• Butun ar dilez

    Butun an dilez

    Le tabac de la donation – partage

     

     Kement-mañ a hoarveza a-barz ma oe distaget parnez an Erden diouz kanton Pleiben da lakaad ouz hini Brieg hag ive, a-rôg ma teuas keraouez war ar butun.

    Ceci se produisit avant le détachement de la commune d’Edern du canton de Pleyben et son rattachement à celui de Briec et, aussi avant le renchérissement du tabac.

     

    Abaoe eur pennadig e rede ar vrud dre ar barrez, emede Herve, mab kosa Youenn ar Skao, euz Treflehen, o vond da zimezi, da Varianna, an eli eur merhed Tin Jaouen, euz Park-an-Oah-Ru. Moarvad ne zisplije ket ar gaoz da Youenn rag, pa veze goulennet digantañ hag-eñ e oa gwir kement-se, e responte bewech : « Feiz Doue ‘vad n’on ket ‘vid lared netra pa n’ouzon ket e pe zoñj emaint, med gwelloh, sur, ‘vele an dra-ze d’ober ‘vid an eost da vankoud. Gortozon hag e vo gwelet, pa vint prest o-daou, me ‘vo ue.

    Depuis un certain temps, le bruit courait dans la commune qu’Hervé, le fils aîné d’Yves Le Scao dit Yaouenn ar Skao, allait épouse Marianna la seconde des filles de Corentin Jaouen, dit Tin Jaouen de Park-an-Oah-Ru. Cette rumeur ne déplaisait à Youenn car, lorsqu’on lui demandait si elle était fondée, il répondait chaque fois : « Ma foi ! Je ne puis rien dire puisque j’ignore dans quelle intention ils sont, mais certes pareille chose serait préférable à une mauvaise récolte. Attendons et nous verrons, quand ils seront prêts tous les deux.

     

    War a gonte an oll e oa Marianna eur plah dornet-mad hag eul labourèrèz euz a henta. Ma ne oa ket euz ar re goanta, marteze, e-touesk ar merhed en oad da fortunia, e vije bet kavet ouspenn unan euz ar re-mañ kalz divalooh eviti. Yaounk c’hoz, tri bloaz war’n-ugent dei nemedken, yahpesk ha korvet-mad, e oa anei danvez eur vamm-bôtred hag eur wreg-tiegez euz an dibab. Eur tamm brao a beadra he-devoa ouspenn rag, pa oa bet diskroget Tin Jaouen diouz e stal hag e blas da roi d’e verh Jabel, grewg Laou Gwegen, e tigoueze dei tri mil skoed evid he lod danvez.

    Aux dires de tous, Marianna était une femme habile de ses mains et une travailleuse hors pair. Si elle n’était peut-être pas la plus jolie des filles en âge de se marier, il y en avait plus d’une de moins bien qu’elle. Jeune encore, n’ayant seulement que vingt-trois ans, respirant la santé et bien constituée, il y avait en elle l’étoffe d’une bonne mère de famille et d’une ménagère de choix. De plus, elle détenait une jolie petite fortune car, lorsque que Tin Jaouen s’était défait de son matériel et de sa ferme en faveur de son autre fille Isabelle, dite Jabel, l’épouse de Guillaume Guéguen, il lui était revenu une soulte de partage de trois mille écus, soit neuf mille-francs.

     

    Dizale e teuas ar gaoz da wir hag e oe gweladenn. Hag a-greiz savarad an eil gand egile, setu ma lavaras Tin da Youenn, heb chom da glask pemp troad d’ar maout :

    « Ma ya Marianna da verh-kaer du-ze, e vo dao roi ha tiegez, stal all, da Herve. Ne fell ket din e yafe da vatez davedoh, ha daved den all ebed, pa n’eo ket fortuniou mad a fai dei »

     

    La rumeur se confirma sans tarder et il y eut visite officielle. Au cours de la conversation, voilà que Tin, sans cherche midi à quatorze heures déclare à Youenn :

    «Si Marianna vient comme belle-fille chez toi, il te faudrait faire donation à Hervé de ta ferme avec son mobilier agricole. Je ne veux pas qu’elle aille faire la servante chez toi, ni nulle part ailleurs, alors qu’elle reçoit quantité de propositions intéressantes. »

     

    Ar hiz a zo gand ar gerent, e-touesk ar Hlaziked, d’ober o dilez pa zimez ar hosa eur o bugale ha da roi deañ ar stal-diegez hag an douuar, gand diviz da vaga an tad ar vamm ha da vezel en arhant o log euz an danvez d’ vreudeur ha d’e hoarezed.

    Les parents ont coutume, chez les Glaziks, de se démettre de leurs bien lorsque l’ainé des enfants se marie et de lui donner le matériel de culture, le cheptel et la terre, à la condition de nourrir le père et la mère et désintéresser les frères et sœurs au moyens de soultes (compensations en argent)

     

    Daoust ma kave yaounk c’hoaz e vugale all evid diskrogi diouz e vadou dioustu, n’e-nevoa ket c’hoant, kennebeud, da vired ouz mad e vab Herve. Plijoud a ree deañ e verh-kaer da veza hag e roas e asant, ganda on e yaje Tin en e votou hag dimzei er harz.

    Bien que Youenn estimât ses autres enfants un peu jeunes pour lâcher ses biens immédiatement, il ne voulait pas non plus, porter préjudice à son fils Hervé. Sa future bru lui plaisait et il consentit à ce qu’on lui demandait de crainte que Tin ne reprît sa parole et que le mariage n’eût pas lieu.

     

    A-benn daou pe dri devez goude, eh en em gave, e ti an noter, Tin Jaouenn hag e verh Marianna, Herve, an ozah[1] yaounk da veza ha Youenn ar Skao hag e vugale all. D’an ampoent n’emede ket an noter er gêr hag e oent digemeret gant e vevel bras : «  Ne zaleo ket pell an aotrou », eme ar skrivagner deo. « Lakait eun azez hag e-keit ha ma vezoh o hortoz, e kemerin ar hrad ma kirit, kuit da goll amzer. »

    Deux ou trois jours plus tard, se retrouvaient chez le notaire Tin Jaouen et sa fille Marianna, Hervé le futur époux, ainsi que Youenn Ar Skao et ses autres enfants. Le notaire était absent à ce moment, ils furent reçus par son premier clerc : « Monsieur ne tardera pas », leur dit-il, « Asseyez-vous, et durant votre attente, je prendrai les grès, si vous le voulez bin pour ne pas perdre de temps. »

     

    Kemered ar hrad e savar an noerien, a zo lakaad notennou war baper evid derhel soñj euz ar pez da zougen e-barz eur hontrad. Ha setu ar hloareg brz o joulenn diganto pe afer o-devoa da reñka etrezo.

    Prendre les grès, dans le jargon notarial, c’est noter des renseignements en vue de dresser un contrat. Et alors le premier clerc de demander quelle affaire ils avaient à régler entre eux.

     

     Youenn a zisplegas deañ emede e vab Herve o vond da zimezi da Varianna Jaouenn hag e oant deuet, eñ da riska vragou, evel ma lavare, pe d’ober dilez euz e beadra, hag an daou zen yaounk sa lakaad ober o hontrad-eured.

    Youenn lui expliqua que son fils Hervé allait épouse Marianna Jaouenn, et qu’ils étaient venus pour « baisser culotte » comme il disait, c’est ç dire faire donation de ses biens, et les deux jeunes gens pour dresser leur contrat de mariage.

     

    Dre ma komze Yaouenn e laboure ar skrivagner, o tua paper par mahelle, ha, beb eur mare, e houlenne pe briz lakaad d’ar stal-diegez ha d’an atant a-benn gouzoud pegement e-nije ar perhenn nevez da zevel d’vreudeur ha d’e hoarezed. Ha, pa oe ano euz ar rezevasion, tivizas an dilezer e rankje, hervez ar hiz, beza bevet ouz ar memeez taol gand e vab, lojet gwisket ha freket, evel just, ha pêet mizou e interamant, re e zervich eizteiz, e annuel hag e zervich deiz-ha-bloaz, kement-se-ive, êz eo gouzoud gand an hini a yee ar madou gantañ. Pevar real beb e gador en iliz, da brofa eur gwenneg pe zaou e plad an Anaon ha da ginnig peb a vanne d’e vignonned koz p’en em gavje ganto er vourh, hag ouspenn, war ar marhad, eur pakad butun beb sizun.

    Au fur et à mesure que Youenn parlait, le clerc s’affairait à noircir du papier en quantité, et, de temps à autre, demandait quelles évaluations donner au mobilier d’exploitation, ainsi qu’à la ferme dont le donateur s’apprêtait à se dessaisir, afin disait-il, de déterminer le montant des soultes que l’attributaire aurait à verser à ses frères et ses sœurs. Et quand il fut question des conditions à stipuler en faveur du donateur, celui-ci, selon l’habitude, fit savoir qu’il entendait être nourri à la table de son fils, logé, vêtu, blanchi, comme de juste, et que les frais de ses obsèques et ceux de l’octave de services, de l’annuel et du service du bout de l’an, seraient aussi, c’est facile à comprendre, à la charge de celui à qui allaient ses biens. Il lui faisait fallait aussi vingt sous tous les dimanches, de quoi disait-il, payer sa chaise  à l’église, faire une offrande d’un sou ou deux aux trépassés, et payer un verre à ses vieux amis lorsqu’il les rencontrerait au bourg, et enfin, par-dessus le marché, un paquet de tabac chaque semaine.

     

    Beteg neuze n’e-nevoa distaget Tin Jaouen ger ebed koulz lavared, ne ree nemed asanti gand e benn. Hogen, pa glevas meneg euz ar pakad butun, e yeas teñval e dal hag e savas diwar e gador.

    Jusqu’alors Tin Jaouen n’avait, pour ainsi dire, prononcé aucun mot : il se contentait d’acquiescer de la tête. Mais quand il entendit faire mention du paquet de tabac, son font se rembrunit et il se leva de sa chaise.

     

    « Hopopo ! Youenn, ma mignon », emeañ « c’hoant ho-peus da rivina ho pôtr hag ho merh-kaer, ‘m-eus aon ! Petra ? Eur pakad butun beb sun ? Ne oa ket bed ano euz kement-se ganeoh an deiz all, p’ho-poa prometet roi deo ha plas. Eun dra alaran deoh krak-ha-berr : m’ho-peus c’hoant e yafe ma merh da verh-kaer du-ze, e vo dao deoh ober kañv d’ar butun-se »

    « Hopopop ! ! Youenn, mon mai », dit-il, « tu veux ruiner ton gars et ta belle-fille, je crois ! Comment un paquet de tabac toutes les semaines ? Tu n’y avais fait aucune allusion l’autre jour quand tu avais promis de leur céder ta place. Je te le dis carrément : si tu tiens à ce que ma fille aille chez toi comme bru, il te faudra faire le deuil de ce tabac-là ! »

     

     Emede an troua o vond da dreñka etre an daou zen, rag Youenn a blije deañ e damm butun hag, a briz ebed, ne oa goubet d’e nah. « Petra ? » emeañ, tagnouz deañ, « Gouzke leuskel ganto ma oll beadra e rankin c’hoaz tremen heb butun ? Daoust hag e karlen e vefe grêt kement-se deoh ? »

    Les choses allaient se gâter entre les deux hommes, car Youenn aimait bien son tabac et, à aucun prix, il ne voulait être privé. « Comment ? » s’écria-t-il d’une voix revêche, « après leur avoir laissé tout ce que je possède, il me faudrait encore me passer de tabac ? Est-ce que tu aimerais qu’on t’en fasse autant ? »

     

    « Gand ar pevar real ho-peus divizet kaoud beb sul », a respontas Tin, « ho-po gwerz daou bakad butun ha n’eo ket eun ‘n hañi eo ! »

    « Avec les vingt sous que tu as exigé d’avoir tous les dimanches » répondit Tin, « Tu auras de quoi t’acheter deux paquets de tabac et non pas seulement un, voyons ! »

     

    « Biskoaz kemend all ! » a dêras Youenn, « C’nwi ‘m-eus aon, a zo klask mired ouz ma ho merh !.. »

    « Jamais encore ! » s’emporta Youenn. « Je crains que tu sois en train de compromettre le bonheur de ta fille !... »

     

    Med a-greiz m’emede an tabut o troi da ‘fall, eh en em gavas an noter er studi hag e siouleas eun nebeud d’an daou rioter. O kleved perag e oa savettrouz, e klaskas an den lezenn lakaad a ar peoh etrezo. « Evid ar fed euz pakad butun a zeg gwenneg beb sul », emeañ, « e vzfz pzhzd mired ouz an daou zen yaounk-mañ da vond an eil gand egile. Pa vodeuet fin ar bloaz, ne vint tamm paourron goude beza dispigned deg gwenneg beb sun da brena butun d’o zad. »

    Alors que la dispute tournait à l’aigre, le notaire rentra à l’étude et les deux querelleurs se calmèrent un peu. L’homme de loi, mis au courant de la cause du différent, tenta de rétablir la paix entre eux : « Pour le fait d’un paquet de tabac de dix sous par dimanche » dit-il, « ce serait dommage d’empêcher l’union de ces deux jeunes gens. À la fin de l’année, ils ne seront absolument pas plus pauvres pour avoir déboursé dix sous chaque semaine pour acheter le tabac de leur père. »

     

    Selaouet e oe an noter ha klozet ar marhad evel ma felle da Youenn. Hogen ar henta skrivagner, eet dievez gand an trouz, a verkas war e baper o-dije Herve ha Marianna deg gwenneg ad butun ar zizun da roi deañ, diwar an deiz ma vijent eureujet hag eet da benn d’an tiegez. Ha, war ar skrid a zavas goude da veza sinet gand an daou rumm kontraderien hag an testou, e tougas an diviz-se ger evid ger ha den ne gavas abeg ennañ, o veza ma ne gouste d’ar mare-se nemed deg gwenneg ar pakad butun.

    On écouta le notaire et le marché fut conclu ainsi que l’entendait Youenn ... Toutefois, le premier clerc, distrait par le bruit de la dispute, mentionna qu’Hervé et Marianna devaient procurer à Youenn pour dix sous de tabac par semaine, à compter du jour de leur mariage, date à laquelle ils entreraient en possession de l’exploitation agricole. Et sur l’acte qui fut établi sur le champ pour être signé par les parties témoins, cette clause figura mot à mot et personne n’y trouva à redire, puisque, à l’époque le paquet de tabac ne coûtait que dix sous.

     

    Evel ma oa bet lavaret deañ, e welas Youenn buan-tre e oa e verh-kaer eur boagnéréz hag, ouspenn, eur vaouez gouest koulz en ti hag er park ha kempenn-tre, beteg gwall-biz zoken, war he arhant. Ma ne veze ket druz-braz ar geusteurenn ganti, ne fazie ket, koulskoude, o gwalh a voued groz da dud an ti. Med, siwaz ! n’eo ket bemdez e prene dillad nevez d’an hañi koz, e-giz ma ree ouz he zadkaer, hag e veze gwisket hemañ heñvel a-walh ouz eur hlasker-bara. Eun sioul hag a nasianteg e oa Youen ha gwelloh e kave derhel war e gomzou evid tamall he dianoudégéz da wreg e vab, kuit da lakaad trouz da zevel.

    Youenn s’aperçut très vite que, comme on le lui avait dit, sa belle-fille était très travailleuse et, qui plus est, une femme efficace tant à la maison qu’au champ et aussi très ordonnée, quelque peu regardante même relativement à son argent. Si le menu n’était pas des plus riches chez elle, la nourriture rustique ne faisait pourtant pas défaut aux gens de la maison. Mais, hélas, ce n’est pas tous les jours que l’on achetait de nouveaux habits « au vieux » comme elle appelait son beau-père, et celui-ci était presque vêtu comme un mendiant. Youenn était homme tranquille et patient et préférait se taire plutôt que de reprocher son ingratitude à l’épouse de son fils afin d’éviter toute querelle.

     

    Skuiz ive o tigas soñj da Herve euz diviziou an diez hag ar promesaou kaer a veze grêt deañ en aner gand e vab, e tavas gand e glemmou a-benn ar(fin, ar ne oa ket mestr an ozah yaounk en e di. N’é-nevoa nemed at gwir da labourad ha zehel kloz e henou. Ar wreg heblken a zouge ar vroz hag ar brgou hag a vire ganti ar yalh. Red eo anzav, evelato, eroe e bevar real hag e bakad butun beb sizun d’he zad-kaer.

    Lassé aussi de rappeler à Hervé les conditions de sa donation et les belles promesses que celui-ci lui faisait en vain, il cessa ses récriminations, car le jeune patron n’était pas maître chez lui. Il n’avait que le droit de travailler et garder la bouche close. Seule la femme portait jupe et pantalon et conservait la bourse par-devers elle ... Il faut reconnaître toutefois qu’elle remettait toutes les semaines à son beau-père sa pièce de vingt sous et son paquet de tabac.

     

    Eur zulvez e tistroas d’ar gêr euz an overenn vintin gand eur panerad ispisiri ha traouéréz all prenet ganti er vourh. Kavoud a reas Youenn gand e lein hag e stapas deañ, war an daol eun dra bennag e-touesk eun tamm paper. « Setu aze ho putun ! » emei. Ha, pa zispakas an den koz ar paper, e chomas nehet hag alvaonet o kavoud ennañ eun tamm-burun diouz pouez e-leh ar pakad e oa boazet da gaoud beb sizun.

    Un dimanche, elle rentra de la basse messe son panier rempli d’épicerie et d’autres denrées achetées au bourg. Elle trouva Youenn en train de déjeuner et elle lui jeta sur la table quelque chose emballé dans du papier. « Voilà ton tabac ! » dit-elle. Et quand le vieil homme défit le paquet, l’inquiétude et la stupéfaction le saisirent en  y découvrant une quantité de tabac en vrac, au lieu du paquet qu’il avait l’habitude d’avoir chaque semaine.

     

     

    « Ha ne vez ket ken ar butun e pakajou ta », emeañ distiziuz, « pa deu dispak e-giz-se ganeon ? »

    « On ne trouve donc plus le tabac en paquet » dit-il méfiant, « puisque tu l’apportes défait ainsi ? »

    « Eo » a respontas ar verh-kaer, « med kerret eo abaoe deh hag eet ar pakad da bemzeg genneg. Evel-just, n’em-eus digaset deoh nemed deg gwennegad, evel m’am-eus diviz d’ober. »

    « Si », répondit la belle-fille, mais il a renchéri depuis hier et le prix du paquet est monté à quinze sous. Bien entendu, je ne t’ai apporté que pour dix sous, ainsi que j’ai obligation de le faire. »

     

    « Hañ ? De ... de ... deg gwennegad ? » eme Youen eet besteod ha divarhet-krenn gand ar zabatur. « N’eo, n’eo, n’eo ket deg wgennegad a dleit din, met eur pakad ‘n hañi eo ! »

    « Hein ? Pour di... di... dix sous ? » fit Youenn rendu bègue et complétement stupéfie « Ce n’est pas pour dix sous que tu me dois, mais un paquet bien entendu ! »

     

    « Eur pakad ? eur pakad ? » a drohas ar wreg yaounk, kaasauz he mouez, « n’ouzit ket petra ‘lirit chouant koz ! Lennit paper an dilez hag e welfoh warmañ e faian deoh deg gwennegad ha n’eo ket eur pakad ! »

    « Un paquet ? Un paquet ? » répliqua la jeune femme d’une voix hargneuse, « tu ne sais plus ce que tu dis, vieux chouan ! Lis le contrat de donation-partage et tu y verras que je ne te dois que pour dix sous et non pas un paquet ! »

     

    «  Pa oan-me o roi ma madouu, koulskoude », eme ar hoziad, kintuz deañ eun tammig. « em-bevoa divizet kaoud eur pakad butun beb sul ha n’eo-ket deg gwennegad eo ! Beteg-henn, siwaz ! e oa gwall just eur pakad din d’ober ma zunvez, a-boan m’am-beze pemp pe hweh kornadig bemdez-aneañ. Ha bremañ e rankin tremen gan tri pe bevar ! Ma ! Merh, n’eo ket eur vaouez oh ! Dao ‘vo din gweled hirron ha ma ‘fakad am-mo, kousto pe gousto, rag n’emaon ket e soñj plada deoh e-giz-se ! »

    « Quand j’étais en train de vous donner mes biens pourtant » dit le vieillard quelque peu agressif, « j’avais exigé d’avoir un paquet de tabac tous les dimanches et non pas pour dix sous ! Jusqu’à présent un paquet était déjà bien juste pour ma semaine : à peine cinq ou six pipées par jour. Et il me faudrait faire avec trois ou quatre ! Eh bien ma fille, tu n’es pas une femme, vraiment ! Il me faudra aller voir plus loin, et j’aurai mon paquet coûte que coûte car je ne suis pas décidé à me laisser faire de la sorte ! »

     

    « M’ ho-peus da fluta, it pelloh da weled hardi ! » a drohas ar wreg. « Me ‘m-eus sklêrijenn da zishouez, kerkoulz ha c’hchwi, ne rankan deoh ‘med deg gwennegad ha netra muioh ! »

    « Si vous avez de l’argent à perdre, allez donc vous faire voir ailleurs ! » trancha la femme. « Tout comme vous, j’ai de quoi vous prouver que je ne vous dois que dix sous de tabac, et rien de plus ! »

     

    Ken ran e oa Youenn gand e damm butun ma ne oa ket evid ober e vennoz da leuskel e verh-kaer da nah outañ poent an drederenn euz pakad. Med penôz he lakaad da zeveni ar pez a oa bet divizet, e gwirionez, d’ar mare oa grêt an dilez ?

    Youenn aimait tellement son tabac qu’il ne pouvait pas se faire à l’idée de voir sa bru lui supprimer près d’un tiers du paquet. Mais comment l’obliger à exécuter ce qui avait été réellement convenu au moment de la donation ?

     

    Mond a reas d’ober e glemm da Ber en Henañv, eun den a guzul mad, amezeg tost ha mignon deañ, ha da houlenn all digantañ. Ma ne oa ket. Per gouizieg-braz da lenn paeriou skrivet divoull, e-neoa, koulskoude, skiant-prena war galzig kudennou luziet.

    Il alla confier ses doléances à Pierre Le Hénaff dit Pèr An Henañv. Un homme de bon conseil, son proche voisin et bon ami, et lui demander son avis. Si Pèr n’était pas très doué pour lire les écrits non imprimés, il avait cependant beaucoup d’expérience sur bien des problèmes épineux.

     

    Goude beza sellet ouz akta e genseurt ha prederiet eur pennad, e lavaras deañ : « Eet eo fall ma daoulagad ha ne hellan bremañ nemed ar skritur moull, Kredi ‘ran, evelato, e ranko ho merkaer roi deoh beb sun ho pakad butun ha n’eo ket diou drederenn hini, anez gweled ahanoh o lakaad torri an dilez. Evid dond-a-benn outi avad, e vo dao deon, a gredan, ober afer warno o-daou, he gwaz hag hi. Rag-se e vefe mad deoh mond gand ho palper da gavoud an alvokad. Hennez a heñcho ahanoh hag a laro deoh petra ho-po d’ober. »

    Après avoir examiné le titre exécutoire de son camarade et cogité un moment, il lui dit : »Ma vue a baissé et je ne puis lire maintenant que les textes imprimés. Je crois toutefois que ta belle-fille sera dans l’obligation de te servir chaque semaine ton paquet de tabac et non pas les deux tiers, sous peine de te voir annuler ta donation. Mais pour en venir à bout, tu devras je pense, les attaquer tous deux en justice, son mari et elle. Pour cela il serait bon que tu ailles, avec tes papiers consulter un avocat. Celui-ci te conseillera et te dira ce que tu devras faire. »

     

    « ‘Mad-rte ar pez a lirit », eme Youenn. « Gwaza pez ‘zo avad, e pe leh kavoud arhant da bêa an alvokad pa n’em-eus ket eur gwenneg toull war ma ano ? »

    « C’est parfait ce que tu dis » Youenn.  « Mais le pire, c’est où trouver l’argent pour payer l’avocat, alors que je dispose pas d’un seul sou percé ? »

     

    Per e-nevoe truez ouz e amezeg hag a brestas deañ eur pez ugent a ugent real. Ha nebeud goude, p’en em gavas foar goz Kastellin,e yeas Youenn, gand e baper, da gomz ouz alvokad.

    Pèr eut pitié de son voisin et lui prêta une pièce de cent sous, soit cinq francs. Et peu de temps après à l’occasion de la vieille foire de Châteaulin, Youenn alla, muni de ses papiers, consulter un avocat.

     

    Goude beza lennet piz an akta, e tisklêrias frêz ha sklêr an aotrou-ze d’ ostiz n’e-nevoa ar gwir, Hervez ar skrid, da gaoud nemed deg gwennegad butun ha ne dalveze ket ar boan deañ mond da glask propesi ouz e vab hag e verh-kaer, rag taolet evije da goll gand ar varnereien. Ugent real e koustas an ali d’ar paour-kêz koz a jomas d’ober kovig moan an deiz-se peogwir ne oa gwenneg all ebed gantañ peadra da verenna.

    Après avoir bien lu le contrat, ce monsieur déclara clair et net à son client qu’il n’avait, d’après l’écrit, que le doit d’avoir dix sous seulement de tabac et qu’il était inutile de faire un procès à son fils et à sa belle-fille, car les juges lui donneraient tort. La consultation coûta cinq francs au pauvre vieux qui resta sans manger ce jour-là puisqu’il n’avait sur lui aucun argent pour se payer de quoi déjeuner.

     

    Distroi a reas d’ar gêr, izel e glipenn ha mantret e galon. Ha, diwar neuze, e vevas drouglaouen, evel eur reuzudig, e ti e vugale dianaoudeg ha divad, oh arboell beb sul war e bevar real eur gwennegig bennag da bêa e zie. Kerse e-nevoa d’ar mare ma oa gouest da vutuni Hervez e hoant hag e tamante, muia ma helle, d’e zeg gwennegad btun sizunvezieg, re nebeud atao aneo evid tapa ganto ar zul war-lerh.

    Il rentra chez lui la tête basse et le cœur serré. Et à compter de ce jour, il vécut bien triste, tel un misérable chez ses enfants peu reconnaissants et si regardants, économisant quelque peu chaque dimanche sur ses vingt sous, afin de rembourser sa dette, il regrettait l’époque où il pouvait fumer à volonté, et soupirait sans cesse ... après avoir ses dix sous de tabac hebdomadaires toujours trop justes pour arriver au dimanche suivant.

     

    Pa ris anaoudegez gand Youenn ar Skao, n’eo ket yaounkaad e-nevoa frêt, anat eo. Hag a benn neuze piou e nije kredet, e oa eet ar pakad btun da hwezeh real ? E-leh an tregont pe zaou-ugent kornadig a roste kent, pa ne goustent nemed deg gwenneg, n’e-neveze ken nemed an tañva anezo, da lavared eo eiz gwech nebeutoh o veza ma oant kerret euz a gement-se.

    Quand je fis la connaissance de Youenn Ar Skao, il n’avait pas rajeuni, bien évidemment. Et pour alors ? – qui l’eût cru ? – le paquet de tabac avait atteint les quatre-vingt sous, sois quatre francs ! Au lieu des trente à quarante petites pipées qu’il brûlait autre fois, lorsqu’elles ne revenaient qu’à dix sous il n’avait plus maintenant que de quoi y goûter, c’est-à-dire huit fois moins du fait qu’elles avaient renchéri d’autant.

     

    Pa veze bet troet e moged ar hriñsennou diweza eet da vruzun e goueled e yalh-vutun, e leunie e gorn gand deliou seh. Hogen divlaz e kave ar btun-marmouz-se ha n’eo ket gatañ e teue laouen e spered. Ha gand melkoni e huanade d’an amzer dremenet.

    Lorsque les derniers brins, réduits ne poussière au fond de sa blague à tabac étaient partis en fumée, il bourrait sa pipe de feuilles mortes. Cependant il trouvait ce tabac de marmouset bien fade, et ce n’est pas avec ça qu’il parvenait à remonter son moral. Et plein de mélacolie, il soupirait après le bon vieux temps.

     

    « Gwechall » emeañ « e lavare ar re goz eh echue ar beva mad pa deuje an heñchou-houarn hag an heñchou-kroaz. ‘Meus aon eo deuet o haoz da wir, evid ar pez a zell ouzin da vihanna. Kalz  re droet eo bremañ ar re yaounk gand an arhant ha n’o-devez truez ened ouz ar re goz eveldon ... Eun dra ive a ra diêz d’am ‘fenn ! ma karje d’an noter-ze beza douget war e baper ar pez am-oa diviz da gaoud, e vijen bet eun den eüruz em hozni, padal ne reer nemed ober ahanon... Nann, eun afer ne vez-ket grêt morse !... »

    « Autrefois » me dit-il « les anciens prétendaient que le bon temps prendrait fin lorsque viendraient les chemins de fer et les carrefours. J’ai bien peur que leur prédiction ne se soit réalisée, au moins en ce qui me concerne. Aujourd’hui les jeunes sont beaucoup trop intéressés par l’argent et n’ont aucune pitié des vieux comme moi... Une chose encore me chagrine : si ce notaire avait bien voulut inscrire sur le papier ce que j’avais réellement convenu d’avoir, j’aurais été un homme heureux dans ma vieillesse, alors que je suis la risée de tous ... Non, un contrat n’est jamais rédigé trop clairement !... »

     © Le Vaillant Martial

     



    [1] O(z)ah = homme marié, chef de famille -> patronymes Lozac’h, Le Noac’h

    « L’épi changé en sceptreAr paeron »

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