• Il n'est pas aisé d'entrer au paradis

    Il n’est pas aisé d’entrer au paradis

    Il n'est pas aisé d'entrer au paradis


        Un forgeron et sa femme avaient dix enfants et luttaient pour les nourrir.

         Chaque jour l’homme trimait de longues heures devant le feu de sa forge, plongeant le métal dans les flammes, avant de le poser sur son enclume pour le battre.

         « Je serais plus heureux en enfer » maugréait-il souvent. Il répétait cette phrase, persuadé que nul ne l’entendait, mais le malin ne perdait pas ses paroles.

         Pendant qu’il suait et jurait, son épouse s’occupait de leur progéniture. Elle cuisinait lavait, repassait et cultivait même quelques légumes sur le petit terrain jouxtant leur modeste maison. Le soir à la lueur d’une chandelle, elle trouvait encore le courage de broder des napperons qu’elle vendait les jours de marché.

         Le couple avait beau faire, le fruit  de son travail ne permettait pas de nourrir douze bouches. Poussé par sa femme, le mari braconnait. Il allait régulièrement poser des collets dans la forêt voisine. Il attrapait des lièvres et parfois un renard dont il vendait la peau après l’avoir tannée. Il tuait aussi des cailles et des perdrix avec sa fronde.

         Un hiver, l’abondance de neige paralysa le pays. Le travail se fit rare et le gibier aussi. Inquiet et profondément découragé, le forgeron dit à sa femme :

    - Je finirais par vendre mon âme au diable, si cela peut nous permettre de sortir de notre misère.
    -
    Ne fais jamais ça, le supplia-t-elle en se signant.

         Un jour malgré le grand froid, le mari fut contraint d’aller chasser. Armé de sa fronde, il sortit. Au cours de la nuit, la tourmente avait sévi. Des arbres déracinés coupaient la route. Le calvaire des quatre-Chemins n’avait pas résisté au vent. Le christ avait chu. Il gisait au sol, couvert d’un fin linceul de sucre qui ne laissait voir que sa couronne d’épines.

         Dès qu’il ferait meilleur, le curé ne manquerait pas de passer chez tous les fidèles et de demander à chacun son obole afin de le remettre sur pieds. Le forgeron se dit qu’il serait peut-être le seul à ne rien donner et il eut honte.

         Soudain, il entendit des ricanements sardoniques derrière lui. Il se retourna et vit un homme tout de noir vêtu, qui lui sourit. On eût dit une souillure sur la neige immaculée. Il avait le regard perçant, une barbiche pointue et deux cornes que l’on devinait sous le capuchon de son long manteau.

    - La tempête est mon alliée, lança-t-il. Puisse-t-elle abattre tous ces vieux christs qui protègent le pays de mon emprise.
    -
    Qui êtes-vous ?
    -
    Celui avec qui tu souhaites, faire commerce.
    -
    Que me proposez-vous ?
    -
    D’exaucer tes trois vœux préférés et de revenir dans dix ans pour prendre possession de ton âme.
    -
    J’accepte ce pacte pour le bonheur de ma famille.
    -
    Eh bien, quels sont tes vœux ?
    -
    J’aimerais d’abord posséder une bourse qui me permette d’acheter tout ce que je veux sans jamais se vider.
    -
    La voici, dit Satan en la lui lançant.
    -
    Je souhaiterais aussi que ceux qui s’assoient sur le banc de pierre devant ma forge ne puisse plus le quitter sans que je le décide.
    -
    C’est entendu
    -
    Je voudrais enfin avoir un sac extensible dans lequel tout ce que je désignerais entrerait à ma demande et n’en ressortirait qu’avec ma permission.
    -
    Le maudit lui tendit aussitôt un grand sac de cuir brun.
    -
    Je serais de retour dans dix ans et il faudra me suivre sans rechigner. Tâche de ne pas l’oublier, dit-il avant de disparaître. La perspective de devoir partir avec le malin n’enchantait guère le forgeron. Mais au moins, son sacrifice permettrait-il  à sa femme et à leurs dix enfants d’être à l’abri du besoin. Il rentra chez  lui et en informa son épouse. Sa stupeur passée, elle pleura longuement. Sa stupeur passée, elle pleura longuement.

         Sans attendre le radoucissement du temps, le forgeron se rendit au bourg voisin en compagnie de son fils aîné. Il acheta de la viande rouge du pain, des andouilles, du fromage, du beurre, du sucre, du miel et de la farine de froment pour faire des crêpes et aussi du cidre et du vin. Ce jour-là, toute la famille put enfin manger à sa faim.

     

    Il n'est pas aisé d'entrer au paradis


     

         Dès la fin de l’hiver, il fit agrandir leur maison et la meubla correctement. La bourse donnée par le malin restait toujours pleine, comme il l’avait souhaité. Elle aurait pu lui permettre de vivre sans avoir à travailler. Mais il craignait de devoir s’ennuyer. Il rénova sa forge et embaucha deux ouvriers qui furent chargés des tâches les plus rudes. Lui se contentait désormais de ferrer quelques chevaux, sans avoir à souffrir de la chaleur dégagée par les flammes. « Je ne perds rien pour attendre » se dit-il avec lucidité, en songeant à son pacte avec le diable et à ce qui l’attendait quelques années plus tard.

         Chaque jour, il s’asseyait avec ses clients devant la forge. Quand l’un deux marchandait un peu à son goût, il l’abandonnait là, le derrière collé à la pierre et ne le libérait qu’après un long moment, en feignant la surprise et l’incompréhension. Il ne posait plus de collets et n’utilisait plus sa fronde pour chasser. Il se contentait de prendre son grand sac de cuir brun, dans lequel venait se jeter le gibier. Il lui suffisait d’ordonner aux cailles, aux perdrix et même aux sangliers d’y entrer.

         Le forgeron et sa femme vivaient heureux. Leurs enfants étaient bien nourris et bien vêtus. Ils allaient tous à l’école et grandissaient sans se soucier du lendemain. Seuls leurs parents étaient inquiets. Les années filaient. Si l’échéance était encore loin, elle finirait bien par arriver et Satan avec elle.

         Un matin où il était occupé à ferrer un cheval, le forgeron vit arriver un homme dont le visage ne lui était pas inconnu. Ce dernier était barbu et vêtu de noir. Il souleva son chapeau pour saluer. Le forgeron vit ses cornes et comprit à qui il avait affaire.

    - Que désirez-vous ? lui demanda-t-il.
    -
    Je viens te chercher. Aurais-tu oublié notre pacte ?
    -
    Vous êtes en avance ! Mon âme ne devait vous appartenir qu’au bout de dix années, et cinq seulement se sont écoulées.
    -
    Je ne dors jamais et pour moi, les nuits comptent comme les jours. N’as-tu jamais entendu dire que six mois de jour et six mois de nuit représentent un an complet pour le diable ?
    Le forgeron ne  put rien objecter.
    -
    Je suis prêt à vous suivre, mais avant permettez-moi d’aller embrasser ma femme et mes enfants.
    -
    Ne traîne pas trop.
    -
    Je ne serais pas long, prenez place sur le banc de pierres, vous y serez plus à l’aise pour m’attendre.

         Il s’assit sans prendre garde. Au retour du forgeron, il voulut se lever, mais n’y parvint pas. L’homme ne profita pour le rouer de coups et ne s’arrêta qu’après avoir obtenu un nouveau délai de dix ans. Il fut convenu que ce seraient dix années véritables. Le maudit put alors regagner l’enfer. Les dix ans passèrent très vite et le malin fut de retour.

    - Cette fois, tu ne m’échapperas, forgeron !
    -
    Laissez-moi aller embrasser ma famille avant de m’emmener.
    -
    Pas question, partons tout de suite.

    Le forgeron prit le sac de cuir brun qui était à ses pieds et cria :

    - Dedans, Satan !

         Le maudit y entra malgré lui. Le forgeron ferma le sac et le roua de coups sans pitié. Pour le faire cesser le malin dut lui consentir un délai supplémentaire de dix ans.

    - Mais à partir d’aujourd’hui, précisa-t-il, le sac n’aura plus aucun effet sur moi, ni sur les diablotins qui m’assistent en enfer.

         Les années s’écoulèrent vite. Le forgeron savait qu’il lui serait difficile d’échapper une troisième fois au diable. Quelques mois avant l’expiration du délai, il annonça à sa famille qu’il devait effectuer un long voyage dont il ne reviendrait peut-être pas. Il mit de l’ordre dans ses affaires, confia la bourse magique à sa femme, embrassa tout le monde et partit en emportant le sac de cuir brun. « Il me permettra de quoi manger en chemin » se dit-il.

         Son bâton de pèlerin à la main, il marcha en direction de l’’autre monde. Il se perdit plusieurs semaines dans un dédale de nuages et parvint enfin à atteindre le royaume éternel. Mais la porte était fermée. Il saisit le heurtoir et frappa trois fois. Saint-Pierre ouvrit le guichet.

    - Je suis bien au paradis des chrétiens ? demanda le forgeron.
    -
    Tu n’ignores pas qu’il n’y a qu’un seul Dieu, le paradis est donc le même pour tous.
    -
    Alors les chrétiens, les juifs et les musulmans vivent ici ensemble.
    -
    Oui ! Et en  paix !

    Saint Pierre consulta son énorme registre

    - Je ne trouve pas ton nom sur la liste des élus.
    -
    Laissez-moi quand même entrer, j’ai toujours respecté les commandements divins.
    -
    C’est impossible quand on a fait comme toi, un pacte avec Satan.
    -
    J’aimerais au moins pouvoir jeter un coup d’œil de l’extérieur, on dit que la cité céleste est tellement belle !
    -
    Saint Pierre était si fier du royaume dont il avait la garde qu’il entrebâilla la porte pour permettre au forgeron de regarder. Celui-ci s’empressa de jeter son sac à l’intérieur et dit :

    - À mon tour d’y prendre place

         Il se retrouva dans le sac, puis s’en extirpa très vite et prit ses jambes à son cou, poursuivi par saint Pierre qui le menaçait en montrant le poing. Mais il dut abandonner sa poursuite, car dans sa hâte, il avait laissé la porte du paradis entrouverte.

     

    Il n'est pas aisé d'entrer au paradis


         Trois marins en profitèrent pour entrer. Ils étaient Bretons comme le forgeron qui venait de tromper la vigilance de saint Pierre. Originaires de Saint-Malo, ils avaient sillonné tous les océans et les mers de la planète. Puis, las de ne pouvoir s’enrichir en travaillant honnêtement, ils s’étaient engagés chez les flibustiers.

         Quelques instants plus tôt, ils se trouvaient encore sur le bateau pirate qui avait abordé un galion espagnol chargé d’or. L’explosion soudaine de leur soute à munitions avait envoyé par le fond deux navires. Elle avait été si puissante que tous les marins avaient péri, sauf eux qui avaient été projetés jusqu’aux nuages et s’étaient retrouvés dans la porte du paradis où ils étaient entrés sans difficulté.

         Leurs oreilles bourdonnaient encore, ils souffraient de contusions, mais ils étaient sains et saufs, ils allumèrent leurs pipes bourrées de tabac brun et décidèrent d’explorer les lieux. C’est alors qu’ils virent approcher saint Pierre, l’air affolé, qui leur intima l’ordre de déguerpir.

    - Mille sabords ! Pour qui se prend-il celui-là ? répliqua un des flibustiers en lui soufflant sa fumée au visage.
    -
    Il est interdit de fumer ici ! balbutia le gardien au milieu d’une quinte de toux.
    -
    Va au diable ! ajouta le deuxième pirate en imitant son collègue.

    Saint Pierre, les yeux larmoyant, se mit à tousser de plus belle.

    - Si vous continuer, cet idiot va s’étouffer, plaisanta le troisième flibustier en se tordant de rire.

         Le gardien n’insista pas et courut fermer  la porte. Au sommet d’une colline dominant la cité céleste se tenait le Tout-Puissant, assit sur trône d’or qui devisait avec les vieux patriarches. À l’approche des trois hommes, ses narines perçurent d’acres effluves.

    - L’encens a une drôle d’odeur aujourd’hui, s’étonna-t-il.

         Quelques saint acquiescèrent en se bouchant le nez. Les pirates étaient maintenant tout près. Leurs vêtements crasseux, nauséabonds et tachés de sang étaient en loques.

    - Quelle infection ! se plaignit le Très-Haut. J’avais pourtant ordonné à saint Pierre de ne laisser entrer que des gens propres.

    Les trois hommes n’étaient guère impressionnés. Le plus téméraire lança :

    - Nous cherchons justement une auberge.

    Après tout ce que nous venons de vivre, nous aimerions nous laver un peu puis partir en bordée.

         L’Éternel  fit la moue et leur lança un regard réprobateur. Les patriarches baissèrent pudiquement les yeux, mais aucun ne fit le moindre commentaire.

    - J’ai l’impression qu’il serait préférable de nous éloigner, murmura l’un des flibustiers en entraînant les autres.

         Ils dévalèrent la pente de la colline et finirent par découvrir un vaste couvent où logeaient Marie et Madeleine et de nombreuses courtisanes repenties. Les trois pirates pénétrèrent dans le jardin. Les filles protestèrent quand ils les approchèrent :

    - Ils puent autant que des putois !

         Par crainte de représailles, ils battirent en retraite. Mais le Père Éternel avait entendu crier les saintes. Il fit appeler saint Pierre.

    -  Pourquoi as-tu laissé entrer des gens aussi sales ? Tu sais bien que j’exige de tout le monde un minimum de propreté et de dignité.
    -
    C’est à cause du forgeron !
    -
    Quel forgeron ?
    -
    Celui qui possède un sac magique ...
    -
    Je ne comprends rien à ton histoire. C’est toi et toi seul qui garde l’entrée de  mon royaume.
    -
    J’avais laissé la porte ouverte par inadvertance et es trois flibustiers en ont profité pour entrer.
    -
    Tu reconnais donc ton erreur. Si tu recommences, je serai contraint de nommer quelqu’un d’autre à ta place.
    -
    Très bien. Tu dois maintenant faire déguerpir ces voyous qui n’ont pas leur place ici.
    -
    Ce sera difficile !
    -
    Fais-toi aider par les saints qui ont écrit sur le paradis. Il s’en trouvera bien un qui aura une solution à te proposer pour mettre dehors ces trois pouilleux.

        Ce fut finalement saint Paul qui eut une idée. Il prit place sur les remparts ceinturant la cité céleste et cria d’une voix de tonnerre :

    - Galion en vue !

    Très vite, les trois pirates le rejoignirent.

    - Indique nous où il est !
    -
    Là, droit devant !
    -
    À l’abordage ! crièrent-ils en quittant précipitamment le royaume de Dieu.

         Ils cherchèrent en vain dans les nuages. Contrariés de n’avoir rien trouvé, ils décidèrent de revenir, en caressant l’espoir de pouvoir se consoler auprès des jolies dames qu’ils n’avaient fait qu’entrevoir.

         Mais cette fois la porte était fermée à double tour. Ils actionnèrent violemment le heurtoir.

    - Inutile de frapper, vous n’avez rien à faire ici, dit saint Pierre avec fermeté.

         Furieux, ils l’insultèrent copieusement avant de retourner d’où ils venaient, bien décidés à s’embarquer sur un nouveau navire pour continuer à écumer les mers.

         En chemin, ils croisèrent un curé accompagné d’un meunier et d’un fermier, qui leur demandèrent où se trouvait le paradis.

    - Il  faut poursuivre jusqu’au nuage noir puis tournez à gauche, répondirent les flibustiers.

         Ils leur avaient indiqué volontairement une mauvaise direction si bien que le prêtre et ses compagnons se perdirent. Pendant que ces derniers cherchaient leur route, saint Pierre et saint Jean se querellèrent pour une futilité. Le premier osa même frapper l’autre avec son trousseau de clefs, contrevenant ainsi au règlement qui interdit toute violence au royaume éternel. Au cours de la bagarre qui s’en suivit, saint Jean eut le dessus. Il parvint à s’emparer des clefs et décréta qu’à l’avenir ce serait  lui qui ouvrirait et fermerait les portes du paradis. Saint Pierre le somma de lui restituer le trousseau et menaça d’aller se plaindre au Très-Haut s’il refusait d’obtempérer. Mais saint Jean fit mine de ne pas l’entendre. Il savait que son compère n’oserait pas, par crainte d’être blâmé pour sa violence.

         Le nouveau portier n’avait suivi aucune formation pour l’exercice de cette fonction. Il laissa franchir la porte sacrée à trois musiciens qui n’en avaient pas le droit. Le Diable vint en personne lui reprocher son indulgence.

    - Ce n’est pas la première fois que cela arrive, saint Pierre a déjà laissé entrer un forgeron qui m’avait pourtant vendu son âme. Vous pourriez éviter de causer du préjudice à un ancien archange comme. Si cela se reproduit, je me verrai contraint de dénoncer votre conduite. Saint Jean ne s’en émut guère, sachant très bien qu’il lui était interdit d’entrer au paradis et qu’il ne pourrait pas rencontrer Dieu, sauf peut-être au cours d’une de ses visites sur terres. Mais elles restaient assez rares.

    Il n'est pas aisé d'entrer au paradis



         À peine arrivé, les trois fraudeurs sortirent binious et bombardes et tambour et se mirent à jouer des airs aux rythmes endiablés. De jeunes saints et de jeunes saintes les entourèrent et dansèrent avec frénésie. L’indignation des patriarches fut telle qu’ils s’empressèrent d’informer l’Éternel des animations scandaleuses que certains n’hésitaient pas à organiser dans son royaume.

         Saint Pierre et saint Jean comparurent bientôt devant le Très –Haut qui blâma le premier pour sa violence. Il reprocha à l’autre de s’être indûment approprié les clefs du paradis, lui demanda de les restituer sur-le-champ au portier légitime et lui ordonna de faire sortir de son royaume les trois musiciens qui s’y étaient introduits par sa faute. Saint Jean était très embarrassé, car il ne pouvait employer la force pour les expulser. Il réfléchit, tandis que le joyeux trio jouait de plus belleJ. Les musiciens semblaient si passionnés par leur art qu’il eut l’idée de leur proposer une série de concerts dans les grandes capitales. Ils acceptèrent de parti r en tournée et quittèrent la cité céleste. Ils comprirent vite qu’ils avaient été floués. Ils tentèrent alors de revenir mais saint Pierre fut impitoyable. Il les laissa dehors et refusa de céder aux supplications des jeunes saints et des jeunes saintes furieux d’avoir été privé de musique et de danse.

         C’est alors qu’arrivèrent le curé, le meunier et le fermier. Ils actionnèrent le heurtoir. Saint Pierre était le plus impatient. Il bouscula les deux autres pour passer le premier. Dès qu’il vit son bonnet couvert de farine, saint Pierre lui lança :

    - Comment oses-tu te présenter ici ? Jamais meunier n’entrera au paradis. Comme tous ceux de ta corporation, tu as trop volé tes clients.
    -
    Je n’ai fait qu’appliquer ce que m’avait enseigné mon père.
    -
    Tu le rejoindras dons en enfer.
    -
    C’est injuste ! Je prenais bien peu, juste une poignée ou deux dans chaque sac de farine en plus de ce qui me revenait pour mon travail.
    -
    Oui, mais toutes ces poignées représentent des tonnes de farine qui t’ont permis de t’enrichir. Et toi, dit saint Pierre au fermier, qu’as-tu fait sur la terre ?
    -
    J’ai travaillé durement tous les jours du lever au coucher du soleil, même le dimanche.
    -
    Et en ayant travaillé le dimanche, tu voudrais entrer ici. Sache que c’est impossible !

         Vint le tour du curé.

    - J’ai prié, dit-il, et mangé chaque jour le corps du Christ.
    -
     Tu n’entreras pas non plus au paradis ! s’écria saint Pierre, tu serais capable d’avaler le Père Éternel  et le Saint Esprit !

         Et il leur claqua son guichet au nez.

         Comme le forgeron s’était fait discret et que le tout puissant ignorait – ou – feignait d’ignorer – sa présence dans le royaume céleste, saint Pierre avait renoncé à l’exclure. Il savait que celui-ci ne manquerait pas de l’enfermer dans son sac magique s’il s’n prenait à lui. Il ne voulait pas risquer de se retrouver dans une situation ridicule et être la risée des jeunes saints et saintes qui ne le portaient plus dans leur cœur.

    C’est ainsi que le forgeron fut le seul intrus à conserver sa place au paradis.

    © Le Vaillant Martial

     

    « Deux Nouvelles Une femme Obstinée et Avant de MourirLes mains les plus blanches »

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :


================================== 1- jssants.js (external javascript jsfile) ================================== ================================== 2- jssaints.js (external javascript jsfile) ================================== ================================== -3 sants.html (html file) ================================== JavaScript code/Saint's Day
Breton calendar - Saint's Day : 
...Calendrier français :