• Différentes Tribus et Peuplades

    Différentes tribus et peuplades

     

     

    i la tradition orale rapporte l’existence d’une grande diversité de lutins, en Basse-Bretagne, les folkloristes ont identifié un nombre limité de grandes familles sous lesquelles se rassemble la multitude de créatures.

    L’abbé de Chesnel[1] affirme que « la race des Korrigans se divise en plusieurs tribus, dont les principales sont les Kornikaned, les Korils, les Poulpiquets, les Teuz, les Gaurils, etc.[2]» Précisant la situation dans son foyer breton, Émile Souvestre[3] introduit son récit des korils de Plaudren par une présentation des quatre grandes familles de nains : « Il avait autrefois dans le pays du blé blanc [pays de Vannes] et dans celui de la pointe de terre [Cornouaille] une race de nains ou korrigans partagée en quatre peuplades qui habitaient les bois, les landes, les vaux et les métairies.

    Ceux qui habitaient les bois s’appelaient Korniganed parce qu’ils chantaient dans de petites cornes qu’ils portaient suspendus à leurs ceintures, ceux qui habitaient les landes s’appelaient Korils parce qu’ils passaient toutes les nuits à danser des rondes au clair de lune, et ceux qui habitaient les vaux s’appelaient Poulpikans, c'est-à-dire qui ont leurs terriers dans les lieux bas. Quant aux Teuz , c’étaient de petits hommes noirs qui se tenaient dans les prés et les blés murs[4] » Il précise en note l’origine étymologique de ces noms : « Kornikaneds, nom composé de Korn, cornet de Kana : chanter, Kouril ou Koril du mot Korol : danse, poulpikans, de poul, lieu bas, mare, et de pika, fouiller. Teuz ou deuz, de du, noir ». La diversité des lutins en Bretagne, bien que constituant une même ethnie Korrigane, se distingue donc en quatre communautés ou tribus bien différenciées par leurs pratiques et leurs environnements. Sébillot, confirme les propos de Souvestre, il assure qu’en Basse-Bretagne où les nains sont désignés d’après leurs attributions, ceux des bois s’appellent Korniganed parce qu’ils chantent dans des petites cornes suspendues à leurs ceintures. Ils semblent avoir laissé peu de traces dans les traditions, quelques autres, comme les Poulpicans, s’amusaient à faire entendre une clochette sous le couvert pour tromper les petits pâtres qui cherchent leurs chèvres égarées ».

    Les Poulpicans habitent les collines et les vallons. Les Korils : les pleines, quant aux Teuz, contrairement à leurs frères, ils n’ont pas rompus avec les hommes et sont restés familiers de leurs demeures et de leurs cultures. Ils sont devenus les lutins des foyers, bienveillant à l’égard des humains reconnaissants. Ainsi que nous le verrons plus loin, cette dernière différence n’est pas sans incidence sur l’histoire du Petit Peuple.

    Le récit des Korils de Plaudren, tel qu’il est rapporté par Souvestre, met en scène trois de ces clans : « Au temps dont je parle, il n’y avait donc plus déjà, par ici [à Plaudren] que des Korniganed, des Poulpikans et des Korils, mais ils étaient en si grand nombre que, la nuit venue, bien peu de gens osaient s’aventurer près de leur palais de pierre. »

    L’un de ces rares aventuriers, le laboureur Bénéad Guicher, se retrouva au milieu de la lande avec sa femme : « Il était de bonne heure, et il espérait que les korrigans n’auraient point encore commencé leur danse, mais arrivé au milieu de Motten-Dervenn, il les aperçut éparpillés autour des grandes pierres, comme des oiseaux sur un champ de blé. Il allait retourner en arrière, lorsque les cornes des nains des bois et les cris d’appel des nains des vallées retentirent derrière lui. Bénéad sentit ses jambes trembler, et dit à sa femme : « Saint-Anne ! Nous voici perdus : car voici les Kornikaneds et les Poulpikans qui viennent rejoindre les Korils pour mener le bal toute la nuit. »

    Ces quatre clans de korrigans sont, d’après la tradition, une réalité propre à la Basse-Bretagne. Dans le reste de l’Armorique, les témoignages ne font état d’aucune organisation semblable. Il n’empêche que plusieurs peuplades de lutins sont clairement identifiées et que la plupart d’entre-elles sont tout à fait similaires et comparables à celles de Basse-Bretagne. Parmi ces tribus se trouvent les Jetins que Pau Sébillot présente en ces termes : «  Les Jetins des bord de ma Rance, nains très petits, mais d’une force prodigieuse, se sont amusés à jeter dans les champs des grosses pierres qu’on y remarque, on prétend même que cet en raison de cet acte qu’ils portent leur nom (Jetin de Jeter), en Basse-Bretagne, les Courtils jouent aussi au palet avec d’énormes rochers[5]. » Outre l’explication donnée  l’origine des menhirs, Sébillot compare judicieusement les Jetins aux Courils ou Korils de Basse-Bretagne.

    Cependant outre les nombreux points communs entre les deux communautés, dont le jeu du palet, l’enlèvement d’enfants et la fréquentation des landes, il existe plusieurs points de divergences et notamment la danse que ne pratiquent pas les Jetins, mais pour laquelle les Korils sont connus.

    À la différence de ceux-ci, Sébillot, prête même aux Jetins une sympathie pour les hommes : » Les Jetins [..] donnaient quelques fois à manger à ceux qui les  en priaient, du pain, des saucisses et du lard, mais celui qui voulait garder un de leurs couteaux était cloué au sol et ne pouvait se relever qu’après l’avoir restitué. »

    Les bords de la Rance et les grottes marines sont également fréquentés par les Fions, autre peuple de Haute-Bretagne aux pratiques semblables : « Les Fions qui vivaient sur les bord de la Rance, dans des « caches » ou petites cavernes proportionnées à leurs tailles, avaient comme les fées, leurs fours mystérieux, des hommes qui charruaient auprès les ayant entendus corner (souffler dans une corne) pour appeler au four, leur demandèrent un tourteau de pain, et quand ils furent arrivés au bord du sillon, ils en trouvèrent sur une nappe avec des couteaux, mais un des laboureurs en ayant mis un dans sa poche, la belle nappe disparu avec ce qui était dessus. »

     

    Comme leurs voisins Jetins, les Fions semblent plutôt enclins à rendre service aux hommes. Comme eux, ils tiennent au respect des lois de l’hospitalité et de la propriété, tout particulièrement s’il est question de leur couteaux. Avec le Fions, un nouveau parallèle peut être établi entre lutins de Haute-Bretagne et de Basse-Bretagne.

    En effet, Sébillot, mentionne que les Fions possèdent de petites cornes dans lesquelles ils soufflent, détail qui est la caractéristique première des Kornikaned des forêts du sud. Les similitudes sont troublantes entres les lutins des deux régions, mais ne doivent pas pousser vers des de hâtives conclusions.. Trop de différences les opposent, tant en termes de morphologie que de caractère, pour se risquer à y voir des tribus identiques sous différents noms.

    Il existe encore de nombreuses tribus distinctes, habitant les rivages de la mer, les souterrains et les nuits des deux Bretagne, et bien plus encore de lutins solitaires, comme Mourioche Nicole ou le Teuz-ar-Pouliet. 

     

    © Le Vaillant Martial 



    [1] Pierre-François-Adolphe marquis de Chesnel (1791(1862) est un historien et encyclopédiste qui s’est intéressé de près aux traditions populaires.

    [2] Chesnel, Dictionnaire des superstitions, erreurs, préjugés et traditions populaires, Page 32

    [3] Émile Souvestre (1806-1854) est un écrivain et journaliste breton, auteur de nombreux ouvrages d’ethnographie relatif à sa région d’origine, dont le foyer breton (1844)

    [4] Souvestre le Foyer Breton Tome II, p 97

    [5] Sébillot, Le Folklore de France, Tome I, P 310

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