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    «  ristan »... je dois ce nom à la tristesse qui entoura ma naissance. Orphelin, je fus élevé par mon oncle, le roi Marc’h de Cornouailles, et de vins expert en maniement des armes aussi bien qu’en musique et en poésie. J’étais également considéré comme un très beau jeune homme, et tout cela me valut bien entendu quelques jalousies...

    Lorsque je combattis et tuai le géant Irlandais, ce Morholt qui chaque année prélevait un tribut de chair parmi notre jeunesse, ce monstre que tout le monde craignait et que personne n’avait pu ne serait-ce qu’égratigner, je ne fus que légèrement blessé, mais mon adversaire avais pris soin d’empoisonner ses armes et les meilleurs médecins ne purent me guérir. On me livra donc à la mer et ainsi, couché dans une barque, avec ma harpe pour seule compagne, je fus poussé sur le rivage  d’Irlande par les flots.

    Les habitants, touchés par mon chant, me menèrent auprès de la reine elle-même. Cette femme avait la connaissance des plantes et ne tarda pas à me guérir, assistée en cela par sa fille, la belle Iseult. Celle-ci passait des heures auprès de moi, nettoyant mes plaies, changeant mes pansements... Sa voix était douce, sa peau si pâle, et ses longs cheveux tombant en une cascade d’or sur ses reins si éblouissants ! Personne ne m’avait reconnu mais je décidai de ne pas m’attarder. La situation n’était-elle incongrue ? J’avais été réveillé par la reine d’Irlande, la sœur de Morholt ! Aussi, dès que je fus rétabli, je regagnai le royaume de Marc.

    Le temps passait... Mon oncle qui n’avait pas trouvé à se marier subissait la pression incessante de ses barons. Il pensait certainement à faire de moi son héritier, mais ces derniers, décidemment agacés par mes qualités, ne l’entendaient pas ainsi et le poussaient à choisir une femme. Or, un beau jour, une hirondelle entra par la fenêtre, portant trois cheveux d’or en son bec. Le roi Marc en fut ébloui et décida qu’il n’épouserait que la femme à laquelle ils appartenaient. Vous avez deviné n’est-ce pas ?

    Par amour pour mon oncle, je partis sur le champ pour l’Irlande. Lorsque j’arrivai, je trouvai le pays dans une terrible affliction : chaque jour un puissant dragon emportait une proie parmi la jeunesse du royaume et si on ne lui avait pas livré cette pauvre âme en pâture, il aurait ravagé la région. Voyant que personne n’osait plus s’attaquer au serpent, le roi avait même promis la main de sa fille à qui les débarrasserait de ce fléau. Je m’y essayai et, au terme d’un combat particulièrement sanglant, parvint à tuer la bête. Pour preuve d ma victoire, je coupai la lourde langue du monstre mais ne sentis pas le venin mortel pénétrer les pores de ma peau alors que je maintenais mon trophée serré contre mon torse. Et c’est brusquement que je m’effondrai entre les arbustes, à quelques mètres de là.

    On ne tarda pas à découvrir le cadavre du dragon et, profitant de l’absence de vainqueur, le sénéchal du roi se fit passer pour le sauveur afin de remporter la récompense. Incrédule, la reine et sa fille se rendirent sur les lieux du combat où elles me trouvèrent. Elles me ramenèrent au palais – piteux état certes, mais bien vivant. Et c’est ainsi qu’elles me soignèrent pour la seconde fois. Mais cette fois-ci, je fus confondu par mes hôtesses qui reconnurent l’arme qui avait eu raison de Morholt, car celle-ci comportait une brisure dont le morceau manquant s’était fiché dans le crâne du géant. Ce meurtre me fut pardonné en raison de mes récents exploits. Le roi tint même parole et m’offrit la main d’Iseult que j’acceptai non pour moi mais pour mon oncle. Iseult allait devenir reine de Cornouailles, scellant ainsi une paix nouvelle entre les deux royaumes.

    Afin de faire naître un amour indéfectible entre la jeune femme et le vieux roi, la reine d’Irlande prépara un breuvage à l’attention des jeunes époux : elle le confia à Brangien, la servante d’Iseult, et l’assortit de nombreuse recommandations. Malgré cela une erreur funeste se produisit lors de la traversée qui nous conduisit en Cornouailles ....

     

     

     Comme Iseult et moi étions pris d’une grande soif, je choisis parmi les nombreux flacons ce qui me sembla être un vin herbé. Mais la boisson que nous partageâmes à cet instant n’était autre que le philtre d’amour, qui fit tomber tous les interdits qui nous auraient empêchés même de nous avouer notre amour naissant. Cet instant fut le commencement d’une longue et tragique histoire.

    Nous cachions notre faute par  maintes ruses, mais on finit toujours par nous découvrir et fus contraint de quitter le royaume de Marc à jamais. Je tentais d’oublier Iseult en me mariant avec la fille du duc Hoël de Bretagne, la belle Iseult aux blanches mains, mais piètre époux, je ne consommai même pas notre union.

     

     

     

    Lors d’un combat, je fus à nouveau empoisonné. Ma survie ne tenant qu’en la venue de mon seul amour, ma guérisseuse de toujours, Kaderhin – beau-frère et meilleur ami mis dans confidence de mes sentiments coupables – prit lamer pour la Cornouailles, avec pour consigne de monter la voile blanche s’il revenait avec Iseult la blonde, la voile noire en cas inverse.

     

    Le temps me sembla terriblement long. Je me raccrochais à la vie péniblement quand mon épouse vint m’avertir de l’arrivée prochaine du bateau. Je ne pouvais plus alors du tout me redresser sur ma couche et lui demandai donc la couleur de la voile, à l’instant où j’entendis « noire », le désespoir s’empara de moi et mes dernières forces me quittèrent. J’ignorais que ma femme avait surpris une conversation qui lui avait révélé le véritable objet de mon amour...

    J’étais mort quand le bateau accosta, le glas sonnait lorsqu’Iseult la blonde en descendit. On la mena jusqu’à ma chambre où les yeux baignés de larmes, elle se jeta sur mon corps, sans vie, avant de s’éteindre à son tour dans un demi-baiser.

    On nous fit deux sépultures séparées par une chapelle. De nos deux tombes sortirent deux arbustes qui mêlèrent leur ramure. Les couper en servit jamais à rien, toujours ils repoussèrent, toujours l’amour nous réunit.

     

    © Le Vaillant Martial 


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    e  moment approchait. J’avais préparé à cette rencontre (je crois que je la préférais depuis son enfance, à vrai dire). Elle était devenue une très belle jeune femme, cependant je savais que cela ne suffirait pas.


     


    Lorsque cherchant l’aventure Lancelot arriva à Cobernic, les habitants l’accueillirent en sauveur. Et de fait, lorsqu’il fut informé du supplice infligé à la pauvre Élaine, il n’hésita pas à monter dans la tour. Tous les verrous placés sur son chemin sautèrent sur son passage.


     

     

    Et il ne lui fut pas bien difficile de délivrer la jeune femme de cette chambre chauffée par un four où elle était maintenue prisonnière par les enchantements de Morgane et de la reine Norgalles, toutes deux jalouses de sa beauté.

    Élaine s’était entièrement dévêtue pour supporter la fournaise et Lancelot fut bien évidemment subjugué par sa grâce, que seule celle de la reine Guenièvre surpassait encore à ses yeux....

    Ce premier exploit réalisé, Lancelot combattit l’abominable dragon qui caché dans une tombe, menaçait notre ville. Nous attendions touts la venue de celui qui  sortirait vainqueur de cette aventure car une prophétie nous avait révélé que celui-là donnerait à Élaine le fils qui mettrait fin à tous nos malheurs et sauverait la terre Foraine. Après avoir vaincu le monstre, Lancelot fut donc reçu par le roi Pellés, cousin de Joseph d’Arimathie et vécut une chose tout à fait incroyable...

    Alors que tout le monde était attablé, une colombe pénétra dans la pièce, tenant un encensoir d’or dans son bec. À sa suite, Élaine s’avança, un calice recouvert d’un voile immaculé entre les mains. Devinant son hôte incrédule devant cette procession le roi Pellés expliqua à Lancelot qu’il venait de voir le cortège du Graal, cette coupe sacrée dont le départ du royaume signalerait la fin de la Table Ronde.

    Le soir venu, je fis porter à Lancelot ce qui lui sembla être l’anneau de Guenièvre. Grâce à mes enchantements, le chevalier se rendit au château de la Casse où il crut passer la nuit avec la reine. Mais à son réveil, le charme s’était dissipé, lorsqu’il vit Élaine allongée près de lui, il entra dans une telle fureur qu’il voulut tuer la jeune femme pour la trahison qu’il venait de subir. Complétement nue elle se jeta à ses pieds et le pria de l’épargner, lui expliquant toute l’affaire.


     

    Lancelot, touché d’apprendre qu’elle lui avait sacrifié sa virginité, lui pardonna.

    Voici donc, ami lecteur, comment fut engendré l’enfant qui fut prénommé Galaad en souvenir de son père, car tel avait été le nom du premier protégé de la Dame du Lac. Selon la prédiction, le jeune garçon devait mettre fin aux mystères du Graal...

     

    © Le Vaillant Martial 


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    Tegid FOEl et moi avons eu des jumeaux.

    Si vous saviez comme j’en étais fier ! Cependant tous les opposait : Creiwy était si belle et lumineuse ! Tandis qu’Afagddu était obscur et – comment ne pas le reconnaître ? – effroyablement laid ! Pourtant je l’aimais et j’ai tenté l’impossible pour lui.

     

    J’avais mis au point une potion qu’il me suffisait de faire bouillir dans un chaudron pendant exactement un an et un jour. Ce breuvage, qui allait porter à mon fils une connaissance infinie et une immense sagesse pour lesquelles il serait respecté, nécessitait que j’aille quérir quotidiennement des herbes magiques, j’avais donc confié le soin d’entretenir le feu à Morda, un vieil aveugle, et celui de surveiller la préparation à Gwion Bach.


    L’année arrivait à son terme, le moment approchait où je devais recueillir les trois premières gouttes – les seules – gouttes porteuses de savoir. Mais il arriva un malheur pendant mon absence : les deux gardiens s’étaient mis à bavasser et ne prirent pas garde à la mixture qui gonflait, éructait et menaçait de déborder. Trois gouttes furent projetées sur le doigt de Gwion Bach qui, sous l’effet de la brûlure, porta celui-ci à sa bouche. A la seconde même où il fit ce geste, il reçut le don et par là même en priva Afagddu. Désormais prescient, il vit quelle serait ma colère et s’enfuit sur le champ.

    Lorsque je rentrai, je trouvai le chaudron éclaté, la potion fumante renversée sur le sol. Immédiatement gagné par la fureur je me lançai à la recherche de l’imposteur métamorphosé en lièvre. C’était bien mal me connaitre ! Je me transformai instantanément en lévrier, le pourchassai et ne tardai pas à le rattraper...

    Arrivé près de la rivière, voyant la tournure que prenaient les événements, Gwion Bach se changea en poisson. Je me fis alors loutre. Il opta pour le passereau, je devins faucon. C’est alors qu’il aperçut un tas de grain de blé dans lequel il se jeta, se confondant avec des milliers d’autres grains. Je n’avais rien à perdre aussi je n’hésitai pas, sous la forme d’une poule noire, à les picorer jusqu’au dernier...

     

    Cette graine germa dans mon ventre et, neuf mois plus tard, je donnai naissance à un magnifique garçon. C’était Gwion, je ne l’ignorais pas, mais cette merveille, était née de ma chair et je ne pus me résoudre à l’éliminer. Je plaçai donc le nouveau-né dans un sac en cuir et le livrai à la mer. Les courent lui furent favorables puisqu’il ne tarda pas à être recueilli  par un dénommé Efflin et devint Taliesin, le célèbre poète gallois.

    Mais ceci est une autre histoire....

    © Le Vaillant Martial 

     

     


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  • a  tradition du Petit Peuple unit les lutins aux fées, Théodore Hersart de la Villemarqué[1] est l’un des rares folkloristes à s’en faire l’écho, évoquant un lien direct entre les deux types de créatures.

    Selon lui, le terme « Korrigan » désigne autant les lutins que les fées : « Le nom le plus commun des fées bretonnes est Korrigan[2]» Or, précise-t-il plus loin : « [les nains] portent le nom de korr, korrik et korrigan qui s’appliquent aux deux sexes ». L’auteur suggère ainsi que fées et lutins appartiennent à la même espèce et sont connus sous le même vocable, les unes étant les épouses et mères des seconds. Il affirme ainsi que « [les lutins] sont pareillement de race naine [comme les fées] et passent pour être leur progéniture. Il faut signaler ici que, bien que le terme « korrigan » soit féminin, il est devenu masculin en se francisant, jusque dans les emplois de la plupart des folkloristes.

    Le Men, qui utilise la forme authentique, n’est pas de l’avis de La Villemarqué. Il refuse de croire que les fées sont les femelles des lutins et prend soin de préciser en note : « Pour éviter la confusion, je traduis littéralement Corrigan par naine au lieu la traduire par le mot fée, comme on le  fait ordinairement. »

     

     

     

    La formule prouve tout de même que la théorie de La Villemarqué reste la plus fréquemment admise dans la tradition orale. Le Men étayer son argumentaire : « Il y a entre ces deux classes d’êtres surnaturels une différence essentielle. La Corrigan est toujours une affreuse créature, tandis que la fée est souvent douée d’une beauté surhumaine. » Cette remarque ne s’oppose pas frontalement à la vision de la Villemarqué qui prend soin de signaler dans sa présentation que la « puissance des nains est la même que celle des fées, mais leurs forme est très différente. »

    Quelques lignes avant, il assure qu’il s’agit bien des mêmes créatures, observées sous différents visages. Il s’explique : « Les Korrigans prédisent l’avenir, elles savent l’art de guérir les maladies incurables au moyen de certains charmes qu’elles font connaitre, dit-on, à leurs amis, protées  ingénieux, elles prennent la forme de tel animal qu’il leur plaît, elles se transforment, en un clin d’œil, d’un bout du monde à l’autre. [...]

    Les chants populaires de tous les peuples, les représentent souvent peignant leurs cheveux blonds, dont elles paraissent prendre un soin particulier. Leur taille est celle des autres fées Européennes, elles n’ont pas plus de deux pieds de haut (soit environ 60 cm). Leur forme admirablement proportionnée, est aussi aérienne, aussi délicate aussi diaphane que celle de la guêpe : elles n’ont d’autre parure qu’un voile blanc qu’elles roulent en écharpe autour de leur corps. La nuit leur beauté est dans tout son éclat, le jour on voit qu’elles ont les cheveux blancs, les yeux rouges et le visage ridé : aussi ne se montrent-elles que la nuit et haïssent la lumière.

     

     

    Belles la nuit, hideuses le jour, cette caractéristique semble pouvoir mettre d’accord les deux folkloristes. L’opposition demeure quant à savoir s’il existe un lien de filiation entre les deux types de créatures. Paul Sébillot évoque une proximité entre les fées et les lutins, mais reste extrêmement prudent sur la question : « Les féetauds ou Fès mâles, leurs frères ou leurs maris, vivaient à côté d’elles (les fées) moins nombreux, semble-t-il, et inférieurs en puissance. Quelquefois, on voyait encore d’autres personnages, les Fions qui étaient de si petite taille que leurs épées n’étaient guère plus longue que des épingles à piécettes, ils remplissaient les fonctions de pages ou même de domestiques. Il n’y avait pas de Fions femelles, du moins dans les houles[3] ». Pour  ne pas trop s’engager dans le débat, Sébillot préfère utiliser un terme plus neutre que « lutin » : il nomme « féetauds » les maris et enfants des fées. Contrairement à l’auteur du Barzaz-Breiz, il leur confère un pouvoir inférieur à celui de leurs épouses, mais les cadres de son propos se limitent au cas du Petit Peuple des Houles, autrement dit, aux habitants surnaturels des falaises et des rivages.

     

     

    Sébillot, évoque d’ailleurs la présence d’un autre groupe de lutins : Les Fions, à propos desquels il prend soin de dire qu’il n’existe pas de « femelles ». Indéniablement la prudence de l’auteur révèle le flou qui entoure le sujet. Ailleurs, il ne peut toutefois s’empêcher de mettre côte à côte lutins et fées, reconnaissant que les premiers « au contraire [des secondes] sous l’apparence de nains, de feux-follets et de quadrupèdes divers, mais ainsi que ceux des fées, une grande partie de leurs actes sont localisés dans le voisinage des eaux, des forêts, des gros blocs et monuments mégalithiques ». Le Folkloriste parsème ainsi son œuvre de remarques unissant les deux êtres, suggérant un lien unique dans la grande famille des « entités surnaturelles ». Sébillot conduit donc, au fil de ses notes, que des lutins et des fées, bien que différents par la forme et le caractère sont liés comme mère et fils. Évoquant  l’épisode de la pierre de vision[4], il met en lumière le débat d’experts : « Le folklore des nains des grottes est beaucoup moins nettement déterminé  que celui des fées auxquelles on attribue la même résidence. Il présente un certain nombre de traits sensiblement parallèles parfois identiques à ceux que la tradition attribue aux bonnes dames (les fées).

    C’est ainsi qu’une sage-femme après avoir accouché une Korrigan reçoit une pierre ronde avec laquelle elle frotte l’œil droit du nouveau-né, elle se frotte aussi l’œil droit, et quelque temps après, ayant eu l’imprudence de dire à une Korrigan qu’elle l’a vue voler à la foire, celle-ci lui arrache l’œil. Le Men traduit littéralement Korrigan par naine, et non par fée, comme on le fait ordinairement, la Korrigan est toujours affreuse, tandis que la fée est souvent douée d’une beauté surhumaine. Quoique la Villemarqué les représente admirablement proportionnée, il ne leur attribue que deux pieds de hauteur. »

    Sébillot prend clairement le parti de la Villemarqué lorsqu’il rapporte l’une des légendes les plus répandues de Bretagne, relative à l’échange de progénitures. : « Les fées volent les enfants qui leur plaisent et y substitue les leurs, ceux-ci sont d’ordinaire noirs et laids, et ont un air vieillot, en quelques pays, notamment en Haute-Bretagne, quand un enfant présente cette particularité, on dit encore que c’est un « enfant des fées ». Les nourrissons que les dames des grottes dérobent à leurs voisins et ceux qu’elles mettent à leur place sont presque toujours des mâles. » La description succincte que l’auteur donne des enfants des fées correspond parfaitement à celle qui est faite des lutins ordinaires : petits, noirs, laids et vieux.

    Face à cette croyance, la plupart des auteurs s’accordent pour confirmer que les fées sont bien les épouses et mères des lutins. L’abbé de Chesnel[5] dans son dictionnaire des superstitions précise que les Poulpicans sont « une sorte de nains fort laids, que les uns disent les maris, les autres les fils des fées ». Cette union explique la confusion qui entoure l’emploi du terme « Korrigan » qui désigne aussi bien les fées que les lutins.


     

    © Le Vaillant Martial 



    [1] Théodore Hersart de La Villemarqué (1815-1895) est un philologue et linguiste breton. Il est l’auteur du Barzaz-Breizh (1839)
    [2] La Villemarqué, Barzaz-Breiz, page 72
    [3] Sébillot, Légendes de la Haute-Bretagne : Les Margot  la fée Tome-1, P 41
    [4] Ce récit met en scène une Korrigan enceinte et une sage-femme humaine. Après l’accouchement, la première demande à la seconde de frotter les yeux de son enfant avec une pierre magique permettant de voir l’invisible. La sage-femme s’exécute et profite de l’occasion pour utiliser la pierre sur son œil droit. Quelques jours plus tard, le don de voir l’invisible acquis, elle dénonce la Korrigan qu’elle surprit en train de voler sur le marché. La voleuse démasquée », comprit que la sage-femme avait utilisé la pierre, pour se venger, elle lui arrache l’œil.
    [5]  Chesnel, Dictionnaire des superstitions, erreurs, préjugés et traditions populaires (page 927)

     

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    M

     

    on nom est Cûchulainn, héros de l’Ulster. Bien triste héros à la vérité que celui qui chaque jour doit affronter seul de valeureux guerriers venus des quatre autre provinces de l’Irlande. Chaque jour, oui, chaque jour voir le sang couler sur mes mains sans que les guerriers de l’Ulster ne puissent s’engager à mes côtés dans leur propre combat ! 

    Il est encore tôt, le soleil vient tout juste d’étirer ses premiers rayons pour réchauffer la terre. Je suis au gué et je vois arriver mon prochain adversaire. Il s’agit du Loch.

    Nous avons à peine échangé les premiers coups que nous voilà contraints de nous arrêter. Un spectacle hallucinant s’offre à nous : cinquante génisses sont en train de nous encercler, avec à leur tête un animal d’une blancheur, une génisse extraordinaire aux oreilles rouges. Je comprends sur l’instant qu’il s’agit de la rouge Mórrigan – qui d’autre que la déesse guerrière pourrait arborer ainsi la couleur du sang jusque dans la moindre métamorphose ?  -, m’empare prestement de mon javelot et lance avec une telle dextérité que son œil explose littéralement ! Dans un cri déchirant la bête disparait alors dans le fleuve.

    J’attends... Je sais bien que ce coup n’a pas anéanti la Mórrigan, mais j’ai beau scruter les eaux troublées par le sang, je ne vois pas venir l’anguille borgne qui s’enroule autour de mes jambes me déséquilibre et me renverse. Je me débats, essaie d’agripper le poisson glissant mais je ne parviens pas à m’en défaire et l’air vient à me manquer. Malmené par l’anguille, je roule au fond de l’eau, impuissant. Je sens des pierres griffer mon corps de toutes parts, jusqu’à ce que l’une d’entre-elles, sans doute plus acérées que les autres, ne me provoque une douleur aigüe dans le bas du dos. Je m’en saisis et, dans un dernier élan, la plante dans le corps de l’animal qui lâche prise, enfin.

     

    À peine  ai-je eu le temps de reprendre mon souffle que c’est sous la forme d’une louve sanguinaire que la Mórrigan revient m’assaillir. Malgré l’acharnement de la bête cruelle et les blessures que Loch en profite pour m’infliger, je parviens à briser une patte de la louve, la repoussant ainsi définitivement.

     

    Alors que je la regarde s’éloigner sur le chemin, je sens monter la fureur en moi, mes poings se crispent sur mon javelot, et en un éclair, j’en transperce le cœur du Loch.
        Le temps a passé. Je savais bien que les blessures que j’avais infligées à la guerrière ne pouvaient être guéries que par moi, et pourtant je n’ai rien vu venir.

     Épuisé par tous ces combats livrés seul contre les armées de Mebd, assoiffé, je me suis dirigé sans méfiance vers une vieille femme souffrante qui était en train de traire une vache à trois pis. Bien volontiers, elle m’a offert le produit de cette traite.

     

    À aucun moment je n’ai soupçonné quoi que ce soit. Et c’est tout reconnaissant que par trois fois, je lui ai souhaité de recouvrer la santé !  La première fois, à l’abri d’un capuchon, l’œil crevé de la Mórrigan s’était regonflé de vie.

     

    La deuxième fois, l’entaille profonde provoquée par la pierre avait complétement disparue. La troisième fois la jambe de la guerrière s’était ressoudée.

     

    Je n’avais jusque-là pas reconnu mon ennemie que de longues étoffes rapiécées dissimulaient, mais alors que je m’éloignais, un rire profond me parvint ...

     

     

    © Le Vaillant Martial 


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