• Le garçon de la grande côte

     

       Paotr en treih bras se tient sur la côte sauvage de Quiberon à Étel et se présente aux  pêcheurs et aux chercheurs de goémons sous forme de jeune homme, de taureau, quelquefois sou forme de poisson et même de veau.

       Un soir, des cultivateurs du village d’Erdeven pêchaient à la senne[1] en face de Kerhillio, ils tirèrent des quantités de poissons, mais lorsqu’ils les sortirent de l’eau, un homme paraissant être un géant leur apparut en disant « Ah !, Ah ! ». Aussitôt les pêcheurs lâchèrent leur senne et leurs poissons rentrèrent chez eux.

       Un autre soir, il fut tiré sous forme de taureau et lorsqu’on voulut le dégager du filet, il se sauva en battant des pattes d’où sortaient des flammes de feu. Un, un cultivateur de Kercouriec sortit de son lit en chemise pour gâter un peu d’eau, il vit un superbe veau qui courait près de sa demeure, il ouvrit la porte de son étable et voulut l’y faire entrer, mais il eut beau courir après et l’amener jusqu’à la porte, chaque fois, le veau trouvait le moyen de s’échapper. Ce jeu continua jusqu’ à la pointe du jour, alors le veau se sauva vers la mer en criant : » Va te coucher maintenant, voilà, le jour. » Et il rentra tout honteux et transi de froid : il avait été joué par Paotr en treih bras.

    Zacharie le Rouzic, Carnac, Légendes, traditions, Imprimerie Bretonne 1909.



    [1] Long filet de pêche

     

    © Le Vaillant Martial


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  • Il était une fois un jeune peintre qui habitait avec sa mémé. Il n’avait ni père, ni mère.

    Un dimanche, il dit à sa mémé :

    - Je vais me promener avec mon camarade.
    -
    À quoi bon ? lui dit-elle. Le temps est encore assez beau, mais il va peut-être devenir mauvais.

    Il partit à cinq heures du matin. À peine était-il sorti de la maison qu’il rencontra un vieil ozégan qui lui dit :

    - Vous partez en voyage, je crois.
    -
    Je vais chercher mon camarade et nous allons nous promener ozègan.
    -
    Écoutez-moi bien, lui dit-il : si vous vous attardez, vous serez pris par l’orage et la pluie et vous ne trouverez plus votre route pour rentrer.
    -
    Vous savez donc. demanda-t-il à l’ozègan.
    -
    Oui, je sais. Je sais qu’à vous, il n’arrivera pas grand-chose, mais à votre camarade il arrivera davantage. De vous je ne serai jamais très éloigné, veillerai sur vous et je verrai où vous allez, et ce que vous faites et ce que vous dites. Votre camarade, lui n’est qu’un moqueur : il rira d’une vieille femme que vous rencontrerez sur votre route et qui s’abritera de la pluie au même endroit que vous. Mais, écoutez-moi bien : cette vieille  femme aura des noix à vendre. Votre camarade l’insultera des pires noms. Cela toutefois ne lui portera pas chance.

    Les voilà partis. Ils virent le temps s’assombrirent. Le peintre qui s’appelait Théophile, dit :

    - L’Ozègan m’a juste dit. Quel temps arrive là ! Ma mémé va se faire du souci pour moi et je ne peux rentrer à la maison ce soir.
    -
    Il vint une telle pluie qu’ils ne pouvaient plus avancer. Ils rencontrèrent alors la bonne femme et lui achetèrent des noix.

    Mais le camarade de Théophile n’en avait que des pourries, pas une seule de bonne. Théophile, lui n’en avait aucune de pourrie. Son camarade se mit à insulter la bonne femme de pires noms du monde au point que Théophile lui dit :

    - Vous n’avez pas honte d’insulter une vieille femme de cette manière.
    -
    Je n’ai pas honte du tout ! disait-il.

    Théophile alla s’abriter sous un arbre.

    L’ozègan le rejoignit :

    - Le temps s’éclaircit. Mais ne jetez pas vos coquilles de noix, gardez-les dans votre sac.
    -
    Mais, dit Théophile à l’ozégan, elles me serviront à quoi dans mon sac ?
    -
    Elles feront votre bonheur. Elles vous permettront d’accomplir neuf souhaits, de neuf sortes, ceux qui vous tiendront le plus à cœur.

    Ils ne pouvaient pas traverser toute cette eau : il posa une coquille de noix à la surface et voilà qu’en sortit un bâtiment pour les faire traverser. Mais quand son camarade voulut monter, ses jambes furent retenues à l’extérieur et mangées par les requins. Il criait tout ce qu’il pouvait, mais Théophile se souvenait de ce lui avait prédit l’Ozègan :

    - J’ai beaucoup de chagrin pour vous, mais je ne peux plus rien faire.

    Quand il arrive chez lui, sa mémé l’attrapa.

    - Ne m’attrapez pas, lui dit-il, je vais vous raconter tout de suite ce que l’Ozègan m’a dit.

    Il se mit donc à raconter.

    - Mémé, je vais demander quelque chose à ma coquille de noix, pour savoir si l’Ozègan m’a dit la vérité. Je vais demander une malle de fer remplie d’argent à ras bord, au point qu’on ait du mal  à fermer le couvercle.

    - Mais, non mon pauvre garçon, lui dit la mémé, l’Ozègan s’est moqué » de vous !
    -
    Pas du tout, car il m’a déjà donné un bâtiment pour traverser l’eau. Sans cela je perdais la vie !

    Le lendemain matin, quand il se leva, il aperçut une malle en fer près de la cheminée : il alla l’ouvrir et, lorsqu’il eut ouverte, il la découvrit pleine d’argent, en pièces de vingt livres.

    - Venez voir, mémé ! cria-t-il.

    La bonne femme, qui n’en avait jamais vu autant de sa vie, lui dit :

    - Je vais prendre une pièce et aller jusque chez le boulanger lui demander si c’est une bonne.

    Arrivée chez le boulanger, elle dit à celui-ci :

    - On m’a envoyée faire une commission mais j’ai peur que ma pièce de vingt livres ne  soit pas bonne.

    Le boulanger éclata de rire !

    - Il serait bon d’en avoir quelques-unes comme ça !

    Elle rentra chez elle et dit :

    - Théophile, mon fils, le boulanger m’a dit que toutes ces pièces étaient bonnes et qu’il serait bon d’en avoir quelques-unes comme ça. Nous en aurons assez puisque nous en avons une pleine malle de fer. Mais à présent, vous allez devoir acheter  un fusil et la nuit, nous ferons la garde à tour de rôle, de peur que quelqu’un ne nous tombe dessus.

    - Qui voulez-vous qui vienne lui dit Théophile. Personne ne sait que nous avons de l’argent, sauf l’Ozègan, ici présent.
    -
    Il y a un moulin, non loin d’ici, dit l’Ozègan, qui serait à abattre et à refaire à neuf, ce qui coûterait très cher.

    La mémé qui ne cessait d’avoir peur dit à son petit-fils :

    - Je veux bien acheter ce moulin, mais les gens nous demanderont où nous avons trouvé l’argent car nous étions pauvres et nous voici devenus riches.
    -
    Ne vous faites pas de soucis pour cela, dit l’Ozègan, personne ne vous demandera si vous l’avez gagné ou si vous l’avez trouvé.

    Ils achetèrent le moulin et le refirent à neuf.

    Un jour par-dessus les autres jours, l’Ozègan dit à Théophile :

    - Si vous allez dans un pays lointain à bord de votre bâtiment, puisque vous assez d’argent, vous pourriez aller chercher une cargaison de soie et en rapporter de toutes les couleurs.
    -
    Volontiers.

       Théophile partit sur son bâtiment, et une nuit qu’il se trouvait sur le pont, il aperçut un mouton blanc près du mât. On approchait d’une grande île. Il dit à celui qui était avec lui :

    - Comme c’est drôle, il y a un mouton près du mât !

    Et il entendit une voix lui dire :

    - Théophile, mon fils, ce mouton-là sera votre maîtresse. Huit jours après la fin du voyage bous l’épouserez.

    Quand ils parvinrent au pays de la soie, il en prit une cargaison de toutes sortes de couleurs. L’Ozègan lui avait dit surtout de ne pas oublier de rapporter plus de soies roses que d’autres.

    Pendant qu’ils revenaient et déchargèrent toutes leurs affaires sur la cale, la première personne qu’ils virent ce fut l’Ozègan qui demanda à Théophile :

    - Et votre mouton ?

    - Il est dans une chambre.

    Celui- ci monta sur le pont et c’était la plus belle fille qu’on pouvait trouver entre ciel et terre ! On se mit à transporter toute la marchandise au magasin. Et l’Ozègan dit à Théophile :

    - Prenez cette soie rose, c’est celle qui servira à faire l’habit de votre femme pour le jour de votre mariage. Vous, vous mettrez une ceinture de soie bleue, et moi de soie verte. Et vous allez me dire maintenant si vous avez fait bon voyage.

    - Je n’ai pas à me plaindre

    Et l’Ozègan lui dit :

    - Si vous demandez encore une chose à votre coquille de noix, là vous pourrez être trompé.

    Les voici mariés, et le jour des noces, sa femme lui dit qu’elle irait voyager avec lui.

    - Pas du tout, car vous pourriez $être malade en mer.

    - Vous pourriez vous souvenir que je ne l’étais pas quand nous étions ensemble.

    - Je ne souvenais plus de l’époque où vous étiez mouton, lui dit-il.

    Huit jours après leur mariage, ils partirent, et l’Ozègan, au moment de se séparer, leur dit :

    - Soyez prudents dans votre voyage, de peur de faire naufrage !

    Théophile demanda alors à sa coquille de noix s’ils feraient bon voyage. À peine avait-il posé la coquille de noix sur l’eau, que le bâtiment s’ouvrit par le milieu, et c’est ainsi qu’ils perdirent la vie.

    Yves le Diberder,
                                                                                                                  Contes de Korrigans, 1916

     

    © Le Vaillant Martial


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  • Il y avait une fois près de Vannes une petite fille, mignonne comme un ange, et bonne comme le bon pain, qui s’appelait Annette. Elle était sans parents et elle était gagée bergère au service d’un fermier de Theix. Du matin au soir, elle était au pâturage avec le troupeau de son maître.

    Un jour, tandis que ces bêtes paissaient l’herbe marine au bord des chenaux d’eau salée qui du Golfe du Morbihan se profilent par les près, elle vit que quelque chose s’agitait dans un buisson épineux. Un jeune lièvre pas plus gros que les deux poings et revêtu d’une fourrure aussi blanche que la neige de Janvier, avait fait son terrier là.

    - N’aie pas peur, va, gentil petit animal, dit-elle, moi je ne te ferai pas de mal.

    Elle le prit dans son tablier, et s’en retourna à la maison.

    - Qu’as-tu là ? lui demanda la fermière. Un joli lièvre, il me semble revêtu d’un manteau qu’envieraient de riches héritières. Par ma foi, l’aubaine tombe à merveille. Je cherchais ce qu’il fallait pour préparer notre souper. Donne-le-moi. Un tour de casserole et nous aurons un civet qui nous mettra aux yeux des larmes de reconnaissance.

    Ce langage révolta le cœur de la sensible Annette. Plutôt pas qu’elle consentit à ce qu’on arrachât la vie à une innocente bête sans défense, pour satisfaire la gourmandise de cette femme cruelle.

    - J’aime mieux mourir avec lui, s’écria-t-elle, ferme et résolue.

    - Á ton aise, reprit la fermière. Dans ce cas, vous n’avez qu’à partir ensemble par la grande route. Vous trouverez sûrement des gens compatissants qui vous hébergeront pour le plaisir.

    La petite fille chemina pendant des heures sans rencontrer de maison qui lui inspirât confiance.

    Enfin elle aperçut un château de belle mine dont les murailles se dressaient au milieu d’une clairière, au fond d’un bois.

    - Il n’a pas méchant aspect, murmura-t-elle. Peut-être les gens ne nous refuseront l’hospitalité.

    Une servante lui ouvrit :

    - Mais oui, aimable enfant, lui répondit-elle. Ici on te logera volontiers cette nuit, et même les nuits suivantes, si tu le désires, à condition toutefois que tu me cèdes le lièvre blanc qui s’agite dans ton tablier. Quel festin je m’en ferai ! Je te promets d’ailleurs de partager avec toi.

    Annette jeta sur la servante un regard indigné :

    - Pour ça, non, s’exclama-t-elle. Je ne consentirais jamais à me séparer de mon trésor.

    - Alors, continue de courir le pays avec lui. Il te vaudra chance assurément, et le porte se ferma brutalement à son nez.

    Elle essuya une larme qui perlait au coin de l’œil, et, sans trop se rendre compte de la direction qu’il fallait suivre, elle s’engagea dans la forêt.

    Au bout d’un long instant de marche, la lassitude l’arrêta aux pieds d’un vieux chêne dont la puissante ramure dominait les arbres voisins, et distribuait une ombre propice.

    Elle s’assit dans la mousse et commença à réfléchir sur son sort inquiétant, tout en caressant le poil soyeux de son gracieux compagnon.

    Un bruissement léger parmi le gazon et les branches du chêne lui fit redresser la tête. Une multitude innombrable de petits êtres arrivaient de toutes les directions, par les sentiers et par les arbres. Il y en avait tant qu’elle n’aurait pas pu les compter, des centaines et des centaines, et il lui semblait que la procession n’aurait pas de fin.

    Ils formaient un cercle autour d’elle, les uns accroupis à terre, les autres installés sur des champignons ou des feuilles ou accrochés aux longues herbes.

    Épouvantée, elle voulut fuir. Une voix douce et chantante qui rappelait celle du rossignol la retint.

    - Ne t’effraie pas, bonne Annette, lui disait le chef de la troupe, reste avec nous. Nous sommes les Korrigans de la forêt et nous n’avons pas de mauvais desseins contre toi. Nous savons les méchancetés que tu as éprouvées à cause de ton lièvre, et nous sommes accourus pour t’aider à le sauver. Si ça ne te contrarie, vous demeurerez tous les deux avec nous. Tu seras notre ménagère, et nous pourvoirons à ta subsistance. Le veux-tu ?

    - Moi, je le veux bien, réplique l’enfant, dont le cœur était touché par ce langage compatissant, je ne demande pas mieux que de me prêter à ce que vous me demanderez, dès lors que mon lièvre sera  traité aussi avec bonté.

    Les Korrigans la conduisirent à leur habitation dans un souterrain sous les grandes pierres, au plus profond des bois. Á son lièvre, ils apportaient chaque jour le thym et le serpolet, à elle-même, le miel exquis des abeilles et les fruits les plus savoureux des vergers et des jardins.

    Cinq mois n’étaient pas coulés de cette heureuse existence qu’elle avait engraissée à plaisir. Ses joues étaient couleur de  rose et la joie s’épanouissait sur son visage. Le  lièvre, de son côté avait profité du bon temps. Il avait beaucoup grandi et son brillant vêtement devenait de plus en plus éclatant.

    Or, un matin, à la première heure, elle s’aperçut que ses hôtes étaient en proie à une agitation extrême. Ils allaient et venaient, courant d’ici de-là, avec des cris perçants, et se rangeaient par escouades. Chacun d’eux était armé d’un dard et chevauchait un lapin. Il était évident qu’ils partaient en guerre.

    - Nous nous rendons, déclarèrent-ils, à l’autre bout du pays et nous voulons enlever d’assaut la place forte où demeure la géant Diaul bras, redoutable bandit qui sème la crainte partout. Tu seras la première à te féliciter du succès de notre entreprise. Compte sur nous et espère.

    La troupe démarra au trot rapide des lapins et bientôt le dernier Korrigan disparut dans le lointain, la fillette ne vit plus que l’herbe dans les près.

    Les belligérants dirigeaient leur marche du côté du levant. Nul obstacle ne semblait les arrêter. Ils passaient sans difficulté parmi les ajoncs de la lande et à travers les sillons chargés de blé dans les champs, quand soudain, ils se trouvèrent en face d’un large étang qui leur barrait la route. Comment franchir ces eaux qui dormaient calmes et trompeuses sous le soleil et qui recelaient des abîmes insondables ?

    Leur habile chef leur ouvrit la voie. Il lança un coup de sifflet strident et voilà que sur les bords apparurent, leur écailles d’argent étincelant dans la lumière, les plus gros poissons qui habitaient l’étang. Leurs corps réunis formaient une chaussée sur laquelle passèrent les cavaliers, sans se mouiller les pieds.

    Le jour commençait à baisser lorsque la troupe déboucha devant le repaire du géant malfaisant. Les tours montaient jusqu’aux nuages, les murs étaient lisses comme verre et les verrous étaient fermés. Comment pénétrer là-dedans ?

    Le chef ne fut pas plus embarrassé que la première fois. Il souffla dans son sifflet et les pigeons qui peuplaient les forêts du pays accoururent à tire-d’aile. Ils prirent sur leur dos l’armée des Korrigans, et ce leur fut un jeu de les transporter de l’autre côté des remparts.

    Le géant Diaul bras était à l’intérieur et s’y reposait paisiblement. Sa surprise fut extrême devant ces envahisseurs qui débouchaient de toutes les issues. Il y en avait dans la cour, dans les appartements, contre les meubles et jusque dans les ustensiles de cuisine. Sa force ne leur inspirait aucune crainte. Bien qu’ils ne fussent guère plus gros que des frelons, ils marchaient sur lui résolument, le dard dressé.

    Inutile de lutter, il eût perdu son temps et aurait succombé. Il chercha à se cacher dans les endroits les plus dissimulés de sa demeure. Ils le suivirent. Il se mit à courir dans la cour. Ils coururent plus vite que lui et le dépassèrent. Finalement il monta sur les murailles et, dans son émoi, il perdit la tête. Sans se rendre compte de ce qu’il faisait, il sauta dans le vide et tomba lourdement sur les rochers qui soutenaient le castel. Son crâne s’y fracassa et son corps s’y brisa en morceaux.

    Satisfaits de leur œuvre, les Korrigans revinrent chez eux en coupant par le plus court. Ils fredonnaient joyeusement, pour célébrer leur victoire.

    - Tu es vengée Annette, ciraient-ils à la fillette, tu es vengée. Ton ennemi est mort et nous l’avons renvoyé chez le diable, son père.

    - Mon ennemi est mort ! réplique Annette, à la fois étonnée et un peu effrayée. Je ne me connais pas d’ennemi, car je n’ai jamais commis le mal et je ne me rappelle pas avoir nui à qui que ce soit.

    Son lièvre blanc se chargea de lui donner l’explication. Il avait sauté de son tablier au milieu des Korrigans, et tout à coup il avait changé de forme. Il était devenu une jeune dame au visage gracieux, aux manières élégantes et aux habits somptueux..

    - Merci, dit-elle, à  ses sauveurs. Votre générosité et votre vaillance ont vengé la cause de deux malheureuses innocentes. Ce maudit Diaul bras, par sa jalousie perfide, nous avaient réduites, grâce à ses sortilèges, moi n’être qu’un misérable lièvre blanc et la fille, la gentille Annette, votre amie, qu’une pauvre bergère au service d’une fermière sans cœur.

    La bonté de mon enfant a permis de nous retrouver et m’a préservée des plus grands malheurs. Nous allons rentrer dans le château que notre ennemi avait usurpé et dont les hommes auraient craint de le chasser. Korrigans des landes et des bois, plus courageux que les hommes, vous n’avez pas obligés des ingrates. Le château du lièvre blanc est votre désormais et vous y serez toujours reçus comme des hôtes aimés.

    Annette eut beaucoup de peine à se séparer de ses amis. Elle n’en était pas moins heureuse d’avoir retrouvé sa mère.

    Elles vécurent longtemps dans leur belle demeure et quand elles allèrent à Dieu, il y eu deuil général dans le pays, dont elles étaient la providence :

    - Pleurons, gémissaient les pauvres car nos bonnes dames ne sont plus !

    François Cadic, La paroisse Bretonne, 1928.

    © Le Vaillant Martial

     


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  • Il était une fois une servante qui allait chercher de la nourriture pour ses vaches. Á un moment elle se trouva dans un champ proche d’un bois de sapins et alors qu’elle confectionnait son fardeau, elle entendit un bruit. C’étaient des gens, six ozégans, qui soulevaient une pierre plate pour rentrer chez eux, sous terre. Elle eut peur en les apercevant car c’était la première fois qu’elle voyait des ozégans. Ceux-ci lui dirent :

    - Donnez donc votre fardeau à porter à l’un de nous !
    -
    Mais vous ne serez pas capables de le porter. Il est trop lourd, il est même plus haut que vous !

    Ils éclatèrent de rire tous les six. L’un d’eux attrapa le fardeau et le mit sur son dos. Et la servante de l’appeler :

    - Vous ne savez même pas dans quelle maison je suis servante ! Les cinq autres l’escortaient tandis que le premier marchait vite, mais alors vite, se disant en son cœur : « Je n’en ai pas pour longtemps à porter ce fardeau jusqu’à sa cave, je reviendrai tout de suite à leur rencontre. »

    Il  arriva dans la maison où elle était servante, déposa son fardeau et repartit avant que les autres ne soient arrivés.

    - Vous avez peut-être été vu de ma maitresse, dit la servante.
    -
    Personne ne m’a vu et je n’ai vu personne, répondit l’ozégan.

    - Jeune fille, demandèrent ils alors ensemble, vous n’en avez pas assez d’être servante ?
    -
    Si, plutôt, mais il faut bien que je gagne ma vie
    -
    Si vous vouliez venir avec nous, vous en aurez fini.
    -
    Que ferais-je avec vous six ?
    -
    Vous nous feriez à manger, rien que cela et les lits. Une autre aura la charge du nettoyage et de la couture. Quand nous irons en voyage, vous serez toujours des nôtres comme si, malgré votre taille, vous étiez notre demi-sœur. C’est de nuit que nous partirons le plus souvent car nous avons maint tour à faire et, la nuit on ne nous voit pas.

    La première nuit qu’elle partit avec eux, ils la conduisirent sur une grande montagne.

    - Dans quel but êtes-vous venu ici ? leur demanda-t-elle.
    -
    Vous n’allez pas tarder à le savoir.

    Elle aperçut une bande de chevaux.

    - Chacun de nous va monter sur un cheval blanc et quand nous aurons à tour de rôle fait trois fois le tour de cette montagne, nous mettrons pied à terre. Vous viendrez alors bouchonner avec de la paille nos six chevaux trempés de sueur.

    À frotter les six bêtes, elle finit par avoir mal aux bras et elle se disait en son cœur que, si elle pouvait retrouver sa route, elle ne resterait pas plus longtemps avec eux. Ils rentrèrent  enfin tous les sept et les ozègans lui dirent :

    - Allez maintenant vous coucher car nous dormirons pendant le jour. Ce soir nous repartirons et vous n’aurez qu’à faire la même chose que cette nuit.

    Au lieu d’aller se coucher, elle décida de s’échapper et de revenir là où elle était servante. « Si je rencontre des gens, je leur demanderai où je e trouve. Quelqu’un de charitable me remettra sur  la bonne route. Si seulement je pouvais arriver avant que les ozègans se lèvent ! Autrement ils vont me rattraper et c’en sera fait de moi ! »

    Elle parvint à un manoir, frappa à la porte pour demander l’hospitalité. Une vieille femme vint lui ouvrir :

    - Que voulez-vous, ma fille ?
    -
    L’hospitalité pour la nuit, s’il vous plaît.
    -
    Quel est votre métier ?
    -
    J’étais servante à la campagne.
    -
    L’endroit ne vous déplairait pas ? Comme je vis ici toute seule, vous seriez mon bonheur, été comme hiver.
    -
    Je serais ravie de vivre en un tel endroit. Le manoir me plaît beaucoup.
    -
    Vous n’aurez ici ni pommes de terre ni lait, mais vous serez bien nourri sans avoir grand travail : me tricoter des bas et des chaussons, aller au jardin ramasser les poires, les pommes et tous les autres fruits pour les envoyer au marché, rien de plus.

    La jeune fille se disait en son cœur que les ozègans n’allaient pas au marché puisqu’ils dormaient tout le jour.

    Un jour par-dessus les autres jours, elle alla au marché et s’installa sur la place avec ses fruits et son beurre. La première personne qu’elle vit fut un de ses ozègans ...

    - C’est ainsi que vous nous avez trompés ....
    -
    Ma foi, j’en avais assez de frotter vos chevaux !
    -
    À combien vos fruits et votre beurre ?

    Elle se mit à trembler et à se dire qu’elle était fichue car les cinq autres n’étaient pas loin : sur un coup de sifflet, ils rappliquèrent et elle se retrouva par terre.

    - Vous allez devoir revenir avec nous ou bien vous ne reverrez jamais votre pays !
        -
    Pas question, que je reparte avec vous. J’en avais vraiment par-dessus la tête.


    Ils s’emparèrent de ses fruits, de son beurre et emportèrent le tout sans payer.

    En revenant au manoir, elle se demanda ce que la vieille femme allait lui dire ...

    - Si elle me chasse, j’irai mendier plutôt que de retourner chez les ozègans. Tout sauf cela !

    Elle arriva au manoir bien triste et affligée.

    - Que vous est-il arrivé ?

    Elle raconta ce qui s’était passé

    - Ce n’est pas une raison pour pleurer ! J’avais oublié de vous dire qu’un coin de la place était réservé et c’est du côté des ozègans que vous êtes allée. Or ce sont des filous qui marchandent toujours et finissent par emporter ce qui leur plaît sans rien payer. La prochaine fois ne retournez donc pas là, certains endroits leur sont défendus.

    Huit jours plus tard, elle retourna au marché. On lui avait dit de ne pas se mettre au même endroit que la fois précédente au risque d’être encore attrapée. Elle réussit à vendre ses fruits et son beurre et à se faire payer comptant, le tout sans voir le moindre ozégan. Elle rentra donc satisfaite à la maison et remit l’argent à la vieille femme. Celle-ci lui dit :

    - Il y  au jardin un arbre qu’il est grand temps de tailler. Mais faites attention, si vous oubliez de tailler une seule branche à la même longueur que les autres c’en est fait de vous !

    En elle-même la jeune fille se disait : « Ici j’étais encore relativement heureuse, il faut que de drôles de choses m’arrivent encore ... »

    Elle regarda attentivement comment se présentaient les branches et les coupa comme si elle n’avait fait que cela toute sa vie. Quand elle eut terminé un petit oiseau blanc qui était dans l’arbre vint lui dire.

    - Vous avez de la chance d’avoir taillé l’arbre comme il fallait ! Sinon vous seriez restée ici avec moi.

    - Je ne savais que les oiseaux parlaient !
    -
    C’est à moi qu’appartient l’endroit où vous vous trouvez, dit l’oiseau, et vous n’en repartirez jamais, vous y resterez toujours.

    Dans huit jours surviendra une bande d’ozègans avec l’intention d’attaquer le manoir. Je vous donnerais alors une plume de mes ailes, et lorsque ces ozègans viendront frapper à la porte, vous prendrez la plume dans votre main et vous soufflerez dessus : aussitôt ils feront demi-tour et quand vous ne les reverrez plus malgré leur envie de vous faire périr.

    Quant à moi, je n’en aurais plus  pour longtemps à être oiseau : dans deux mois, j’irai vous trouver au manoir et vous cesserez de faire les marchés. Nous resterons vivre tous les deux avec la vieille qui est ma marraine. Elle nous donnera une chambre et nous dormirons ensemble.

    Quand la nuit fut venue, l’oiseau lui dit :

    - Allons-nous coucher.
    -
    Je n’irais pas dormir avec un oiseau ! J’aimerais encore mieux être un ozégan même s’il me fallait mourir de faim ! Peu s’en faut que je n’aie peur d’un oiseau aussi laid que vous !
    -
    Ne craignez rien, je ne vous dirai rien, je me contenterai de me poser sur vos pieds et de la sorte je vous réchaufferai.

    Elle finit par gagner son lit, suivie de l’oiseau qui lui répéta qu’elle ne devait pas avoir peur, qu’il ne lui ferait aucun mal, qu’il tentait seulement de se sauver parce qu’il était là en pénitence.

    Le lendemain matin, l’oiseau se leva aussi vite qu’elle et alla manger à la cuisine, la jeune fille en fit de même et ils déjeunèrent en semble. Puis l’oiseau sortit et vola jusqu’à son arbre. Même chose, le lendemain : quand la nuit fut venue, ils se mirent au lit, mais à minuit l’oiseau lui dit :

    - Bonjour, jeune fille de mon cœur ! Serez-vous donc ma femme ?
    -
    Je n’épouserais pas un oiseau car j’aurais peur du mauvais temps.
    -
    Si vous me dites oui ce soir, dès demain je redeviens un homme.

    Elle répondit donc oui et, à son réveil, elle trouva non plus un oiseau, mais un beau jeune homme à ses côtés.

    - Vous m’avez délivré et vous m’épouserez.
    -
    Maintenant je veux bien vous épouser mais tant que vous étiez oiseau, jamais je ne l’aurais fait.
    -
    Désormais, vous serez reine mais vous ne quitterez jamais la maison, vous n’irez jamais vous promener, sauf pour m’accompagner. Cela toutefois n’arrivera pas très souvent, car dans un an et un jour, je mourrai. Vous resterez un temps toute seule avant d’épouser un ozégan.

     

    Yves Le Diberder, Contes des Korrigans, 1916.

     

    © Le Vaillant Martial 


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  • Il y avait une fois un homme qui était jardinier, il se maria avec une cuisinière, et vint demeurer dans une maison qui lui appartenait, et ils avaient un gentil petit jardin dans lequel il y avait deux rosiers.

    Au but d’un an, il leur vint une fille, et sa mère voulut lui donner le nom de Blanche-Neige, à cause de son rosier blanc qui était si beau que tout venait de loin pour le voir. À mesure que la petite grandissait, elle ressemblait au rosier, tant elle était fraîche et blanche.

    Deux ans après, ils eurent une seconde fille, et la mère voulut encore qu’on la nommât Rose-rouge, comme son beau rosier rouge, et en grandissant elle devenait rose comme lui. Tous les voyageurs qui passaient devant la maison s’arrêtaient pour regarder les deux sœurs et se disaient qu’elles ressemblaient aux beaux rosiers.

    Cependant, le pays où ils se trouvaient devint pauvre, et le jardinier, ne trouvant plus d’ouvrage, se décida à aller en Californie, mais en s’embarquant, il emporta les deux rosiers dans des caisses remplies de terre, il emmena une tourterelle et un sansonnet qui étaient apprivoisés.

    Ils étaient en mer depuis six mois, lorsqu’une large voie d’eau se déclara dans leur navire, et ils firent naufrage.

    La mère et les deux filles se sauvèrent dans une grande caisse qui avait surnagé, c’était celle où se trouvaient les deux rosiers et les oiseaux. Deux naufragés s’y réfugièrent aussi et ils dirigèrent de leur mieux leur épave vers une île qu’on apercevait et où ils finirent par aborder. Quant au jardinier, on ne sut ce qu’il était advenu.

    La mère bâtit une cabane avec l’aide des deux naufragés et devant, elle planta les deux rosiers. Les deux hommes qui avaient des fusils allaient à la chasse et partageaient leur gibier avec la femme du jardinier, mais un jour, ils disparurent tous les deux et elle ne sut ce qu’ils étaient devenus.

    L’île n’était habitée que par des bêtes sauvages et par des nains, mais ils ne faisaient point de mal aux jeunes filles qui, en grandissant devinrent belles comme le jour, leur mère se mirait dans elles, et en même temps les rosiers grandissaient, se couvraient de fleurs et restaient toujours frais.

    Un soir, ils entendirent frapper à leur porte :

    - Qui peut venir à cette heure. Dit Rose-Rouge. Jamais il n’est entré ici que les nains et ils ne viennent que pendant le jour.

    - Ouvre, répondit la mère, c’est peut-être quelque personne égarée qui veut se chauffer, car il fait bien froid. Si c’était l’un de nos compagnons qui ont disparu ?

    Rose-rouge alla ouvrir, mais dès qu’elle eut entrebâillé la porte, elle vit apparaître une tête d’ours. Elle jeta un cri, sa mère cria aussi, de même que sa sœur, et les deux oiseaux effrayés se réfugièrent au fond de leur cage.

    L’ours entra en se tenant debout comme un homme, il avait le dos couvert de neige et il dit :

    - N’ayez pas peur, je ne vous ferai pas de mal, secouez la neige que j’ai sur le dos, et laissez-moi me chauffer un peu.

    Les deux filles le débarrassèrent de sa neige, puis il se chauffa, et s’en alla peu après en les remerciant. Tous les soirs, il venait, s’allongeait devant le feu, et les petites filles s’habituaient à lui, et se plaisaient à jouer. Quelquefois en lui secouant la neige, Blanche-Neige frappait un peu dur :

    - Ah ! Blanche-Neige, disait-il, comment vous frappez votre amoureux ?

    - Mon amoureux, répondait-elle en riant, un ours comme vous ?

    Cependant, quand l’hiver fut passé, l’ours dit adieu à la femme du jardinier et à ses deux filles, mais il leur promit de revenir.

    Elles avaient l’habitude de le voir, de sorte qu’après son départ, elles  étaient toutes les trois tristes, mais surtout les jeunes filles.

    Un jour leur mère leur dit :

    - Allez-vous promener dans les bois, et cherchez avec quoi nous chauffer, cela vous désennuiera, et vous oublierez le départ de votre ours.

    Quand les deux jeunes filles furent dans le bois elles entendirent immédiatement des cris, comme ceux d’un homme qui appellerait au secours.

    - Qu’est-ce ? Demanda Rose-Rouge.

    - Ah, dit Blanche-Neige, c’est peut-être mon ours à qui on fait du mal, il faut aller voir.

    Elles se dirigèrent du côté d’où partaient les cris, et virent tout en haut d’un arbre, un nain pendu par sa barbe qui était aussi longue que lui et il ne pouvait se dépêtrer car elle était prise dans une fente.

    - Délivrez-moi, criait-il

    - Comment faire ? Demanda Blanche-Neige.

    - Monte, dit Rose-Rouge, dans l’arbre qui est à côté, et avec tes ciseaux tu lui couperas la barbe.

    Quand Blanche-Neige eut coupé les poils de la barbe qui retenait le nain, il tomba à terre. Aussitôt l’ours arriva et il saisit le nain par le collet en criant :

    - Ah, il y a longtemps que je te guette petit misérable, mais ta dernière heure est venue.

    - Ne lui faites pas de mal, disait Blanche-Neige.

    - C’est lui qui m’a emmorphosé, et pour être  délivré, il faut que le tue. Qu’as-tu fais de mon or et de mon fusil ?

    - Laisse-moi la vie, et je te dirai où ils sont. Je les ai mis dans l’arbre où j’étais suspendu par la barbe, épargne-moi, je t’en prie.

    Mais l’ours le tua, aussitôt, il fut démorphosé, et c’était un beau jeune-homme.

    - Ah, disait Blanche-Neige, il n’avait pas tort de dire qu’il était mon amoureux, puisque que ce n’était pas un ours, mais un homme emmorphosé.

    Le jeune homme abattit l’arbre, et, dans le haut il retrouva sa bourse et son fusil puis il revint avec les filles à la cabane.

    - Ah ! disait la mère, je ne vous enverrai plus au bois, puisque vous en revenez avec un jeune homme.

    Les filles étaient si étonnées de la métamorphose qu’elles ne pouvaient se l’expliquer.

    - Vous ne me reconnaissez pas, bonne femme, disait le jeune homme, c’est moi qui suis l’ours.

    Et il raconta comment il avait abordé avec elle dans l’île sur la boîte aux rosiers.

    - Qu’est devenu l’autre naufragé ? de manda la mère.

    - Il a été mangé par les bêtes, et moi, pendant que j’étais endormi de fatigue, j’ai été surpris par un petit nain qui m’’a volé mon or et mon fusil et m’a emmorphosé en ours. Maintenant que je suis redevenu homme, je viens vous demander Blanche-Neige en mariage.

    - Non, monsieur, répondit la mère, vous ne l’aurez point : elle est trop jeune et aussi trop pauvre pour un beau monsieur comme vous.

    - Me la donneriez-vous, si nous pouvons repasser en Europe ?

    - Nous verrons, mais comment ferez-vous ?

    - Nous allons mettre des signaux dans les arbres, et s’il passe un navire, il nous recueillera.

    Il plaça des signaux dans les arbres, et souvent il montait sur les collines pour vois s’il n’apercevait pas de navire, mais ils furent deux ans sans en voir aucun. Le jeune homme allait tous les jours à la chasse, et il aidait de son mieux la femme et les deux filles.

    Un jour, pourtant, un navire qui aperçut les signaux envoya  une chaloupe à terre, et ils partirent, emportant les deux rosiers et les petits oiseaux.

    Le capitaine reçut de son mieux les naufragés, il ne tarda pas à tomber amoureux de Blanche-Neige, et il la demanda en mariage à sa mère, qui répondit qu’elle était promise, mais qu’elle lui donnerait, s’il le voulait Rose-Rouge.

    Les naufragés débarquèrent justement dans le pays où demeurait le père du jeune homme, il était fort riche, et croyait son fils perdu. Ayant appris qu’un de ceux qui s’étaient embarqués sur le même navire que son fils avait été sauvé, il fit le fit venir chez lui, et partagea avec lui sa fortune.

    Ils se retrouvèrent tous, mais ils étaient si changés, à cause du temps qu’ils avaient passé sans se voir, que le fils ne reconnaissait plus son père, le père ne reconnaissait plus son fils, le jardinier ne reconnaissait point non plus sa femme ni ses filles, et c’est seulement au récit de leurs aventures qu’ils surent que tous étaient heureusement retrouvés.

    Le jeune homme épousa Blanche-Neige, et le capitaine se maria à Rose-Rouge, les deux noces eurent lieu le même jour : rien n’y manquait et toute la ville était à les regarder, et moi comme les autres.

                                                                                                     Paul Sébillot
                                                                                                                                                     Conte populaires de la Haute-Bretagne.
                                                                                                                                                     Contes des Marins, 1882

    © Le Vaillant Martial 


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