• Escale à Lorient

    Escale à Lorient

     

    De Quimperlé à Lorient, la route n’est pas très longue. Quatre lieues à peine, que la haridelle de l’Ankou avait parcourues à pas vif et alerte, en empruntant les gwenojennoù, ces chemins de traverses qui évitent les voies à grandes circulations construites par un homme qui se croit moderne et qui n’est que pressé.

    L’automne avait revêtu ses habits de lumières, comme il sait si bien le faire, en cette fin d’octobre, à la tête de l’Occident. Les jaunes, les ocres et les ors somptueux des érables du cours de la bôve donnaient comme un air de fête à la ville blanche, qui cédait à la mélancolie depuis la fin du festival interceltique et qui semblait attendre avec impatience l’année du pays de Galles et des dragons rouge sur fond vert et blanc.

    Au fond c’était l’occasion pour la jeune citadine, de respirer à pleins poumons l’odeur d’échappement et des trottoirs, le parfum de la ville et de ses étourdissements factices. De faire une pause dans son exploration de l’univers dense et merveilleux de l’imaginaire Breton. Il avait fallu marcher longtemps dans le matin clair, alors que les employés gagnaient leurs postes de postes de travail et que tout le petit peuple des ménagères sortait des maisons confortables pour remplir ses paniers à provisions.

    Puis elle avait voulu voir le port. Le port de pêche. Et son immense avenue de la Perrière qui se transformait en chaudron de connaissances et de résurrection une nuit de l’année, magique entre toutes, celle du Port de pêche qui clôture le Festival InterCeltique. Une véritable institution Lorientaise. Une foule dense, compacte, chaleureuse, bruyante et bigarrée s’y déployait alors, dévorant sardines grillées et soupes de poissons, buvant forces de pintes de stout noires et engloutissant des milliers de litres de cidre doré du pays Vannetais.

    - Vous savez l’Ankou, votre ... manteau est bien vieux, fit-elle brusquement sur un ton détaché qui masquait mal l’intérêt qu’elle portait à la mise d’un compagnon auquel elle s’attachait désormais avec sincérité.

    - Peu importe, bougonna l’autre en prenant un pose avantageuse. C’est celui que je porte depuis le début des temps. Une sorte de ...comment, dites-vous ? De « bleu de travail ». Le costume que tout le monde connaît et avec lequel me représentent les peintres et les illustrateurs ...

    - C’est entendu, mais il est plein de tous ! En voici un là, dit-elle en pointant un doigt inquisiteur sur la couture d’une manche. Et encore un là, assura-t-elle, en agrandissant une déchirure de la taille d’une brûlure de cigarette. Et un autre ici !

    - Mais où donc, voulez-vous en venir ? fit le vieux de plus en plus mal à l’aise. C’est que l’heure tourne. J’ai à peine commencé votre ... édification que vous déjà, vous me parler de détails et de futilités. Ah vous êtes bien ....

    - Quoi donc ? Allez-y Vous voulez dire ... une femme ?

    - Oui...c’est ce que je voulais dire reprit l’Ankou, sur un ton presque gêné de son brusque emportement. Je vous prie de m’excuser. D’autant que vous errez dans notre monde celtique, la femme a au moins autant de droits, d’importance, de pouvoirs et de compétences que son alter égo masculin. Elle est même détentrice de la souveraineté... Mais c’est une autre histoire que nous aborderons plus tard. Pour l’instant je vous suis ....

    Avec une joie non dissimulée, la fille prit l’Ankou par la manche et, le contraignant à laisser sa faux dans un endroit discret, et à masquer son visage dans l’ombre de son chapeau, entra chez le premier tailleur qu’elle trouva.

    La séance fut laborieuse, l’Ankou ne s’était pas prêté depuis des millénaires à ce petit jeu. Plusieurs fois, il se piqua les os aux aiguilles du kemener[1]. Mais lorsqu’il sortit de la boutique, après de longues heures de torture, il était équipé d’un manteau et d’une cape noire de la plus belle étoffe et du plus bel effet.

    - Qu’allez-vous encore exiger de moi, grogna-t-il en se retrouvant à l’aire libre, à la fin de l’après-midi, que je porte des ray-ban et des chemises hawaïennes ?

    - L’Ankou, ne soyez pas si injuste, ne m’en veillez pas de m’occuper un tout petit peu de votre mise. Je me charge du travail que votre femme aurait dû faire depuis des siècles.

    - Mais, je n’ai pas de femme, voyons !!!

    - Vrai ? Il n’y a pas de Madame L’Ankou, qui vous attende quelque part ? Plaisanta Enora. Allez suivez-moi encore ! C’est ma journée après tout. Une sorte de « permission » qui me donne l’occasion de décompresser un peu.

    - Après quelques stouts descendues sur le zinc du Galway Inn, chez Padraig Larking qui préparait activement un voyage dans son Connemara natal, l’étrange couple louvoya jusqu’à la Coop-Breizh, le temple Lorientais de la culture Bretonne et celtique.

    Enora était littéralement abîmée dans la contemplation d’une reproduction d’une édition originale de la Galerie Armoricaine de Bouët et Perrin, lorsqu’entra un personnage jovial, à la haute stature et aux formes généreuses. À la bombarde de buis qu’il portait à la main, elle devina qu’il était musicien. Elle ne tarda guère à apprendre  qu’il s’appelait Roland Becker. Qu’il était installé dans le pays Vannetais où il avait ses ancrages, ses repères musicaux et toute sa tribu. Entre le barde, Ex penn soner du bagad de la kevrenn[2] Alre(Auray) et talabarder fin et talentueux, et la jeune étudiante parisienne, le courant passa. Instantanément. Quelques minutes seulement après leur rencontre, ils en étaient à réinventer la Bretagne, et à décliner sa culture, ses traditions, à ausculter son passé et à tracer son avenir.

    Ce n’est pas le tout, intervint l’Ankou, en jetant un air hargneux au musicien. Nous avons du travail.

    - Oui dit la fille. Mais j’aimerais maintenant quelque chose de plus gai. L’histoire de Whilherm Postik qui finit broyé et celle de cette pauvre fille qui meurt par la faute de son propre frère de lait m’ont un peu déprimée. N’avez-vous rien d’autre dans votre besace  à rêves ?

    - Oh, fit l’Ankou, chez les Gwennediz[3], il y a bien des histoires plus légères ....

    - Et plus espiègles ajouta Roland sut un ton enjoué.

    - Comme celles des deux bossus, transcrits par Souvestre sous le titre de « Korils de Plaudren », conclut Riwanon, la patronne qui venait à présent se mêler au petit groupe.

    - Voulez-vous voir où ça se passe ? lança Roland, plus guilleret que jamais, montez

    © Le vaillant Martial



    [1] Tailleur 

    [2] Kevren : littéralement « section » terme utilisé par le B.A.S (Bodadeg Ar Sonerien, Assemblée de Sonneurs) pour désigner un regroupement géographique de plusieurs bagadoù, puis par glissement sémantique, pour désigner un cercle celtique-bagad. 

     

     

     

     

    [3] Habitants du pays vannetais

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