• Gildas tête de bois

    Gildas-Tête-de-Bois


     

       Sur le chemin, là-bas, y’a un enfant, haut comme trois pommes. Il marche d’un bon pas et sifflote comme un pinson. Il porte un petit baluchon par-dessus l’épaule, noué à l’extrémité d’un bâton. A bien regarder, le gamin, il semble partit pour un long voyage.

       Clac ! Cloc ! Cloc ! Font ses sabots de bois. Puis encore Frrt ! Frrt ! Frrt, lorsqu’il foule le tapis d’herbe fraiche, au centre du chemin. Perdu, dans ses pensées, il imagine ... De part et d’autre dans la boue séchée, ces ornières creusées par le passage des charrettes, sont deux profonds ravins au fond desquels rôdent des bêtes terrifiantes. Des monstres aux dents pointues, pourvus de tentacules visqueux. Surtout ... ne pas tomber !

    Frrrt ! Frrrt ! Frrrt il marche en fouettent l’herbe tendre au mépris du danger.


     

       Le gamin longe un long muret de pierres sèches, un petit muret garni de mousse et de fougères. De l’autre côté, y’a un paysan qui bêche son champ.

    « Oh, là, Bugale, mon enfant.. Où cours-tu donc ainsi, d’un pas si pressé ? »

    « Je vais chercher fortune, M’sieur » lance le gamin sans même s’arrêter.

    « Ho-oh ! Chercher fortune ? » Rien que ça ! «  S’amuse le paysan accoudé sur la manche de sa bêche.

       T’es sacrément jeune, dis-moi, t’as bien raison. Mieux faut s’y prendre de bonne heure pour pareille aventure. Cependant il n’est pas dit que ta vie suffise à trouver  ce que tu cherches, mon garçon. Et puis, à marcher si vite, rigole le bonhomme, tu risques de passer à côté de « Dame Fortune » sans jamais la remarquer.

       « C’est que je ne peux pas trainer si je dois venir en aide à mes parents. Y z’ont pas le sou. Mon père a beau travailler sa terre du matin au soir, on mange jamais que des pommes de terre, à la maison. Mes sœurs et moi, on en a marre de manger ça à tous les repas. Alors ce matin, après j’ai terminé mon bouillon de patates, j’ai décidé de partir chercher fortune. J’leur ai dit comme j’vous le dis. Ils ont bien ri à la maison. On ne me prend jamais au sérieux. Tout ça parce que je suis le plus petit. Mais à mon retour, ils verront ! Y seront bien contents et fiers de moi lorsque j’aurai les poches pleines de pièces dorées. »

    Et le gamin de reprendre son chemin.



     

        Voilà qu’il passe en lisière d’un petit bois. Là, dans un buisson, son attention est attirée par un bruissement bref et soudain. Il s’arrête immobile ... le bruissement reprend pour de nouveau s’interrompre. Alors le jeune téméraire s’approche, doucement, le plus silencieux possible, à la faveur de l’herbe tendre. Il essaie de voir, entre le feuillage  ... il tend la main, écarte iun bouquet de branchage ... et là, il découvre.

       Une boule de poils pourvue de deux grandes oreilles rabattues en arrière. Un gros œil tout rond l’observe plein d’inquiétude.

       « Bah ! Que fais-tu là, M’Sieur Lapin ? S’étonne l’intrépide aventurier, soudain redevenue enfant. Ah ! Je comprends. Tu es pris au piège de ce méchant collet. »

       Alors sans geste brusque, le gamin saisit l’animal docile et le libère du lacet dont il restait captif.

       « Voilà tu es libre, l’ami. Ce n’est pas ce soir que tu finiras en civet ; garde où tu mets les pattes dorénavant. Tu ne pourras pas toujours compter sur moi. »

       Après quelques caresses et délicates grattouilles affectueuses, le jeune garçon repose la bestiole trop heureuse de se carapater dans une succession de petits bonds rapides ... et de disparaître au cœur d’un épais taillis.

       « C’est une bonne fortune pour ce lapin d’avoir croisé mon chemin. Déjà, ce voyage n’aura pas été vain. J’en suis certain, c’est un signe pour m’encourager à poursuivre ma route. »

       Tout à ses pensées, il repart donc, plus déterminé que jamais. Et pour se donner encore plus de courage, il entame un refrain :

     

    Trotte, trotte, trotte menu
    Range ta barbe dans ta culotte
    Trotte, trotte, trotte menu
    Tu vas finir par marcher dessus

     

        Et bien jeune homme ! Est-ce donc l’usage ? ... se moquer ainsi des personnes à la barbe fleurie ? Du respect. Je vous prie ! »

       Assis sur une pierre, de celles qui marquent les distances, se trouve un petit homme, un Teuz. Vêtu tout à l’ancienne, il fume une pipe en bois et regarde passer le temps, le temps et les gens.

       « Du tout, M’sieur ! Loin de moi cette mauvaise pensée, je chantais voilà tout. Il n’y avait rien contre vous. »

       « C’est heureux, sourit le barbu tout en se laissant glisser de son promontoire, lequel n’était pas pourtant bien haut. Le contraire m’aurait moult chagriné. Tu chantais donc ! C’est une bonne chose de chanter en marchant. On finit par en oublier le poids de ses sabots. La foulée devient ainsi plus légère. Mais dis-moi ... où cours-tu si vite, le cœur en chanson ? »

       « Je vais chercher fortune, M’sieur, pour aider mes parents qu’ont pas le sou. Aussi chez nous, y’a jamais rien d’autre à manger que des patates. Matin, midi et soir. »

       « Des patates, le matin, Beurk ... Je comprends ton empressement, gamin. Quel est ton nom, dis-moi ? »

       « On m’appelle Gildas, Gildas-Tête-De-Bois, parce que je suis têtu, à ce qu’on dit. »

       « Eh bien Gildas-Tête-de-Bios, mon ami, tu veux bien être mon ami, n’est-ce pas ? Gildas mon gars, si tu continues sur ce chemin, tu n’iras pas bien loin ! »

       « Et pourquoi ça, M’sieur ? »

       « Parce que plus loin, il y a un pont, et que ce pont s’est écroulé avec les dernières crues. À moins de savoir nager, dans une eau vive et profonde, tu ne pourras pas traverser. Sauf ... sauf si je t’apporte une aide précieuse ! »

       « Vous pourriez faire, ça, M’sieur le p’tit homme ? » s’enthousiasme le gamin.

       « Je veux mon garçon, et plus encore ! Tu es d’une taille qui m’est agréable, toiser petit m’est plaisante compagnie. De plus un marmot de ton âge doit être accompagné d’un aîné, et les poils de cette barbe démontrent que je suis le plus âgé. Allons, cheminons ensemble. Je te crois pressé dans ton entreprise. »



     

       Et les deux nouveaux compères de descendre le chemin en direction de la rivière. Lorsqu’ils y parviennent, le petit homme n’a pas mentit. Le pont de pierre s’est effondré sur lui-même. On ne peut plus passer !

       Et les deux compères de descendre le chemin en direction de la rivière. Lorsqu’ils y parvinrent, le petit homme n’a pas menti. Le pont de pierre s’est effondré sur lui-même, on ne peut plus passer !

       « Ne t’inquiète pas mon bon ami ! Nous n’allons pas rebrousser chemin pour si peu. Je vais remédier à cela à l’instant. »

       Le petit bonhomme s’approche de la berge. Il se penche vers l’eau claire. Alors doucement, il souffle, à la manière que l’on a de souffler une bougie. Un long souffle délicat.

       Dans le soleil printanier, un petit nuage de givre scintille de milliers d’éclats argentés.

       Par enchantement, juste à cet endroit de la rivière, la surface de l’eau se met à geler. Elle se transforme en une épaisse glace, une glace d’une transparence si pure qu’elle laisse distinguer les poissons, gracieux, nager sous sa surface aux reflets bleutés. Tous alentour, l’air est vif presque piquant. Le gamin n’en croit pas ses yeux !

    « Comment faites-vous cela ? » dit-il en redressant son col

       « Allons Fiston ! L’heure n’est pas à la questionnade. Hâtons-nous de traverser avant qu’un mauvais rhume ne nous gagne. Et gardons-nous de ne pas glisser sur nos derrières. Les postérieurs sont ainsi faits qu’ils préfèrent les coussins moelleux !

       Cependant pour répondre à ta question, et remplir cette tête qui ne demande qu’à être pleine. C’est naturel ! Réfléchissons. Ne t’es-tu jamais brûlé ? Comment apaises-tu la douleur ? De même, s’il s’agit de refroidir un potage bouillant ? Tu souffles dessus n’est-ce pas ? Et ton souffle est froid. C’est ce que je viens de faire, comprends-tu ? Excepté que j’ai soufflé un peu plus froid. Simple comme « Bonjour » ! »



     

       Une fois qu’ils gagnent la berge opposée, le petit homme se penche au-dessus de l’eau gelée. À nouveau, il souffle, la bouche arrondie. Il souffle à la façon qu’ont les enfants de vouloir couvrir de buée le carreau d’une fenêtre pour y faire un dessin. Sous l’effet du souffle magique, la glace commence à fondre, et l’eau, se met à couler de nouveau, son chant cristallin mêlé à celui des oiseaux.

       « Économise ta salive, gamin, je devine ta question ! Lorsqu’en hiver, tu as froid aux mains tu ne sens plus le bout de tes doigts, que fais-tu pour te réchauffer ? Tu souffles dessus, n’est-ce pas ? Je viens de faire de même. Certes, j’avoue avoir soufflé un peu plus chaud. Tout est dans l’art ne pas cuire les poissons. Merveilleux n’est-il pas ! Allons ! Ne reste pas ainsi, les yeux écarquillés et la bouche béante. Tu pourrais avaler une vilaine mouche. »

    Et tout deux de se remettre en route.



     

       «Tu m’as confié chercher fortune ! J’imagine qu’un bugale[1] de ton âge, dépourvu de poil au menton, n’a pas la moindre idée de l’endroit où mener ç bien pareille quête. Et le Teuz de glousser. Tu as beaucoup de chance, car moi, je sais. Je sais où retrouver ton bonheur. »

       « Vrai ? – Vous ne vous moquez pas ! »

       «  Point du tout ! Facétieux à mes heures, jamais moqueur. Pour ton affaire je vais te guider. Je vais te guider parce que je sais où se cache un trésor ! Un fabuleux trésor. Mais, c’est loin, il nous faudra beaucoup marcher. Si tu partages mon avis, Gildas-Tête-De-Bois, cessons de « barlutiner » et hâtons le pas. Le chemin sera long. Long et périlleux. »

     

     

       Au bout d’un temps, de loin en loin, on ne distingue plus que des chaumières isolées, tapis dans le creux de vallons embrumés. Les dernières ne sont que des ruines abandonnées, affaissées sur elles-mêmes. La poussière des âges s’y est déposée en un délicat voile d’oubli.

       « Je ne reconnais pas ce pays ! Où sommes-nous ? J’suis fatigué ! J’ai mal aux pieds ! – C’est encore loin ? On est bientôt arrivé ? Vous pouvez me porter sur votre épaule ... juste un peu ? » ... ainsi sont les enfants.

     

       Et ils marchent, le pas long et mesuré, le petit homme devant, le gamin derrière, lieue après lieue.

       Enfin, ils atteignent une région escarpée. Devant eux se dresse l’entrée d’une gorge étroite au sein de laquelle ils s’engouffrent.

       De part et d’autre, de hautes murailles formées de lourds blocs de granit s’élèvent, verticales, jusqu’à un trait de ciel semblant fendre la roche bien au-dessus d’eaux. De parois en parois, le son roule, les précède, pour revenir en écho. Un  étroit chemin de mousse épaisse donne le sentiment de marcher sur un tapis cossu. Ce corridor naturel serpente, descend, s’enfonce doucement sous terre à mesure que fraîchit l’humidité pénétrante.

       « Je crois m’être un peu trop éloigné de chez moi, fait le gamin à voix basse, comme s’il se trouvait dans un lieu sacré. Je ...je ne suis plus tout à fait certain de vouloir faire fortune. Je ne croyais pas que cela soit si difficile. Et puis j’ai froid. C’est tout sombre ici. Il est encore loin le trésor ? »

       « Pen buzac. Tête de ver sans cervelle, as-tu déjà vu un trésor à la porte de chez toi ou celle de ton voisin ? Un trésor à découvrir se mérite. Il faut aller loin pour le chercher. Mais, chuuuuuut ... Écoute, écoute, écoute plutôt. »

       À peine perceptible, on distingue, un battement issu du cœur du monde.

       « Non, non, ce n’est pas un battement, reprend le Teuz l’oreille tendue. Il s’agit d’un pas. Je crois que l’on vient à nous. »

        Le pas est si lourd qu’à mesure qu’il approche, les parois résonnent, vibrent. De partout autour, tombent, dégringolent des volées de petits cailloux, de petites pierres, des touffes moussues. Quelle sorte de créature fantastique peut provoquer pareilles secousses à se déplacer ainsi ?

    Qui d’autre que le géant Goulaffre !

       « Le géant Goulaffre « au toujours féroce appétit » ! Souffle le Teuz à son jeune protégé, terrorisé. Restons maîtres de nos nerfs. Il est à son sujet, une chose, que beaucoup ignorent. Un secret connu de moi seul. De le connaître nous tirera d’embarras. Laisse-moi faire veux-tu ! »

        Et comme il finit ces mots, apparaît le terrible géant Goulaffre « au toujours féroce appétit » Large comme dix bœufs, sa tête aurait pu se perdre dans les nuages si le ciel avait déjà été présent. Déjà le gourmand gourmet dresse le nez, cherche à savoir de quoi sera composé ce dîner au savoureux fumet. Le Teuz vient au-devant du géant. Et après qu’il se soit raclé la gorge, il entame sur un air de gavotte :

     

    ’M’eus ket ken ‘met dek miz
    Da dañs ar podoù-fer
    M’eus ket ken ‘met dek miz
    Da dañs ar podoù-fer ...

     Je n’ai plus que dix mots
    Pour la danse des marmites
    Je n’ai plus que dix mots
    Pour la danse des marmites

     

    L’air est joyeux, entraînant à souhait. Le Teuz sautille d’un pied sur l’autre. Le chant haut et clair fuse sur les parois de granit, pénètre les cavités les plus secrètes. Le géant reste interdit, puis son pied bat la mesure.

     

    ... Da roulañ ma yaouankiz
    Dañs ar podoù-fer, komere
    Dañs ar podoù-fer, komere
    Tournez en arrière

     

    Et l’écho dédoublé » de donner la réplique :

     

    ... Da roulañ ma yaouankiz
    Dañs ar podoù-fer, komere
    Dañs ar podoù-fer, komere
    Tournez en arrière

     

    Le géant Goulaffre n’a plus l’esprit à manger il reprend le chant lui aussi. Et d’un pas léger que nul n’aurait soupçonné, il se met à danser, danser la gavotte, et il sautille et il chante, et l’écho lui répond, et c’est toute cette gorge, auparavant si austère qui résonne de ce Kan ha Diskan diabolique.

     

    Dañs ar podoù-fer, komere
    Tournez en arrière

     

       Tandis que le géant Goulaffre effectue cet élégant pas, le Teuz saisit son compère par le bras et entraine ce dernier à se faufiler dans le dos du colosse tout à son ballet. Et sans plus attendre, les deux se carapatent au nez et à la barbe de l’ogre.

     ...Tournez en arrière
    Tournez en arrière ...

     «  Dame !s’émerveille le gamin, vous avez plus d’un tour dans votre sac, assurément. Vous disiez ma compagnie agréable, la vôtre est utile, à ne pas en douter. Quand je raconterai ça à mon retour, jamais on ne voudra me croire. Tout de même, se débarrasser d’un géant par la danse et par le chant. ! »

    « Apprends mon ami, qu’il est bon de chercher à régler ses soucis autrement que par l’emportement, dont on ne sait jamais où il nous mènera. Allons, nous sommes tous près de notre but. Cette fois je crains la tâche plus ardue. »

        Les deux compagnons pénètrent maintenant au cœur du monde. L’Argoat. Méandre de chênes tortueux plusieurs fois séculaires. Les arbres majestueux déploient leurs ramures entremêlées interdisant au jour de se répandre. Peut-être ont-ils l’âge des pierres, tant les troncs sont larges et puissants. En ce lieu, parmi ces colonnes naturelles, dans cet écrin de végétation primaire, est un grand dolmen à peine visible, tant il est couvert de mousse. Il évoque les vestiges d’un temps oublié.

    « Le ... Le trésor ? Est-il là ? »

       « On ne peut rien te cacher ami ! Attends !!!! ... pas si vite. Ne t’avance pas plus, reviens vers moi, doucement. Ah ! Jeunesse fougueuse. Tu t’empresses sans savoir. Ne sens-tu pas ? Ne sens-tu pas comme l’air est chaud autour de toi ? Certes, il y a un trésor ; Il est à portée de main. Mais crois-tu qu’un trésor puisse s’acquérir de la sorte, avec cette facilité déconcertante ! S’il y a un trésor ... Il y a aussi .... »

       L’intérieur du vieux dolmen résonne d’un ronflement sourd. L’obscurité qui semble y régner, disparaît au profit d’une lueur rougeâtre évoquant une forge animée d’un feu ardent. L’onde d’un souffle chaud se propage jusqu’à eux.

    «  ... Il y aussi le gardien, disais-je », reprend le Teuz.

    Sous le dolmen, de nouveau les ténèbres.

    Se révèlent alors deux éclats froids à la pupille fendue ....

       La tête monstrueuse du dragon sort lentement d’entre les pierres. Elle ondule doucement à l’ ‘extrémité d’un long cou recouvert d’écailles brunes.

     

    Il semble que nous ayons réveillé la bête, dirait-on » fait calment le Teuz.

       « Que Saint-Georges, armé de sa lance, veille nous venir en aide » reprend le gamin terrifié.

       « Tu ne crois pas j’espère, à ce genre de sottise ! Ces récits ne sont que fables et coquecigrues. Brandis plutôt ton bâton libéré de ton baluchon. Sers-t-en à la manière d’une lance, et surtout, ne manque pas de viser les deux yeux. »

       « Mais c’est un simple bâton de Noisetier ! Rien de plus ! » S’affole le jeune garçon.

       « Il suffit d’un bâton pour soulever un roc !!! Ne perds pas un instant ! »

       Gildas-Tête-De-Bois fait à la façon que commande le Teuz Il brandit sa frêle branche de noisetier et ajuste son lancer du mieux qu’il peut. Le bâton vole en tournoyant, fragile et incertain. Alors le Teuz lève le bras et fait une passe magique de la main ... l’insignifiant bout de bois se transforme en un puissant javelot fendant l’air, vif éclair.

       Le dragon crache un puissant feu dévastateur lorsque le dard vient se ficher au beau milieu de son front. La créature fantastique s’effondre de tout son long, terrassée d’un coup, les naseaux encore fumants.

       Le trésor scintille dans la pénombre du vieux dolmen Ce n’est qu’abondance de pièces d’or, bijoux et autres objets précieux. Il y a là de quoi charger une charrette tirée par deux bœufs. Gildas-Tête-De-Bois n’en croit pas ses yeux.

    « Comme tu vois, je ne t’ai pas raconté d’histoires ! Le trésor est bien là. »
    « Comment allons-nous faire. Il va falloir des années pour le transporter. Nous n’avons rien d’autre que ce simple baluchon. »
    « Voilà qui est parfait ! Dénoue-le-donc et débarrasse-toi de son contenu ...Maintenant, dépose le carré de tissu sur ce bien précieux. »

       Sitôt le gamin jette l’étoffe comme on le fait d’un drap sur le lit...  Que l’ensemble du trésor vient à disparaître. En lieu et place ne reste plus qu’un petit baluchon, joliment rebondi.

       « Voici, mon ami. Tout est dedans. Lorsque le besoin se fera sentir, glisse ta main à l’intérieur. Prends ce dont tu as besoin, rien de plus. Ceci n’est pas une corne d’abondance. Tu as vu le trésor, s’il est important, il n’est pas inépuisable. Allons aimable compagnon, il faut songer au retour. Je devine loin d’ici, une modeste chaumière au sein de laquelle tous sont fort inquiets de ton absence prolongée. »

       « M’sieur le p’tit homme, je suis sacrément content de vous avoir rencontré !!! Miass concernant ce fabuleux trésor, il vous appartient tout autant qu’ç moi. »

       « Gildas-Tête-De-Bois, mon bon ami, as-tu le souvenir du matin où ti libéras un lapin prisonnier d’un vilain collet ?

    Tu n’es pas sans savoir que les lutins ont le pouvoir de métamorphose. Et bien ce captif ..., c’était moi.

       Prive un être magique de sa liberté, il en perdra aussi sa magie. En me libérant, tu m’as rendu mes pouvoirs. C’était la moindre des choses que tu puisses en profiter ? Tu mérites grandement ce que tu as gagné. Mettons-nous  en chemin, la route est encore longue jusqu’à ta demeure. »

       Sur le chemin, deux ombres s’étirent dans la lumière du couchant. Ils sont deux à marcher en chantant. Le petit homme devant, le gamin derrière.

    ‘M’eus ket ken ‘met dek miz
    Da dañs ar podoù-fer
    ‘M’eus ket ken ‘met dek miz
    Da dañs ar podoù-fer

     

    Je n’ai plus que dix mots
    Pour la danse des marmites
    Je n’ai plus que dix mots
    Pour la beauté des marmites

     

       Au bout d’un temps, de loin en loin, on ne distingue plus que des chaumières isolées, tapis dans le creux de vallons embrumés. Les dernières ne sont que des ruines abandonnées, affaissées sur elles-mêmes. La poussière des âges s’y est déposée en un délicat voile d’oubli.

       « Je ne reconnais pas ce pays ! Où sommes-nous ? J’suis fatigué ! J’ai mal aux pieds ! – C’est encore loin ? On est bientôt arrivé ? Vous pouvez me porter sur votre épaule ... juste un peu ? » ... ainsi sont les enfants.

       Et ils marchent, le pas long et mesuré, le petit homme devant, le gamin derrière, lieue après lieue.

       Enfin, ils atteignent une région escarpée. Devant eux se dresse l’entrée d’une gorge étroite au sein de laquelle ils s’engouffrent.

        De part et d’autre, de hautes murailles formées de lourds blocs de granit s’élèvent, verticales, jusqu’à un trait de ciel semblant fendre la roche bien au-dessus d’eaux. De parois en parois, le son roule, les précède, pour revenir en écho. Un  étroit chemin de mousse épaisse donne le sentiment de marcher sur un tapis cossu. Ce corridor naturel serpente, descend, s’enfonce doucement sous terre à mesure que fraîchit l’humidité pénétrante.

       « Je crois m’être un peu trop éloigné de chez moi, fait le gamin à voix basse, comme s’il se trouvait dans un lieu sacré. Je ...je ne suis plus tout à fait certain de vouloir faire fortune. Je ne croyais pas que cela soit si difficile. Et puis j’ai froid. C’est tout sombre ici. Il est encore loin le trésor ? »

       « Pen buzac. Tête de ver sans cervelle, as-tu déjà vu un trésor à la porte de chez toi ou celle de ton voisin ? Un trésor à découvrir se mérite. Il faut aller loin pour le chercher. Mais, chuuuuuut ... Écoute, écoute, écoute plutôt. »

    À peine perceptible, on distingue, un battement issu du cœur du monde.

    « Non, non, ce n’est pas un battement, reprend le Teuz l’oreille tendue. Il s’agit d’un pas. Je crois que l’on vient à nous. »

        Le pas est si lourd qu’à mesure qu’il approche, les parois résonnent, vibrent. De partout autour, tombent, dégringolent des volées de petits cailloux, de petites pierres, des touffes moussues. Quelle sorte de créature fantastique peut provoquer pareilles secousses à se déplacer ainsi ?

    Qui d’autre que le géant Goulaffre !

       « Le géant Goulaffre « au toujours féroce appétit » ! Souffle le Teuz à son jeune protégé, terrorisé. Restons maîtres de nos nerfs. Il est à son sujet, une chose, que beaucoup ignorent. Un secret connu de moi seul. De le connaître nous tirera d’embarras. Laisse-moi faire veux-tu ! »

        Et comme il finit ces mots, apparaît le terrible géant Goulaffre « au toujours féroce appétit » Large comme dix bœufs, sa tête aurait pu se perdre dans les nuages si le ciel avait déjà été présent. Déjà le gourmand gourmet dresse le nez, cherche à savoir de quoi sera composé ce dîner au savoureux fumet. Le Teuz vient au-devant du géant. Et après qu’il se soit raclé la gorge, il entame sur un air de gavotte :

     

    ’M’eus ket ken ‘met dek miz
    Da dañs ar podoù-fer
    M’eus ket ken ‘met dek miz
    Da dañs ar podoù-fer ...

     Je n’a plus que dix mots
    Pour la danse des marmites
    Je n’ai plus que dix mots
    Pour la danse des marmites

     

    L’air est joyeux, entraînant à souhait. Le Teuz sautille d’un pied sur l’autre. Le chant haut et clair fuse sur les parois de granit, pénètre les cavités les plus secrètes. Le géant reste interdit, puis son pied bat la mesure.

     ... Da roulañ ma yaouankiz
    Dañs ar podoù-fer, komere
    Dañs ar podoù-fer, komere
    Tournez en arrière

     

    Et l’écho dédoublé » de donner la réplique :

     ... Da roulañ ma yaouankiz
    Dañs ar podoù-fer, komere
    Dañs ar podoù-fer, komere
    Tournez en arrière

       Le géant Goulaffre n’a plus l’esprit à manger il reprend le chant lui aussi. Et d’un pas léger que nul n’aurait soupçonné, il se met à danser, danser la gavotte, et il sautille et il chante, et l’écho lui répond, et c’est toute cette gorge, auparavant si austère qui résonne de ce Kan ha Diskan diabolique.

     

    Dañs ar podoù-fer, komere
    Tournez en arrière

     

       Tandis que le géant Goulaffre effectue cet élégant pas, le Teuz saisit son compère par le bras et entraine ce dernier à se faufiler dans le dos du colosse tout à son ballet. Et sans plus attendre, les deux se carapatent au nez et à la barbe de l’ogre.

     

    ...Tournez en arrière
    Tournez en arrière ...

     

    «  Dame !s’émerveille le gamin, vous avez plus d’un tour dans votre sac, assurément. Vous disiez ma compagnie agréable, la vôtre est utile, à ne pas en douter. Quand je raconterai ça à mon retour, jamais on ne voudra me croire. Tout de même, se débarrasser d’un géant par la danse et par le chant. ! »

    « Apprends mon ami, qu’il est bon de chercher à régler ses soucis autrement que par l’emportement, dont on ne sait jamais où il nous mènera. Allons, nous sommes tous près de notre but. Cette fois je crains la tâche plus ardue. »

        Les deux compagnons pénètrent maintenant au cœur du monde. L’Argoat. Méandre de chênes tortueux plusieurs fois séculaires. Les arbres majestueux déploient leurs ramures entremêlées interdisant au jour de se répandre. Peut-être ont-ils l’âge des pierres, tant les troncs sont larges et puissants. En ce lieu, parmi ces colonnes naturelles, dans cet écrin de végétation primaire, est un grand dolmen à peine visible, tant il est couvert de mousse. Il évoque les vestiges d’un temps oublié.

       « Le ... Le trésor ? Est-il là ? »

       « On ne peut rien te cacher ami ! Attends !!!! ... pas si vite. Ne t’avance pas plus, reviens vers moi, doucement. Ah ! Jeunesse fougueuse. Tu t’empresses sans savoir. Ne sens-tu pas ? Ne sens-tu pas comme l’air est chaud autour de toi ? Certes, il y a un trésor ; Il est à portée de main. Mais crois-tu qu’un trésor puisse s’acquérir de la sorte, avec cette facilité déconcertante ! S’il y a un trésor ... Il y a aussi .... »

       L’intérieur du vieux dolmen résonne d’un ronflement sourd. L’obscurité qui semble y régner, disparaît au profit d’une lueur rougeâtre évoquant une forge animée d’un feu ardent. L’onde d’un souffle chaud se propage jusqu’à eux.

    «  ... Il y aussi le gardien, disais-je », reprend le Teuz.

    Sous le dolmen, de nouveau les ténèbres.

    Se révèlent alors deux éclats froids à la pupille fendue ....

    La tête monstrueuse du dragon sort lentement d’entre les pierres. Elle ondule doucement à l’ ‘extrémité d’un long cou recouvert d’écailles brunes.

     

     Il semble que nous ayons réveillé la bête, dirait-on » fait calment le Teuz.

       « Que Saint-Georges, armé de sa lance, veille nous venir en aide » reprend le gamin terrifié.

       « Tu ne crois pas j’espère, à ce genre de sottise ! Ces récits ne sont que fables et coquecigrues. Brandis plutôt ton bâton libéré de ton baluchon. Sers-t-en à la manière d’une lance, et surtout, ne manque pas de viser les deux yeux. »

    « Mais c’est un simple bâton de Noisetier ! Rien de plus ! » S’affole le jeune garçon.
    « Il suffit d’un bâton pour soulever un roc !!! Ne perds pas un instant ! »

       Gildas-Tête-De-Bois fait à la façon que commande le Teuz Il brandit sa frêle branche de noisetier et ajuste son lancer du mieux qu’il peut. Le bâton vole en tournoyant, fragile et incertain. Alors le Teuz lève le bras et fait une passe magique de la main ... l’insignifiant bout de bois se transforme en un puissant javelot fendant l’air, vif éclair.

       Le dragon crache un puissant feu dévastateur lorsque le dard vient se ficher au beau milieu de son front. La créature fantastique s’effondre de tout son long, terrassée d’un coup, les naseaux encore fumants.

      Le trésor scintille dans la pénombre du vieux dolmen Ce n’est qu’abondance de pièces d’or, bijoux et autres objets précieux. Il y a là de quoi charger une charrette tirée par deux bœufs. Gildas-Tête-De-Bois n’en croit pas ses yeux.

    « Comme tu vois, je ne t’ai pas raconté d’histoires ! Le trésor est bien là. »
    « Comment allons-nous faire. Il va falloir des années pour le transporter. Nous n’avons rien d’autre que ce simple baluchon. »

       « Voilà qui est parfait ! Dénoue-le-donc et débarrasse-toi de son contenu ...Maintenant, dépose le carré de tissu sur ce bien précieux. »

       Sitôt le gamin jette l’étoffe comme on le fait d’un drap sur le lit...  Que l’ensemble du trésor vient à disparaître. En lieu et place ne reste plus qu’un petit baluchon, joliment rebondi.

       « Voici, mon ami. Tout est dedans. Lorsque le besoin se fera sentir, glisse ta main à l’intérieur. Prends ce dont tu as besoin, rien de plus. Ceci n’est pas une corne d’abondance. Tu as vu le trésor, s’il est important, il n’est pas inépuisable. Allons aimable compagnon, il faut songer au retour. Je devine loin d’ici, une modeste chaumière au sein de laquelle tous sont fort inquiets de ton absence prolongée. »

       « M’sieur le p’tit homme, je suis sacrément content de vous avoir rencontré !!! Miass concernant ce fabuleux trésor, il vous appartient tout autant qu’ç moi. »

        « Gildas-Tête-De-Bois, mon bon ami, as-tu le souvenir du matin où ti libéras un lapin prisonnier d’un vilain collet ?

       Tu n’es pas sans savoir que les lutins ont le pouvoir de métamorphose. Et bien ce captif ..., c’était moi.

       Prive un être magique de sa liberté, il en perdra aussi sa magie. En me libérant, tu m’as rendu mes pouvoirs. C’était la moindre des choses que tu puisses en profiter ? Tu mérites grandement ce que tu as gagné. Mettons-nous  en chemin, la route est encore longue jusqu’à ta demeure. »

       Sur le chemin, deux ombres s’étirent dans la lumière du couchant. Ils sont deux à marcher en chantant. Le petit homme devant, le gamin derrière.

    ‘M’eus ket ken ‘met dek miz
    Da dañs ar podoù-fer
    ‘M’eus ket ken ‘met dek miz
    Da dañs ar podoù-fer

     Je n’ai plus que dix mots
    Pour la danse des marmites
    Je n’ai plus que dix mots
    Pour la beauté des marmites

     

     © Le Vaillant Martial


     

     

     



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