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    e  moment approchait. J’avais préparé à cette rencontre (je crois que je la préférais depuis son enfance, à vrai dire). Elle était devenue une très belle jeune femme, cependant je savais que cela ne suffirait pas.


     


    Lorsque cherchant l’aventure Lancelot arriva à Cobernic, les habitants l’accueillirent en sauveur. Et de fait, lorsqu’il fut informé du supplice infligé à la pauvre Élaine, il n’hésita pas à monter dans la tour. Tous les verrous placés sur son chemin sautèrent sur son passage.


     

     

    Et il ne lui fut pas bien difficile de délivrer la jeune femme de cette chambre chauffée par un four où elle était maintenue prisonnière par les enchantements de Morgane et de la reine Norgalles, toutes deux jalouses de sa beauté.

    Élaine s’était entièrement dévêtue pour supporter la fournaise et Lancelot fut bien évidemment subjugué par sa grâce, que seule celle de la reine Guenièvre surpassait encore à ses yeux....

    Ce premier exploit réalisé, Lancelot combattit l’abominable dragon qui caché dans une tombe, menaçait notre ville. Nous attendions touts la venue de celui qui  sortirait vainqueur de cette aventure car une prophétie nous avait révélé que celui-là donnerait à Élaine le fils qui mettrait fin à tous nos malheurs et sauverait la terre Foraine. Après avoir vaincu le monstre, Lancelot fut donc reçu par le roi Pellés, cousin de Joseph d’Arimathie et vécut une chose tout à fait incroyable...

    Alors que tout le monde était attablé, une colombe pénétra dans la pièce, tenant un encensoir d’or dans son bec. À sa suite, Élaine s’avança, un calice recouvert d’un voile immaculé entre les mains. Devinant son hôte incrédule devant cette procession le roi Pellés expliqua à Lancelot qu’il venait de voir le cortège du Graal, cette coupe sacrée dont le départ du royaume signalerait la fin de la Table Ronde.

    Le soir venu, je fis porter à Lancelot ce qui lui sembla être l’anneau de Guenièvre. Grâce à mes enchantements, le chevalier se rendit au château de la Casse où il crut passer la nuit avec la reine. Mais à son réveil, le charme s’était dissipé, lorsqu’il vit Élaine allongée près de lui, il entra dans une telle fureur qu’il voulut tuer la jeune femme pour la trahison qu’il venait de subir. Complétement nue elle se jeta à ses pieds et le pria de l’épargner, lui expliquant toute l’affaire.


     

    Lancelot, touché d’apprendre qu’elle lui avait sacrifié sa virginité, lui pardonna.

    Voici donc, ami lecteur, comment fut engendré l’enfant qui fut prénommé Galaad en souvenir de son père, car tel avait été le nom du premier protégé de la Dame du Lac. Selon la prédiction, le jeune garçon devait mettre fin aux mystères du Graal...

     

    © Le Vaillant Martial 


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    Tegid FOEl et moi avons eu des jumeaux.

    Si vous saviez comme j’en étais fier ! Cependant tous les opposait : Creiwy était si belle et lumineuse ! Tandis qu’Afagddu était obscur et – comment ne pas le reconnaître ? – effroyablement laid ! Pourtant je l’aimais et j’ai tenté l’impossible pour lui.

     

    J’avais mis au point une potion qu’il me suffisait de faire bouillir dans un chaudron pendant exactement un an et un jour. Ce breuvage, qui allait porter à mon fils une connaissance infinie et une immense sagesse pour lesquelles il serait respecté, nécessitait que j’aille quérir quotidiennement des herbes magiques, j’avais donc confié le soin d’entretenir le feu à Morda, un vieil aveugle, et celui de surveiller la préparation à Gwion Bach.


    L’année arrivait à son terme, le moment approchait où je devais recueillir les trois premières gouttes – les seules – gouttes porteuses de savoir. Mais il arriva un malheur pendant mon absence : les deux gardiens s’étaient mis à bavasser et ne prirent pas garde à la mixture qui gonflait, éructait et menaçait de déborder. Trois gouttes furent projetées sur le doigt de Gwion Bach qui, sous l’effet de la brûlure, porta celui-ci à sa bouche. A la seconde même où il fit ce geste, il reçut le don et par là même en priva Afagddu. Désormais prescient, il vit quelle serait ma colère et s’enfuit sur le champ.

    Lorsque je rentrai, je trouvai le chaudron éclaté, la potion fumante renversée sur le sol. Immédiatement gagné par la fureur je me lançai à la recherche de l’imposteur métamorphosé en lièvre. C’était bien mal me connaitre ! Je me transformai instantanément en lévrier, le pourchassai et ne tardai pas à le rattraper...

    Arrivé près de la rivière, voyant la tournure que prenaient les événements, Gwion Bach se changea en poisson. Je me fis alors loutre. Il opta pour le passereau, je devins faucon. C’est alors qu’il aperçut un tas de grain de blé dans lequel il se jeta, se confondant avec des milliers d’autres grains. Je n’avais rien à perdre aussi je n’hésitai pas, sous la forme d’une poule noire, à les picorer jusqu’au dernier...

     

    Cette graine germa dans mon ventre et, neuf mois plus tard, je donnai naissance à un magnifique garçon. C’était Gwion, je ne l’ignorais pas, mais cette merveille, était née de ma chair et je ne pus me résoudre à l’éliminer. Je plaçai donc le nouveau-né dans un sac en cuir et le livrai à la mer. Les courent lui furent favorables puisqu’il ne tarda pas à être recueilli  par un dénommé Efflin et devint Taliesin, le célèbre poète gallois.

    Mais ceci est une autre histoire....

    © Le Vaillant Martial 

     

     


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  • a  tradition du Petit Peuple unit les lutins aux fées, Théodore Hersart de la Villemarqué[1] est l’un des rares folkloristes à s’en faire l’écho, évoquant un lien direct entre les deux types de créatures.

    Selon lui, le terme « Korrigan » désigne autant les lutins que les fées : « Le nom le plus commun des fées bretonnes est Korrigan[2]» Or, précise-t-il plus loin : « [les nains] portent le nom de korr, korrik et korrigan qui s’appliquent aux deux sexes ». L’auteur suggère ainsi que fées et lutins appartiennent à la même espèce et sont connus sous le même vocable, les unes étant les épouses et mères des seconds. Il affirme ainsi que « [les lutins] sont pareillement de race naine [comme les fées] et passent pour être leur progéniture. Il faut signaler ici que, bien que le terme « korrigan » soit féminin, il est devenu masculin en se francisant, jusque dans les emplois de la plupart des folkloristes.

    Le Men, qui utilise la forme authentique, n’est pas de l’avis de La Villemarqué. Il refuse de croire que les fées sont les femelles des lutins et prend soin de préciser en note : « Pour éviter la confusion, je traduis littéralement Corrigan par naine au lieu la traduire par le mot fée, comme on le  fait ordinairement. »

     

     

     

    La formule prouve tout de même que la théorie de La Villemarqué reste la plus fréquemment admise dans la tradition orale. Le Men étayer son argumentaire : « Il y a entre ces deux classes d’êtres surnaturels une différence essentielle. La Corrigan est toujours une affreuse créature, tandis que la fée est souvent douée d’une beauté surhumaine. » Cette remarque ne s’oppose pas frontalement à la vision de la Villemarqué qui prend soin de signaler dans sa présentation que la « puissance des nains est la même que celle des fées, mais leurs forme est très différente. »

    Quelques lignes avant, il assure qu’il s’agit bien des mêmes créatures, observées sous différents visages. Il s’explique : « Les Korrigans prédisent l’avenir, elles savent l’art de guérir les maladies incurables au moyen de certains charmes qu’elles font connaitre, dit-on, à leurs amis, protées  ingénieux, elles prennent la forme de tel animal qu’il leur plaît, elles se transforment, en un clin d’œil, d’un bout du monde à l’autre. [...]

    Les chants populaires de tous les peuples, les représentent souvent peignant leurs cheveux blonds, dont elles paraissent prendre un soin particulier. Leur taille est celle des autres fées Européennes, elles n’ont pas plus de deux pieds de haut (soit environ 60 cm). Leur forme admirablement proportionnée, est aussi aérienne, aussi délicate aussi diaphane que celle de la guêpe : elles n’ont d’autre parure qu’un voile blanc qu’elles roulent en écharpe autour de leur corps. La nuit leur beauté est dans tout son éclat, le jour on voit qu’elles ont les cheveux blancs, les yeux rouges et le visage ridé : aussi ne se montrent-elles que la nuit et haïssent la lumière.

     

     

    Belles la nuit, hideuses le jour, cette caractéristique semble pouvoir mettre d’accord les deux folkloristes. L’opposition demeure quant à savoir s’il existe un lien de filiation entre les deux types de créatures. Paul Sébillot évoque une proximité entre les fées et les lutins, mais reste extrêmement prudent sur la question : « Les féetauds ou Fès mâles, leurs frères ou leurs maris, vivaient à côté d’elles (les fées) moins nombreux, semble-t-il, et inférieurs en puissance. Quelquefois, on voyait encore d’autres personnages, les Fions qui étaient de si petite taille que leurs épées n’étaient guère plus longue que des épingles à piécettes, ils remplissaient les fonctions de pages ou même de domestiques. Il n’y avait pas de Fions femelles, du moins dans les houles[3] ». Pour  ne pas trop s’engager dans le débat, Sébillot préfère utiliser un terme plus neutre que « lutin » : il nomme « féetauds » les maris et enfants des fées. Contrairement à l’auteur du Barzaz-Breiz, il leur confère un pouvoir inférieur à celui de leurs épouses, mais les cadres de son propos se limitent au cas du Petit Peuple des Houles, autrement dit, aux habitants surnaturels des falaises et des rivages.

     

     

    Sébillot, évoque d’ailleurs la présence d’un autre groupe de lutins : Les Fions, à propos desquels il prend soin de dire qu’il n’existe pas de « femelles ». Indéniablement la prudence de l’auteur révèle le flou qui entoure le sujet. Ailleurs, il ne peut toutefois s’empêcher de mettre côte à côte lutins et fées, reconnaissant que les premiers « au contraire [des secondes] sous l’apparence de nains, de feux-follets et de quadrupèdes divers, mais ainsi que ceux des fées, une grande partie de leurs actes sont localisés dans le voisinage des eaux, des forêts, des gros blocs et monuments mégalithiques ». Le Folkloriste parsème ainsi son œuvre de remarques unissant les deux êtres, suggérant un lien unique dans la grande famille des « entités surnaturelles ». Sébillot conduit donc, au fil de ses notes, que des lutins et des fées, bien que différents par la forme et le caractère sont liés comme mère et fils. Évoquant  l’épisode de la pierre de vision[4], il met en lumière le débat d’experts : « Le folklore des nains des grottes est beaucoup moins nettement déterminé  que celui des fées auxquelles on attribue la même résidence. Il présente un certain nombre de traits sensiblement parallèles parfois identiques à ceux que la tradition attribue aux bonnes dames (les fées).

    C’est ainsi qu’une sage-femme après avoir accouché une Korrigan reçoit une pierre ronde avec laquelle elle frotte l’œil droit du nouveau-né, elle se frotte aussi l’œil droit, et quelque temps après, ayant eu l’imprudence de dire à une Korrigan qu’elle l’a vue voler à la foire, celle-ci lui arrache l’œil. Le Men traduit littéralement Korrigan par naine, et non par fée, comme on le fait ordinairement, la Korrigan est toujours affreuse, tandis que la fée est souvent douée d’une beauté surhumaine. Quoique la Villemarqué les représente admirablement proportionnée, il ne leur attribue que deux pieds de hauteur. »

    Sébillot prend clairement le parti de la Villemarqué lorsqu’il rapporte l’une des légendes les plus répandues de Bretagne, relative à l’échange de progénitures. : « Les fées volent les enfants qui leur plaisent et y substitue les leurs, ceux-ci sont d’ordinaire noirs et laids, et ont un air vieillot, en quelques pays, notamment en Haute-Bretagne, quand un enfant présente cette particularité, on dit encore que c’est un « enfant des fées ». Les nourrissons que les dames des grottes dérobent à leurs voisins et ceux qu’elles mettent à leur place sont presque toujours des mâles. » La description succincte que l’auteur donne des enfants des fées correspond parfaitement à celle qui est faite des lutins ordinaires : petits, noirs, laids et vieux.

    Face à cette croyance, la plupart des auteurs s’accordent pour confirmer que les fées sont bien les épouses et mères des lutins. L’abbé de Chesnel[5] dans son dictionnaire des superstitions précise que les Poulpicans sont « une sorte de nains fort laids, que les uns disent les maris, les autres les fils des fées ». Cette union explique la confusion qui entoure l’emploi du terme « Korrigan » qui désigne aussi bien les fées que les lutins.


     

    © Le Vaillant Martial 



    [1] Théodore Hersart de La Villemarqué (1815-1895) est un philologue et linguiste breton. Il est l’auteur du Barzaz-Breizh (1839)
    [2] La Villemarqué, Barzaz-Breiz, page 72
    [3] Sébillot, Légendes de la Haute-Bretagne : Les Margot  la fée Tome-1, P 41
    [4] Ce récit met en scène une Korrigan enceinte et une sage-femme humaine. Après l’accouchement, la première demande à la seconde de frotter les yeux de son enfant avec une pierre magique permettant de voir l’invisible. La sage-femme s’exécute et profite de l’occasion pour utiliser la pierre sur son œil droit. Quelques jours plus tard, le don de voir l’invisible acquis, elle dénonce la Korrigan qu’elle surprit en train de voler sur le marché. La voleuse démasquée », comprit que la sage-femme avait utilisé la pierre, pour se venger, elle lui arrache l’œil.
    [5]  Chesnel, Dictionnaire des superstitions, erreurs, préjugés et traditions populaires (page 927)

     

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    M

     

    on nom est Cûchulainn, héros de l’Ulster. Bien triste héros à la vérité que celui qui chaque jour doit affronter seul de valeureux guerriers venus des quatre autre provinces de l’Irlande. Chaque jour, oui, chaque jour voir le sang couler sur mes mains sans que les guerriers de l’Ulster ne puissent s’engager à mes côtés dans leur propre combat ! 

    Il est encore tôt, le soleil vient tout juste d’étirer ses premiers rayons pour réchauffer la terre. Je suis au gué et je vois arriver mon prochain adversaire. Il s’agit du Loch.

    Nous avons à peine échangé les premiers coups que nous voilà contraints de nous arrêter. Un spectacle hallucinant s’offre à nous : cinquante génisses sont en train de nous encercler, avec à leur tête un animal d’une blancheur, une génisse extraordinaire aux oreilles rouges. Je comprends sur l’instant qu’il s’agit de la rouge Mórrigan – qui d’autre que la déesse guerrière pourrait arborer ainsi la couleur du sang jusque dans la moindre métamorphose ?  -, m’empare prestement de mon javelot et lance avec une telle dextérité que son œil explose littéralement ! Dans un cri déchirant la bête disparait alors dans le fleuve.

    J’attends... Je sais bien que ce coup n’a pas anéanti la Mórrigan, mais j’ai beau scruter les eaux troublées par le sang, je ne vois pas venir l’anguille borgne qui s’enroule autour de mes jambes me déséquilibre et me renverse. Je me débats, essaie d’agripper le poisson glissant mais je ne parviens pas à m’en défaire et l’air vient à me manquer. Malmené par l’anguille, je roule au fond de l’eau, impuissant. Je sens des pierres griffer mon corps de toutes parts, jusqu’à ce que l’une d’entre-elles, sans doute plus acérées que les autres, ne me provoque une douleur aigüe dans le bas du dos. Je m’en saisis et, dans un dernier élan, la plante dans le corps de l’animal qui lâche prise, enfin.

     

    À peine  ai-je eu le temps de reprendre mon souffle que c’est sous la forme d’une louve sanguinaire que la Mórrigan revient m’assaillir. Malgré l’acharnement de la bête cruelle et les blessures que Loch en profite pour m’infliger, je parviens à briser une patte de la louve, la repoussant ainsi définitivement.

     

    Alors que je la regarde s’éloigner sur le chemin, je sens monter la fureur en moi, mes poings se crispent sur mon javelot, et en un éclair, j’en transperce le cœur du Loch.
        Le temps a passé. Je savais bien que les blessures que j’avais infligées à la guerrière ne pouvaient être guéries que par moi, et pourtant je n’ai rien vu venir.

     Épuisé par tous ces combats livrés seul contre les armées de Mebd, assoiffé, je me suis dirigé sans méfiance vers une vieille femme souffrante qui était en train de traire une vache à trois pis. Bien volontiers, elle m’a offert le produit de cette traite.

     

    À aucun moment je n’ai soupçonné quoi que ce soit. Et c’est tout reconnaissant que par trois fois, je lui ai souhaité de recouvrer la santé !  La première fois, à l’abri d’un capuchon, l’œil crevé de la Mórrigan s’était regonflé de vie.

     

    La deuxième fois, l’entaille profonde provoquée par la pierre avait complétement disparue. La troisième fois la jambe de la guerrière s’était ressoudée.

     

    Je n’avais jusque-là pas reconnu mon ennemie que de longues étoffes rapiécées dissimulaient, mais alors que je m’éloignais, un rire profond me parvint ...

     

     

    © Le Vaillant Martial 


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    Fées & Déesses

     

     

     


     

     

     

     

     

     

     

     

    S

     

     

    ubitement, un brouillard épais vient inonder la plaine. Je vois les guerriers disparaître un à un, comme engloutis par une gigantesque vague... J’observe, complètement pétrifié, l’onde qui approche et s’enfle à mesure. Et déjà, la voilà sur moi. Saisi par un froid qui vient mordre mes entrailles mêmes, je discerne à peine mes mains devant moi, c’est le néant...

    Plus un bruit, là où, quelques instants auparavant, des milliers de combattants alignés faisant face à leurs adversaires s’étaient mis à croasser pour invoquer le Corbeau des batailles.

     

     

    Dès lors, c’est comme si le temps avait suspendu son cours : nous voilà absorbé par le vide. Ce silence semble durer une éternité.


    Au loin un hennissement... J’attends, les muscles tendus, tous les sens en alerte. Et c’est en vain que j’essaie de percer le mur de brume de mon regard. Subtilement une douce chaleur m’étreint, se diffuse en moi et enveloppe tout mon corps, gagnant mon âme même et m’inspirant un courage infini. C’est alors que le brouillard devant moi se déchire et me permet de distinguer la tête longue et fuselée d’un cheval aux naseaux fumants.

     

    La brume glisse, et à mesure, elle dévoile une riche crinière ondulée, un dos fort, des reins larges, des membres robustes et musclés. L’animal à la robe noire et luisante, est paré d’un chanfrein en or dont la forme évoque le bec d’une corneille.

    Je remarque alors que le puissant cheval est attelé à un char. La brume s’attarde et ne me laisse qu’entrevoir le bois du véhicule, un bois rougi par le sang...

     

    Brusquement, le cheval se cabre et avance de quelques pas, exposant ainsi le char dans son entier : me voici nez à nez avec le Corbeau des batailles, la rouge Mórrigan.

    Je la contemple : elle a le port d’une reine et l’aplomb d’une guerrière. Des reflets rouge sang parcourent sa longue chevelure noire laissée libre. Son corps, recouvert de peinture, est à peine dissimulé par quelques étoffes vermeilles posées sur ses hanches.

    La Mórrigan toise la plaine comme si elle pouvait voir à travers le brouillard portant opaque. Et tout à coup, la brume se dissipe entièrement. Il ne reste aucune trace de ce moment passé dans le néant, si ce n’est une indescriptible bravoure qui s’est insinué dans le cœur de beaucoup d’hommes. Et pour  cause ! La déesse est venue exciter les deux camps, favoriser certains guerriers en leur inspirant le courage et insuffler la peur chez les autres.

     

    Nous sommes des milliers de combattants tournés vers elle, silencieux, scrutant le moindre de ses mouvements. Nos adversaires sont hypnotisés. Et la voilà qui se lance en poussant un cri perçant, dont l’écho vient résonner dans toutes les montagnes environnantes. En un éclair, elle se jette dans la bataille, emportant avec elle une marée humaine. Les épées ne tardent pas à s’entre choquer, des milliers de guerriers rugissent dans la plaine qui se couvre de leur sang.

    © Le Vaillant Martial 

     

     

     


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