• Fiançailles et Mariage

    Fiançailles et Mariages vers 1900

     

    Comment les jeunes gens se fréquentent-ils et se choisissent-ils pour se marier ? Dans certaines régions, comme en Cornouailles, à en croire les Mémoires de Jean-Marie Dèguignet, les occasions pour les jeunes filles et les garçons de se rencontrer et de se livrer aux jeux amoureux  lors des fêtes de campagne ou pendant les travaux d’été.

    Si Perinaïg Mignon de Lannion et Morised, de Melrand, ont été assassinées pour avoir défendu leur vertu, les scènes de galanteries sont nombreuses et les histoires d’amour donnent lieu à de délicates complaintes et à des usages charmants.

    Dans la nuit qui précède le 1er mai, les garçons vont accrocher une branche d’aubépine à la porte de la maison où habite leur préférée.

    On cherche les rencontres à l’occasion des fêtes religieuses, des marchés, des travaux des champs ou des veillées.

    Les amoureux utilisent toutes les occasions pour se voir lorsqu’ils se sont remarqués et les chansons sentimentales évoquent à leur façon, tant en breton qu’en français, les tourments et les bonheurs des amours juvéniles :

    «  J’ai une bonne amie à Quimperlé (bis)

    Et j’irai la voir... dimanche au soir ... »

     

    « C’est en passant sur le pont de Morlaix 

    O la oué ! O fair holloway

    La belle Hélène j’ai rencontré... »

     

    On connaît bien l’histoire de Jean François de Nantes : » La plus belle servante l’emmène dans sa soupente... De concert avec elle, elle navigue sur la mer belle.»

     

    Dans les pays de vilaine, on danse sur des romances sentimentales

    « C’est le mois de mai, ne tardez plus car il est temps,

    Belle prenez-moi pour votre amant ! »

     

    Près de Morlaix, sur le pont de Taulé, il existait une foire de fiancés le 29 septembre : les jeunes filles assises sur des parapets, attendent le choix des jeunes gens. Le galant fait des cadeaux à l’élue de son cœur, des bouquets, des rubans, des rubans des pommes, des châtaignes.

    Dans le Morbihan, les couples sont plus poétiques :

    « Me a zob et, va dousig, oùz ho tarempréder

    Evel ma vez an eostig war ar spern gweun kludet. »

    (J’ai été ma douce à vous fréquenter comme est le rossignol sur l’arbre perché)

    Nombreuses sont les coutumes superstitieuses pour un bon mari ou pour se marier toute l’année.

    Au Croisic, comme au Faouët et dans beaucoup d’autres communes, on jette des épingles de bois dans une fente en observant si elles y tombent tout de suite.

     

    Dans la forêt de Brocéliande, les jeunes filles jetaient les épingles dans la fontaine de Barenton : si l’eau bouillonnait, elles se mariaient à Pâques.

    À Clisson, les jeunes Nantaises détachaient une pierre dans la grotte de la Garenne-Lemot pour être fécondes.

    Dans certaines régions de Bretagne, les mariages étaient préparés, voire décidés à l’avance par les familles. Ces « arrangements étaient conclus sur des complémentarités d’intérêts ou de caractère, les choix étant fait par les parents et imposés aux jeunes gens : il fallait faire un « bon mariage ».

    Parfois, quand un jeune homme veut demander la main de la fille qu’il aime ou quand on s’avise de lui trouver une épouse, on a recours à des intermédiaires qui sont les spécialistes, voire les « professionnels » pour ce genre de situation.

    Dans le premier cas en pays breton c’est le « bazvalan », littéralement celui  porte « une baguette de genêts », qui est l’ambassadeur officiel. Il est connu  comme tel et quand il fait sa visite, on sait à quoi s’en tenir. Si la famille refuse d’avance sa démarche, elle s’arrange pour le lui faire comprendre dès le début de l’entrevue pour qu’il n’ait pas peur de poser la question. La conversation porte d’abord sur les banalités : le temps qu’il fait, les travaux en cours, le voisinage et n’aborde les vrais problèmes au cours d’un temps si long que le jeune Pierre-Jakez Hélias, s’était endormi dans le lit-clos d’où il observait ce rituel...

    Exceptionnellement, les jeunes filles avaient la possibilité d’exprimer leur préférence comme dans l’île d’Arz et l’île aux Moines.

    Dans le Morbihan, le marieur s’appelait le kaour (le meneur), l’atropour, le darbodour (l’entremetteur) ou, dans le pays gallo, le bassadour (l’ambassadeur) ou le « Chaussenère » (Chausses noires).

    Ailleurs, on se fiait aux meuniers ou aux tailleurs qui connaissaient bien les familles et leur situation. Les tailleurs avaient la réputation d’être de grands causeurs et de savoir habilement mentir pour mieux présenter la situation.

    Les deux familles doivent se concentrer pour les aspects concrets de l’union projetée : dot de la jeune fille (s’il y en a une), trousseau, mobilier et biens des futurs époux, organisation des fiançailles et du mariage, invitations....

    L’affaire se traite au domicile d la jeune fille, à l’auberge ou chez le notaire si les enjeux sont importants. Un geste rituel symbolise l’accord intervenu : en Ille-Et-Vilaine, les promis s’accrochent par le petit doigt, la demoiselle dit « crochi », l’amoureux répond « crochette. »

    Dans certaines régions du Morbihan, les pères se frappaient dans la main. Ailleurs, on offrait une bague ou une épingle à foulard.

     

    Les fiançailles donnent lieu à un grand repas au pays bigouden : ce « rassemblement » permet de préparer les détails de la fête et de choisir les cavalières. À la Chapelle-neuve, près de Baud, on fait la tournée des cafés le samedi avant les noces.

    Après le repas de fiançailles, chaque famille fait visiter ses biens et ses richesses mobilières.

    Il arrive parfois qu’on se fréquente plusieurs années avant de se marier.

    Enfin, il faut faire les publications à la mairie et les « bannies » à l’église.

     

    Les mariages s’échelonnent sur plusieurs jours mais ont toujours lieu une mardi, le lundi étant réservé aux préparatifs, la noce dure trois jours, le vendredi, samedi et dimanche étant consacré aux rangements.

     

     

    Ainsi la toute la semaine était occupée par cette importante cérémonie qui se déroulait à des saisons était occupée par cette importante cérémonie qui se déroulait à des saisons privilégiées, Le Mardi gras, janvier, novembre, certains temps étant prohibés (le carême, l’avent) et d’autres impossibles car consacrés aux travaux des champs.

    Le cortège arrive à l’église en char à banc ou en défilé, précédé du biniou ou de l’accordéon.

    La cérémonie religieuse (An Eured)  a lei à 10 heures après que le curé eut vérifié que les futurs époux connaissaient bien leur catéchisme et sont de « bons chrétiens ». (Ceux qui se sont laissé aller à consommer leur union avant d’y être autorisé doivent se contenter d’une messe basse à 8 ou 9 heures)

    Après la cérémonie, les mariés vont à la sacristie payer les honoraires, parfois ils reçoivent du pain blanc et un verre de vin.

    Les cloches sonnent à toute volée en proportion de la somme qui a été versée aux sonneurs, et de midi à 1 ou 2 heures les invités et les proches font le tour des cafés des bourgs, s’arrêtant pour danser devant telle ou tel cabaret.

     

    C’est le début de la fête mais le rythme est encore mesuré car il s’agit de montrer sa joie et de montrer ses belles parures devant ceux qui ne sont pas  à la noce...

    Dans le pays Nantais (Saint–Etienne-de-Corcoué), on brûle alors un grand feu de joie.

    Chacun s’est mis sur son trente et un, la coiffe de cérémonie, la jupe la collerette sont propres au nouvel état de la mariée et portent donc des couleurs spécifiques.

    En Cornouailles, la mariée pouvait porter trois costumes différents pour les trois jours de noces. Les plus aisées arboraient une robe rouge à galons dorés d’argent, les plus modestes une robe bleue à galons d’argent. Le nombre de galons correspondait au montant de la dot.

    En Haute-Bretagne, la robe et le tablier sont particulièrement soigné : la jeune mariée porte parfois un châle de dentelle, une chaîne de montre autour du cou, un chapelet à  la main et une fleur d’oranger sur la poitrine.

    Au bourg de Batz, les jeunes mariés ont leurs plus beaux atours. L’homme porte guêtre, braies blanches enrubannées, gilet blanc à liseré rouge et noir recouvert d’une veste rouge ou brune, sur la tête un grand feutre relevé devant. La jeune femme, sous sa coiffe blanche arbore une robe de la même couleur écarlate.

    Les hommes de Pluméliau se reconnaissent à leur veste « mille boutons ». Ceux de Quimper ont trois vestes superposées.

    Un peu partout, les couronnes de fleurs d’oranger des jeunes mariés sont ensuite placées sous un globe ou offertes telles quelles en remerciement à l’autel de Vierge Marie dans l’église ou la chapelle du village.

    Les mariages variaient d’importance suivant les circonstances. Certains ne réunissaient que quelque dizaines d’invités, d’autre pouvaient rassembler des centaines, voire 1500, 2000 personnes.

    Il arrive aussi que plusieurs mariages aient lieu en même temps quand il s’agit de frères ou sœurs.

    S’il fait mauvais temps le repas a lieu sous des tentes, dans un hangar ou un grenier, mais dans la majorité des cas, on dresse des tables sur les tréteaux.

    On peut aussi creuser des fossés parallèles : les gens sont assis sur le rebord, les pieds au fond, les remblais sont utilisés comme table.

     

     

     

     

     A défaut de tables, des échelles dressées et alignées servent de bancs et chacun s’assoit face à face, la nourriture étant posée par terre

     

    Dans une noce de 1400 personnes, six travées doubles de 100 mètres contenaient l’assistance.

    Quand on a les moyens, chacun à son écuelle et son verre, quitte à louer la vaisselle à de spécialistes.

    En pays breton, chacun apporte sa cuillère de bois sculpté et partout l’on se doit d’utiliser son propre couteau. Des pichets de grès abreuvent chacun à discrétion en cidre(ou en vins dans certaines régions).

    Le repas durait quatre à cinq heures aussi chantait-t-on cette invite dans le pays de Ploërmel :

    « Mettons-nous donc à table

    Restons-y longtemps !

    Le plaisir d’être à table

    Est un plaisir charmant ! »

    Pour nourrir autant de participants, on tue plusieurs bêtes et des cuisines spéciales marmites et fourneaux le repas appelé « Fricot » « Chervad » ou « Fest »

    On sert le midi une soupe grasse (ou une soupe aux oignons), un bœuf bouilli et un ragoût. Le menu peut-être enrichi de cochonnailles : pâté de tête, andouilles, tripes et d’un rôti de veau servi parfois le soir.

    Tous ces plats sont accompagnés de chants et parfois d’un d’airs particuliers. L’arrivée du rôti est saluée par le « Son Ar Rost ».

    On termine par le gâteau breton, le far, le café et le lambig.

    Une boîte passe dans les rangs ou chacun passe son écot. A la fin du repas, biniou et bombardes, vielles et violons, accordéons ou clarinettes se mettent à jouer et les invités dansent pendant deux ou trois heures tandis que l’on dessert pour préparer le repas du soir servi à 21 ou 22 heures.

    *Le lendemain, les proches font le « retour de noces » : on mange les restes ou la noce va visiter des proches ou amis.

    Le surlendemain, c’est le repas des « pauvres » ou de ceux qui ont préparé la fête. Les mariés viennent les servir et les remercier.

    Les mendiants ont le droit à une part du festin soit le premier jour, soir à la fin du mariage.

     

    La nuit de noces donne lieu à des usages assez semblables dans toute la Bretagne. Dans les pays les plus religieux, les mariés s’abstiennent de coucher ensemble la première nuit (consacrée à Dieu), la deuxième (consacrée à la Saint Vierge) et même la troisième nuit consacrée à Saint-Joseph ou aux âmes du purgatoire.

    Dans le pays gallo, le marié dort le premier soir chez ses parents et la mariée chez sa marraine. Le premier ou deuxième soir, les maris essayent d’échapper à leurs invités pour se retrouver dans l’intimité.

     

    À Ancenis, la demoiselle d’honneur aide la mariée à se déshabiller en enlevant toutes les épingles de sa robe qui seront ensuite distribués aux jeunes filles comme porte-bonheur. En conduisant la mariée au lit-clos, on multiplie les allusions, les chansons ou les plaisanteries gaillardes et l’on sert aux époux la traditionnelle soupe au lait, agrémentée d’épices, d’ail ou de vinaigre pour évoquer les douleurs et les désillusions de l’amour. Certains la font boire à la jeune femme cuillérée par cuillérée en l’honneur du marié, du parrain de la marraine, etc...

    D’autres réveillent les mariés une heure après leur entrée dans la chambre (pays de Rennes).

    Dans le vignoble Nantais, on sert, dans le vase de nuit, des biscuits trempés dans du vin sucré ou des saucisses (pays de Retz)

    A la Gacilly, les mariés sont visités la quatrième nuit pour consommer la « Pannée » : du vin chaud  à la cannelle.

    Dans quelque cas particuliers quand un veuf se remarie avec une jeunette ou quand un homme assez âgé convole ou se remarie pour la énième fois, des chahuts le prennent pour cible, les « charivaris »

    Source : Bertrand Frelaut  Il y a un siècle... la Bretagne.

    © Le Vaillant Martial 

     

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