chevalier avait une sœur, Iseult aux blanches mains, et, parce qu’elle était d’une grande beauté, qu’elle portait ce nom si cher à son cœur et parce qu’il  fallait bien se résoudre à tourner la page, Tristan finit par demander la main de la belle au roi.

    Pourtant, prétextant un vœu de chasteté – fait suite à une bataille prétendument gagnée grâce à une prière à la Vierge Marie – et bien qu’un an fut passé, il n’avait toujours pas honoré la jeune mariée.

    Lorsque le frère de la jeune épouse bafouée l’apprit, il voulut aussitôt passer Tristan par le fil de l’épée.

    Et, devant la fureur de Kaherdin, Tristan dut se résoudre à raconter sa triste histoire et à avouer qu’il en aimait une autre.

    Devant tant de souffrances et d’épreuves, Kaherdin décida que son ami avait été suffisamment châtié et pardonna à Tristan.

    Il l’accompagna même en Cornouailles et l’aida à voir Iseult en cachette. Mais devant les soupçons qui pesaient sur elle et la surveillance accrue à laquelle elle était désormais condamnée, les deux amis finirent par rentrer en petite Bretagne.

    Ainsi, Tristan retourna guerroyer et fut, une fois de plus blessée gravement, cette fois, par une lance empoisonnée. Et une fois de plus Iseult la guérisseuse était en mesure de le sauver d’une mort certaine.

    Il demanda donc, à Kaherdin d’aller jusqu’en Cornouailles et, si elle le voulait bien, de ramener Iseult auprès de lui pour qu’elle le soignât.

    Ils convinrent que si elle acceptait, la voile du navire de retour serait blanche et qu’elle serait noire en cas de refus.
        Son beau-frère prit la mer et brava vents et marées pour rejoindre les côtes de Cornouailles à temps.
        Tristan
    en était sûr, si son ami était aussi bon marin qu’il le prétendait, il arriverait à temps et sa belle et douce Iseult viendrait à lui.

     Mais, dans les châteaux, les murs ont des oreilles ....
         Même les reines finissent par savoir les choses.
         Et la sourde colère d’Iseult aux mains blanches, femme humiliée et folle de jalousie, n’eut pas d’égale.

    Pourtant la reine ne laissa rien paraître et soigna son époux blessé avec une apparente grande bienveillance. Elle se proposa même pour faire le guet ...

    Et lorsque le bateau de son frère fut enfin visible à l’horizon, elle déclara tout simplement à son époux alité que la voile était noire ...

    Tristan mourut dans l’instant.

    Lorsqu’Iseult mit le pied sur la terre Bretonne, elle eut un mauvais pressentiment. Elle se précipita auprès de son bien-aimé et gravit quatre à quatre les marches de la chambre de Tristan.

    Devant le corps sans vie de son amant, elle s’allongea auprès de lui et mourut aussitôt de chagrin.

    Tristan était né dans la tristesse et mourut dans la tristesse.
        Tristan et Iseult furent ramenés en Cornouailles, près du château du roi Marc’h, Tintagel.
        Les deux amants furent inhumés, l’un près de l’autre ...

    Dans la nuit qui suivit, l’on dit qu’une ronce poussa entre les deux cercueils.

    Par trois fois, on la coupa, et par trois fois elle repoussa,  plus vigoureuse et plus belle qu’auparavant, si bien que le roi Marc’h ordonna de ne plus jamais y toucher.

    Ainsi Tristan et Iseult demeurèrent, enfin unis à jamais.

    - Tragique histoire où jalousie et pardon se mêlent....

    - Troublante et déchirante, oui... commença la fée songeuse.

    - J’ai le profond sentiment que cela ne donne jamais rien de bon lorsque la magie se mêle des affaires de cœur, et qu’à vouloir forcer le destin, on déclenche des désastres. De telles tragédies adviennent-elles dans le monde des fées ?

    - Pas tout à fait... Nous avons tellement conscience de ce qui nous entoure, de tout ce qui est vivant, que nous ne pouvons pas vraiment nous consacrer à un seul et unique être. Si ce n’est la terre, bien sûr. Comprends-tu ?

    - Pas vraiment, je l’avoue

    Elle me sourit.

    - Bien les pierres ont parlé... À présent, peux-tu sortir ton petit caillou de ta poche ?

    Je le fis de bonne grâce.

    - Observe bien sa texture. Touche-le. Je vais – Il me l’a dit – que tu l’as longtemps tourné dans ta main, mais as-tu réellement saisi sa nature ? Observe sa  solidité, son énergie si parfaite, qui circule dans cet ovale irréprochable, comme si, perpétuellement, il renaissait à lui-même.

    Il t’apprend à toucher le monde. Unis dans ton esprit à sa matière. Sens les deux énergies fondamentales danser en lui, en toute conscience et qui affirment ce qu’il est : un petit caillou gris, rond et lisse. Un simple petit galet pourtant, clef des mondes, clef de ton passé, de ton cœur et de ton âme.

    Il est la clef qui t’apprend à voir les peurs cristallisées en toi et à les dissoudre avant qu’elles ne deviennent foyers de désordre et de mal-a-dit.

    Il t’apprend à ne faire qu’un avec notre terre. Jusque dans ses plus intimes détails. Il t’apprend à prendre conscience de tout...
        Pour tout respecter.
        Même l’infime.
        Même l’insignifiant.

    Même un petit caillou, gris,  lisse et rond.
        Vois en lui ton frère.
        Vois qu’il signe ra renaissance en ce monde.

     

    Sous, mes yeux, mon petit caillou devint de plus en plus sombre puis vira au rouge.
        Rouge lave et puissant.
        Rouge rubis, secret, enfoui  au plus profond de la Terre.
        Rouge sang, qui coule dans nos veines et, parfois, de nos cœurs blessés.

     

    - Ainsi ont parlé les pierres. Va où le vent te mène, ma sœur.

       Sur ce, elle... s’évapora.
       Comme dans un rêve.

     

     A l’instant même, mon petit caillou redevint gris. Je restai déconcertée en ce moment. Quel étrange personnage que cette petite Ymirée ... Peut-être était-elle encore là à m’observer ?

    Je contemplai à nouveau son étonnant galet. Je notais alors une petite gravure que je n’avais jamais remarquée. Une sorte de triangle barré d’un trait horizontal. Spontanément, alors qu’il n’y avait de sens bien sûr, je le considérai comme ayant la pointe en bas.

    Je passai le doigt sur le glyphe. C’était encore chaud...

    - Petit frère...

    - J’y déposai un baiser et le rangeai soigneusement dans ma poche, en fermant le rabat avec précaution. Trop précieux pour risquer de le perdre.

    - Ne sachant pas quoi faire après une telle expérience, je jetai un dernier regard aux menhirs et je repris ma route.

    Vers nulle part, vers l’inconnu. Vers mon destin...

    Dans l’après-midi, je m’étais arrêtée pour me rafraîchir un peu, lorsque je vis surgir près de moi une petite troupe de lapins et de gerboises.

        

    J’étais cachée derrière un arbre et tout ce petit monde ne semblait pas m’avoir vue tant ils étaient affairées. L’un deux aux oreilles singulièrement expressives, retint tout particulièrement mon attention. Attentif au moindre bruit, il me fit l’effet d’une mère veillant sur sa progéniture. En guise de petits,  toute une ribambelle de gerboises sautillait autour de la maman guetteuse.

     

    Bien sûr, tous étaient ailés ! Je finis par comprendre qu’il devait s’agir d’une sorte d’école et les gerboises étaient en cours de pilotage, en quelque sorte... Je crois bien que le sujet portait sur les difficultés d’atterrissage ! Ainsi les roulés boulés, les dérapages non contrôlés et écrabouillage en en règle se succédèrent, pour ma plus grande joie.

    Je me régalais du spectacle mais, heureusement, le professeur mit fin à sa leçon... Avant que je ne démasque par mes gloussements étouffés.

     

    Je riais encore, lorsque je fis un rencontre encore plus surprenante.

     

    Un dragon miniature....   . Il tenait plus de l’hippocampe que du dangereux reptile, d’autant que le plus délicat scintillement de ses ailes dans les rayons du soleil lui conférait un aspect plutôt féerique.

    Il semblait très affairé, mais je ne us définir quelle activité l’absorbait de la sorte.
        Décidément, il régnait sur cette journée, une atmosphère  particulière irréelle même, où tout semblait possible.

    Le reste de la journée se déroula comme un rêve éveillé déployant ses ailes géantes, vaporeuses et somnolentes sur mon esprit. Entre brume et réalité.

    Méditant inlassablement les paroles d’Ymirée et caressant sans cesse mon petit caillou, j’arrivai en fin de journée sans m’en rendre compte, devant un mur d’herbes hautes.

    Encore dans les pensées, je me frayai un passage entre les joncs et je débouchai sur les rives d’un minuscule lac. Le soleil couchant recouvrait ce véritable petit écrin de nature d’un manteau doré, irréel...

    Des centaines de miroirs avaient avoir été lancés à la surface de l’eau et brillait de mille feux, illuminant littéralement le paysage. C’était incroyablement beau. Féerique.

    Je m’agenouillai et me perdis dans ce spectacle. Je restai là jusqu’à ce que la nuit me surprenne et je me contentai alors de me lover dans les herbes et de m’y endormir paisiblement.

     Le réveil fut tout autre... Un concert de croassements de grenouilles et pépiements en tout genre me réveillèrent trop tôt à mon goût. 

     C’était bruyant d’une mare à l’aube ... J’étais transie de froid, j’émergeai donc tant bien que mal, dans cette cacophonie matinale, tandis qu’un crapaud de belle taille tentait de ma faire la conversation.

     

      ... Je n’étais pas d’humeur.

     La journée commençait mal.

    Je devais faire quelque chose. Je décidai de prendre un bain pour m’éclaircir les idées. Je n’aimais pas me dénuder. Mon vieux corps racorni et rabougri faisait peine à voir. Mais j’étais seule alors ...

    Un orteil à peine mouillé, je sentis aussitôt une vibration anormale dans l’eau. Je le retirai immédiatement.

    La surface du lac demeura pourtant lisse comme un miroir. J’avais peut-être rêvée. Après tout je n’étais pas encore bien réveillée. Circonspecte je laissai passer un peu de temps. Je fis bien.

    Car une tête émergea de la surface. Lentement, très lentement une créature émergea de la surface. Ses cheveux, incroyablement longs, épousaient les courbes de son splendide dos, sensuel et lascif. C’était lascif.

    Lentement, très lentement, elle se retourna.
        Si j’avais été un homme, j’en serais instantanément tombé amoureux. Pour la vie


        Ses yeux noirs se plantèrent dans les miens. Comme on ferre une proie. Lentement elle s’approcha. Comme on ajuste sa cible.
       Mon cœur se mit à battre plus fort. De peur et de joie mêlées. J’étais à sa merci.
        Elle  leva le visage, ferma les yeux un instant et prit une longue inspiration.

    - Alors petite chose flétrie, que fais-tu dans mon royaume ?

    Je déglutis.

    - Je ... vous lais juste..., balbutiai-je.

    Elle me sourit. D’un de ces sourires, énigmatiques et sombres, qui en disent trop ou pas assez.

    Je déglutis à nouveau.

    - Tu n’as jamais rencontré d’Ondine, on dirait. Les filles de l’eau te font peur ?
    -
    À vrai dire, je ne sais pas si vous allez m’embrasser ou me manger, osai-je après m’être remise de mes émotions.

    Elle éclata d’un rire sonore et retentissant.

    - Tu me plais petite femme.

    Elle m’étudia ostensiblement.

    - Beaucoup d’impuretés dans ton cœur. Peurs et angoisses.

    Elle approcha sa beauté à couper le souffle de mon petit corps chétif. C’était insupportable. Je remerciai à nouveau les dieux de ne pas être un homme.
        Elle me lécha le visage. Je m’évanouis.
        Je me réveillai dans ses bras, le corps plongé dans l’eau. Rivé sur moi, ses yeux obscurs, presque occultes, me déchiffraient, me décryptaient, démêlant les écheveaux de mes émotions les plus funestes et les plus secrètes. Pétrifiée, je ne bougeais pas d’un cil.

    - Écoute ton cœur.

     Écoute le battre dans sa poitrine. Métronome de ton être, incroyable machine de vie, il est là pour toi. Ne le fait pas souffrir inutilement sous le poids de tes sentiments passés, lourds d’émotions négatives.

     Ouvre ton cœur et sèche tes larmes.
        Larmes sucrées de tristesse,
        Larmes salées de peur,
        Larmes acides de peur,
        Larmes amères de colère,
        Le temps des larmes est révolu.
        Pardonne.

    Aux autres.
        Mais surtout...
        Pardonne-toi,*Car le temps des sourires est venu.

     Lave ton cœur.
        Tu as trahi. On t’a trahie. Cela n’a pas d’importance.
        Tu as souffert et tu as fait souffrir. Peu importe. C’est du passé.
        Tourne-toi vers le présent et les cadeaux que la vie t’apporte déjà.

    Avant d’ouvrir tes mémoires, avant de savoir qui tu étais, tu dois pourvoir regarder ton passé sereinement, et pour cela, il faut que tu te débarrasses des pensées négatives qui te polluent et forment le sac invisible que tu traînes perpétuellement avec toi.

    Allège-toi.
        Allège-toi... Et transforme-toi.
        Transforme-toit, consciemment et avec amour.
        Avec amour.

    Mais à présent meurs.
        Elle déposa un baiser sur les lèvres gelées et m’entraîna sous l’eau avec elle.
        Ma dernière heure était venue.
        Je me noyais.

    Meurs.
        Et renais à toi-même.
        Dans les eaux de ce lac, œil de la Terre, demeure des Ondines, renais à toi-même.
        Renais à toi-même et purifie-toi.

    Tandis que sa voix résonnait dans ma tête, je sentis tout corps trembler.
        La glaciale morsure m’envahit et pénétra tout mon être.
        Désormais, je n’avais plus froid.
        J’étais le froid

    Noir, profond, sépulcral.
        Et mes larmes coulèrent. Invisibles, larmes parmi les larmes.
        Et toutes mes douleurs remontèrent à la surface.
        Celles de la petite fille que je fus, ici et ailleurs.

    Elles me transpercèrent comme autant de dagues acérées trempées dans le poison
        de la rancœur, de la colère et des regrets.
        Tristesse absolue.
         Il pleuvait en moi.

    J’étais brisée en dedans. Cassée, fracassée, déchirée. Poupée disloquée sous le poids de la souffrance.
        Il pleuvait en moi.
        Pluie salvatrice, rédemptrice.

     Écoute la complainte des Nymphes qui chantent pour toi. Elles content l’histoire de celle qui ne sut pas se laver de ses erreurs et qui se perdit dans les profondeurs des eaux et de son âme. Écoute l’histoire de Dahut....

     

     

    © Le Vaillant Martial 

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