• Rêveries en Brocéliande


     

    D

    élicatement posé sur une fleur de compagnon rouge à la corolle grande ouverte, un papillon, ailes déployées, paraissait prendre un bain de soleil. Il déroula sa trompe pour sucer un peu de nectar avant de s’envoler et atterrir à nouveau. Le sol lui sembla bien plus singulier que celui qu’il connaissait en ce sous-bois. L’odeur  était tout aussi particulière. Le papillon inspecta la matière sur laquelle il s’était posé, faisant prudemment bouger ses pattes.

    Comment aurait-il pu deviner qu’il s’était sur  ... un nez. L’appendice nasal ainsi décoré d’une jolie paire d’ailes appartenait à une petite fille allongée sous un vieux chêne, endormie. Dérangée dans sa sieste par un chatouillis du lépidoptère, elle esquissa un geste vers son visage. Le papillon réagit instinctivement à l’ombre projetée pour se replacer aussitôt la menace écartée sur l’objet de sa curiosité. Se glissant maintenant au niveau des narines, il provoqua l’inévitable éternuement qui acheva d’veiller la demoiselle.

    C’était une petite fille de quatre ou cinq ans. Une brunette aux yeux noisette, légèrement bridés, ornant un visage doux, rond aux pommettes relevées et sur lesquelles on devinait les traces de larmes qui les avaient inondées quelques heures plus tôt ...

    Elle s’appelait Nimuë. Elle avait accompagné=é ses parents au château de Comper, en Bretagne pour une exposition d’œuvres fantastiques. La journée s’était clôturée par une balade en forêt. Elle s'était tenue un instant au pied d’un arbre d’or et s’était imaginée dans une forêt enchantée, où les troncs dorés étaient surmontés de feuillages multicolores, où les oiseaux chantaient l’hymne des fées ... Elle s’était perdue dans ses pensées, en ces terres magiques qui l’emmenaient loin, très loin, transformant la réalité d’un monde d’adultes pour se rapprocher de sa propre conception de l’univers, rempli de créature ailées de diadèmes  et de trésors oubliés. Dans ses jeux, un maigre bâton de bois mort devenait la plus belle des épées et le poney dans la prairie, la dernière des licornes. Sans oublier son chien dragon, ses poules-dinosaures et le Royaume Perdu au fond de son jardin ...


     

    Dans la clairière baignée des derniers rayons du soleil, le papillon a disparu. C’est à présent un tout autre animal qui se tient à quelques pas de la petite fille. Revenue de ses souvenirs, Nimuë observe, bouche ouverte, une biche qui lui rend un regard profond, brillant et noir. Le cervidé avance tête baissée au travers du champ de fleurs bleues. L’une après l’autre, ses pattes semblent glisser sans bruit jusqu’à ce que l’animal ne soit plus qu’à quelques centimètres de la petite égarée. Nimuë n’ose bouger. C’est la première fois qu’elle voit une biche d‘aussi près. Le cervidé s’approche encore, la renifle et blottit son museau dans le creux de son bras.

    La fille et la biche demeure ainsi un instant avant  qu’une main potelée ne se pose sur la fourrure douce, soyeuse et se mette à la caresser. La forêt se tait. Nul chant d’oiseau, nul vol d’insecte ne viennent troubler cet adorable tableau. La lumière se fait cristalline et l’espace de quelques secondes, les fleurs d’azur se couvrent de scintillement. Une pause hors du temps comme si la forêt toute entière avait retenu sa respiration avant que les feuillages ne se remettent à bouger. La biche s’écarte, exécute un léger bond et se retourne vers Nimuë. La petite fille effectue quelques pas dans la direction de l’animal. Ainsi, un jeu de poursuite s’installe. De bond en bond, de pas en pas, les deux êtres quittent le bosquet de bouleaux au tapis bleuté pour s’enfoncer plus avant sous les ramures des chênes et des hêtres. Le long d’un chemin invisible connu de la biche elle seule. Nimuë pénètre les secrets de Brocéliande.

     


        Ainsi, Nimuë, pendant toute la promenade, modifiait à son gré un coin de paysage, un amas de fougère ou l’ombre d’un arbre racorni en château, chevaliers et dragon ... Tout occupé à ses plaisirs imaginaires, la petite fille s’était soustraite l’espace d’une seconde à la vigilance de ses parents, eux aussi distraits par la beauté de la forêt de Paimpont que les troubadours nomment encore Brocéliande. Cette petite seconde avait suffi pour séparer leurs chemins. Obnubilée par ses rêves, elle se mit à courir à la poursuite d’'êtres de songes. Le temps que sa mère réalise son absence, il était trop tard.

    D’abord, les parents s’étaient mis à regarder partout, élevant la voix au fur et à mesure que l’angoisse augmentait. Enfin, ils crièrent, hurlèrent, le nom de leur fille, mais la petite Nimuë était déjà très loin, très loin de l’endroit où ils tenaient. De son côté, Nimuë entendait bien leurs cris, mais pour elle ceux-ci n’étaient que de légers murmures. Les voix dans les bois s’étouffent au fur et à mesure qu’ils traversent les buissons, les feuillages, les herbes ... Surtout, elle ne pouvait deviner d’où provenait l’appel de ses parents. Là aussi, la forêt se jouait des sons pour vous désorienter. Plus elle entendait l’écho des cris, plus elle prenait la mauvaise direction. Comble de son malheur, ses parents avaient maintenant rebroussé chemin. Ils espéraient que leur fille s’était souvenue de l’arbre d’or au pied duquel ils s’étaient arrêtés quelque temps plus tôt.

    Perdue, affamée, Nimuë fit ce que tous les enfants de son âge font en de pareils cas. Elle se mit à sangloter, pleurer. Une heure passa encore avant que la petite, fatiguée de cette longue journée et de ses gémissements, s’endormit au pied d’un vieux chêne majestueux, tordant ses bras puissants vers le ciel. Nimuë l’avait observé quelques minutes, couchée entre deux racines. Elle lui avait trouvé un air apaisant, une sagesse ancienne – était-ce de la magie ? – ce qui avait achevé de la calmer. Ses paupières s’étaient fermées sur un sommeil d’épuisement ... Les muscles de son  visage se détendirent, sa respiration se fit longue et régulière. On devinait maintenant que la petite fille avait trouvé le réconfort en ses songes ....  

     Entrouvrant les yeux, Nimuë suit de son regard encore engourdi le vol irrégulier de l’insecte coloré. Ses lèvres se soulèvent lentement en un léger sourire. Elle observe un moment, comme figée le bal aérien du paillon virevoltant.

    Nimuë a maintenant le bras tendu, paume ouverte. Le lépidoptère s’approche, se pose. Puis au bout de quelques secondes, il repart dans les airs, tournoie un moment et se dirige vers une futaie de bouleaux. Nimuë se lève à son tour et accompagne l’insecte au milieu de ces colonnes blanches, son regard attaché aux mouvements fluides du papillon, l’esprit aimanté à ses ailes colorées. Derrière me bosquet un nouveau spectacle l’attend. Un parterre de fleurs composées de milliers de clochettes bleues. Un flux de lumière solaire vient casser les pétales d’azur tandis qu’une bise légère les fait se mouvoir simultanément. La petite fille croit entendre une musique, de légers tintements rassemblés en des accords merveilleux. Elle se souvient de ses premiers jours sur terre, à cette berceuse que le mobile placé au-dessus de son berceau entonnait chaque soir. Lui vient à l’esprit l’image d’ailes, de papillons. Tiens, oui, c’étaient des papillons se souvient-elle, mais au-delà de la musique, de ces images, il y avait une voix, si douce ... si douce ...


     

    Dans la clairière baignée des derniers rayons du soleil, le papillon a disparu. C’est à présent un tout autre animal qui se tient à quelques pas de la petite fille. Revenue de ses souvenirs, Nimuë observe, bouche ouverte, une biche qui lui rend un regard profond, brillant et noir. Le cervidé avance tête baissée au travers du champ de fleurs bleues. L’une après l’autre, ses pattes semblent glisser sans bruit jusqu’à ce que l’animal ne soit plus qu’à quelques centimètres de la petite égarée. Nimuë n’ose bouger. C’est la première fois qu’elle voit une biche d‘aussi près. Le cervidé s’approche encore, la renifle et blottit son museau dans le creux de son bras.

    La fille et la biche demeure ainsi un instant avant  qu’une main potelée ne se pose sur la fourrure douce, soyeuse et se mette à la caresser. La forêt se tait. Nul chant d’oiseau, nul vol d’insecte ne viennent troubler cet adorable tableau. La lumière se fait cristalline et l’espace de quelques secondes, les fleurs d’azur se couvrent de scintillement. Une pause hors du temps comme si la forêt toute entière avait retenu sa respiration avant que les feuillages ne se remettent à bouger. La biche s’écarte, exécute un léger bond et se retourne vers Nimuë. La petite fille effectue quelques pas dans la direction de l’animal. Ainsi, un jeu de poursuite s’installe. De bond en bond, de pas en pas, les deux êtres quittent le bosquet de bouleaux au tapis bleuté pour s’enfoncer plus avant sous les ramures des chênes et des hêtres. Le long d’u chemin invisible connu de la biche elle seule. Nimuë pénètre les secrets de Brocéliande.


    Les pas de Nimuë se sont hésitants lorsqu’ils passent à travers l’écorce éclatée d’un arbre mort et sur lequel lianes, mousses et lichens se sont accrochés : on aurait dit une porte grossièrement taillée, une embrasure improvisée osée là, en pleine forêt.

    De ses mains menues, Nimuë cherche la prise pour passer l’obstacle végétal. De l’autre côté  un décor sombre l’accueille. Fort heureusement le regard doux de la biche, sa présence à ses côtés, rassurent la fillette et c’est ensemble qu’elles s’enfoncent sous les pins posant sabots et pieds sur le chemin d’aiguilles sèches. IL ne leur faut que quelques minutes pour venir à bout de ce passage désolant où seuls les troncs droits dominent et où les branches touffues cachent le ciel.

    La biche l’attend devant un tas de grosses pierres. Nimuë comprend qu’elle  l’invite à grimper. Une fois de l’autre côté, elle appelle l’animal, s’inquiète de ne pas le voir venir. Elle grimpe derechef sur un des rochers, mais du côté obscure de la forêt, nulle trace de la biche.

    Devant cette absence, Nimuë s’effondre. Le chagrin la submerge et les larmes coulent trouvant une fois de plus le chemin de ses petites joues rondes avant de tomber sur la pierre. A force et à mesure que la fillette pleure, les larmes se rassemblent en un maigre filet qui serpente maintenant sur le sol comme un cours d’eau qui affleure aux pieds des roches


        C’est un ruisseau large de deux mètres environs. On y voit une eau clair jaillissante entre de gros galets et des branches échouées ici et là. Le flot s’obstine à vouloir passer les barrages empierrés et de courtes vaguelettes claquent sur la roche. Les quelques gouttelettes ainsi projetées, retombent dans l’eau en un tintement de clochette qui se mêle à la musique de l’onde vagabonde. Et c’est dans ce doux vacarme que se perdent les sanglots de Nimuë, dans cette onde forestière que son regard embué de larmes se noie  ...  Soudain une ombre passe. La voici qui repasse et passe encore. Secouée de ces derniers reniflements, Nimuë est une fois de plus intriguée. Quelle est donc cette chose fugace qui file à toute allure sans qu’elle puisse y accrocher son regard ? Les ultimes sanglots disparus, la cause de son étonnement se pose sur un petit rocher de l’autre côté du ruisseau.

     

     

     

     

      C’est un oiseau. La petite fille est charmée par cette apparition. Elle ne peut se détacher de ces superbes couleurs. Un dos bien bleu, un ventre de feu où le roux domine le blanc, une blancheur que l’on retrouve bien plus présente au niveau du cou. De son œil noir et pétillant l’animal fixe Nimuë. Puis d’un coup d’aile il s’envole, monte vers le ciel et effectue un piqué droit sur elle, avant de se retourner vers la rivière et de se poser sur une pierre blanche que Nimuë n’avait pas remarquée. Le voilà maintenant qui recommence. Il s’envole, revient, et comme par enchantement, lorsqu’il se pose apparait une nouvelle pierre blanche.

    En quelques allers-retours, le petit être a maintenant tracé un chemin au milieu. Nimuë se lève, essuie d’un revers de manche son visage mouillé  et pose un pied sur le première blanche, puis l’autre sur la deuxième. Ainsi de suite jusqu’à traverser l’onde et se retrouver sur l’autre rive.

    Orientant son regard vers la rivière, elle constate que le bel oiseau a disparu et que la berge opposée se couvre d’obscurité alors que de son côté, des lueurs rosés, semblables à celles des aurores, annoncent l’éveil de la journée.

    - Qui va là ? qui va là ?

    Nimuë dirige son regard vers le sol et fait malgré elle quelques pas en arrière de stupeur. Un drôle de créature, haute comme trois pommes, se tient debout, juste devant elle, son long nez tordu dressé en sa direction, des yeux piquants pointé sur elle. Ses jambes, ses bras ressemblent à s’y méprendre à des branches tortueuses alors que son chapeau plat noué d’un ruban s’échappe sur de larges oreilles pointues animales ... Elle a le visage rongé de mousse et le corps couvert par un habit que l’on devine ancien au vu du nombre de trous et lambeaux qui l’ornent.

    - Je m’appelle Nimuë et tu es qui ?

    - Nous sommes des Korrigans. Nous sommes des Korrigans.

    - Nous ?

    À peine le mot échappé de la bouche de Nimuë, qu’une dizaine de ces êtres biscornus sortent des fougères. Tous différents dans leurs grimaces, tous semblables dans leurs apparences.

    Les lutins entourent l’enfant, l’inspectent de toutes parts. L’un renifle ses cheveux, l’autre lui compte les doigts de la main, un autre s’obstine à vouloir connaître le nombre de pieds dont elle est pourvue sans y parvenir vraiment, ce qui fait éclater de rire la fillette. Son rire a pour effet d’entrainer l’un des Korandons à se lancer dans des pitreries plus drôles les unes que les autres. Acrobaties et culbutes en tous genres se succèdent, amusant follement la petite. Le spectacle de ce clown des bois aurait pu durer indéfiniment si le plus costaud des Korrigans n’y avait mis un terme au moyen d’une branche abattue sur la tête du malheureux.


     

    - Voilà, fini les pitreries, fini les pitreries ! A la Dame te conduisons ! A la dame te conduisons !

    Abandonnant là le pauvre Korrigan assommé, les autres se mettent à tirer, pousser la petite fille, l’obligeant à les suivre ; Leur  allure se fait de plus en plus rapide et Nimuë est soulevée par cette horde de nains pressés. Elle voit défiler les branches entrecoupant un ciel d’un bleu profond et irréel. Sur sa gauche, elle aperçoit un troupeau de chevreuils blancs tandis qu’un coup d’œil furtif sur l’une des branches d’un chêne plus que centenaire lui fait entrevoir un gros hibou dont la face revêt, l’espace d’une seconde, les traits d’une vieille femme. Plus loin encore elle croit deviner un taureau rouge s’éloignant des arbres ...

    Cette partie de la forêt lui semble étrangement familière et ce sentiment, la rassure. En cet instant, elle n’a pas peur. Elle se laisse emporter par la troupe de Korrigans et se complait à observer  toutes les merveilles de ce lieu.


     

    Ils quittent le bois et traversent de hautes herbes desquelles s’envolent toutes sortes de papillons, de libellules, de demoiselles ... Mais elle n’a pas le temps de s’y arrêter tant l’allure de ses porteurs s’est accélérée. Tout tourne, tout bascule.

    Nimuë ouvre les yeux. Elle est à présent étendue sur un drap de soie bleu. Les Korrigans ont déguerpi. Elle se redresse doucement. De-ci de –là surgissent encore des insectes volants lui renvoyant un éclat d’azur, d’or ou d’argent. Faisant volte-face, elle se tient maintenant devant un mur de roseaux qui se dresse vers le ciel, lui cachant la vue plus avant. Nimuë de lève sur la pointe des pieds pour distinguer ce que cachent les petites massues brunes. Elle voit alors se dessiner sous ses yeux un large miroir. C’est un plan d’eau, un étang à la surface, légèrement tremblotante. Le regard posé sur cette étendue bleuie des reflets du ciel, Nimuë observe une image, une image, un songe, un rêve ... De la surface des eaux, dans un tourment silencieux, apparaît un magnifique château de cristal. Et de ses portes grandes ouvertes, arrive une belle dame tout de blanc vêtue. Son visage resplendit la grâce, la beauté et dans ses yeux ‘un vert profond se devinent l’essence même de l’amour, l’origine de la vie, l’étincelle primordiale de la nature sauvage. La petite fille n’éprouve aucune peur en cet instant précis. Au contraire, une joie immense la submerge lorsque la dame se présente à elle.

    - Je suis Viviane, fille de Dyonas, je fus le papillon, la biche et l’oiseau qui te guidèrent jusqu’ici, petite fée. N’aie crainte, je te sais perdue. Mais en te perdant, tu as retrouvé les tiens. Reste près de moi, demeure à mes côtés et je prendrai soin de toi éternellement.

     La voix était douce, si douce ... et puissante, envoûtante. Nimuë saisit la main pâle tendue vers elle et suit la belle dame sur le lac. La fillette et la fée pénètrent ensemble dans le château, les portes se refermant derrière elles. Dans un éclair de lumière aveuglante elles disparaissent ...

    Il ne fallut que quelques secondes pour que le buisson d’aubépine se couvre de mille fleurs blanches au parfum délicat. Et encore moins de temps pour que de terre surgissent jacinthes, anémones et parisettes. Peu importait l’ordre des saisons, seule la volonté de la petite demoiselle s’imposait ici. Elle s’amusait beaucoup à sautiller d’un côté et de l’autre du ruisseau faisant éclore à chaque envolée des plants de violettes. Et lorsque ses mains dessinaient des arcs dans les airs, on voyait naitre des petits papillons. Aux couleurs vives qui s’éloignaient  à la manière des bulles de savon s’échappant des jeux d’enfants. La même lueur de plaisir brillait maintenant dans les yeux de Nimuë. La forêt était devenue son jardin. Les près, son terrain de jeux. Cela faisait des mois qu’elle vivait ici. Passant des heures chaque jour à écouter Viviane, subjuguée par la douce voix de la fée. Celle-ci lui contait les prouesses chevaleresques de cet enfant qu’elle avait autrefois recueilli. Elle lui soufflait le secret de ce mage endormi et qui était devenu au fil des siècles le cœur battant de Brocéliande. Chaque mot, chaque phrase n’étaient que passion pour la jeune fille qui ne se souciait plus du monde d’avant.

     

    Elle apprenait la magie des fleurs, le langage des oiseaux. Elle dansait au milieu des rondes des fées, s’amusait follement des taquineries des Korrigans. Elle avait oublié les larmes, les chagrins et les blessures. Et sous le regard tendre de Viviane, elle virevoltait de charme en découverte.

    Les jours passèrent, les mois et les années. Nimuë devint une magnifique jeune femme. Ses pouvoirs grandissants, elle pouvait aujourd’hui commander aux vents ou encore jouer de la harpe des fées dont les cordes étaient fabriquées dans les rayons de lune d’été. Ainsi passaient les jours en Brocéliande entre émerveillements et enchantements.

    La jeune femme accompagnée de la Dame, se promenait dans la forêt. Viviane, poursuivant son enseignement des mystères de la nature à son apprentie, toujours avide de nouveaux savoirs. Elle lui apprit à ce jour-là à ressentir les imperceptibles et innombrables filaments qui de leur réseau s’étendant sur la forêt permettaient aux fées de percevoir toute agression ou de retrouver tout être instantanément. Nimuë prit l’exercice très au sérieux et se connecta au mycélium. Elle parcourut ainsi en une seconde l’ensemble de la forêt. Ressentit l’appel du faon à sa mère, l’oisillon tombé à terre et le renard alléché se précipitant à sa rencontre. Elle sentit les promesses des fruits à venir et les parfums naissants de l’automne. Tout à coup, elle se figea. Son esprit s’était heurté à un arbre mort qui irradiait étrangement. Regardant au travers des yeux d’une corneille perchée non loin de là – un autre de ces tours que Viviane lui avait enseignés – elle vit alors le châtaignier d’or. Un murmure s’éleva en son esprit, un écho faible, un cri étouffé ... Elle eut du mal à reconnaître cette voix. Soudain, elle ouvrit les yeux. Elle s’était remémorée la voi de son père. Une avalanche de souvenirs s’empara de son esprit et elle ne put résister au cri qui, cette fois, lui déchira la gorge.

     

    Tout lui était revenu. Son enfance, sa différence. La voix de Viviane au-dessus de son berceau. La voix de sa mère apaisant ses douleurs, chassant ses malheurs de petite fille. Elle sombra, comme déchirée par ses deux vies parallèles que tout opposait. Alitée, souffrante, rien ne semblait pouvoir la guérir. Ni la magie de la Dame du Lac, ni les pitreries des Korrigans. Aucun philtre, aucune herbe, ni breuvage, ni sort. Elle restait de marbre face aux tentatives de la guérir de ce mal, de ce spleen qui s’était accroché à elle comme les serres d’un rapace à sa proie. Figée dans une incompréhension totale, elle errait entre deux mondes. Cela dura des semaines. Et puis un jour, elle se leva, alla trouver Viviane et lui dit qu’elle voulait rentrer chez elle. La dame du lac la conduisit jusqu’à un bassin de pierres où jaillissait une source.

    Nimuë ouvre les yeux. Elle est à présent étendue sur un drap de soie bleu. Les Korrigans ont déguerpi. Elle se redresse doucement. De-ci de –là surgissent encore des insectes volants lui renvoyant un éclat d’azur, d’or ou d’argent. Faisant volte-face, elle se tient maintenant devant un mur de roseaux qui se dresse vers le ciel, lui cachant la vue plus avant. Nimuë de lève sur la pointe des pieds pour distinguer ce que cachent les petites massues brunes. Elle voit alors se dessiner sous ses yeux un large miroir. C’est un plan d’eau, un étang à la surface, légèrement tremblotante. Le regard posé sur cette étendue bleuie des reflets du ciel, Nimuë observe une image, une image, un songe, un rêve ... De la surface des eaux, dans un tourment silencieux, apparaît un magnifique château de cristal. Et de ses portes grandes ouvertes, arrive une belle dame tout de blanc vêtue. Son visage resplendit la grâce, la beauté et dans ses yeux ‘un vert profond se devinent l’essence même de l’amour, l’origine de la vie, l’étincelle primordiale de la nature sauvage. La petite fille n’éprouve aucune peur en cet instant précis. Au contraire, une joie immense la submerge lorsque la dame se présente à elle.

    - Je suis Viviane, fille de Dyonas, je fus le papillon, la biche et l’oiseau qui te guidèrent jusqu’ici, petite fée. N’aie crainte, je te sais perdue. Mais en te perdant, tu as retrouvé les tiens. Reste près de moi, demeure à mes côtés et je prendrai soin de toi éternellement.

     La voix était douce, si douce ... et puissante, envoûtante. Nimuë saisit la main pâle tendue vers elle et suit la belle dame sur le lac. La fillette et la fée pénètrent ensemble dans le château, les portes se refermant derrière elles. Dans un éclair de lumière aveuglante elles disparaissent ...

    Il ne fallut que quelques secondes pour que le buisson d’aubépine se couvre de mille fleurs blanches au parfum délicat. Et encore moins de temps pour que de terre surgissent jacinthes, anémones et parisettes. Peu importait l’ordre des saisons, seule la volonté de la petite demoiselle s’imposait ici. Elle s’amusait beaucoup à sautiller d’un côté et de l’autre du ruisseau faisant éclore à chaque envolée des plants de violettes. Et lorsque ses mains dessinaient des arcs dans les airs, on voyait naitre des petits papillons. Aux couleurs vives qui s’éloignaient  à la manière des bulles de savon s’échappant des jeux d’enfants. La même lueur de plaisir brillait maintenant dans les yeux de Nimuë. La forêt était devenue son jardin. Les près, son terrain de jeux. Cela faisait des mois qu’elle vivait ici. Passant des heures chaque jour à écouter Viviane, subjuguée par la douce voix de la fée. Celle-ci lui contait les prouesses chevaleresques de cet enfant qu’elle avait autrefois recueilli. Elle lui soufflait le secret de ce mage endormi et qui était devenu au fil des siècles le cœur battant de Brocéliande. Chaque mot, chaque phrase n’étaient que passion pour la jeune fille qui ne se souciait plus du monde d’avant.

     

    Elle apprenait la magie des fleurs, le langage des oiseaux. Elle dansait au milieu des rondes des fées, s’amusait follement des taquineries des Korrigans. Elle avait oublié les larmes, les chagrins et les blessures. Et sous le regard tendre de Viviane, elle virevoltait de charme en découverte.

    Les jours passèrent, les mois et les années. Nimuë devint une magnifique jeune femme. Ses pouvoirs grandissants, elle pouvait aujourd’hui commander aux vents ou encore jouer de la harpe des fées dont les cordes étaient fabriquées dans les rayons de lune d’été. Ainsi passaient les jours en Brocéliande entre émerveillements et enchantements.

    La jeune femme accompagnée de la Dame, se promenait dans la forêt. Viviane, poursuivant son enseignement des mystères de la nature à son apprentie, toujours avide de nouveaux savoirs. Elle lui apprit à ce jour-là à ressentir les imperceptibles et innombrables filaments qui de leur réseau s’étendant sur la forêt permettaient aux fées de percevoir toute agression ou de retrouver tout être instantanément. Nimuë prit l’exercice très au sérieux et se connecta au mycélium. Elle parcourut ainsi en une seconde l’ensemble de la forêt. Ressentit l’appel du faon à sa mère, l’oisillon tombé à terre et le renard alléché se précipitant à sa rencontre. Elle sentit les promesses des fruits à venir et les parfums naissants de l’automne. Tout à coup, elle se figea. Son esprit s’était heurté à un arbre mort qui irradiait étrangement. Regardant au travers des yeux d’une corneille perchée non loin de là – un autre de ces tours que Viviane lui avait enseignés – elle vit alors le châtaignier d’or. Un murmure s’éleva en son esprit, un écho faible, un cri étouffé ... Elle eut du mal à reconnaître cette voix. Soudain, elle ouvrit les yeux. Elle s’était remémorée la voix de son père. Une avalanche de souvenirs s’empara de son esprit et elle ne put résister au cri qui, cette fois, lui déchira la gorge.

     

    Tout lui était revenu. Son enfance, sa différence. La voix de Viviane au-dessus de son berceau. La voix de sa mère apaisant ses douleurs, chassant ses malheurs de petite fille. Elle sombra, comme déchirée par ses deux vies parallèles que tout opposait. Alitée, souffrante, rien ne semblait pouvoir la guérir. Ni la magie de la Dame du Lac, ni les pitreries des Korrigans. Aucun philtre, aucune herbe, ni breuvage, ni sort. Elle restait de marbre face aux tentatives de la guérir de ce mal, de ce spleen qui s’était accroché à elle comme les serres d’un rapace à sa proie. Figée dans une incompréhension totale, elle errait entre deux mondes. Cela dura des semaines. Et puis un jour, elle se leva, alla trouver Viviane et lui dit qu’elle voulait rentrer chez elle. La dame du lac la conduisit jusqu’à un bassin de pierres où jaillissait une source.

    - Cette fontaine, les hommes la nomment Jouvence. Ils pensent qu’elle à le pouvoir de redonner jeunesse à quiconque le désire. Comme pour les pierres de schiste rouge qu’ils prennent naïvement pour la tombe de Merlin, ils s’en viennent ici déposer des offrandes et prières. Mais ils se trompent. Merlin ne réside pas sous cette tombe. Il vit en nous, en chaque arbre, en chaque être de Brocéliande. Et Jouvence ne redonne pas exactement la jeunesse comme ils le prétendent bien que son pouvoir puisse u faire penser. Tu n’es ni la première, ni la dernière à venir rejoindre  mon monde. Et ni la première ni la dernière à vouloir en repartir. Je ne peux t’empêcher, mais sache que si tu décides de me quitter, il te faudra oublier. Et voilà le véritable pouvoir de Jouvence. C’est une eau d’oubli. Bois-en quelques gouttes et tu retrouveras ta famille.

    - Merci ma Dame. Mon cœur se déchire à vous quitter, mais le souvenir de l’amour de mes parents, l’idée même de leur souffrance lorsqu’ils  m’ont perdue et celle de la joie lorsqu’ils me retrouveront me dictent ma décision. Mais sachez que jamais je ne vous oublierai ....

    Sur ces mots, Nimuë plongea ses mains dans l’eau du bassin et les porta en coupe jusqu’à ses lèvres. L’eau avait un goût de miel. Elle n’était pas fraîche comme on pouvait s’y attendre, mais au contraire, dotée d’une douce chaleur qui se répandait en elle. La jeune fille s’assoupit aussitôt.

    Hélas, Nimuë, tu as déjà oubliée. Braves Korrigans, portez la chère enfant  à la limite de notre domaine. Qu’elle rejoigne les siens et que nous retournions au rêve. Allez, faites donc ?

     Les nains s’exécutèrent et disparurent dans les fourrés, emportant le corps endormi de Nimuë. Sur le visage de la fée, une étincelle brilla au coin de son œil droit. Une fine perle, semblable à la rosée coula le long de sa joue.

    Nimuë fut réveillée par son nom plusieurs fois prononcé. En entrouvrant les yeux, elle aperçut le visage d’un étranger, une moustache lui couvrait la lèvre supérieure et elle vit un uniforme. Le gendarme était accompagné d’autres personnes, mais très vite une voix singulière se distingua de la cohue. Sa mère apparut et la serra dans ses bras. Elle se mit à pleurer en l’embrassant.

    - Nimuë ! Oh Nimuë, si tu savais combien ton père et moi avons eu peur ! Cela fait des heures que l’on te cherche ... Comment es-tu revenue ici ? Oh, je suis si heureuse, si heureuse, mon bébé, mon trésor ....

     La petite fille ne conservait aucun souvenir de ce qui s’était passé. Elle regardait autour d’elle, toujours chaleureusement enserrée dans les bras de sa mère. Elle vit un arbre mort, un arbre d’or et lui trouva un air curieux.

     

     

    Son père accourut et la couvrit de baisers. Sur les visages on pouvait lire la satisfaction et le soulagement. La disparue avait été retrouvée ; Au-delà des sourires de tendresse et de bonheur, alors qu’on l’arrachait à ce lieu, Nimuë s’attacha aux arbres, aux branches et dans leurs nœuds, elle devina des visages grimaçants, des yeux perçants, des oreilles perdues, des entrelacs de lianes, de mousse, de lichens ... et de la forêt monta une musique, légère, presque imperceptible. Elle se souvint alors.

    C’était la berceuse du mobile à papillons. La musique de ses premiers rêves.

    Brocéliande est la forêt légendaire où se sont déroulées de nombreuses histoires liées à Merlin, Arthur et les chevaliers de la Table Ronde. Sa première citation remonte au début du XIIe siècle. Nombreux sont ceux à identifier la mythique sylve à la forêt Bretonne de Paimpont. Ce rapprochement fait d’ailleurs quasiment l’unanimité  des avis depuis la fin du XVIIIe siècle même si certains citent encore Huelgoat, la forêt de Lorge ou d’autres massifs sylvestres du côté de Dol, Paule ou aux alentours du Mont Saint-Michel.

    À côté du château de Comper, près de Concoret, on peut voir le Val sans Retour, Tombeau de Merlin, la Fontaine de Barenton et autres traces féeriques liées aux légendes Arthuriennes.

     


    © Le Vaillant Martial

     

     

     

      


     

     


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  • Les trois roches de Tréban 

     

     

    Y’

    a des histoires, comme ça... Des histoires à dormir debout. Celle-ci est authentique. Je la tiens du père du grand-père du père de ma mère. C’est dire combien elle est vraie.

    Il est un mystère de ceux qui se perdent dans la nuit des temps. Personne n’ jamais si ni pourquoi, ni comment, cependant, c’est un fait avéré. Nul ne peut le contester : une fois par siècle, durant la nuit de Noël, les pierres dressées situées en divers lieux de Brocéliande et partout ailleurs en terre de Bretagne, ces pierres dressées dont on dit qu’elles ont été posées là pour éviter au pays d’être emporté par le vent ....

    Écoutez !  Écoutez bien ! Ouvrez grand vos oreilles... Une fois par siècles, ces pierres dressées s’envolent ! Elles s’envolent ! Elles s’envolent pour aller boire à la mer !!!

     Et tandis qu’elles sont au loin, parties s’abreuver, les pierres voyageuses offrent à la lumière de la lune le merveilleux spectacle de trésors enfouis sous chacune d’elles, car il faut savoir, il faut savoir que les pierres dressées sont gardiennes de fabuleux trésors. Tous les cent ans, tandis que s’égrainent les douze coups de minuit, ces gardiennes silencieuses se soulèvent lentement de leur base, titans de pierre en lévitation, elles s’élèvent dans la nuit glacée, abandonnant un temps les richesses insoupçonnées à l’éclat scintillant de la voûte dorée.

     La belle affaire !!! Tout cet or à ciel ouvert ! Combien d’ignorants ont cru mettre à profit cette absence providentielle. Faire main basse sur ces fortunes offertes !!! Combien d’entre eux, s’étaient précipités au fond de ce trou, occupés qu’ils étaient à remplir poches et besaces de pièces sonnantes et trébuchantes, combien d’entre eux cupides, n’ont pas senti de derrière l’horizon le retour des gardiennes de pierre. Chacune fendant le ciel étoilé tels de lourds projectiles propulsés par les catapultes du Géant Goulaffre. Combien d’imprudents ont fini plus plat J qu’une galette à l’andouille sous le poids de leur avidité. Car c’est ainsi que les choses se passent. Au douzième coup de minuit, les menhirs reprennent lourdement leur place. Couvrant à nouveau pour le siècle à venir ces trésors méconnus du savoir des hommes.

     Ce sont trois pierres qui reviennent dans la nuit, trois pierres repues d’eau de mer. Mais alors qu’elles vont reprendre leur emplacement respectif, celles-ci découvrent trois trous béants, plus noirs que le charbon !

     

     

     

    Pas la moindre piécette d’or ne reflète la clarté lunaire dont se nourrissent les trésors pour  garder leur éclat. Il n’y a rien d’autre que la terre, de la terre tassée et quelques racines tortueuses. Nul ne saura jamais si les Korrigans cornus, ces êtres malicieux aux pattes de bouc sont venus reprendre ce qu’ils avaient caché aux yeux du monde. Car ce sont eux, Ar Korriganned qui enterrent sous les pierres dressées, un pécule accumulé au cours des siècles, le fruit de menus services et diverses fourberies. Puis un jour, une nuit, ils s’en viennent récupérer leur bien pour traiter quelque sombre affaire.

     Ce sont trois pierres désœuvrées, recluses au plus profond d’un vallon humide et sombre. Elles n’ont rien d’autres à s’occuper  que de regarder filer le temps. Et comme le temps peut être long pour une pierre qui a connu l’ailleurs ; Ces trois-là se meurent dans cette immobilité devenue éternelle. Seules voyagent les gardiennes. Les trois pierres ne sont plus que de simples roches, noyées parmi d’épaisses fougères. Hormis les oiseaux et quelques animaux, il n’y a que le vent à les visiter. Dans la frondaison des vieux arbres, son friselis porte les histoires du monde. Alors les pierres l’interrogent et le vent répond ....

     Il leur murmure le cours des choses. Il porte les nouvelles des saisons, de ce que la terre sera fertile ou non. Le vent raconte, il raconte les hommes, leurs amours, leurs colères portant l’infime senteur de parfums discrets ou l’odeur âcre de cités en flammes. Le vent raconte la paix ou la guerre. Il porte avec lui le souvenir de la mer, celui d’océans lointains. Il souffle le résidu de tempêtes violentes. Le vent gémit les peurs ancestrales de la grande forêt. Il siffle entre les branches, se glisse dans les troncs creux se faisant l’écho du Meneur de loups. Et les trois pierres écoutent. Elles écoutent mais les récits, portés par le vent ne font qu’attiser le regret d’un tel isolement. Quitter ce triste vallon à l’écart du monde. Elles se lamentent sur leur sort.

     

    Passe le temps ...

    Souffle vent ...

     

     

    Et les pierres de sentir la couche d’humus, vestige des saisons passées, s’accumuler, s’amonceler au cours des années. Un matin, toujours recommencé tandis qu’un soleil invisible caresse la cime des plus hauts arbres, la quiétude du vallon est troublée par un froissement d’herbes sèches. Ce n’est pas le vent porteur de nouvelles, pas plus qu’une biche ou quelque animal de la forêt. Pourtant il s’agit bien d’un pas. Un pas régulier, empreint d’une certaine lenteur. Une vieille femme courbée par le poids des âges se fraye un chemin entre les fougères. Son manteau rapiécé couvre un tablier à la poche garnie d’herbes diverses. Son bonnet de lin laisse paraître une tignasse broussailleuse de cheveux aussi blancs que neige.

     Et la vieille avance, elle a le souffle court et marmonne pour elle-même. C’est une Groac’h, une sorcière. Elle vit en ermite au fond des bois dans une cabane faite de branches et de torchis. Elle y fait sécher des plantes et des racines, prépare des potions, expérimente divers onguents. Elle laisse macérer des mixtures incertaines ... À vivre ainsi dans la forêt elle en connaît bien des secrets, elle comprend le langage de chaque animal, de chaque essence d’arbres. Elle sait les signes, le pourquoi du bruissement d’un buisson, celui de l’écorce fendue, la feuille qui s’agite seule, là-bas, malgré l’absence de vent. Et comme elle s’approche des trois pierres, elle ressent. Elle entend leur plainte intérieure. Alors la sorcière s’arrête un instant.

    Les yeux clos, elle écoute... Elle écoute et pose sa main sur la roche.

    Ce sont trois pierres dressées qui ont la nostalgie de leurs voyages passés. Certes une fois par siècle, mais qu’est-ce qu’un siècle pour une pierre.

    Ce sont trois pierres désireuses de quitter les profondeurs humides d’un vallon isolé. Ce sont trois pierres désœuvrées. Jamais elles n’ont éprouvé la douce tiédeur d’une caresse ensoleillée. Le lieu est tant encaissé. Le soleil ne s’y hasarde pas. L’épaisseur du feuillage et l’ombre dévorent le moindre rai de lumière. Ce sont trois pierres qui veulent partir.

     

    « Mais... Les pierres doivent demeurer là ou Dame nature a souhaité qu’elles soient : »

     Ce sont trois pierres qui veulent partir !

    - Je n’ai pas cette faculté, répond la vieille. On me considère sorcière, je ne suis en rien magicienne

    - Nous pouvons t’offrir ce pouvoir. Celui de nous porter. Nous mener en un endroit de la forêt que nous choisirons.

     

    La vieille ricane sous son capuchon.

     - Nous pouvons te payer pour ce service que tu nous rendrais

     La vieille se gausse...

     

    - Des pierres, me payer ! La belle histoire ! Paroles de conteur, assurément

    - Je partagerais avec toi l’enseignement de Cloch Labhrais, « La pierre qui parle ». Elle donne des réponses et connaît les mystères d’avant le temps des hommes, propose la première des trois pierres.

    - Je soufflerais à ton oreille l’un des plus vieux secrets du monde, celui de l’écho, Mac Alla, le « fils du rocher ». Comment il se déplace plus rapide que le vent. Ainsi selon ton désir, tu pourras rivaliser de vitesse avec lui », offre la seconde.

    - Je te céderais un fragment de moi ! Tu n’auras qu’à placer  le caillou sur ta langue. Alors, tu ressentiras plus jamais la soif et profiterais d’une longévité semblable à la mienne, promet la troisième.

     Ainsi fait, la vieille accepte. Rajustant son tablier devant, derrière, sans aucun effort, elle cale une pierre sur le dos, les deux autres sous chaque bras.

     Chemin faisant, elle remonte le vallon plus facilement que si elle portait trois miches de pain. Et tandis qu’elle trottine, les trois pierres s’émerveillent déjà du paysage.

     

    Ces dernières commentent la beauté des sous-bois clairsemés de jonquilles, l’épaisseur des tapis moussus. Elles n’en finissent pas de s’étonner du spectacle qu’offre le jour, elles n’ont jamais voyagé qu’entre les douze coups de minuit.

     

    - Il serait bon de me dire où vous souhaitez que je vous dépose, s’enquiert la vieille. Si je n’ai aucune peine à vous porter, ne comptez pas sur moi pour vous porter au bout du monde.

    - Nous n’avons pas cette prétention, rassure la pierre sur le dos. Le bord d’un étang nous conviendra parfaitement. Il y en a alentour. Du temps où nous voyagions, nous pouvions les deviner, à l’aller comme au retour, luire sous le clair de lune. Le bord de l’un d’entre eux évoquerait le bord de mer  où nous avions coutume de nous abreuver.

    - Il n’est pas question d’un tel endroit ! manifeste la pierre portée sous le bras gauche. S’en est assez de l’humidité. Un coin au sec nous conviendrait mieux. Une lande en plein soleil serait le plus agréable des emplacements !s

    - Vous n’y pensez pas, s’exclama la pierre côté droit, nous serions soumises aux vents, à la pluie, au gel plus que partout ailleurs. Nous finirions par nous éroder plus vite que le veut notre condition ! Autant mettre à profit les services de notre aimable guide pour gagner le haut d’un vallon à une vue dégagée sur le monde. Nous aurions des siècles de contemplation devant nous.

    - De près comme de loin, nous ne voulons plus entendre parler du petit vallon quel qu’il soit ! s’emportent les deux autres. C’est absolument exclu. Nous ne reviendrons pas dessus...

    - ... Pourtant, un joli point de vue ! Toucher les nuages...

    - ... Je vous assure, rien ne vaudrait le reflet du soleil sur l’onde paisible d’un étang...

    - ... Quel beau site qu’une lande mystérieuse ! Imaginez au crépuscule !... Un voile de brume étrange glissant vers nous ! Et si les contes ne mentent pas, la visite merveilleuse de petits êtres facétieux conterait nos nuits de gigues joyeuses !...

     C’est à ce point qu’en était le débat. La Groac’h, une énorme pierre sous chaque bras, une troisième plus massive encore sur le dos avance à petits pas sur un sentier de la forêt de Brocéliande....

    - Ouh ! Penn Karn vous z’êtes tout trois ! Si, si !... De vraies têtes de cochon, j’vous le dis !... Il va bien falloir vous décider, dame ! Je ne vais pas courir la campagne éternellement, puisque longue vie, entre autres faveurs, me promettez ! Vous souvenez-vous à ce propos vos engagements ?

    - Tu n’as à t’inquiéter pour ce que nous t’avons promis. Demain à ton réveil tu sentiras en toi le bénéfice de nos dons respectifs. Mais pour l’heure, un site approuvé par chacune de nous, dois être décidé.

     

     

     Et la querelle de recommencer de plus belle. Les pierres ont la tête dure... Si elles en ont une. Alors la vieille, sans  une certaine lassitude reprend sa marche à petits pas, sans pour autant fatiguer sous le poids de son singulier chargement. Elle débouche ainsi aux abords d’une clairière clairsemée de jeunes arbres. Il y a là un forestier. Le père du grand père du père de ma mère, justement ! Affairé à ficeler de petits fagots de bois. Il lève la tête et stupeur !

    Il voit... Il voit tris énormes pierres qui avancent dans la clairière. Trois géants de granite. Il s’étonne, s’effraie de e prodige puis soudain il découvre le p’tit bout de femme courbée ... Elle porte le tout et baragouine comme si elle était accompagnée. Le forestier n’en croit pas ses yeux. Il les frotte, se pince, s’assure de ne pas rêver... Et juge prudent de se tapir derrière une rangée de bûches bien ordonnées. Les trois pierres, elles sont à leur affaire, chacune à plaider sa cause

     La vieille maugrée d’une telle bêtise qu’elle pensait réservée aux hommes et puis d’un coup... D’un coup le tablier craque !!! Le tablier craque et la pierre, celle posée sur le dos, tombe à la renverse. Elle gît là, couchée sur un parterre de feuilles mortes.

    - Dame gast ! fait la vieille. Un tablier presque tout neuf !... Un tablier que je tenais de mon aïeule c’est bien malin.

     De dépit, la vieille se décharge des deux pierres restantes. Et chacune de tomber lourdement sur leur champ au point de provoquer un léger frémissement du sol.

     

    - Et voilà ! s’exclama la vieille sorcière. Voilà où mènent vos calembredaines. Nous sommes bien avancées. Je ne vois d’autre solution pour vous porter que d’aller recoudre mon tablier. Sans lui et la poche nécessaire à vous caler, je ne pourrais transporter que deux d’entre vous, pour revenir sur mes pas chercher la troisième... Un peu plus tard !

    - Nous n’avons jamais été séparés ! s’affolent les pierres... Ne fusse que le temps d’un jet de cailloux. Allez plutôt réparer votre vêtement. Nous vous attendrons ici-même, le plus sagement du monde et sans bouger. Nous mettrons à profit ce temps immobile pour décider de l’endroit où nous mener.

     La Groac’h avisant son tablier décousu, remarque un petit caillou au fond de sa poche...

    - Vous êtes certaine ? interroge-t-elle... Voici une sage décision ! Je ne serai pas longue, je vous assure. Et le petit caillou dans le creux de la main, elle s’en va toute légère et disparaît au regard du forestier qu’elle n’a pas... voulu remarquer ?

     Bien après qu’elle soit hors de vue, le forestier sort de sa cachette. Avec prudence, il s’approche. Il a bien senti quelques diableries dans cet étrange manège. Peut-être ces trois pierres sont-elles les victimes d’une ensorceleuse ? Il s’approche, il tend l’oreille... Il n’entend rien. Il ne perçoit rien de la frivole curiosité qu’expriment intérieurement les trois pierres d’être ainsi visitée.

     

    Bien des sabliers se sont vidés et jamais la vieille n’est revenue. Les trois pierres demeurent là, comme elles ont été abandonnées au beau milieu d’un lieu connu sous le nom de Trébran. Peut-être suffit-il de s’approcher, éprouver de la main, l’une après l’autre, les trois roches... Il faut écouter l’imperceptible récit de leurs voyages nocturnes aux temps lointains, lorsque les pierres dressées s’envolaient au plus profond de la nuit pour aller boire... Boire à la mer.

     

    © Le Vaillant Martial

     


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    C

    La Dame Blanche de Trécesson

    ’Était l’heure des loups. Je faisais étape dans une auberge de Tréhorenteuc, juste aux abords de, jadis, la grande forêt de Brocéliande. Une auberge pour ainsi dire déserte, tant le patron semblait ignorer le vieil homme assis à la table voisine.

    Moi-même, je ne l’avais pas remarqué en m’installant. J’en étais à terminer mon bol de soupe aux lards, lui marmonnait doucement quelques fadaises mêlées au crépitement d’un feu, ronflant dans la grande cheminée. D’un coup, comme s’il s’adressait à un fantôme partageant sa gnôle, il se lança dans un grand monologue confus ...

    Le vieillard semblait ressasser d’anciens souvenirs, ferments de quelques tourments dont il paraissait  encore habité. Je m’amusais intérieurement de la scène ... Nos regards se croisèrent brièvement. Il n’en fallut pas plus au bougre de prendre à partie, et délaisser son indivisible comparse pour une oreille jugée plus attentive.

    - ... Vous êtes prudent mon jeune ami. C’est une sage décision de passer la nuit dans mon auberge. Vous ne serez jamais plus en sécurité qu’auprès de cette aimable flambée.

    Comme je faisais mine de m’étonner, il reprit sans me laisser le temps d’un mot.

    - Vous êtes aux frontières d’un pays chargé d’histoires ... étranges et pour certaines, terribles. Si vous voulez bien, il en est une qui s’est passée à côté d’ici, guère plus d’une lieue. Je me souviens ...

    Il resta songeur un instant, et tandis que je sortais mon tabac, il reprit.

    - Je m’en souviens comme si c’était hier, mon gars. La presque totalité de mes cheveux ont blanchi cette nuit-là, c’est dire. Un soir comme celui-ci, tiens ! Un soir d’octobre.

    Il but son verre de rhum. Je bourrais ma pipe.

    - ... Il ne faisait pas encore trop frais, quoique ce fût l’automne. La lune était pleine, pas besoin de lanterne, un bon soir pour gagner la forêt et relever mes collets. Tout le monde braconne un peu dans le pays ! Faut pas croire.

    J’ai tout de même attendu que les lumières s’éteignent aux fenêtres voisines, j’ai pris ma besace puis j’ai quitté la maison en passant par le potager. Dehors, y’avait pas un bruit. C’était tout calme. Juste l’ombre d’un chat qui a filé sous les buis. J’ai longé les champs jusqu’au ruisseau de la lande de Rohan. Un petit cours d’eau qui serpente à travers la forêt, pour se déverser dans l’étang de Trécesson. C’est là, sur les terres du château que se faisaient les plus belles prises. De beaux lapins bien en chair, quelques lièvres aussi. Alors pensez-donc !... J’y posais souvent mes pièges.

    Suivre le ruisseau était une bonne manière de ne pas s’égarer ... On a beau être enfant du pays, Brocéliande reste Brocéliande. C’est tout plein d’enchantements et de mystères ici. La lisière est comme une frontière, sitôt franchie, on entre dans le domaine du merveilleux. À chaque instant, il faut s’attendre à voir surgir Korrigans et Poulpiquets ... Y’en a même qui disent avoir vu la chasse du roi Arthur avec son attelage de chevaux noirs.

    En arrivant à proximité de l’étang, je peux vous dire que l’endroit était à la hauteur de sa réputation. Je n’avais pas gagné les berges que déjà, des bancs de brume hantaient le sous-bois. Ils s’étiraient en longs filaments, métamorphosaient les troncs et les souches vermoulus  en créatures fantastiques. L’ensemble de la pièce d’eau était couverte d’un fin brouillard diaphane, contrastant avec la rive restée noire comme la nuit. Le château de Trécesson était-là, juste en face, silhouette massive dans la pâle clarté lunaire. Endormi. Ça m’aurait presque foutu la trouille, l’atmosphère qui régnait ce soir-là. À vrai dire, je dois avouer que je n’en menais pas large. Pour me sortir de cette étrange torpeur, j’ai commencé à faire la tournée de mes collets. Y’a des soirs comme ça, on ferait mieux de rester chez soi.

    Je n’avais pas sitôt commencé, j’ai entendu le pas d’un cheval, sur la route là-bas. Un garde-chasse, je m’suis dit !... À tendre l’oreille c’était plutôt une voiture à cheval. Monsieur de Trécesson alors ?... Il était fort tard. C’était pas une heure habituelle, et puis ... l’équipage avançait bien lentement et ne semblait pas se diriger vers le château.


     

    Dame !... J’étais à dix pas en retrait d’un chemin forestier et la voiture venait de mon côté !!! Je la cherchais du regard à travers la lisière ... Je l’aperçus, d’entre la silhouette des arbres. Un attelage noir. Il progressait avec lenteur prenant soin d’éviter, tant bien que mal, les ornières. Il  se découpait sur la nappe de brume baignée de clarté lunaire. Et c’est à ce moment que j’ai eu peur ... J’ai remarqué ses deux lanternes... Elles étaient éteintes ! C’était pas normal. Le cheval tirant le carrosse passait tout proche, à peine à jet de pierre. Je distinguais la forme sombre du cocher, je me suis tapi derrière un tronc moussu. Si j’avais pu me fondre à l’intérieur... J’entendais branler et couiner les essieux... Puis dans un ultime fracas, l’équipage s’est arrêté. Mon sang s’est glacé d’un coup.

    S’installa alors un silence assourdissant. J’entendais ...

     

     

    J’entendais battre mon cœur... J’entendais le sang circuler jusqu’au bout de mes oreilles. Une chouette a hululé, perçant la nuit. J’ai pensé prendre mes jambes à mon cou... Mais je me suis vite ravisé, j’aurais fait un tel foin à courir dans les broussailles  Le Diable est parfois accompagné de chiens terrifiants dont il est dit qu’ils voient loin dans les ténèbres. Alors j’ai saisi la première branche basse pour me hisser aux suivantes. Je m’disais qu’à prendre de la hauteur, ça ne m’éloignerait un temps d’évènements à venir qui ne me paraissaient pas charitables. J’étais en dessous de la vérité.

    D’où j’étais, j’ai tout vu !... J’ai tout vu. Dieu m’pardonne.


     

    Le cocher est descendu ouvrir à deux messieurs. À la faveur de la lune, je les ai devinés masqués. De ces masques grimaçants au long nez. Tricornes et manteaux ne laissaient aucun doute sur leur qualité. Un instant j’ai cru qu’ils ‘armaient de fusils... J’étais terrifié à l’idée qu’ils m’aient vu. Tous trois quittèrent le chemin pour pénétrer le bois et venir vers moi. Ils tenaient en main pelles et pioches. Je pensais alors qu’ils venaient chercher quelque chose. Un trésor !!! À ma crainte se mêlait soudain une vive curiosité. La chose prenait une tournure nouvelle.

    Ils commencèrent à creuser la terre, juste à proximité de mon refuge. Je n’osais bouger, à peine respirer tant ils étaient proches. Ils creusèrent, creusèrent longtemps.

    Je commençais à sentir mes membres s’engourdir, immobile comme je restais. Le trou devenait profond, et de trop belle dimension pour y cacher un trésor, ou extraire un coffre enterré. Et puis d’un coup, je compris ce que creusaient ces hommes à une heure aussi avancée de la nuit. J’ai compris la raison de ce trou allongé, noir et profond. Ils creusaient une tombe.

    L’intérêt grandissant, joint au secret de quelque gain malhonnête, éprouvé précédemment, s’estompèrent au profit d’une profonde angoisse retrouvée. J’en étais là de ma réflexion quand ils cessèrent leur ouvrage morbide. Deux des hommes retournèrent au carrosse. Je m’attendais au  pire. Les voir sortir un corps que j’espérais enveloppé pour m’épargner la vue du spectacle lugubre.

    De la voiture noire, sans aucun ménagement, ils extirpèrent une silhouette blanche... Une jeune fille, parée de belle manière. Il n’y eut pas à douter que ce fut une fiancée prête à être conduite devant l’autel pour s’y marier. Elle semblait ligotée et, sans nul doute bâillonnée, à la façon qu’elle avait de gémir. Un troisième complice, resté auprès d’elle, attendant que le trou soit terminé, sortit à son tour. J’étais paralysé d’effroi. Ces maudits devaient s’opposer à une mésalliance. Ils comptaient supprimer la malheureuse, certainement une paysanne ayant fait tourner la tête d’un jeune nobliau, puis faire disparaître le corps au fond de ce trou glacé. Croyez bien... J’aurais voulu intervenir, mais que pouvais-je faire, seul contre quatre hommes certainement maîtres dans l’art et le maniement de l’épée. Ils l’amenèrent vigoureusement au bord de la fosse. La jeune fille avait beau se débattre, en vain. Malgré l’étoffe sur la bouche, je la devine jeunette. Son visage inondé de larmes. Dans ses cheveux défaits demeurait une couronne de fleurs. À tout instant, je m’attendais à voir ces marauds porter le coup fatal... Je restais pétrifié lorsque l’un deux précipita l’innocente, vivante au fond du trou. Je serrai la mâchoire pour ne pas crier. Comme le temps me parut long. J’entendais les pelletées de terre. Chacune d’elle me faisait l’effet d’un coup de poignard au ventre.

    ... Comme le temps me parut long.

    Sitôt le carrosse éloigné, sitôt qu’il hors de vue, je sautai au sol. Je me jetai sur la terre fraîchement tassée... Je commençais à gratter de mes mains, de mes bras, avec toute l’énergie de mon désespoir.

    J’étais impuissant... Il me fallait de l’aide. Un court instant, je pensai abandonner, rentrer lâchement au village, ne rien révéler de ce que j’avais vu. Mais j’eu peur du souvenir de la dame blanche ... Je craignais qu’elle ne vînt hanter le reste de mes nuits.

    Je pris la décision de courir frapper aux portes du château de Trécesson, tout à côté. Peu importe que l’on m’interrogeât sur les raisons de ma présence à cette heure de la nuit. La bastonnade valait grand mieux qu’à être tourmenté jusqu’à la fin des temps.

    Les domestiques, d‘abord septiques, accoururent, munis de lanternes et de pelles. Ensemble nous nous mîmes à dégager la tombe. J’étais si empressé à la tâche, qu’ils finirent par engager la même hargne désespérée. Monsieur de Trécesson lui-même, vint sur les lieux, s’informer des raisons d’un tel tapage.

    Ce fut à cet instant qu’une main, horriblement crispée, jaillit du sol. Elle était blanche, toute souillée de terre : un lien de cuir brisé pendait à son poignet... Elle cherchait à nous saisir. Il y eut des cris d’effroi tandis que d’autres tombaient à genoux se signant fébrilement, plusieurs fois de suite... La main, le bras retombèrent, inertes. Les plus vaillants d’entre nous se précipitèrent afin de dégager la miraculée. Peut-être n’était-il pas trop tard. J’espérais qu’à la sortir de terre, nous ramenions cette pauvre jeune fille à la vie. L’ayant libérée de son bâillon, elle respirait encore, très faiblement. Monsieur de Trécesson commanda qu’elle fût portée avec précaution au château pour y recevoir des soins. Ce qui fut fait.

    Je suivais un cortège de gens fébriles et tenais à la main un bouquet flétri de terre humide. Les meurtriers, cyniques n’avaient pas manqué de le jeter avec la suppliciée.

    Elle ne survécut pas... J’étais effondré.

    Malgré les recherches, jamais personne ne sut qui était cette jeune femme. Ni même son histoire. Elle était morte sans laisser aucune trace. Monsieur de Trécesson, fort affecté par cette horrible tragédie, fit enterrer la dépouille religieusement, et pour honorer la mémoire de cette belle inconnue, sa couronne et son voile demeurèrent sur l’autel de la Chapelle du château. Mais... Rien n’y fit mon bon... Monsieur... Rien n’y fit. »

    Je restais suspendu aux lèvres de cet homme qui n’était plus que l’ombre de lui-même. Il reprit.

    - Chaque nuit, elle revient. Chaque nuit sur les bords de l’étang de Trécesson, y’a une Dame Blanche qui apparaît. C’est elle, la mariée enterrée vivante... Elle cherche à récupérer son voile, son voile et sa couronne, mais elle ne les retrouvera pas. Ils ont disparu... À l’époque de la révolution. Je suis maudit, pour l’éternité.

    !!! Je ne comprends pas plus.

    - La révolution ? Mais... Cette histoire remonte alors, à plus d’un siècle ? Ce n’est pas possible !...

    - Qu’est-ce qui n’est pas possible, Monsieur ? m’interrogea l’aubergiste, assis auprès du feu sur le point de s’éteindre.

    - Ce n’est pas que je m’ennuie, mais j’aimerais bien coucher, ajouta-il, je commence tôt demain, savez-vous.

    - Monsieur termine son histoire et nous vous laissons, l’assurais-je. Et comme l’aubergiste me regardait, intrigué, il me fit cette réponse à glacer le sang...

    - Mais... De quel Monsieur parlez-vous, Monsieur ? Vous êtes seul !... Seul depuis votre arrivée.

    Et comme je me tournais, incrédule, vers la table voisine, je ne vis rien d’autre que l’ombre noire d’une chaise vide danser sur le mur de l’auberge.

    © Le Vaillant Martial


     


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  • L'esprit de la Forêt


     

    C

    L’esprit de la forêt

    ’était du temps de la grande forêt de Brécilien, ainsi appelait-t-on Brocéliande autrefois. C’était au printemps du monde. Un roi vivait au plus haut d’une tour. Elle se dressait tel un phare sur un océan de verdure immobile.

    Chaque matin avant l’aube, le roi, du haut de cette tour, se pressait au balcon d’orient. Il voulait s’assurer que le soleil viendrait une nouvelle fois honorer de sa présence un nouveau jour. Car il faut savoir que le roi craignait deux choses.

    L’une, qu’un matin, nulle lueur ne vint révéler l’horizon. Qu’un matin, il n’y ait plus de matin ... Qu’un matin, les ténèbres de la nuit demeurassent à jamais sur le monde.

    Son autre crainte était liée à la forêt. Cette vaste forêt dont  il se sentait prisonnier. Elle couvrait une partie de son royaume et continuait de s’étendre, là-bas, bien au-delà des collines lointaines. Elle était si ancienne, malgré le jeune âge du monde, si mystérieuse. Aucun voyageur ne s’y engageait sans appréhension. Et si parfois, le soleil parvenait à réchauffer de ses rayons obliques, d’épais tapis de mousses humides, ces furtifs havres de lumière ne faisaient qu’approfondir la noirceur de l’ombre avoisinante : nourrir l’étrange sentiment qu’elle pouvait être habitée de créatures fantastiques.

    Pendant un temps, il y eut bien un ramasseur de champignons. Un vieil homme aux cheveux blancs et clairsemés. Il errait de-ci, de-là, paisible, courbé vers le sol. Il serpentait incertain, à petits pas,   fouillant d’une baguette de noisetier l’humus parfumé, un panier d’osier sous le bras. Sa présence rassurait. Si on ne le voyait pas, on l’entendait. Si on ne l’entendait pas, on le devinait, on l’imaginait, là, quelque part, tout proche. C’était bien commode. On lui attribuait bruissements et craquements divers.

    Le tranquille ramasseur de champignons aux cheveux blancs et clairsemés, conjurait le mystère de la grande forêt. Puis un jour, au début d’un bel automne, pourtant, il disparut. On ne le vit plus. Alors de nouveau, bruissements et craquements devinrent source d’inquiétudes. Le bel esprit du petit ramasseur de champignon ne pouvait plus rien justifier de ce que l’on ne comprenait pas. Alors il y eut encore plus de récits, d’histoires étranges contées le soir à la veillée dans toutes les chaumières et auberges du royaume. La sombre réputation de la grande forêt grandit dans le cœur de tous, et avec elle la peur de l’obscurité, refuge des mauvais esprits.

    L'esprit de la Forêt


     

    Le roi prit une décision. Une décision radicale. Les gouvernants sont souvent comme ça. Il arriva un beau matin dans la salle du conseil, entouré de quatre nains porteurs de lanternes car le malheureux souverain était arrivé à craindre sa propre ombre. Il fit part de sa décision aux ministres, il fallait soigner le mal ... Par la racine. Si la forêt était crainte de tous, il n’y avait qu’à la raser. Couper tous les arbres, sans exception, les taillis et les buissons.


     

    L'esprit de la Forêt

     

    Le matin suivant, aux premières heures du jour, que le soleil avait une nouvelle fois décidé d’honorer, on fit armer les soldats de lourdes haches. Et comme la tache semblait considérable, il en fut distribué à l’ensemble des hommes valides du royaume. Aussi durant des jours, des semaines, on entendit le son mat des cognées fendant le bois. On entendit de longs grincements, des craquements secs. C’était le chant ultime d’arbres séculaires abattus, jonchant le sol par milliers. Et ce chaos de résonner  en écho dans une forêt, laquelle, de jour en jour, voyait son territoire fondre telle neige au soleil au point de n’en garder le nom que dans la mémoire des hommes qui l’avaient habitée ...

    Qui l’avaient abattue.

    Il n’en resta plus qu’un. Un chêne gigantesque. 


     

    L'esprit de la Forêt

     

    Vingt hommes se tenant la main n’auraient pas pu faire le tour de son tronc. L’histoire dit ... L’histoire dit, l’arbre le plus ancien de cette forêt des premiers âges. Il restait seul, dressé sur une hauteur dominant un paysage désormais meurtri. On sentait ses racines noueuses profondément ancrées dans les entrailles de la terre. Des dalles de granit formaient autour, ‘une muraille naturelle.

    La crête visible d’un dragon lové, recouvert par la poussière des siècles. Combien de haches brisées sur ce tronc tortueux. Combien de scies élimées. On avait tenté d’y mettre le feu ... en vain. Le vieux chêne restait droit et fier. Sa ramure si dense procurait une ombre si profonde que l’on aurait pu croire la nuit endormie à son pied. On s’effraya. Le chêne était maléfique. »L’arbre du Diable ». Ses racines devaient descendre jusqu’en enfer.

    Il y avait, tout au bout d’un vallon, une grotte, une tanière, dans laquelle vivait une Groac’h, sorcière sèche et bossue. Elle connaissait disait-on l’art de la magie. Le roi, toujours accompagné de ses quatre nains porteurs de lanternes s’engagea au creux de cette contrée inhospitalière pour demander conseil.

    - Je te connais roi Luciole, et je connais ta requête ... Si tu n’as aucun doute, prends cette fiole. Tu verseras la totalité de son contenu au pied du chêne tourmenteur. C’est un puissant poison. Grâce à lui, passée la nuit, tu auras vaincu la forêt. Toute la forêt, cependant, sois certain de ton choix.

    Le roi était certain. Si bien qu’il fit comme lui commanda la Groac’h. Le soleil descendait sur l’horizon, le roi se rendit auprès du vieux chêne, ultime représentant d’un passé révolu. Comme il craignait d’approcher l’ombre dévoreuse de la lumière, il ordonna à son capitaine d’arme de répandre le poison entre les racines. Ainsi fut fait. Demain serait un jour nouveau.

    Passa la nuit.

    Au chant du coq noir, avant l’aube, le chambellan empressé vient trouver le roi.

    - Sire, Majesté quelque chose s’est passé ... Une chose terrible. Vous devez venir voir ... Sans perdre un instant.

    Au chant du coq gris, le roi quittait la haute tour dans le ciel ... il chevauchait la morne plaine. Au chant du coq blanc, dans le soleil levant, il arrivait à l’endroit même où se dressait le chêne séculaire. Mais l’arbre n’était plus. Seuls les soldats, les bûcherons formaient un grand cercle. Ils s’écartèrent en silence, laissèrent passer le roi étonné d’un tel recueillement. Le capitaine d’arme, le regard empli d’une grande tristesse s’effaça à son tour laissant le roi découvrir ... Découvrir un cercle de pierre, vieux dolmen oublié.

    Le roi resta stupéfait. Au centre du cercle de pierre, en lieu et place du chêne disparu reposait  ... une jeune femme à la beauté irréelle. Une jeune femme, de celles évoquées dans les chants dédiés aux divinités célestes. Elle semblait endormie, mais son teint laissait à penser qu’il n’en était rien.

    Les premiers rayons du matin caressaient une plaine nue de tout arbre, lentement la lumière réchauffait un paysage blessé. Lentement elle gravissait la pente douce du tertre, gagnait le granit. La lumière vint effleurer le doux visage d’une finesse sans pareil. Un visage auréolé de longs cheveux d’or. Et comme le soleil baignait soudain ce corps vêtu de soie verte, ce corps sans vie, la chaude lumière pâlie.

    Un, nuage masquait le soleil, s’étendait dans le ciel. Un couvercle gris que l’on referme. Un manteau sombre que l’on rajuste sur les épaules quand vient le froid. Il se mit à pleuvoir et ce n’est pas des gouttes d’eau qui tombaient du ciel, non. Ce n’étaient pas des gouttes d’eau, mais des larmes. Alors tous les hommes présents firent comme le roi. Ils tombèrent à genoux et pleurèrent avec le ciel.

    - J’ai ... j’ai touché à l’intouchable, murmura le roi.

    - J’ai tué l’esprit de la forêt. J’ai tué le rêve et le merveilleux. Nous sommes maudits.

    Alors comme s’il se réveillait brutalement d’un mauvais rêve, le roi se ravisa. Son cœur venait de basculer. Son regard s’illumina d’un nouvel éclat ....

    - Peut-être ... Peut-être est-il encore temps ! Tout espoir n’est pas perdu, fit-il le visage inondé de larmes et de pluie.

    - Nous devons faire revivre la forêt. Avec elle son esprit. L’esprit de la forêt doit renaître ... Nous devons semer, planter, chacun de nous doit s’y employer. Commençons par le genêt et la bruyère. Cette eau venue du ciel ne tombera en vain. Au bord de ces étangs qui se forment sous nos yeux, doivent pousser de nouveaux chênes, de nouveaux hêtres, des châtaigniers aussi ....

    L'esprit de la Forêt


     

    Et toutes sortes d’arbres aux feuilles légères pour faire chanter le vent à nouveau. L’espoir n’est pas mort. Mettons-nous au travail sans attendre.

    Alors ... alors chacun s’y employa, quelle que soit la condition. Soldats ou paysans. Bûcherons ou lavandières les enfants soutenant les anciens. Dans tout le royaume, la terre fut ensemencée.

    Il fallut beaucoup de temps. Il fallut toujours du temps au temps pour réparer les erreurs. C’est parfois bien long. Trop long pour une vie d’homme.

    Passèrent les années. Le roi était devenu bien vieux. Ses cheveux avaient blanchi comme autant de plaines et vallons avaient verdi. De nouveau le royaume se couvrait d’une jeune forêt clairsemée  de genêts et d’ajoncs, d’étangs de larmes aux berges touffues. Du haut de sa tour, au balcon d’orient, le monarque s’enthousiasmait à voir chaque aurore révéler cet océan de verdure retrouvé.

    L'esprit de la Forêt


     

     

    Lorsqu’il sentit entamé l’hiver de sa vie, le roi, sans rien en dire prit congé des siens. Le souverain fatigué sa couronne et gagna la forêt. Il ne redoutait plus l’ombre. En toute sérénité il chevaucha sur la route blanche, entre les deux lisières, sur les chemins, les cavées. Il emprunta sentiers et layons. Mit pied-à-terre, se fraya un passage sans les sentes étroites ...

    Puis lorsqu’il n’y eut plus aucune trace à suivre, il sut qu’il était au plus profond de celle qu’i l avait eu crainte jadis. Mais le vieux roi n’avait plus peur. Il progressait au cœur d’épais taillis, éprouvant l’écorce des arbres comme s’ils partageaient ensemble d’anciens secrets. Enfin, il sentit un terrain plus pentu. Le pas se fit plus long, plus lent, alternance d’humus et de mousse. Le souffle court, il parvint au tertre. L’anneau de pierre, le vieux dolmen oublié. À l’endroit même où reposait l’esprit des lieux, un hêtre majestueux étendait ses branches, hautes dans le ciel. Ses feuilles d’or bruissaient au vent léger.

    Dans la lumière du jour finissant, elle apparut soudain d’entre les arbres. Longue silhouette sylphide, auréolée de cheveux aux reflets de lune. Une tunique de soie verte, délicate et légère dans l’air du soir.

    Ce n’était pas les étoiles, tombées du ciel, qui volaient autour de cette apparition fantastique. Juste les esprits de la forêt et des sous-bois. Dans sa main si blanche elle tenait un rameau, rameau de vie. Elle le tendit au roi. Et comme il s’en emparait, les chemins du dedans s’ouvrirent à lui.

    © Le Vaillant Martial


     

     


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  • Brécilien

    Y

     A une auberge au bout du monde, ancrée sur la falaise. Une auberge à pans de bois. Une auberge aux murs jaunis par des générations de fumeurs de pipe. Le plafond tout de guingois est soutenu par une large poutre.

    Cette poutre issue d’un chêne séculaire, est plus vieille que le plus vieux des marins amarré au comptoir. Plus vieille que l’auber elle-même ... Peut-être plus vieille encore que ne l’est la falaise rongée par l’océan des mondes. A la fin du soir, alors que le silence des voyageurs de l’intérieur cède la place au silence d’une nuit profonde, quand la braise du foyer s’éteint doucement, laissant courir sur les bûches calcinées, des colonnes de nains marchant à la lueur de torches minuscules vers des mines invisibles, on peut entendre ...

    On peut entendre la vieille poutre craquer. Pourtant, à bien tendre l’oreille, elle ne craque pas, elle murmure. La poutre en chêne murmure son passé à qui veut bien l’écouter. Elle murmure le temps où le Pen-Ar-Bed, le bout de la terre, était couvert d’une vaste forêt. Une forêt couvrant l’ensemble d’Armorica, « le pays qui fait face à la mer ».

    On marche dans la lumière rayonnante d’un soleil généreux. L’air est doux sur la peau. Les talus d’herbe haute ponctués de ronciers aux baies tièdes. Les bosquets touffus d’arbres entrelacés accompagnent l’insouciance d’une errance champêtre. Ça sent le chèvrefeuille et l’aubépine, ça sent l’ajonc et la bruyère sauvage. Les oiseaux piaillent, chahutent invisible dans l’opacité du feuillage ...Au détour du chemin creux, se découvre l’orée de la grande forêt. Elle s’étend, s’étire, muraille de verdure barrant la campagne sans autre choix que de rebrousser chemin ou de s’y engager. ... s’y perdre.


     

    Brécilien ... Bréchelien. Le nom chante les songes de contrées merveilleuses qu’elle recèle. Au pied de la lisière épaisse s’entrouvre une bouche noire et profonde ... On y pénètre. On y pénètre comme on prend la mer. Ceux qui entreprennent pareil voyage en ressortiront chargés de récits étranges, d’histoires peuplées de créature fantastiques. Ils en reviendront le regard transformé ... Si jamais ils en reviennent.

    Il y a tant de raison de s’égarer en Brocéliande. Effleurer l’herbe d’oubli, si commune en dehors des sentiers battus. Suivre le « Bonhomme Pensée », coquin, facétieux laissant filer derrière lui les rêveries les plus plaisantes. A s’y abandonner, on marche dans l’oubli du temps écoulé, sans tracasserie aucune d’où mène l’incertitude des pas. Pénétrer en Brocéliande, c’est succomber au charme des dames mystérieuses. Autant de fées invisibles, gardiennes de sources et de fontaines aux pouvoirs étranges.


     

    Il faut se faire à l’idée de croiser le chemin du Meneur de Loups, ce faiseur d’ombres à l’haleine fétide. S’enfoncer au cœur de profonds sous-bois : sous-bois hantés par le chant sinistre d’armures rouillées que portaient de sombres chevaliers errants, le regard sans vie.

    Et dans les fossés bruissant du souvenir des saisons passées, craindre l’emprise de l’homme racine. Celui-ci, le fourbe, saisit la cheville pour ne plus lâcher prise. Il entraîne sa proie, dans la moiteur de souterrains humides. Oublié à jamais. Brocéliande, c’est aussi céder à la tentation de tapis moussus tiédis par un soleil diffus. Tapis de mousses épaisses couvrant les géants de granit endormis. S’y allonger, fermer  les yeux. Trouver refuge dans la faune informe des paupières closes. S’assoupir. Laisser venir à soi les chimères qui peupleront la nuit de rêves mystérieux. Ces rêves à l’image d’écharpes de brumes, s’étioleront entre les arbres fantomatiques ... Et chacune de ses apparitions restera captive du monde sylvain, retenu par mille toiles d’araignées tendues entre les herbes et les fougères, jusque  dans la ramure griffue des arbres noueux. Car il faut savoir, il faut savoir qu’en Brocéliande, ces toiles d’araignées si fragiles que l’on fend d’un pas alerte au cours de promenade s matinales, sont autant de pièges à rêves. Elles capturent les rêveries des hommes. Au matin, lorsque la lumière du jour s’invite à grand-peine. Chacune des perles de rosée, tendues sur le délicat fil de soie est un rêve échoué.


     

    Et comme le jour progresse, s’évapore la rosée. Les rêves se transforment, deviennent songes. Alors ils prennent corps et traversent nos pensées. On les voit ainsi dans les vallons perdus, au cœur de clairières ensoleillées.

    On les devine, là-bas, d’entre les troncs tortueux, sous la surface des eaux rougies par le fer d’épées oubliées. Et ces terres mystérieuses, les songes nous habitent ... La vieille poutre de l’auberge se rappelle à notre imaginaire.

    Écoutez le bois comme il craque. Il nous murmure les vieilles histoires du monde, là-bas, au bord du continent ...


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  • Les Trois Jean De Brocéliande

    Brignac est une commune située au nord-ouest de Brocéliande, aux confins de Porhoët. Outre le fait d’être située en lisière du magnifique château de la Ryaie et de sa chapelle, cette commune a le privilège de posséder en son sein, la Terre Sainte, constituée par les villages de la « Ville Dérée », « Perquée » et les « Fougerêts ». La légende dit également qu’en cette commune l’on vivait tellement vieux qui fallait aller quérir dans l’église le mat de Brignac pour assommer les habitants qui arrivaient à l ‘âge de cent ans et qui ne parvenaient pas à mourir... Ceci n’est pas sans rappeler la vieille légende du Bretonnant « la légende de Maël béniguet ».

    Ce conte commence précisément à Brignac. Il y avait, à cette époque, dans la commune de Brignac, un jeune homme si fort et vigoureux que toutes les jeunes filles du pays de Mauron n’avaient d’yeux que pour lui. Il était apprenti forgeron et faisait entre ses doigts tournoyer une barre de fer de plus de cent kilos.

        Aussi un jour décida-t-il de s’en aller de par le monde en quête d’aventures. Mais son bâton de cent kilos ne lui suffisait pas. Il demanda de lui en fabriquer un qui soit digne de son nom « Jean des fers ». Pendant plus d’une semaine, le forgeron fondit l’acier pour confectionner un bâton digne de notre homme. C’est avec joie que le maître forgeron vit son apprenti satisfait car il ne lui restait presque plus d’acier à fondre.

         C’est par un matin d’hiver, alors que la lune était encore haute dans le ciel, que Jean des fers prit la direction de Brocéliande. Après plusieurs heures de marche, il arriva en vue de Saint-Léry. Il fut étonné par un bûcheron qui portait seul plusieurs arbres à la fois.

    - Quel est ton nom ? lui demanda-t-il.
    -
    L’on m’appelle, Jean-des-Arbres.
    -
    Te plairait-il de venir parcourir le monde avec moi ?
    -
    Ma foi, pourquoi pas, je commence à m’ennuyer ici.

         Il emporta avec lui quelques arbres, les plus beaux et les plus gros qu’il trouva et se mit en route avec Jean des fers. Après avoir cheminé quelques temps, ils arrivèrent à Tréhoronteuc où leur passage en surpris plus d’un. Arrivés au moulin de la Vallée, à proximité du miroir des fées, ils furent tous surpris de voir le meunier occupé à jouer au palet sous les meules de son moulin.

    - Bigre, dirent-ils, voilà un singulier personnage. Et ils l’interpellèrent.
    -
    Quel est ton nom ?
    -
    Je m’appelle Jean-des-Meules.
    -
    Et il te plairait de parcourir le monde avec nous ?
    -
    Ma foi, bien volontiers, la récolte cette année a été bien mauvaise et n’ayant plus de blé à moudre, je m’occupe comme je peux.

         C’est ainsi que nos trois Jean, des fers, des Arbres et des Meules s’enfoncèrent plus profondément dans la forêt de Brocéliande, en espérant bien y trouver de quoi satisfaire leur soif d’aventures.

         Après avoir marché plusieurs heures, ils se trouvèrent devant un large étang.

    - En faire le tour, nous ferait perdre du temps, dit Jean-des-Arbres et jetant ses arbres, il fit un pont pour traverser cette pièce d’eau.

    Les trois Jean de Brocéliande


         Après avoir marché trois jours, ils arrivèrent soudain au détour d’une clairière devant un immense château abandonné. Comme la nuit commençait à tomber, ils décidèrent d’y dormir. Quelle ne fut pas leur surprise de trouver à l’intérieur du château des lits qui semblaient les attendre. Hormis le bruit des chauves-souris et des chouettes, ils passèrent une excellente nuit.

    -      Et maintenant, à nous la vie de château, dit Jean des fers  en se levant d’un ai joyeux.

       Déjà Jean des Arbres avait fait l’inventaire des cuisines, et revenait tout joyeux

    Les trois Jean de Brocéliande


     

         Vous pouvez aller vous distraire à la chasse si vous voulez, moi je m’occupe de la cuisine, lorsqu’il sera midi, je sonnerai la cloche.

         Jean des Meules et Jean des Fers s’en allèrent ainsi promettant à Jean des Arbres de ramener un sanglier ou quelque autre gibier. Et alors qu’ils étaient occupés à courir un sanglier de forte taille, Jean-des-Arbres au château, faisait mijoter la soupe. Mais tout à coup il vit la suie tomber dans la marmite et déjà, il commençait à maugréer que voici trois pierres qui viennent épaissir son potage.

    « Sans doute une chouette que la fumée a réveillé », pensa-t-il en ajoutant

    - Attends que je t’attrape
    -
    Attrape- moi, si tu le peux lui répondit un drôle de petit bonhomme qui venait de descendre de la cheminée.

    Jean des Arbres ne fut pas long à comprendre qu’il avait affaire à un Korrigan.

         Une rude échauffourée suivit qui se termina, bien entendu au bénéfice du korrigan, qui poussa et coinça Jean des Arbres entre une huche et le mur.

         Déjà midi passé depuis longtemps. Ses compagnons n’entendant pas le clocher sonner, décidèrent de   rentrer au château. À leur arrivée, ils furent tout surpris de trouver Jean des Arbres dans une telle posture.

    - Que s’est-il-passé en cette demeure, pour que tout soit sens dessus dessous ? demanda Jean des Meules.
    -
    Ce château est hanté, il est la propriété d’un korrigan. C’est lui qui l’a mis dans cette fâcheuse posture, dit tout gémissant et tout sanguinolent Jean des Arbres.
    -
    Qu’à cela ne tienne, demain, je te vengerai, répondit Jean des Meules.

         Le lendemain, Jean des Arbres et Jean des Fers, s’en allèrent à la chasse pendant que Jean des Meules jouait le chef cuisinier. Afin de mieux surveiller le korrigan, il avait déposé ses meules à proximité de la cheminée.

         La pendule du château indiquait presque les midis, la soupe de légumes bouillonnait, et Jean des Meules commençait à mettre en doute les déclarations de Jean des Arbres quant à l’existence du Korrigan, lorsque quelques pierres vinrent épaissir le potage qui fumait dans la marmite à laquelle aurait certainement fait honneur Gargantua.

    - Te voici enfin, aurais-tu eu peur de mes meules pour m’arriver qu’à présent ! cria Jean des Meules dans le conduit de la cheminée.
    -
    Peur de tes meules ! Pauvre idiot, tu veux me connaître et bien me voici. Permets-moi de te dire tout de même que le pays d’où tu viens doit être un pays pauvres pour avoir des meules de moulin de si petite taille, en mon pays, il faudrait plus d’un siècle pour moudre la récolte d’une journée.

         Aussitôt, un rude combat s’engagea entre Jean-des-Meules qui devait regretter son beau pays de Théhoronteuc et le korrigan coinça notre Jean entre ses meules avant de le jeter au fond d’un puits asséché.

         Lorsque Jean des Arbres et Jean des Fers arrivèrent, la maison était vide et la soupe était servie, mais sur la terre battue leur compagnon dans tous les recoins du château. Ce n’est qu’en traversant la cour, qu’ils perçurent des cris désespérés venant du fond du puits où se trouvait Jean-des-Meules.

         Aussitôt, Jean des Fers, lui tendit la barre de fer dont Jean des Meules se servit comme d’une corde pour remonter à la surface.

    - Le korrigan est un malin esprit, il vaut mieux quitter ce château qui est sa demeure, dit Jean des Meules en ayant du mal à se remettre de son aventure.
    -
    Quitter cette demeure sans que moi-même, je n’aie testé ma force à ce lutin, il n’en est point question, dit Jean des Fers de Brignac. Demain, c’est moi qui resterai aux cuisines le temps que vous alliez à la chasse.

         Le lendemain, Jean des Arbres de Saint-Lèry et Jean des meules de Trèhorenteuc s’en furent à la chasse, pendant que Jean des Fers de Brignac s’affairait aux cuisines.

     


     

         La soupe mijotait déjà depuis un certain temps lorsque des pierres venues d’on ne sait où, vinrent épaissir le bouillon.

         Alors que la grande barbe du korrigan apparaissait Jean des Fers de Brignac  s’était saisi de sa barre et commençait à en faire goûter la rudesse à notre lutin qui criait pitié.

    Le combat fut de courte durée et cette fois, le korrigan en fut le perdant.

    Jean des Fers, avec l’aide de sa barre, le saisit et l’envoya choir dans une auge de granit.

    Lorsque ces deux compagnons rentrèrent la soupe trônait sur la table.

    Les trois Jean de Brocéliande


     

    - Comment, tu es venu à  bout de korrigan ! s’exclamèrent Jean des Arbres et Jean des Meules.
    -
    Bah, il n’était pas si fort que vous le prétendiez. Venez plutôt avec moi le contempler, je l’ai envoyé dans l’auge de granit au fond de la cour.

         Quelle ne fut pas leur surprise en arrivant au lieu indiqué. Dans l’auge, il ne restait plus que la barbe ensanglantée  du Korrigan.

         Jean des Fers, pestant après tous le Diables, s’empara violemment de la barbe du korrigan en la déchirant.

         Aussitôt un grondement se fit entendre, en se retournant, nos compagnons, virent alors le château tombé en ruines, la terre s’ouvrit brusquement sous leurs pieds, et ils disparurent dans les entrailles de la terre.

         Depuis ce jour, nul n’a entendu parler de Jean des Fers, ni de Jean des Arbres, pas plus que Jean des Meules et encore moins du château hanté par le Korrigan.

     

    © Le Vaillant Martial

     


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  • L’élue des Pixies


     

    A

    Bigaël avait préparé le repas qu’elle venait à l’instant de déposer sur la table. John son mari ne tarderait pas à rentrer. En attendant, elle jetait un œil par la fenêtre surveillant ses deux filles.

    Leah, l’ainée, avait sept ans. C’était l’âge où l’on commençait à quitter la petite enfance. Elle était devenue plus secrète. Elle avait appris à lire aussi, ce qui s’est traduit par des heures passées dans sa chambre à découvrir mille et une histoires. Ses premiers voyages ... Ses  premiers pas, seule dans d’autres pays merveilleux.

    Charlotte, la petite affichait un caractère tout opposé à celui de sa sœur. Rieuse, jouette, elle passait son temps à explorer le jardin. Elle n’aimait rien tant que l’eau croupie remontée du puits abandonné, qu’elle transvasait en riant d’un vieux pot à l’autre jusqu’à a en arroser le muret de pierres sèches qui marquait la limite du jardin.

    La maison était vieille. Elle appartenait à la famille d’Abigaël depuis des lustres. L’histoire familiale voulait qu’un de ses aïeuls l’eût reçue des villageois en remerciement d’un immense service rendu au village.

    En ce temps de légendes, le Dartmoor  était sous l’emprise de Vixina. C’était une sorcière, une mauvaise sorcière. Elle résidait dans les grottes au pied du Vixen Tor. De là, elle guettait le voyageur isolé, empruntant le sentier qui passait sous les rochers. Elle provoquait alors une brume épaisse, surnaturelle qui empêchait le promeneur d’apercevoir jusqu’à ses propres pieds. Ensuite l’effrayant d’un cri ou de quelque sinistre craquement, elle le déviait du chemin pour le pousser vers les marécages, et le rire de la mégère résonnait dans la lande lorsque le pauvre bougre s’y noyait.


     

    On raconte qu’un beau jour, l’ancêtre d’Abigaël entendit parler de la vilaine. L’homme était un ami des Pixies. Un de ces sachants habitué à leur rendre visite dans leur repaires, souvent sous un Tor, une de ces collines où la roche affleure et qui ont façonné le paysage si particulier du Dartmoor ou sous l’un de ces amas rocheux qui porte un nom les reliant à leur peuple : Pixie, Parlour, Pool, Puggie, Stone, Care, Rings, le pays en est rempli.

    De leur mystérieux peuple, il avait reçu deux cadeaux. Le don de clairvoyance qui lui permettait de voir à travers la brume aussi épaisse qu’elle fut et une bague, un anneau magique qui procurait à celui qui le portait une parfaite invisibilité. C’est ainsi qu’il se rendait sur le sentier menant au domaine de Vixina. Immédiatement la sorcière sentit venir à elle sa prochaine victime. Juchée sur son rocher, elle envoya la brume à la rencontre du promeneur. Mais celui-ci la traversa sans qu’elle ne lui pose le moindre problème. Son don de clairvoyance lui faisait voir le sentier à travers le brouillard  maléfique.

    La sorcière, passé son étonnement, se mit à formuler un sort afin de l’abattre sur l’homme, mais ce dernier ne lui en laissa pas le temps. L’anneau au doigt, il disparut à son regard. Dépitée la sorcière hurla de colère, dévoilant à l’homme invisible sa position. Il fit le tour du rocher, y grimpa et une fois arrivé sans bruit dans le dos de Vixana, la poussa violemment. La sorcière se brisa les os sur les rochers en contrebas et la contrée fut délivrée de ses maléfices.

    C’est ainsi que la famille d’Abigaël hérita de cette petite chaumière aux murs de pierre, transmise au fil des siècles de génération en génération. Ce ne fut pas le seul héritage.



     

    Abigaël conservait précieusement l’anneau magique dans une boite glissée dans la penderie de sa chambre. Quant au don de clairvoyance, elle l’avait également hérité de sa mère, et le père de sa mère avant elle, et ainsi de suite ... Ce don marquait l’amitié entre la famille d’Abigaël et le peuple des Pixies. Seule  la personne dotée du pouvoir de voir à travers le brouillard pouvait communiquer avec les petits êtres. Ce secret était révélé à son héritier et à lui seulement.

    Étrangement seulement un seul héritait du don. Jamais le deuxième, si les suivants. Abigaël avait remarqué dès sa naissance que Leah le possédait. Elle voyait à travers la brume, se riait du brouillard quand petite, elle courait jouer dans le jardin par tous les temps. Plus posée que sa sœur, elle avait ce regard porté vers l’ailleurs celui qui traine longtemps dans les rêves le matin, s’y perd tout au long de la journée. Elle n’avait pas encore rencontré les Pixies qui pourtant s’amusaient chaque jour autour de la maison, prolongeant de quelques mètres le lancer de ballon,, plongeant leur nez curieux dans leur goûter et faisait toutes sortes de grimaces, assis sur le muret du fond.

    Pour les découvrir les sentir, leur parler, il fallait effectuer une sorte de pèlerinage. Retourner sur les lieux où des siècles auparavant, l’aïeul avait reçu les dons. Abigaël avait décidé d’emmener ses filles dans ce lieu magique, pour que le miracle s’accomplisse. Demain elle porterait l’offrande aux Pixies du Wisman’s Wood et les laisserait venir à son aînée.

    Elle appela les filles et tous se mirent à table ; John raconta sa journée au bureau. Abigaël ne pouvait quitte Leah du regard. Elle se demandait si tout se passerait bien le lendemain. Comment sa fille réagirait à l’apparition de ceux dont elle devait certainement soupçonner l’existence.

    Si vois à travers la brume est, finalement, presque normal pour qui possède le don depuis sa naissance, découvrir une foule de petits être aux visages tordus, pouvait se révéler un véritable choc. Il fallait le faire durant l’enfance, avant l’âge fatidique de huit ans où l’esprit se ferme aux autres possibles. Leah les attendrait dans quelques mois, le moment était donc venu.



     Le lendemain matin, Abigaël embarqua avec ses deux filles dans la voiture et prit la route pour le Witsman’s Wood. Les chemins bordés de murets recouverts de mousse conféraient au Dartmoor à la fois une splendeur et une quiétude bienvenue. On s’y sentait bien. Les bois s’ouvrait à la douce lumière de ce sus anglais tandis que les maisons éparses avec leur jardinets soignés et les devantures couvertes de babioles et de pots fleuris  animaient avec grâce et curiosités les voyages à travers de ce comté de Devon si riche en légendes. Mais rien ne pouvait rivaliser avec le Witsman’s Wood. Un paysage unique de chênes recouvert de mousse donnait à cette forêt un air étrange. On entrait dans une toute autre dimension, comme si un petit monde s’était posé là au milieu du nôtre. Depuis quelques années les hivers s’étaient faits moins rudes. Les arbres semblaient se redresser et d’autres essences s’étaient mises à pousser. Malgré ce changement imperceptible pour qui débarquait en ce lieu pour la première fois, Abigaël reconnut la forêt de son enfance, alors encore plus incroyable. Que ce bois fût l’objet de tant de croyances était une évidence. L’une d’elles était connus de par le monde et liait au Witsman’s Wood un terrifiant chasseur sauvage et une meute de chiens de l’enfer qui avaient inspiré les plus grands romans de garous et célèbre chiens de Baskerville d’Arthur Conan Doyle.

     

    Il est vrai qu’au premier ressenti, l’aspect tortueux du paysage pouvait donner le frisson. Surtout quand un banc de brouillard y trainait et qu’on s’y aventurait seul. Il fallait alors un peu de courage pour faire le premier pas dans l’imaginaire des hommes, tout ce qui est recroquevillé, tordu, malformé est mauvais et rien de bon ne pouvait donc vivre dans cette forêt. En réalité si Witsman’s Wood présentait ce visage, c’était pour se protéger des curieux. Les enfants quant à eux ne ressentaient pas cette peur. Pour eux cette forêt prenait l’aspect d’une véritable plaine de jeux. Ils l’exploraient avec délice, grimpant sur les pierres moussues et glissant depuis leur sommet jusqu’au sol. Passant sous les branches grimaçantes, frôlant le lichen pendant et s’amusant follement à deviner des visages, des silhouettes sans les ombres dessinées par la brume ; Tel était le Wistman’s Wood un lieu repoussant pour qui ne savait voir, un lieu magique pour les âmes d’enfants.



     


     

    Assise sur une pierre, Abigaël épiait ses filles. Leah jouait à cache-cache avec Charlotte et ne semblait accorder d’importance aux Pixies qui s’étaient rassemblés pour observer les deux jeunes humaines. Ils imitaient les filles sautant d’un rocher à l’autre ou se dissimulait derrière le tronc d’un chêne. Ils lançaient de drôles de grimaces à leur attention, mais Leah ne montrait aucun signe indiquant qu’elle les voyait. Il y en avait de toutes les tailles. Des grands, mesurant plus ‘un mètre de haut, jusqu’aux plus minuscules, de la hauteur d’une fourmi, presque invisibles aux yeux d’Abigaël. Las d’être invisible aux yeux de Leah, ils regagnèrent un à un l’abri de leur pierres au fur et à mesure que s’avançait la journée. Certains avaient chipé un peu de nourriture dans le panier qu’avait apporté Abigaël gratifiant au passage leur complice d’un clin d’œil que la femme leur rendait. Beaucoup couraient nus, d’autres portaient des haillons  qui devait si l’on se fiait à leur apparence malheureuse, être aussi vieux qu’eux. Il faut dire que leurs petits corps bruns ne craignaient pas la froideur de l’hiver ni le soleil sec de l’été.

    Leah s’était assise et avait l’air de rêver. Elle tournait le dos à sa mère qui détourna les yeux, laissant à son aînée toute la richesse de cette expérience unique. Elle ne se doutait pas un instant que le contrat venait d’être noué. Sa fille devenait elle-même une « sachante ». À partir de ce jour, elle assurerait la relève de la famille. Abigaël porta alors son attention sur sa cadette. Charlotte comme à son habitude sautillait, débordant de la même énergie dont elle avait preuve depuis leur arrivée au Witsman’s Wood. Sa pétillante insouciance fit sourire sa mère. Une heure passa encore avant qu’elle n’appelle ses filles et regagnent ensemble la voiture familiale pour rejoindre leur cottage.

    Sur le chemin Abigaël aperçut une eriophorum qu’on appelait ici  l’herbe aux Pixies. C’était une herbe magique dont usaient les malicieux  elfes pour vous perdre dans la brume. Il suffisait de passer à côté pour qu’un brouillard dense se lève et vous fasse hésiter sur la voie à prendre. Un pas de travers et vous étiez éconduits par les Pixies. Fort heureusement pour la conductrice ce jour-là, aucune brule  à l’horizon et dans quelques minutes, elles seraient à la maison.


     

     

     

    Ce soir-là, Abigaël coucha ses filles avec une pointe d’impatience. En bordant Leah, elle tenta de lui faire raconter sa rencontre avec les Pixies, mais la petite fille fit mine de ne pas comprendre. Qu’à cela ne tienne, la mère reviendrai vers elle plus tard. La transmission du secret était un passage délicat et avouer que l’on avait vu des créatures jusque-là associées à des légendes n’était pas chose facile. Elle déposa un doux baiser sur le front de la fillette et sortit. Depuis le couloir, elle entendit des chuchotements en provenance de la chambre de Charlotte.


     

    La porte était entrouverte et elle jeta un œil à l’intérieur. Sa cadette était occupée à jouer avec un chiffon. Elle entra dans la pièce et l’interrogea sur cette occupation. Charlotte lui répondit qu’elle s’amusait avec son nouvel ami.

    - Et peut-on savoir ma chérie, où tu as déniché ce petit ami poussiéreux ? s’exclama la mère en désignant du doigt la boule de tissu grisâtre qui retenait tan l’attention  de sa fille.

    - Eh bien dans le bois, cet après-midi, Maman !

    À cet aveu, Abigaël jeta un œil plus attentif au vieux chiffon et dans un clignement de paupières, elle entrevit le visage d’un Pixie grimaçant.

    Le Wistman’s Wood est un bois de chêne pédonculés qui possèdent la particularité de s’être recroquevillés au fil du temps. Cette firme  naine, tordue de l’arbre s’explique par les hivers rigoureux que subissait cette région avant le réchauffement climatique. A ces chênes étranges se mêlent quelques bouleaux pubescents et différentes mousses et lichens couvrant les roches et pierres qui parsèment les lieux. Le tout forme un paysage unique, un bout de forêt magique où les Pixies, ces elfes typiques du Devon et des cornouilles grimacent avec plaisir.

    © Le Vaillant Martial

     

     

     


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  • Jean le fort et les trois barons

       Il était une fois un jeune pâtre dans une ferme de basse-Bretagne. Il avait pour nom Jean et passait pour être bas d’esprit. Tous les jours il partait avec ses moutons, au lever du soleil, et ne s’en retournait que quand il était couché.

       Un jour d’été que la servante lui avait porté-sur la grand-lande des crêpes et du lait baratté pour son repas, il répandit quelques gouttes de lait sur ses habits, et, comme il faisait chaud, de nombreuses mouches vinrent s’y poser. D’un seul coup du plat de la main il en tua dix-huit.

    - Dix-huit ! S’écria-t-il, après les avoir comptées ? Quel homme je suis ! ...
    -
    Je suis vraiment bien bon de rester ici garder les vaches et des moutons comme un imbécile, au Diable, mon maître, avec ses vaches et ses moutons ! Je veux voyager, pour voir si je trouverai quelque part un homme capable de lutter avec moi. Dix-huit d’un seul coup ! ...
    -
    Je suis vraiment bien bon de rester ici à garder des vaches et des moutons, comme un imbécile, au diable mon maître, avec ses vaches et ses moutons ! Je veux voyager, pour vois si je trouverai quelque part un homme capable de lutter avec moi. Dix-huit d’un seul coup ! ...

       Et il laissa là son troupeau et partit. Dans la ville  plus voisine, il fait écrire en grandes lettres dorées sur un ruban qu’il enroule autour de son chapeau : « J’en tue dix-huit d’un seul coup ! »

    Puis il se remet en route, et arrive à Paris. Il va tout droit frapper à la porte du roi.

    - Que demandez-vous, mon garçon ? lui dit le portier.
    -
    Le roi n’aurait-t-il pas besoin d’un bon domestique, capable de tout faire, comme pas un autre ?
    -
    Il est partit un garçon d’écurie, hier, et il faut le remplacer.
    -
    Eh ! bien, prenez-moi, et vous verres quel homme je suis.

       On lui confia une des écuries du palais. Les chevaux qui s’y trouvaient étaient tous maigres et de triste mine, par suite des mauvais soins du palefrenier qui venait de partir. Jean en fit, en peu de temps, les plus beaux et les meilleurs des écuries royales. Le roi le remarque, lui en fit compliment, et le prit même en affection particulière.

    Cette distinction méritée excita la jalousie des autres palefreniers, et ils complotèrent à sa perte.

    Un d’eux alla un jour trouver le roi et lui dit :

    - Sire, le palefrenier Jean a dit qu’il était homme à vous débarrasser des trois géants.

       Il y avait dans un château voisin, au milieu d’un grand bois, trois géants qui faisaient au roi tout le dommage et le mal possibles. Ils ravageaient ses moissons, lui enlevaient bœufs, moutons et chevaux et vivaient à ses dépens. Maintes fois il avait envoyé ses armées contre eux, mais toujours elles se faisaient battre et lui revenaient dans le plus piteux état.

       Ces trois géants faisaient donc le malheur et le désespoir du vieux roi. Il fit aussitôt appeler Jean en sa présence et lui dit ?

    - Vous avez dit que vous êtes capable de me délivrer des trois géants ?
    -
    Je n’ai jamais rien dit de semblable, mon roi, répondit Jean, étonné d’une pareille demande.
    -
    Vous l’avez dit, et il faut que vous teniez parole, ou il n’y a que la mort pour vous.
    -
    Et si je vous délivre des trois géants que me donnerez-vous ?
    -
    Si vous me délivrez des trois géants, je vous donnerai ma fille en mariage.
    -
    Eh ! Bien à la grâce de Dieu ! J’en ai tué dix-huit d’un seul coup, et je ne suis pas homme à reculer devant trois, quel qu’ils soient.

    Il partit là-dessus.

       Tous les jours, les trois géants venaient boire à une belle et grande fontaine qui était dans le bois.

     

       Jean monta sur un grand chêne qui étendait ses branches au-dessus de la fontaine, avec un sac rempli de pierres, et attendit, en silence. Les géants vinrent boire, selon leur habitude. Jamais il n’avaient vu de monstres aussi affreusement laids. L’aîné s’étendit de tout son long, sur le ventre et se mit à boire à la même fontaine. Jean lui lança une pierre sur la nuque. Il se retourne et dit :

    - Lequel de vous m’a lancé une pierre ?
    -
    Personne ne t’a touché, répondirent les deux autres.
    -
    Ne recommencez pas où il vous en cuira.

       Et il se pencha de nouveau sur la fontaine et se remit à boire.

       Jean lui lança une seconde pierre plus forte que la première. Le géant se relève furieux, se précipite sur celui des deux frères qui est le plus près de lui, et le tue net. Puis il se remet tranquillement à boire. Jean lui lance une troisième pierre. Il se précipite sur son autre frère, et le tue comme le premier.

    - Je vous apprendrai, dit-il, à me lancer des pierres, pendant que je bois !

       Et il remet encore à boire, Jean lui lance des pierres, dru, comme grêle, cette fois. Furieux, et ne sachant plus à qui s’en prendre, le géant trépigne, grince des dents et pousse des cris sauvages qui font trembler et fuir tous les animaux du bois. Il aperçoit enfin Jean sur son arbre, et lui crie :

    - Ah c’est toi hanneton !  (prends ta faucille ) ! Tu es cause que j’ai occis mes deux frères que voilà ! Descends vite de là que te mange !
    -
    Oui, oui, tout de suite, répondit Jean, car ne t’imagine-pas, vilaine bête, que j’ai peur de toi, tu vas voir tout à l’heure qui je suis !

       Et il descendit de l’arbre.

       Le géant, la bouche grande ouverte, s’avançait sur lui, pour le dévorer, quand il aperçut ces mots écrit sur le ruban qui entourait son galurin : « J’en tue dix-huit d’un seul coup ». Et il s’arrêta court, la bouche grande ouverte.

     

    - Est-ce vrai ce qui est écrit sur ton chapeau ? demanda-t-il, calmé soudainement.
    -
    Certainement que c’est vrai, et tu vas voir, à l’instant, à qui tu as affaire.
    -
    Quel homme tu fais alors ! ...Tiens soyons amis, et nous n’aurons pas, à nous deux, nos pareils au monde. Viens avec moi à mon  château, je te présenterai à ma mère et nous boirons et jouerons ensemble.
    -
    Je veux bien, dit Jean, mais prends bien garde de me jouer quelque mauvais tour, ou il t’en cuira.

    Et ils se dirigèrent ensemble vers le château.

    - Où sont tes deux frères ? demanda la mère des géants à son fils aîné, en le revoyant revenir sans les deux autres.
    -
    Je les ai tués
    -
    Comment vilaine bête, tu sa tué tes deux frères !
    -
    Je les ai tués, mère, mais voici un petit homme que je vous amène, et qui à lui seul, vaut mieux que mes deux frères.
    -
    Que veux-tu dire malheureux ?
    -
    Voyez ce qui est écrit autour de son chapeau : « J’en tue dix-huit d’un seul coup ! »
    -
    Est-ce vrai cela ?
    -
    Parfaitement vrai, mère, et sans cela, vous le sentez bien, il ne serait pas à présent en vie.

      La vieille, pleine d’admiration, comme son fils, pour un pareil homme, se calma soudain et se contenta de dire :

    - Eh ! Bien, allez tous les deux me chercher de l’eau à la fontaine, pour que je vous prépare le dîner.
    -
    Allons chercher de l’eau à ma mère, pour qu’elle nous prépare le dîner, dit le géant à Jean.

       Il y avait au bas de la cuisine deux tonneaux de cinq barriques chacun qui servaient aux géants pour approvisionner la maison en eau.

    Quand Jean les vit, il dit au géant :

    - Comment c’est avec es coquilles de noix que vous allez chercher de l’eau à la fontaine ?
    -
    Vous ne trouvez pas que ce soit assez grand ? demanda le géant.
    -
    Des coquilles de noix, vous dis-je, prenez ma pioche et ma pelle, mettez-les moi sur une civière et partons avec.
    -
    Pourquoi une pioche, une pelle et une civière ?
    -
    Pourquoi imbécile ? Mais pour apporter la fontaine ici, et nous éviter ainsi la peine d’aller tous les jours jusqu’à elle.
    -
    Non pas, non pas, il ne faut rien déranger à la fontaine – une si belle fontaine ! -  j’aime mieux aller chercher seul de l’eau.
    -
    Vas-y, donc, imbécile quant à moi, je ne t’aiderai point.

     Le géant alla chercher seul de l’eau à la fontaine, et, quand il fut de retour, il dit à sa mère :

    - Si vous saviez, mère, comme ce petit homme est fort !
    -
    Serait-il plus fort que toi ?dit la vieille.
    -
    Oh oui, imaginez-vous qu’il voulait arracher la fontaine du lieu où elle se trouve, dans le bois, et l’apporter ici, dans la cour du château !
    -
    Je ne veux pas qu’il fasse cela, qu’il ne touche pas à mon fontaine !!!!
    -
    Aussi ne l’ai-je pas laissé faire, et j’ai été cherché seul de l’eau.
    -
    Eh bien, allez à présent me cherche du bois, pour que je vous fasse des crêpes.
    -
    Allons chercher du bois à ma mère, pour qu’elle nous fasse des crêpes dit le géant à Jean.

      Et ils se rendirent tous les deux à la forêt. Le géant se mit à arracher des arbres un à un, comme des panais dans un champ. Jean le regardait faire, étonné.

    - Combien en veux-tu emporter ? lui demanda-t-il.
    -
    Une douzaine, au moins, répondit le géant.
    -
    Rien que cela ? N’y-a-t-il pas une bonne grosse corde au château ?
    -
    Pour quoi faire ?
    -
    Pour quoi faire, imbécile ?  Mais pour que j’emporte une bonne charge, un quart du bois par exemple, afin de ne pas revenir ici aussi souvent.
    -
    Oh dans ce cas, laisse-moi faire tout seul car ma mère ne serait pas contente du tout, si on lui détruisait sa forêt.
    -
    Comme tu voudras, mais je vais te laisser seul alors.

       Et le géant apporta à lui seul à sa mère la provision de bois dont elle avait besoin.

    Quand ils furent de retour au château, le géant dit à Jean :

    - Allons jouer aux boules, dans la grande avenue, pour attendre que les crêpes soient prêtes.

    Il y avait là, dans une avenue fort, longue, un galet rond pesant sept cent livres.

    - Voyons, dit le géant, en la montrant du doigt à Jean, à qui lancera ce galet le plus loin. Va à l’autre bout de l’avenue, je te le jetterai d’abord, puis tu me le retourneras.

    - C’est cela, dit Jean, voyons à qui lancera le galet le plus loin.

       Et il se rendit, à l’autre extrémité de l’avenue. Le géant prend la pierre, la lance et elle va tomber aux pieds de Jean.

    - Ce n’est pas mal, dit celui-ci. À mon tour à présent, et attention ! Regarde bien, je vais te lancer si haut que tu al perdras de vue, et qu’elle ira retomber dans mon pays, à cinq cent lieues d’ici.
    -
    Non, non ! Ne fais pas cela, Jean, je t’en prie, car je serais désolé que mon galet fût perdu, un si beau galet !
    -
    Je veux bien te le laisser, une braie bille d’enfant, retournons à la maison, voir où les crêpes de la vieille sont prêtes.

     

      Et ils retournèrent au château. Les crêpes étaient prêtes, et il y en avait un ta énorme sur la table.

    - J’aime beaucoup les bonnes crêpes, avec du lait dit Jean.
    -
    Et moi aussi, dit le géant, à qui en mangera le plus.
    -
    J’accepte dit Jean.

       Et voilà, les crêpes de disparaîtrent dans la gueule du géant, dont le ventre était énorme et tendu à crever. Celui  de Jean paraissait ne lui céder guère.

    - Allons, à présent, chasser dans la forêt, dit-il au géant.
    -
    J’aimerais mieux dormir un peu, répondit celui-ci.
    -
    Dormir ? Allons donc ! Si vous ne pouvez pas me suivre, il faut vous avouer vaincu.
    -
    Non, non allons à la chasse.

       Jean sautait les fossés et les buissons assez lentement, malgré sa charge, le géant, au contraire, tombait sans cesse, roulait à terre et tirait la langue comme un chien. Ce que voyant Jean, il fit semblant de n’en pouvoir plus aussi et se laissa rouler à terre, en disant :

    - Nous avons mangé trop de crêpes !
    -
    Oui, répondit le géant.
    -
    Il n’y a qu’une chose à faire !
    -
    Que faut-il donc faire ?
    -
    Débarrassons-nous de ce que nous avons pris de trop.
    -
    Mais comment se débarrasser de ce que nous avons pris de trop ?
    -
    Rien de plus simple. La moindre chose vous arrête, vous. Tenez, regardez-moi.

       Et, prenant un couteau, il fit semblant de s’ouvrir le ventre, tandis qu’il n’ouvrait que son gilet et sa chemise et donna passage aux crêpes qui se répandirent en tas autour de lui. Le géant en resta tout ébahi.

    - Fais-en autant, lui dit Jean, et tu t’en trouveras bien, comme moi.

      Il prit son couteau grand comme un sabre, et s’en ouvrit pour tout de bon le ventre et l’estomac. Un torrent de crêpes et de sang s’en échappa. Mais bientôt il tomba lui-même sur le dos, pour ne plus se relever, il était mort.

       Jean prit alors sa couse vers le palais du roi. Il arriva tout essoufflé, et dit au vieux monarque :

    - Allons ! Sire, votre fille est à moi.
    -
    Comment ?  ma fille est à toi, tu es drôle ?
    -
    Oui, vous me l’aviez promise, si je vous délivrai de trois géants ?
    -
    Eh ! bien ?
    -
    Eh ! bien, je vous ai délivré des trois géants, car ils sont morts. Et si vous ne me croyez pas, accompagnez-moi jusqu’à la forêt, et je vous fournirais la preuve de ce que je vous dis.

       Le roi l’accompagna jusqu’à la forêt, et put s’assurer qu’il était réellement délivré de ses plus terribles ennemis. Il en fut si content, qu’il embrassa Jean et lui dit :

    - Ma fille est à toit avec ma couronne !

       Et les noces furent célébrées immédiatement, et il y eut pendant quinze jours de belles fêtes et de grands festins, auxquels tous les habitants du pays furent invités, les pauvres  aussi bien que les riches, de telle sorte que tous les soirs on rencontrait des gens ivres couchés dans les douves, le long des routes.

       La grand-mère de mon grand-père, qui était du pays, fut aussi invitée, et c’est ainsi qu’il en est venu des nouvelles jusqu’à moi, et  que j’ai pu vous raconter les choses exactement comme elle se sont passées.

    François Marie-Luzel, Contes Inédit, 1882.

    © Le Vaillant Martial

     

     

     


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