• Deux signaux au lieu d'un


     

    Deux signaux au lieu d’un

    P

    endant ce temps-là, Noël Torrec poursuivit son voyage. Il était resté plus d’un mois malade, dans cette ferme des environs d’Auray, où il avait été recueilli après sa mésaventure. Noël s’impatientait grandement pour ce retard, mais il se consolait en pensant qu’il avait toujours l’anneau de madame Marguerite, cet anneau qui devait lui servir de gage de créance auprès du sire de Malestroit.

       Un matin donc, faible encore et se ressentant quelque peu de sa blessure, il prit congé des bonnes gens qui l’avait secouru, et se mit en chemin. Il n’avait plus de cheval et son escarcelle était vide, mais en revanche, il avait le cœur léger et savourait ce bien être général qui suit une heureuse convalescence.

       Il allait, chantant tout le long de la route. Quand il se sentait appétit, il demandait un morceau de pain, quand le sommeil le prenait il faisait son lit dans une grange.

       Parfois quand il s’arrêtait chez quelque riche laboureur, il gagnait place à table et bon lit, en chantant ses gaies chansonnettes de villa, ou en récitant la légende de la Femme Blanche des marais. On l’écoutait alors, on le fêtait, les ménagères, au départ, lui glissaient quelques provisions dans sa besace et quelques deniers dans son escarcelle. Il chantait si bien et disait si couramment ses histoires !

       Et puis cette pâleur inaccoutumée que lui avait laissée sa blessure allait si bien à son blanc visage encadré de beaux cheveux noirs bouclés !

       Il arriva ainsi, marchant à petites journées et s’égarant de temps à autre par les chemins déserts, il arriva en vue de la cité de Quimper. Ce fut un grand moment de joie, car là était le terme du voyage.

       Mais la joie fut de courte durée : Noël chercha des yeux les tentes et les pennons armoriés de MM. De Guer et de Malestroit, si loin que puissent se porter les regards, il ne vit rien.

       Partout la lande aride, coupée d’étroites bandes de chaumes aux endroits cultivés, çà et là quelques arbres tondus et rabougris : au loin, des grosses montagnes se confondant avec les nuages gris de l’horizon.

       Mais nulle part ce mouvement que porte après soi une troupe de gens de la guerre, nulle part dans la plaine, ces groupes de soudards fourrageurs, poursuivants et poursuivis, nulle part ces étincelants reflets que dispersent en gerbes, les nobles armures, même sous le pâle soleil de Cornouaille.

       Chantepie baissa tristement la tête, il eût donné un an de sa vie pour ouïr le son belliqueux du cor de Malestroit, il eût entendu avec transport, comme on écoute une musique délicieuse, le fracas des couleuvrines de la ville ou le bruit sec et strident de l’arquebuse, mais de même qu’il ne voyait rien, il n’entendait rien.

       Messire Amaury aurait-il rencontré la mort avec tous ces vassaux ? se demanda-t-il, ou bien le vais-je trouver dans l’oisiveté du triomphe, en cette cité de Quimper, qui m’apparaît morne et silencieuse au détour du chemin !

       Comme il se faisait cette question appuyé sur son bottin de voyage, il  vit s’ouvrir la porte de la ville. Quelques vieillards montés sur des mulets passèrent le seuil, puis la porte se referma, Noël distingua leurs frocs et leurs larges tonsures, il reconnut en eux des moines, et courut tout guilleret demander la bénédiction des bons pères.

    - Que Dieu te bénisse, enfant, dit le premier des moines d’une voix lente et triste, que Dieu te bénisse, tu es dans le giron de la sainte Église, qu’il te bénisse encore, si tu es huguenot, car il nous est ordonné de rendre le bien pour le mal.
    -
    Je suis catholique, répondit Noël, et me rends à Quimper pour faire tenir un message à Malestroit, mon seigneur.

       Le premier religieux n’avait point arrêté s mule, les autres passaient en silence, se bornant à figurer au-dessus de Noël le signe de la bénédiction.

        Il en fut ainsi jusqu’au dernier, qui était un frère convers chargé d’infirmités et de vieillesse. Celui-ci était plus triste encore que ses supérieurs. Sa tête chenue se courbait jusque l’encolure de sa mule : il poussait de gros soupirs, et une larme ses suspendait aux cils blanchis de sa paupière.

    - Mon fils, dit-il à Noël, tourne le dos à Quimper, si tu es serviteur de l’Église. Depuis deux jours, les hérétiques sont maîtres de la ville et nous voilà, nous chassés de notre retraite et courant au hasard  sans savoir où nous reposerons la nuit venue, nos membres sont fatigués.

    - Et Monsieur de Guer ?... et le sure de Malestroit ? demanda Noël dont le cœur se remplit d’angoisse.
    -
    C’étaient de bons chrétiens et de vaillants seigneurs ! répondit le moine en hochant la tête.
    -
    Sont-ils donc morts ?
    -
    Il y a trois jours, monsieur de Guer a passé de vie à trépas dans les murs de notre couvent hélas ! que je ne verrai plus !...Quant à messire Amaury, on dit qu’il a pu faire retraite à la tête de quelques cavaliers.
    -
    Et où le trouverais-je, mon père ?
    -
    Je ne sais ... que Dieu te garde mon fils ! la route est longue et je suis bien vieux !
    Le moine, à ces mots, piqua sa mule afin de rejoindre ses supérieurs.

       Noël s’assit sur l’herbe glacée au rebord du chemin. D’amers sanglots soulevaient sa poitrine : il sentait son courage s’engourdir.

    - Vaincu ! Malestroit ! murmurait-il : vaincu, fugitif... mort peut-être !

    Puis il ajoutait avec désespoir :

    - Qui sauvera désormais Madame Marguerite !

    Et il pleurait. À force de pleurer, il s’endormit. Il eût un rêve étrange.

    Il vit la dame de Malestroit abandonnée au milieu des marais et poursuivit par un monstre hideux. Lui, Noël, était trop faible pour combattre le monstre.


     

     

       Il vit la dame de Malestroit abandonnée au milieu des marais et poursuivie par un monstre hideux. Lui, Noël, était trop faible pour combattre le monstre.

       Il appela la Femme Blanche et lui montra Marguerite qui se mourait.

       La femme blanche étendit ses deux long bras. D’une main elle saisit Marguerite qu’elle mit à l’abri, dans un des plis de sa robe, de l’autre elle étouffa le monstre dont elle jeta les ailes broyées dans le tournant.

       Noël s’éveilla en sursaut. Des pas lourds de chevaux de guerre ébranlaient le sol : Noël ses frotta les yeux, et à la faible lueur du crépuscule, qui était descendu pendant son sommeil, il vit des cavaliers s’approcher. Les cavaliers venaient de Quimper.

       Noël franchit vivement le talus sur lequel il s’était endormi et se tapit derrière la haie.

       Les cavaliers riaient, chantaient et s’entretenaient : on voyait luire çà et là les mèches de leurs arquebuses.

    - Or çà, mes fils, disait celui qui marchait en tête, il vous faudra bientôt retenir vos langues, si nous voulons surprendre le sanglier dans sa bauge et l’abattre sans qu’il nous fasse sentir ses défenses
    -
    Bah ! répondit un autre, ses défenses sont coupées et nous aurons bon marché de ce gibier édenté !
    -
    Prenez garde ! reprit le premier. Malestroit, si bas que nous l’ayons mis, s’acculera, et avant que nous sonnions sa mort, plus d’un parmi vous aura vidé les arçons.

       Chantepie mit la main sur son cœur pour en contenir les battements précipités. Il se coula sans bruit le long de la baie pour suivre les cavaliers et tendit l’oreille avidement. On disait :

    - Il mourra comme est mort le vieux de Guer ... un vaillant soldat !
    -
    Un vaillant soldat ! lui. Combien Malestroit a-t-il conservé d’hommes d’armes ?
    -
    Je ne sais au juste, répondit le chef du détachement. Son camp, qui est à deux lieues d’ici, sur le chemin de Faouët, se compose de quatre tentes.

       Les cavaliers huguenots poussèrent en chœur un éclat de rire.

    - Avec soixante arquebuses que nous sommes dit l’un d’eux, et l’avantage que nous donne une surprise. Malestroit n’aura pas beau jeu.

       Ils continuèrent de causer ainsi bruyamment et sans se contraindre pendant une demi-heure, puis le silence s’établit dans leurs rangs.

    Noël les suivait toujours, et ne pouvait aller les prévenir.

    - Cachez vos mèches ! dit tout à coup le chef des huguenots à un détour du chemin.

    Les cavaliers exécutèrent cet ordre aussitôt.

       Chantepie s’élança sur le talus de a route, au risque d’être découvert, et aperçut un feu qui brillait dans la campagne. Alors, il prit sa course et s’efforça de devancer le détachement. Mais les cavaliers à mesure qu’ils approchaient, pressaient le pas davantage, et Noël était bien las. Tout ce qu’il pouvait faire était de se tenir toujours au niveau des fronts des huguenots. Il se désespérait sentant qu’il arrivait trop tard.

       Heureusement les cavaliers n’avaient nul soupçon de sa présence. A portée d’arquebuse du camp, ils s’arrêtèrent pour prendre à loisir leurs dernières disposition. On distinguait alors parfaitement les soldats de Malestroit, assis ou couchés autour d’un grand feu. Debout à l’’écart, une douzaine hommes d’armes tenaient conseil. C’était tout ce qu’il restait de l’armée qui avait traversée victorieusement naguère la Basse-Bretagne, sous les ordres du bâtard de Lorraine lieutenant de M. de Mercœur.

       Chantepie, épuisé de fatigue, retrouva force en ce moment. Il franchit rapidement la distance qui le séparait du camp, et vint haletant tomber aux pieds de Malestroit.

    - Fuyez, dit-il, le temps est passé de se défendre. Soixante arquebuses sont braquées sur vous en ce moment.

    Amaury détourna vers lui  son regard calme et hautain.

    - Qui es-tu, pour conseiller à Malestroit de fuir ? demanda-t-il.
    -
    Hélas, monseigneur, dit Noël qui mit un genou à terre, je suis votre soumis vassal et je viens de par madame Marguerite requérir votre secours.
    -
    Marguerite ! s’écria le sire de Malestroit en palissant.
    -
    Fuyez ! par pitié fuyez : reprit Chantepie, qui protégera, si vous succombez, madame Marguerite et son cher fils ?

       Amaury passa la main sur son visage. Il regarda vers la route de Quimper, et vit briller dans l’ombre des points lumineux.

    - Il y a là-bas, en effet des arquebuses : dit-il.

    Puis se tournant vers les soldats couchés près du feu :

    - Alerte cria-t-il d’une voix contenue, rampez vers le tentes se saisissez vos armes.

       Si prudemment que fût exécuté ce mouvement, il n’échappa point aux soldats huguenots qui s’ébranlèrent, et franchirent au galop ma distance restant encore entre eux et les gens de Malestroit.

    - Haut la mèche !  cria le chef.
       Soixante détonations suivirent ce commandement.

    - Malestroit, Malestroit ! pour Notre-Dame de Bruc ! cria à son tour Amaury, qui avait enfourché son cheval.
       Quelques soldats se relevèrent çà et là, la plupart avaient été balayé par l’arquebusade.

       Mais au moment où les huguenots se réjouissaient et criaient. À sac ! La messe ! Amaury, sortant de l’ombre à la tête de ses douze hommes d’armes, vint fondre sur eux à l’improviste. Ce fut une horrible mêlée. Chaque fois que Malestroit levait sa lourde épée. Un homme tombait. Au bout de quelques minutes, une vingtaine de huguenots, blessés, malmenés, reprenaient à toute bride la route de Quimper.

    - Où est l’enfant qui nous a donné l’alarme ? demanda Amaury en essuyant son épée sur la crinière de son cheval ?

       Chantepie se présenta. Il tenait lui aussi une épée à la main, -une épée sanglante.

    - Tubleu ! s’écria joyeusement Amaury, nous voici munis d’un homme d’arme de plus, ce me semble !... Quel âge as-tu, vaillant champion ?

    Chantepie ne répondit point et baissa tristement la tête.

    - Plût au ciel, monseigneur, dit-il, que tous ces braves soldats qui sont là, couchés, dans la poussière, fussent encore debout à ma place, et capables encore de monter à cheval ! Ce n’est pas moi qui pourrais les remplacer, et madame Marguerite...

    - Marguerite ! interrompit Malestroit, je n’ai pas voulu te laisser parler avant de combattre, parce qu’il est des paroles qui amollissent le cœur d’un chevalier, mais maintenant ...qu’est-il arrivé ?

       Chantepie tira de son doigt l’anneau de Marguerite, qu’il tendit à son seigneur. Amaury le porta à ses lèvres.

    - Si je l’avais vu, murmura-t-il, je serais parti d’ici sans tirer l’épée !

    - Et bien  vous auriez bien fait, monseigneur.

       Ici Chantepie raconta la prise de Malestroit et la fuite de Marguerite. À mesure qu’il avançait dans son récit, le front d’Amaury se rembrunissait. Le pauvre seigneur parcourait du regard son champ jonché de cadavres et comptait avec désespoir les quelques hommes d’armes qui lui restaient.

    - N’importe, dit-il enfin, à cheval !

    - Il me reste encore quelque chose à vous dire, reprit Chantepie. Une fois durant mon voyage, je me suis trouvé face à face avec Guy de Plélan

    - Et qu’as-tu fait ?
    -
    Je l’ai frappé au visage en l’appelant traître et lâche.
    -
    Toi, s’écria, Malestroit étonné.
    -
    Ensuite, poursuivit Noël, je lui ai jeté mon gant, le provoquant, au nom d’Amaury de Malestroit, mon seigneur, à un combat mortel et sans merci.
    -
    Bien, enfant ! bien de par Notre-Dame ! Tu as fait acte de noble homme, et je te dis merci de grand cœur ... À cheval ! à cheval !

       Les débris de la petite troupe se rangèrent autour de leur chef, et tous partirent au galop sur le chemin de Vannes.

       Marguerite de Guer regagnait tristement le manoir de Gourlâ. Elle était affligée de la perte de son reliquaire, seulement parce que c’était un don de son époux, et ne prévoyait point les suites funestes de ce malheureux événement.

       Il n’en était pas de même de Toussaint. Le bon veneur soupçonnait depuis longtemps Renot d’être un espion de Plélan, ou tout au moins un misérable cherchant à découvrir la retraite de sa maîtresse pour la vendre aux huguenots. L’empressement que Renot, avait mis à se saisir du reliquaire au péril de sa vie, sa présence aux environs du manoir, à cette heure, tout concourait, à changer ses doutes en certitudes.

    - Si seulement, pensait-il en frappant sur son arbalète, j’avais eu  ma bonne carabine, au lieu de ce joujou d’enfant, le drôle ne tiendrait pas entre ses mains, à l’heure qu’il est, le sort d’une noble maison... En attendant, il nous faudra dès demain, choisir une autre retraite. Et Dieu sait quelle retraite nous pourrons choisir !

    Tel était le sujet de méditation de Toussaint, lorsqu’au moment de quitter la pelouse du marais pour prendre le sentier rocheux qui montait vers Gourlâ, Marguerite s’arrêta et poussa un cri.

    - Voyez ! voyez dit-elle en montrant l’autre rive.

    - Le signal ! s’écria Toussaint en passant subitement de la tristesse à la joie la plus vive. Béni soit Dieu qui nous vient en aide au moment du péril !

       Une flamme, faible d’abord et voilée et parfumée, brillait au milieu des arbres de la Forêt-Neuve. Bientôt, elle s’élança en jets et illumina les troncs dépouillés de feuillage.

    - Sauvés ! Nous sommes sauvés ! s’écrièrent en même temps la châtelaine et le fidèle serviteur.

       Ils retournèrent en toute hâte au manoir. La première idée de Toussaint fut de faire monter la dame de Malestroit et son fils dans le chaland pour aller au-devant de Noël et du secours que sans doute  il amenait, mais Toussaint se souvint des périls que sa maîtresse avait courus déjà en semblable traversée. Depuis ce temps, les eaux avaient considérablement grandi, le marais était devenu un vaste lac, dont les courants rapides et sujets à changer de place exigeaient l’habilité pratique d’un batelier de profession.

       Le veneur résolut d’amener le secours à sa dame au lieu de conduire sa dame vers le secours en bravant inutilement un grand péril, et, changeant à tout événement son arbalète pour sa lourde carabine à rouet, il courut détacher le chaland de Noël, et quitta aussitôt la rive.

       C’était bien le signal de Chantepie qu’il avait vu.

       Chantepie et le sire de Malestroit en attendaient l’effet, abrités derrière les arbres de la Forêt-Neuve. La lune s’était cachée sous un nuage épais, on ne voyait rien sur le lac, si ce n’est l’immense profil de la Femme Blanche, dont les contours se détachaient vaguement sur l’horizon, et semblaient rayonner une lueur phosphorescente.

    Noël, comme s’il eût voulut percer l’obscurité, jetait derrière lui d’avides regards, il n’apercevait rien.

    - Si nous étions venus trop tard ! dit le sire de Malestroit dont la voix trahissait une émotion poignante.
    -
    Chut ! fit Noël au lieu de répondre.

    Il venait d’entendre sur le marais un bruit qui n’était point celui du tournant de Trémeulé

    - Il vient, dit-il.

       Le sire de Malestroit prêta l’oreille, mais il fallait être de marais pour saisir à mille pas de distance le son d’un aviron qui fend l’eau au milieu des mille fracas d’une inondation furieuse. Le sire de Malestroit n’entendit rien.

    - Écoutez ! dit encore Chantepie.

       En mettant ses deux mains roulées en cornet devant sa bouche, il fit entendre ce cri étrange et prolongé, particulier aux campagnes du pays de Vannes, qui étouffé d’abord, va « rinforzando » sur deux cadences dissonantes, et s’éteint dans une note basse et gutturale.

    L’effet fut tout autre que celui auquel il s’attendait.

       Deux cris pareils lui répondirent en même temps. L’un venait du large, l‘autre venait des profondeurs de la forêt.

    - Nous ne veillons pas seuls, dit Chantepie à voix basse, et ce chaland qui vient là, n’est pas pour nous peut-être... Pourtant je veux bien mourir si ce n’est pas le coup d’aviron de mon père le veneur !

       Comme il finissait ces mots, une lueur subite sautilla en sillonnant le lac. Noël et le sire de Malestroit levèrent la tête, suivant d’instinct l’angle de réflexion, et virent un feu allumé sur le haut de la montée de Saint-Vincent, à quelques toises, sur la gauche du petit manoir de Gourlâ.

    - Qu’est-ce cela ? demanda le chevalier
    -
    Je ne sais, répondit l’enfant, mais ce qui se passe ici, ce soir, n’est pas naturel, monseigneur.

       Un coup d’arquebuse retentit dans la forêt, à peu près à l’endroit d’où était partit ce second cri, qui avait étonné Chantepie, et, presque aussitôt on entendit les pas de plusieurs chevaux qui descendaient vers les marais.

    - Mort de mes os ! s’écria l’un des cavaliers en passant si près du sire de Malestroit qu’il aurait pu le toucher de la main, nous le tenons cette fois, mes fils, et le rustre aura plein son grand bonnet de Nantais !
    -
    C’est Guy de Plélan, murmura Chantepie.

       Malestroit toucha son épée et voulut s’élancer à sa poursuite, mais Noël le retint.

    - Quand le ramènerai madame marguerite sur le bord, dit-il, il faut qu’elle trouve un époux, et son fils, un père. Monseigneur, gardez précieusement votre vie, pour ne point laisser sans appui ceux qui vous sont chers.

       Amaury chercha dans l’ombre la main de l’enfant pour la serre comme celle d’un ami.

       Depuis la visite de Renot au château, Plélan avait établi une sentinelle dans la forêt, et à quelque distance dans la cabane d’un garde, un détachement de ses gens ; toujours prêts à passer l’eau dès que se montrerait le signal. Lui-même venait souvent visiter ce poste d’attente, et jurait, mort de tous ses membres, - que ce drôle de Renot lui paierait cher ses retards.

       Il se trouva justement à la maison du  garde lorsque le feu parut sur la colline de Saint-Vincent, et, averti par le coup d’arquebuse de la sentinelle, il se hâta de gagner les bords du marais.

       Tandis qu’il s’embarquait à grand bruit sur un bateau plus vaste et mieux construit que les pauvres barques du pays, le chaland de Toussaint abordait silencieusement l’autre rive.

       Chantepie, qui guettait ce moment, sauta près de son père d’adoption, et saisit sa perche.

       Puis, comme si elles se fussent donné le mot, les barques ennemies portant l’une Plélan, l’autre Noël, quittèrent en même temps le rivage.

    © Le Vaillant Martial

     


     

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