• Guillaume

     


     

     

    Le jeune Guillaume est d’humeur chagrine, après des heures et des heures d’une quête infructueuse, son panier reste désespérément vide. La bonne omelette aux champignons sautée à souhait, n’est plus, hélas, parmi ses sombres pensées qu’un souvenir s’effilochant au gré de ses pas.

    Il en a trouvé quelques-uns mais les petites bruines des derniers jours les ont rendus spongieux et mangés de vers.

    Parti plein d’entrain de bon matin, il n’arrive portant pas à se décider à rebrousser chemin. D’un caractère plutôt tenace, il essaye d’imaginer l’aubaine des beaux pieds renflés, des chapeaux à la belle couleur brune qui comblerait ses espoirs et remplirait son panier.

    Continuant sa marche, tout à ses moires pensées, Guillaume tombe soudain en arrêt, n’en croyant pas ses yeux. Devant lui à ses pieds dans un nid de feuilles mortes, joliment blotti entre les grosses racines d’un vénérable vieux châtaigner, un véritable tas de chanterelles s’offre à lui.


     

    Il s’avance lentement, tendant l’oreille au moindre bruit de pas, mais seul le bruissement des feuilles répond au silence de la forêt. Joie et crainte mêlées, il s’agenouille et, sa décision est prise de faire main basse sur le « trésor », en regardant toutefois par-dessus son épaule avec la désagréable impression d’être épié ...


     

    « C’est étrange tout de même ! » se dit-il, il a beau scruter les sous-bois environnants toujours nulle âme qui vive.

    On n’a jamais l’esprit serein quand on vient de commettre une action que l’on soupçonne d’être indélicate. Le vent, à présent s’est levé et le doux bruissement s’est mué en mugissement furieux, conférant à la scène une aura d’étrangeté. Mal à l’aise, Guillaume lance des regards furtifs à la ronde. La sensation d’être observé ne le quitte pas.

    Enfin, sa sérénité revient, avec ce sentiment de bien-être que l’on éprouve dans les lieux que l’on aime.

    Qu’a-t-il à craindre après tout, il les aime ces bois, ces grands arbres et ce vent aux senteurs marines qui vient jouer dans les frondaisons.

    Il a à présent la conviction d’avoir fait ce qu’on attendait de lui, mais de ne pas avoir accompli toutefois sa part du marché.

    Alors plutôt que de partir comme un voleur emportant son larcin, il se tourne et regarde vers le cœur de la forêt, et, simplement, dans un murmure dit : « Merci ».

    Le vent furieux s’apaise alors en une étrange mélopée.

    © Le Vaillant Martial 

     

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