• L’élue des Pixies


     

    A

    Bigaël avait préparé le repas qu’elle venait à l’instant de déposer sur la table. John son mari ne tarderait pas à rentrer. En attendant, elle jetait un œil par la fenêtre surveillant ses deux filles.

    Leah, l’ainée, avait sept ans. C’était l’âge où l’on commençait à quitter la petite enfance. Elle était devenue plus secrète. Elle avait appris à lire aussi, ce qui s’est traduit par des heures passées dans sa chambre à découvrir mille et une histoires. Ses premiers voyages ... Ses  premiers pas, seule dans d’autres pays merveilleux.

    Charlotte, la petite affichait un caractère tout opposé à celui de sa sœur. Rieuse, jouette, elle passait son temps à explorer le jardin. Elle n’aimait rien tant que l’eau croupie remontée du puits abandonné, qu’elle transvasait en riant d’un vieux pot à l’autre jusqu’à a en arroser le muret de pierres sèches qui marquait la limite du jardin.

    La maison était vieille. Elle appartenait à la famille d’Abigaël depuis des lustres. L’histoire familiale voulait qu’un de ses aïeuls l’eût reçue des villageois en remerciement d’un immense service rendu au village.

    En ce temps de légendes, le Dartmoor  était sous l’emprise de Vixina. C’était une sorcière, une mauvaise sorcière. Elle résidait dans les grottes au pied du Vixen Tor. De là, elle guettait le voyageur isolé, empruntant le sentier qui passait sous les rochers. Elle provoquait alors une brume épaisse, surnaturelle qui empêchait le promeneur d’apercevoir jusqu’à ses propres pieds. Ensuite l’effrayant d’un cri ou de quelque sinistre craquement, elle le déviait du chemin pour le pousser vers les marécages, et le rire de la mégère résonnait dans la lande lorsque le pauvre bougre s’y noyait.


     

    On raconte qu’un beau jour, l’ancêtre d’Abigaël entendit parler de la vilaine. L’homme était un ami des Pixies. Un de ces sachants habitué à leur rendre visite dans leur repaires, souvent sous un Tor, une de ces collines où la roche affleure et qui ont façonné le paysage si particulier du Dartmoor ou sous l’un de ces amas rocheux qui porte un nom les reliant à leur peuple : Pixie, Parlour, Pool, Puggie, Stone, Care, Rings, le pays en est rempli.

    De leur mystérieux peuple, il avait reçu deux cadeaux. Le don de clairvoyance qui lui permettait de voir à travers la brume aussi épaisse qu’elle fut et une bague, un anneau magique qui procurait à celui qui le portait une parfaite invisibilité. C’est ainsi qu’il se rendait sur le sentier menant au domaine de Vixina. Immédiatement la sorcière sentit venir à elle sa prochaine victime. Juchée sur son rocher, elle envoya la brume à la rencontre du promeneur. Mais celui-ci la traversa sans qu’elle ne lui pose le moindre problème. Son don de clairvoyance lui faisait voir le sentier à travers le brouillard  maléfique.

    La sorcière, passé son étonnement, se mit à formuler un sort afin de l’abattre sur l’homme, mais ce dernier ne lui en laissa pas le temps. L’anneau au doigt, il disparut à son regard. Dépitée la sorcière hurla de colère, dévoilant à l’homme invisible sa position. Il fit le tour du rocher, y grimpa et une fois arrivé sans bruit dans le dos de Vixana, la poussa violemment. La sorcière se brisa les os sur les rochers en contrebas et la contrée fut délivrée de ses maléfices.

    C’est ainsi que la famille d’Abigaël hérita de cette petite chaumière aux murs de pierre, transmise au fil des siècles de génération en génération. Ce ne fut pas le seul héritage.



     

    Abigaël conservait précieusement l’anneau magique dans une boite glissée dans la penderie de sa chambre. Quant au don de clairvoyance, elle l’avait également hérité de sa mère, et le père de sa mère avant elle, et ainsi de suite ... Ce don marquait l’amitié entre la famille d’Abigaël et le peuple des Pixies. Seule  la personne dotée du pouvoir de voir à travers le brouillard pouvait communiquer avec les petits êtres. Ce secret était révélé à son héritier et à lui seulement.

    Étrangement seulement un seul héritait du don. Jamais le deuxième, si les suivants. Abigaël avait remarqué dès sa naissance que Leah le possédait. Elle voyait à travers la brume, se riait du brouillard quand petite, elle courait jouer dans le jardin par tous les temps. Plus posée que sa sœur, elle avait ce regard porté vers l’ailleurs celui qui traine longtemps dans les rêves le matin, s’y perd tout au long de la journée. Elle n’avait pas encore rencontré les Pixies qui pourtant s’amusaient chaque jour autour de la maison, prolongeant de quelques mètres le lancer de ballon,, plongeant leur nez curieux dans leur goûter et faisait toutes sortes de grimaces, assis sur le muret du fond.

    Pour les découvrir les sentir, leur parler, il fallait effectuer une sorte de pèlerinage. Retourner sur les lieux où des siècles auparavant, l’aïeul avait reçu les dons. Abigaël avait décidé d’emmener ses filles dans ce lieu magique, pour que le miracle s’accomplisse. Demain elle porterait l’offrande aux Pixies du Wisman’s Wood et les laisserait venir à son aînée.

    Elle appela les filles et tous se mirent à table ; John raconta sa journée au bureau. Abigaël ne pouvait quitte Leah du regard. Elle se demandait si tout se passerait bien le lendemain. Comment sa fille réagirait à l’apparition de ceux dont elle devait certainement soupçonner l’existence.

    Si vois à travers la brume est, finalement, presque normal pour qui possède le don depuis sa naissance, découvrir une foule de petits être aux visages tordus, pouvait se révéler un véritable choc. Il fallait le faire durant l’enfance, avant l’âge fatidique de huit ans où l’esprit se ferme aux autres possibles. Leah les attendrait dans quelques mois, le moment était donc venu.



     Le lendemain matin, Abigaël embarqua avec ses deux filles dans la voiture et prit la route pour le Witsman’s Wood. Les chemins bordés de murets recouverts de mousse conféraient au Dartmoor à la fois une splendeur et une quiétude bienvenue. On s’y sentait bien. Les bois s’ouvrait à la douce lumière de ce sus anglais tandis que les maisons éparses avec leur jardinets soignés et les devantures couvertes de babioles et de pots fleuris  animaient avec grâce et curiosités les voyages à travers de ce comté de Devon si riche en légendes. Mais rien ne pouvait rivaliser avec le Witsman’s Wood. Un paysage unique de chênes recouvert de mousse donnait à cette forêt un air étrange. On entrait dans une toute autre dimension, comme si un petit monde s’était posé là au milieu du nôtre. Depuis quelques années les hivers s’étaient faits moins rudes. Les arbres semblaient se redresser et d’autres essences s’étaient mises à pousser. Malgré ce changement imperceptible pour qui débarquait en ce lieu pour la première fois, Abigaël reconnut la forêt de son enfance, alors encore plus incroyable. Que ce bois fût l’objet de tant de croyances était une évidence. L’une d’elles était connus de par le monde et liait au Witsman’s Wood un terrifiant chasseur sauvage et une meute de chiens de l’enfer qui avaient inspiré les plus grands romans de garous et célèbre chiens de Baskerville d’Arthur Conan Doyle.

     

    Il est vrai qu’au premier ressenti, l’aspect tortueux du paysage pouvait donner le frisson. Surtout quand un banc de brouillard y trainait et qu’on s’y aventurait seul. Il fallait alors un peu de courage pour faire le premier pas dans l’imaginaire des hommes, tout ce qui est recroquevillé, tordu, malformé est mauvais et rien de bon ne pouvait donc vivre dans cette forêt. En réalité si Witsman’s Wood présentait ce visage, c’était pour se protéger des curieux. Les enfants quant à eux ne ressentaient pas cette peur. Pour eux cette forêt prenait l’aspect d’une véritable plaine de jeux. Ils l’exploraient avec délice, grimpant sur les pierres moussues et glissant depuis leur sommet jusqu’au sol. Passant sous les branches grimaçantes, frôlant le lichen pendant et s’amusant follement à deviner des visages, des silhouettes sans les ombres dessinées par la brume ; Tel était le Wistman’s Wood un lieu repoussant pour qui ne savait voir, un lieu magique pour les âmes d’enfants.



     


     

    Assise sur une pierre, Abigaël épiait ses filles. Leah jouait à cache-cache avec Charlotte et ne semblait accorder d’importance aux Pixies qui s’étaient rassemblés pour observer les deux jeunes humaines. Ils imitaient les filles sautant d’un rocher à l’autre ou se dissimulait derrière le tronc d’un chêne. Ils lançaient de drôles de grimaces à leur attention, mais Leah ne montrait aucun signe indiquant qu’elle les voyait. Il y en avait de toutes les tailles. Des grands, mesurant plus ‘un mètre de haut, jusqu’aux plus minuscules, de la hauteur d’une fourmi, presque invisibles aux yeux d’Abigaël. Las d’être invisible aux yeux de Leah, ils regagnèrent un à un l’abri de leur pierres au fur et à mesure que s’avançait la journée. Certains avaient chipé un peu de nourriture dans le panier qu’avait apporté Abigaël gratifiant au passage leur complice d’un clin d’œil que la femme leur rendait. Beaucoup couraient nus, d’autres portaient des haillons  qui devait si l’on se fiait à leur apparence malheureuse, être aussi vieux qu’eux. Il faut dire que leurs petits corps bruns ne craignaient pas la froideur de l’hiver ni le soleil sec de l’été.

    Leah s’était assise et avait l’air de rêver. Elle tournait le dos à sa mère qui détourna les yeux, laissant à son aînée toute la richesse de cette expérience unique. Elle ne se doutait pas un instant que le contrat venait d’être noué. Sa fille devenait elle-même une « sachante ». À partir de ce jour, elle assurerait la relève de la famille. Abigaël porta alors son attention sur sa cadette. Charlotte comme à son habitude sautillait, débordant de la même énergie dont elle avait preuve depuis leur arrivée au Witsman’s Wood. Sa pétillante insouciance fit sourire sa mère. Une heure passa encore avant qu’elle n’appelle ses filles et regagnent ensemble la voiture familiale pour rejoindre leur cottage.

    Sur le chemin Abigaël aperçut une eriophorum qu’on appelait ici  l’herbe aux Pixies. C’était une herbe magique dont usaient les malicieux  elfes pour vous perdre dans la brume. Il suffisait de passer à côté pour qu’un brouillard dense se lève et vous fasse hésiter sur la voie à prendre. Un pas de travers et vous étiez éconduits par les Pixies. Fort heureusement pour la conductrice ce jour-là, aucune brule  à l’horizon et dans quelques minutes, elles seraient à la maison.


     

     

     

    Ce soir-là, Abigaël coucha ses filles avec une pointe d’impatience. En bordant Leah, elle tenta de lui faire raconter sa rencontre avec les Pixies, mais la petite fille fit mine de ne pas comprendre. Qu’à cela ne tienne, la mère reviendrai vers elle plus tard. La transmission du secret était un passage délicat et avouer que l’on avait vu des créatures jusque-là associées à des légendes n’était pas chose facile. Elle déposa un doux baiser sur le front de la fillette et sortit. Depuis le couloir, elle entendit des chuchotements en provenance de la chambre de Charlotte.


     

    La porte était entrouverte et elle jeta un œil à l’intérieur. Sa cadette était occupée à jouer avec un chiffon. Elle entra dans la pièce et l’interrogea sur cette occupation. Charlotte lui répondit qu’elle s’amusait avec son nouvel ami.

    - Et peut-on savoir ma chérie, où tu as déniché ce petit ami poussiéreux ? s’exclama la mère en désignant du doigt la boule de tissu grisâtre qui retenait tan l’attention  de sa fille.

    - Eh bien dans le bois, cet après-midi, Maman !

    À cet aveu, Abigaël jeta un œil plus attentif au vieux chiffon et dans un clignement de paupières, elle entrevit le visage d’un Pixie grimaçant.

    Le Wistman’s Wood est un bois de chêne pédonculés qui possèdent la particularité de s’être recroquevillés au fil du temps. Cette firme  naine, tordue de l’arbre s’explique par les hivers rigoureux que subissait cette région avant le réchauffement climatique. A ces chênes étranges se mêlent quelques bouleaux pubescents et différentes mousses et lichens couvrant les roches et pierres qui parsèment les lieux. Le tout forme un paysage unique, un bout de forêt magique où les Pixies, ces elfes typiques du Devon et des cornouilles grimacent avec plaisir.

    © Le Vaillant Martial

     

     

     


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  • Jean le fort et les trois barons

       Il était une fois un jeune pâtre dans une ferme de basse-Bretagne. Il avait pour nom Jean et passait pour être bas d’esprit. Tous les jours il partait avec ses moutons, au lever du soleil, et ne s’en retournait que quand il était couché.

       Un jour d’été que la servante lui avait porté-sur la grand-lande des crêpes et du lait baratté pour son repas, il répandit quelques gouttes de lait sur ses habits, et, comme il faisait chaud, de nombreuses mouches vinrent s’y poser. D’un seul coup du plat de la main il en tua dix-huit.

    - Dix-huit ! S’écria-t-il, après les avoir comptées ? Quel homme je suis ! ...
    -
    Je suis vraiment bien bon de rester ici garder les vaches et des moutons comme un imbécile, au Diable, mon maître, avec ses vaches et ses moutons ! Je veux voyager, pour voir si je trouverai quelque part un homme capable de lutter avec moi. Dix-huit d’un seul coup ! ...
    -
    Je suis vraiment bien bon de rester ici à garder des vaches et des moutons, comme un imbécile, au diable mon maître, avec ses vaches et ses moutons ! Je veux voyager, pour vois si je trouverai quelque part un homme capable de lutter avec moi. Dix-huit d’un seul coup ! ...

       Et il laissa là son troupeau et partit. Dans la ville  plus voisine, il fait écrire en grandes lettres dorées sur un ruban qu’il enroule autour de son chapeau : « J’en tue dix-huit d’un seul coup ! »

    Puis il se remet en route, et arrive à Paris. Il va tout droit frapper à la porte du roi.

    - Que demandez-vous, mon garçon ? lui dit le portier.
    -
    Le roi n’aurait-t-il pas besoin d’un bon domestique, capable de tout faire, comme pas un autre ?
    -
    Il est partit un garçon d’écurie, hier, et il faut le remplacer.
    -
    Eh ! bien, prenez-moi, et vous verres quel homme je suis.

       On lui confia une des écuries du palais. Les chevaux qui s’y trouvaient étaient tous maigres et de triste mine, par suite des mauvais soins du palefrenier qui venait de partir. Jean en fit, en peu de temps, les plus beaux et les meilleurs des écuries royales. Le roi le remarque, lui en fit compliment, et le prit même en affection particulière.

    Cette distinction méritée excita la jalousie des autres palefreniers, et ils complotèrent à sa perte.

    Un d’eux alla un jour trouver le roi et lui dit :

    - Sire, le palefrenier Jean a dit qu’il était homme à vous débarrasser des trois géants.

       Il y avait dans un château voisin, au milieu d’un grand bois, trois géants qui faisaient au roi tout le dommage et le mal possibles. Ils ravageaient ses moissons, lui enlevaient bœufs, moutons et chevaux et vivaient à ses dépens. Maintes fois il avait envoyé ses armées contre eux, mais toujours elles se faisaient battre et lui revenaient dans le plus piteux état.

       Ces trois géants faisaient donc le malheur et le désespoir du vieux roi. Il fit aussitôt appeler Jean en sa présence et lui dit ?

    - Vous avez dit que vous êtes capable de me délivrer des trois géants ?
    -
    Je n’ai jamais rien dit de semblable, mon roi, répondit Jean, étonné d’une pareille demande.
    -
    Vous l’avez dit, et il faut que vous teniez parole, ou il n’y a que la mort pour vous.
    -
    Et si je vous délivre des trois géants que me donnerez-vous ?
    -
    Si vous me délivrez des trois géants, je vous donnerai ma fille en mariage.
    -
    Eh ! Bien à la grâce de Dieu ! J’en ai tué dix-huit d’un seul coup, et je ne suis pas homme à reculer devant trois, quel qu’ils soient.

    Il partit là-dessus.

       Tous les jours, les trois géants venaient boire à une belle et grande fontaine qui était dans le bois.

     

       Jean monta sur un grand chêne qui étendait ses branches au-dessus de la fontaine, avec un sac rempli de pierres, et attendit, en silence. Les géants vinrent boire, selon leur habitude. Jamais il n’avaient vu de monstres aussi affreusement laids. L’aîné s’étendit de tout son long, sur le ventre et se mit à boire à la même fontaine. Jean lui lança une pierre sur la nuque. Il se retourne et dit :

    - Lequel de vous m’a lancé une pierre ?
    -
    Personne ne t’a touché, répondirent les deux autres.
    -
    Ne recommencez pas où il vous en cuira.

       Et il se pencha de nouveau sur la fontaine et se remit à boire.

       Jean lui lança une seconde pierre plus forte que la première. Le géant se relève furieux, se précipite sur celui des deux frères qui est le plus près de lui, et le tue net. Puis il se remet tranquillement à boire. Jean lui lance une troisième pierre. Il se précipite sur son autre frère, et le tue comme le premier.

    - Je vous apprendrai, dit-il, à me lancer des pierres, pendant que je bois !

       Et il remet encore à boire, Jean lui lance des pierres, dru, comme grêle, cette fois. Furieux, et ne sachant plus à qui s’en prendre, le géant trépigne, grince des dents et pousse des cris sauvages qui font trembler et fuir tous les animaux du bois. Il aperçoit enfin Jean sur son arbre, et lui crie :

    - Ah c’est toi hanneton !  (prends ta faucille ) ! Tu es cause que j’ai occis mes deux frères que voilà ! Descends vite de là que te mange !
    -
    Oui, oui, tout de suite, répondit Jean, car ne t’imagine-pas, vilaine bête, que j’ai peur de toi, tu vas voir tout à l’heure qui je suis !

       Et il descendit de l’arbre.

       Le géant, la bouche grande ouverte, s’avançait sur lui, pour le dévorer, quand il aperçut ces mots écrit sur le ruban qui entourait son galurin : « J’en tue dix-huit d’un seul coup ». Et il s’arrêta court, la bouche grande ouverte.

     

    - Est-ce vrai ce qui est écrit sur ton chapeau ? demanda-t-il, calmé soudainement.
    -
    Certainement que c’est vrai, et tu vas voir, à l’instant, à qui tu as affaire.
    -
    Quel homme tu fais alors ! ...Tiens soyons amis, et nous n’aurons pas, à nous deux, nos pareils au monde. Viens avec moi à mon  château, je te présenterai à ma mère et nous boirons et jouerons ensemble.
    -
    Je veux bien, dit Jean, mais prends bien garde de me jouer quelque mauvais tour, ou il t’en cuira.

    Et ils se dirigèrent ensemble vers le château.

    - Où sont tes deux frères ? demanda la mère des géants à son fils aîné, en le revoyant revenir sans les deux autres.
    -
    Je les ai tués
    -
    Comment vilaine bête, tu sa tué tes deux frères !
    -
    Je les ai tués, mère, mais voici un petit homme que je vous amène, et qui à lui seul, vaut mieux que mes deux frères.
    -
    Que veux-tu dire malheureux ?
    -
    Voyez ce qui est écrit autour de son chapeau : « J’en tue dix-huit d’un seul coup ! »
    -
    Est-ce vrai cela ?
    -
    Parfaitement vrai, mère, et sans cela, vous le sentez bien, il ne serait pas à présent en vie.

      La vieille, pleine d’admiration, comme son fils, pour un pareil homme, se calma soudain et se contenta de dire :

    - Eh ! Bien, allez tous les deux me chercher de l’eau à la fontaine, pour que je vous prépare le dîner.
    -
    Allons chercher de l’eau à ma mère, pour qu’elle nous prépare le dîner, dit le géant à Jean.

       Il y avait au bas de la cuisine deux tonneaux de cinq barriques chacun qui servaient aux géants pour approvisionner la maison en eau.

    Quand Jean les vit, il dit au géant :

    - Comment c’est avec es coquilles de noix que vous allez chercher de l’eau à la fontaine ?
    -
    Vous ne trouvez pas que ce soit assez grand ? demanda le géant.
    -
    Des coquilles de noix, vous dis-je, prenez ma pioche et ma pelle, mettez-les moi sur une civière et partons avec.
    -
    Pourquoi une pioche, une pelle et une civière ?
    -
    Pourquoi imbécile ? Mais pour apporter la fontaine ici, et nous éviter ainsi la peine d’aller tous les jours jusqu’à elle.
    -
    Non pas, non pas, il ne faut rien déranger à la fontaine – une si belle fontaine ! -  j’aime mieux aller chercher seul de l’eau.
    -
    Vas-y, donc, imbécile quant à moi, je ne t’aiderai point.

     Le géant alla chercher seul de l’eau à la fontaine, et, quand il fut de retour, il dit à sa mère :

    - Si vous saviez, mère, comme ce petit homme est fort !
    -
    Serait-il plus fort que toi ?dit la vieille.
    -
    Oh oui, imaginez-vous qu’il voulait arracher la fontaine du lieu où elle se trouve, dans le bois, et l’apporter ici, dans la cour du château !
    -
    Je ne veux pas qu’il fasse cela, qu’il ne touche pas à mon fontaine !!!!
    -
    Aussi ne l’ai-je pas laissé faire, et j’ai été cherché seul de l’eau.
    -
    Eh bien, allez à présent me cherche du bois, pour que je vous fasse des crêpes.
    -
    Allons chercher du bois à ma mère, pour qu’elle nous fasse des crêpes dit le géant à Jean.

      Et ils se rendirent tous les deux à la forêt. Le géant se mit à arracher des arbres un à un, comme des panais dans un champ. Jean le regardait faire, étonné.

    - Combien en veux-tu emporter ? lui demanda-t-il.
    -
    Une douzaine, au moins, répondit le géant.
    -
    Rien que cela ? N’y-a-t-il pas une bonne grosse corde au château ?
    -
    Pour quoi faire ?
    -
    Pour quoi faire, imbécile ?  Mais pour que j’emporte une bonne charge, un quart du bois par exemple, afin de ne pas revenir ici aussi souvent.
    -
    Oh dans ce cas, laisse-moi faire tout seul car ma mère ne serait pas contente du tout, si on lui détruisait sa forêt.
    -
    Comme tu voudras, mais je vais te laisser seul alors.

       Et le géant apporta à lui seul à sa mère la provision de bois dont elle avait besoin.

    Quand ils furent de retour au château, le géant dit à Jean :

    - Allons jouer aux boules, dans la grande avenue, pour attendre que les crêpes soient prêtes.

    Il y avait là, dans une avenue fort, longue, un galet rond pesant sept cent livres.

    - Voyons, dit le géant, en la montrant du doigt à Jean, à qui lancera ce galet le plus loin. Va à l’autre bout de l’avenue, je te le jetterai d’abord, puis tu me le retourneras.

    - C’est cela, dit Jean, voyons à qui lancera le galet le plus loin.

       Et il se rendit, à l’autre extrémité de l’avenue. Le géant prend la pierre, la lance et elle va tomber aux pieds de Jean.

    - Ce n’est pas mal, dit celui-ci. À mon tour à présent, et attention ! Regarde bien, je vais te lancer si haut que tu al perdras de vue, et qu’elle ira retomber dans mon pays, à cinq cent lieues d’ici.
    -
    Non, non ! Ne fais pas cela, Jean, je t’en prie, car je serais désolé que mon galet fût perdu, un si beau galet !
    -
    Je veux bien te le laisser, une braie bille d’enfant, retournons à la maison, voir où les crêpes de la vieille sont prêtes.

     

      Et ils retournèrent au château. Les crêpes étaient prêtes, et il y en avait un ta énorme sur la table.

    - J’aime beaucoup les bonnes crêpes, avec du lait dit Jean.
    -
    Et moi aussi, dit le géant, à qui en mangera le plus.
    -
    J’accepte dit Jean.

       Et voilà, les crêpes de disparaîtrent dans la gueule du géant, dont le ventre était énorme et tendu à crever. Celui  de Jean paraissait ne lui céder guère.

    - Allons, à présent, chasser dans la forêt, dit-il au géant.
    -
    J’aimerais mieux dormir un peu, répondit celui-ci.
    -
    Dormir ? Allons donc ! Si vous ne pouvez pas me suivre, il faut vous avouer vaincu.
    -
    Non, non allons à la chasse.

       Jean sautait les fossés et les buissons assez lentement, malgré sa charge, le géant, au contraire, tombait sans cesse, roulait à terre et tirait la langue comme un chien. Ce que voyant Jean, il fit semblant de n’en pouvoir plus aussi et se laissa rouler à terre, en disant :

    - Nous avons mangé trop de crêpes !
    -
    Oui, répondit le géant.
    -
    Il n’y a qu’une chose à faire !
    -
    Que faut-il donc faire ?
    -
    Débarrassons-nous de ce que nous avons pris de trop.
    -
    Mais comment se débarrasser de ce que nous avons pris de trop ?
    -
    Rien de plus simple. La moindre chose vous arrête, vous. Tenez, regardez-moi.

       Et, prenant un couteau, il fit semblant de s’ouvrir le ventre, tandis qu’il n’ouvrait que son gilet et sa chemise et donna passage aux crêpes qui se répandirent en tas autour de lui. Le géant en resta tout ébahi.

    - Fais-en autant, lui dit Jean, et tu t’en trouveras bien, comme moi.

      Il prit son couteau grand comme un sabre, et s’en ouvrit pour tout de bon le ventre et l’estomac. Un torrent de crêpes et de sang s’en échappa. Mais bientôt il tomba lui-même sur le dos, pour ne plus se relever, il était mort.

       Jean prit alors sa couse vers le palais du roi. Il arriva tout essoufflé, et dit au vieux monarque :

    - Allons ! Sire, votre fille est à moi.
    -
    Comment ?  ma fille est à toi, tu es drôle ?
    -
    Oui, vous me l’aviez promise, si je vous délivrai de trois géants ?
    -
    Eh ! bien ?
    -
    Eh ! bien, je vous ai délivré des trois géants, car ils sont morts. Et si vous ne me croyez pas, accompagnez-moi jusqu’à la forêt, et je vous fournirais la preuve de ce que je vous dis.

       Le roi l’accompagna jusqu’à la forêt, et put s’assurer qu’il était réellement délivré de ses plus terribles ennemis. Il en fut si content, qu’il embrassa Jean et lui dit :

    - Ma fille est à toit avec ma couronne !

       Et les noces furent célébrées immédiatement, et il y eut pendant quinze jours de belles fêtes et de grands festins, auxquels tous les habitants du pays furent invités, les pauvres  aussi bien que les riches, de telle sorte que tous les soirs on rencontrait des gens ivres couchés dans les douves, le long des routes.

       La grand-mère de mon grand-père, qui était du pays, fut aussi invitée, et c’est ainsi qu’il en est venu des nouvelles jusqu’à moi, et  que j’ai pu vous raconter les choses exactement comme elle se sont passées.

    François Marie-Luzel, Contes Inédit, 1882.

    © Le Vaillant Martial

     

     

     


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