• Brocéliande

    Contes & Légendes ayant trait à Brocéliande

  • Le Val sans retour...

    L

     

    e nom augure une errance mystérieuse, un voyage incertain dont on ne reviendrait pas. Et qui bien même le pourrait... On laisse toujours une part de soi au fond du « Val Périlleux ». S’y rendre, c’est marcher au-devant de sa folie.

    Pour ma part, j’ai bien cru y perdre la raison. J’étais alors jeune garde forestier, je n’ignorais rien de la région. Brocéliande avait nourri la plupart des rêves de mon enfance. Bien des fois j’avais écouté les récits de ces passeurs d’histoire, ces vagabonds errants, lesquels avaient pour coutume de payer avec quelques légendes fabuleuses, le bol de soupe quémandé. Combien de fois ai-je entendu conter les mystères du Val sans retour. Combien de nuits ai-je passé dans l’obscurité de ma chambre, cherchant en vain le sommeil, hanté que j’étais par l’image de la fée Morgane. Je savais tout d’elle.

    Je la savais demi-sœur du roi Arthur et enchanteresse. Je connaissais sa maîtrise des arts de la magie, le pouvoir qu’elle avait de voler à l’aide de simples plumes, son don pour les métamorphoses, cette faculté de changer de visage à volonté... Tout cela lui avait été enseigné par Merlin... « L’Enchanteur ».

    J’avais toujours préféré Morgane, cette Dame sombre et mystérieuse, reine des fées à la lumineuse Guenièvre, reine de Bretagne dont Morgane s’éprit du cousin, le chevalier Guyomard. La légende rapporte que de ce dépit amoureux est né « le val des faux amants».

    L’endroit est à la fois étrange et merveilleux. S’y engager, c’est prendre le risque de s’égarer. Le paysage est accidenté, fourbe et enchanteur au point de perdre tout sens d’orientation. Il faut y voir les restes de puissants sortilèges dressés par Morgane. Elle a su transformer ce vallon  charmant en un lieu de châtiment éternel. Maintes fois, durant mes rondes, je n’étais imaginé ces chevaliers perdu, que l’infidélité avait condamné à une errance définitive...


     

    C’était une soirée au début de l’été, je me souviens, l’air était tiède et la lune montait doucement, sa pâleur diffuse rayonnait sur la campagne endormie. Je pensais les conditions favorables à une tournée nocturne dans l’espoir de surprendre les méfaits des braconniers tenaces. J’avais emprunté le val depuis le Miroir aux Fées, longeant le Gué de Mony jusqu’au ruisseau de Mouille Croûte. J’allais le pas tranquille, l’oreille aux aguets ; Hormis le concert incessant des grenouilles mêlé aux crissements des grillons, tout était paisible, je ne relevais pas de présence suspecte. Au bénéfice de la lune, je m’engageais sur la pente d’un étroit raidillon, il permettait d’atteindre les hauteurs d’un versant abrupt entre ajoncs et genêts.

    J’atteignis la crête rocheuse et profitais un temps du paysage nocturne. Un moment je restais à reprendre mon souffle, contemplatif au milieu des bruyères. Bientôt les grenouilles se firent plus discrètes, laissant seuls les grillons habiller le silence de la nuit.

    En dessous de moi la fraîcheur prisonnière du vallon générait un filet de brume dont je savais qu’il épousait en secret le cours du ruisseau et couvrait, plus loin là-bas, l’étang ténébreux du Miroir aux Fées. J’observais la lente évolution du voile éthéré lorsque je remarquai un phénomène étrange. Le filet de brume, en un endroit précis s’élargissait, il commençait à s’étendre comme s’il couvrait la surface d’une étendue d’eau invisible, un étang dont je savais qu’il n’existait pas à cet endroit.

    Pourtant la couche de brouillard gagnait en épaisseur, elle réverbérait la douceur opaline de l’astre mort donnant l’illusion d’un étang fantomatique. Et là, retenant mon souffle, je vis une ombre glisser, venue de nulle part... Les contours se révélaient peu à peu sous la clarté lunaire...

    Une nef noire voguait sur l’onde diaphane. À son bord  était une silhouette dont je ne distinguais rien. Elle se tenait debout, immobile, l’esquif progressait avec une lenteur surnaturelle sans que personne le dirigeât.


     

     

    Je secouai vivement la tête pour sortir de ce songe éveillé, de mes mains, frottai vigoureusement mon visage... La nef se trouvait maintenant au centre de ce que je devais accepter être le fantôme de l’un des étangs ayant disparu, jadis, du Val périlleux !!! J’en étais à douter de ma raison quand j’aperçus un cavalier. Au pas silencieux de son cheval couleur de jais, il sortait de ce même néant d’où était apparue la nef mystérieuse.

    Le cavalier guidait sa monture vers la rive irréelle, et sous la pleine lune, malgré la distance, je devinais à de furtifs éclats qu’il portait heaume et armure. Je sentais la fièvre me gagner. Mon cœur s’emballait au creux de ma poitrine... J’étais partagé entre frayeur et émerveillement. En bas les deux silhouettes allaient se rejoindre en un rendez-vous mystérieux dont j’étais le seul témoin. Témoin de ma folie.

    La nef accosta, tandis que le « cavalier » mettait pied-à-terre. Il vint alors offrir son bras. Je fus pris de vertige à l’idée d’assister à l’illusion d’une rencontre galante entre deux fantômes ? Était-ce possible ? Je me sentais vaciller, comme envoûté par le chant des sirènes nocturnes, indivisibles et lascives dans l’ombre du flot noir.

    Malgré moi, je décidai de m’approcher, attiré que j’étais par cette fantasmagorie. Et plus je descendais, plus le voile de brume semblait se muer en une eau calme et sous la surface de cette eau, je percevais de diffus reflets dorés, souligné par les rayons d’une lune complice. Je devinais... Je ne pouvais en croire mes yeux ! Au fond  de cet étang fantastique, je percevais le mirage troublé d’une pile couverte de pommiers d’or. Leurs cimes affleuraient sous la surface. Je ne savais plus que croire. Je pensais à Avalon la mystérieuse. L’île d’immortalité ou reposait Arthur et tant de vaillants chevaliers.


    Avalon, l’île enchanteresse, refuge de la fée Morgane... Morgane ! La nef noire... Cette silhouette blanche si élancée, là-bas. Elle portait au front une couronne tressée de rameaux de pommiers en fleurs... Les deux apparitions se tenaient debout de part et d’autre d’une roche disposée tel un autel naturel. Tous deux paraissaient se livrer à un étrange rituel...


     

    Je n’éprouvais plus aucune crainte et ma curiosité était si grande « Celui qui marche dans ses rêves’ avais-je entendu dire un soir. Je sentais que je n’avais rien à craindre. Je me laissais glisser entre de gros rochers pour m’approcher plus encore. La pente m’invitait à de petits pas, courts et rapides, je me retrouvais sur les fesses, me relevais, m’écorchais les mains, restais dans l’effort la bouche ronde ouverte pour taire au mieux le souffle rapide de ma course insensée. Je dévalais en silence, mon pied butait sur une pierre et je partis en avant heurtant violemment la tête contre le sol ...

    Le chant clair du merle est parmi les premiers à célébrer l’approche d’une nouvelle journée.

    Je retrouvais mes sens aux premières lueurs de l’aube, le crâne endolori, orné d’une bosse grosse comme un œuf. La fraîcheur de la nuit m’avait pénétré. J’avais froid. Le souvenir de l’apparition me transperça d’un coup ! Je regardais autour de moi... Dans le demi-jour naissant, le val avait son apparence de toujours, mystérieuse. Des landes de brumes léchaient ses pentes ravinées, laissant par endroit la tête des arbres comme surgie d’une vallée de nuages. Bien sûr, il n’y avait aucun étang, aune nef. J’étais tout seul. J’avais du rêver tout cela. Ma chute s’était produite avant mon délire. S’en était suivies ces folles pensées, issues d’un imaginaire nourri par un fort attachement à la mémoire de ces terres fertiles en légendes merveilleuses.

    Je me redressai titubant, le pas incertain. Doucement, je regagnai le chemin en contrebas. Il serpentait au creux du val  accompagné par le gazouillement joyeux du ruisseau pressé par l’étroitesse de son lit. La tête me tournait un peu. Après quelques efforts et glissades incertaines, j’atteignis enfin un terrain plus favorable, l’allais m’engager sur le chemin du retour lorsque je remarquai, un peu plus loin devant moi...

    Lui par contre, je ne l’avais pas rêvé !

     

    Il reposait, sur un parterre d’herbe rase, détrempé de rosée. Le rocher en forme d’autel. J’étais troublé. Je m’avançai, m’écartai du sentier pour m’en approcher. C’est là que je remarquai.... Il y avait quelque chose sur le dessus de la pierre, des cailloux ? De petites pièces de bois... J’en découvris une dans l’herbe humide, je me baissai pour la ramasser. C’était une pièce d’échec. Une pièce très ancienne, rongée par le temps. Un cavalier de bois brun. Je voulu le prendre dans mes doigts, il se décomposa en petits morceaux, comme s’il avait été bouffé à ver. Sur la roche je découvris le reste du jeu. À l’exception d’une seule, je ne vis que des pièces identiques, renversées. Toutes figuraient des cavaliers de bois brun. Certains brisés, d’autres déjà en poussière. Juste des cavaliers de bois et cet autre pièce restée debout, cette pièce unique, cette pièce distincte des autres....

    « Morrigane » ... En gaëlique, cela signifie « Grande Reine ».


    Je restai interdit, profondément ému. Je n’osais la saisir, j’approchai pourtant une main tremblante... Il y eut un murmure aérien, un souffle léger. Je le sentis caresser mon visage, effleurer ma main, mes doigts... Je ne tremblais plus... Puis doucement, le souffle tiède éroda les pièces de bois, comme le vent érode les montagnes. Impuissant. Je regardais les vestiges de mon songe se désagréger, s’effacer, j’avais le sentiment de voir disparaître toute la magie du monde... Et je ne pouvais rien y faire. Je sentais juste les larmes rouler sur mes joues. Lorsqu’il n’y eut plus rien, le souffle s’évanouit. Je restais seul.

    Juste à mes pieds était déposée une couronne tressée faite de rameaux de pommiers en fleurs.

     


     

     

     

    © Le Vaillant Martial 


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  • orsque la reine Élaine donna un fils Ban de Bénoïc, il fut le père le plus heureux du monde. Qui ne l’aurait pas été devant un si bel enfant ?
        Il en était certain, son fils, Galaad, serait un grand Chevalier.
        Mais sa joie fur de courte durée...
        Ban avait résisté tant que possible... Mais, Claudas, voisin et ennemi de toujours, était sur le point d’envahir son royaume.

    C’était inéluctable.
        Et Claudas de la Terre Déserte était impitoyable.
        En quelques jours, la puissante armée était aux portes de son château, pourtant réputé imprenable, et quelques heures plus tard tout était en feu.

    Le roi Ban et les siens réussirent tout de même à s’enfuir et trouvèrent refuge près d’un lac. Mais, complétement anéanti par la perte de ses terres et de son château, le roi Ban se laissa mourir de chagrin.

    La toute jeune veuve resta ainsi seule avec son enfant,
        Seule avec son désarroi, seule avec sa douleur.
        Caché entre deux eaux, quelqu’un les observait.
        Une fée
        Elle attendait.

     Car ce tout petit enfant d’à peine quelques semaines était le dernier
        Elle  l’avait tout de suite su.
        Le dernier d’une longue lignée prestigieuse...
        Celle de Joseph d’Arimathie.

     Ainsi, ses pouvoirs lui avaient fait entrevoir le possible destin du petit d’homme... Sa grandeur d’âme, sa droiture et sa loyauté  ferait de lui un être exceptionnel.

     S’il survivait...
        Alors
    Viviane la fée attendait.
        Et quand elle vit le signe, pourtant imperceptible qu’Élaine – reine – devenue si fragile – perdait pied et se noyait en océan de peine, elle intervint.
         En un instant c’était fini
      

    Viviane, la Dame du Lac, venait de s’emparer du nourrisson et de disparaître aussitôt dans les eaux profondes et silencieuses.
         La fée l’emporta dans son royaume dissimulé par le lac, en son château merveilleux et nul humain ne le revit avant ses dix-huit ans.
         Elle le surnomma Lancelot du Lac et l’éleva comme une mère ; Elle fit grandir en lui le courage et la sagesse ainsi que la noblesse et la courtoisie qu’il possédait déjà et qui ne demandaient qu’à  s’épanouir. Des qualités qui feront bientôt de lui le plus parfait des chevaliers. Mais, elle lui enseigna l’art du combat, mais aussi la chasse, les arts comme la littérature et la musique.

     Et puis vint le jour où la formation de Lancelot fut achevée et où, comme toutes les mères, Viviane dut le laisser partir pour qu’il accomplisse sa destinée.
        Ce fut donc un très beau jeune homme, d’une grande prestance, qui se présenta aux portes de Camelot, un beau jour de printemps.
        

     Il se passa deux choses ce jour-là. Et en quelques regards, tout fut scellé.
         Il rencontra
    le roi Arthur et lui fit tout de suite si forte impression qu’une indéfectible amitié naquit immédiatement en eux.
         Et puis... Il vit la reine
    Guenièvre.

         Et il en tomba aussitôt éperdument amoureux

         Tel était son destin
         Et tel serait son éternel dilemme.
         Fidélité au roi ou à la reine...

     Quoi qu’il en soit, il prouva aisément sa grande valeur au combat et fut tout naturellement très rapidement adoubé.
         Et en peu de temps, il devint le champion de Camelot.

     Parmi ses glorieux exploits, le jeune chevalier revint victorieux de son combat contre les statues de cuivre animées tel des automates, qui gardait le château de douloureuse Garde. Elle fut d’ailleurs renommé La joyeuse garde à cette occasion.

    C’est ainsi qu’il gagna le titre tant convoité de meilleur chevalier du monde.

     Il partit combattre la menace du Géant Galehaut, seigneur des îles lointaines, et après moult aventures et revirement de situation, ce dernier devint son plus fidèle ami.

     Pendant ce temps, l’amour qui embrasait les cœurs de Lancelot et de la reine Guenièvre était si intense qu’un beau jour ils finirent par devenir amants.
         Au prix d’une vigilance de tous les instants, qu’ils parvinrent toutefois à garder secret sur cette coupable passion.

    Un jour de l’Ascension, Méléagant, fils du roi de Baudemagu, se présenta à la cour du roi. Il déclara qu’il libèrerait tous les habitants de Logres – retenus en otage dans l’inquiétant royaume de Gorre – si l’un des chevaliers de la cour le battait. S’il en sortait victorieux, il emmènerait la reine Guenièvre avec lui.

     Keu, le frère de lait du roi Arthur, releva le défi mais Méléagant eut très vite le dessus et s’enfuit aussitôt, en enlevant la reine.
        Bien sûr Lancelot se lança à sa poursuite, son cheval fut tué, mais il finit par atteindre le château enchanté ou Méléagant retenait Guenièvre prisonnière.

         Là, l’attendait trois épreuves plus dures les unes que les autres...

     Il dut, en premier lieu, traverser un pont en forme d’épée qui le blessa et l’affaibli grandement. Se dressèrent alors devant lui deux féroces lions enchantés qui disparurent, étonnamment, dès lors qu’il surmonta sa peur. Pour fini il affronta Méléagant lui-même dans un combat acharné, dont il sortit victorieux.

     Enfin seulement, il put libérer sa bien-aimée.

     Entre autre actes de bravoure, il dénoua également les enchantements du Val sans retour de la Fée Morgane, délivrant ainsi, tous les amants infidèles fait prisonniers par la fée.
        Malgré tous ces exploits, Lancelot, qui n’était décidément pas un chevalier ordinaire, demeura très solitaire et il fut d’ailleurs surnommé le chevalier errant.

     Lors de ses errances, justement, il fit halte au château du roi Pellès à Corbenic et pendant le repas, il fut témoin d’une étrange procession... celle du Graal.
        Cependant la coupe sacrée demeura inaccessible à Lancelot, tout parfait chevalier qu’il était, sa relation avec la reine Guenièvre le rendant trop impur pour mener cette quête à bien.
         Cette nuit-là, son hôte fit appel à la magie et sa fille Élaine, sous les traits de Guenièvre, usa de ses charmes et un enfant, Galaad fut conçu.

     De retour à Camelot, Lancelot reprit les tournois, les guerres... Et ses amours secrètes avec la reine Guenièvre.
         Par une indiscrétion de sa demi-sœur Morgane, le roi Arthur finit par découvrir la double infidélité de son meilleur ami et de sa femme.
         Et sa réaction fut à la hauteur de la trahison : il chassa Lancelot et comme la loi l’exigeait, il condamna Guenièvre au bûcher.

     La reine ne dut son salut qu’à son amant qui, de toute évidence, serait allé en enfer pour elle.

    Mais, lors des combats que Lancelot mena pour la délivrance de Guenièvre, il fut obligé de tuer nombre vaillants chevalier. Notamment son plus grand rival – Gauvain le valeureux – mais néanmoins ami – Gauvain le valeureux, qui s’était illustré dans bon nombre d’aventures et qui l’un des meilleurs chevaliers du royaume. Malgré le pardon de son ami dans un dernier soupir, Lancelot ne s’en remit jamais.

     Lancelot, chassé par Arthur et lassé de toutes ces guerres, morts, trahisons et déchirements, finit par se réfugier en Gaule, son pays natal.
         Là-bas, il tenta de tout oublier... Et chercha la rédemption en se faisant prêtre.
         Lancelot mourut années après celle de son roi, Arthur. Et, fut enterré non loin de son fidèle ami Galehaut.

     Son fils, Galaad, devenu lui aussi chevalier, devint à son tour le meilleur chevalier du monde. Ainsi, dernier représentant de la lignée de Joseph d’Arimathie, il se montra digne de son héritage et accomplit la quête du Graal.

     Le plus grand chevalier du monde...
        Je restai pensive un moment.
        -Arthur... Lancelot... Guenièvre... Ces noms me sont étrangement familiers.
        Tout le long du récit de la Dryade, je n’avais pu empêcher  mes doigts d’effleurer mon petit caillou.

    - Leur histoire a peut être dépassé nos frontières ?
    -
    C’est possible, mais je crois qu’il s’agit d’autre chose.

    Au-delà d’être de belles et tragiques histoires, dignes des légendes, c’est vrai, elles éveillent en moi d’étranges sentiments... Forts et contradictoires.
        Mais, vous avez sans doute raison... Elles m’ont probablement été racontées lorsque j’étais petite... Et cela me revient peut-être un peu trop brusquement.
        Je chassai ces troublantes émotions d’un geste et reportait mon attention sur Ezelwen.

        Celle-ci me fixait, me scrutait.
        Elle sourit
        Tu es prête

    D’un bond, elle saisit un grand bâton – que le n’avais absolument pas remarqué jusqu’alors -, en frappa le sol et, aussitôt, deux racines émergèrent brusquement de la terre. Elles grandirent à si vive allure qu’en un clin d’œil, se dressaient devant nous deux splendides et immenses arbres.

    Il me sembla reconnaître un chêne et un bouleau.

    Puis, dans un fracas assourdissant, leurs troncs se divisèrent, se tordirent et s’entrelacèrent tant et si bien que, l’instant d’après, se dressait devant moi une éblouissante sculpture végétale faites de savants et merveilleux entrelacs. Mouvante, changeante, elle semblait battre comme un cœur.

    C’était prodigieux.
        J’en restais bouche bée.
       Ces entrelacs avaient-ils une signification ? Je m’apprêtais à questionner la Dryade quand, aussi soudainement qu’ils étaient sortis de terre, ils s’immobilisèrent.
         Ils semblaient m’observer.
        Je retenais mon souffle.
        Bien que je ne puisse détacher mon regard de ses immobiles géants, du coin de l’œil je vis Ezelwen me considérer, sans détour.
        Elle n’était plus la fragile Dryade que je venais de rencontrer. Elle semblait plus grande, plus mature.

    - Les arbres sont venus te parler, Ada... le puissant chêne et le délicat bouleau. L’arbre-père et l’arbre-mère, fit-elle, d’une voix bien plus assurée. Ils sont le pont entre les profondeurs et les cieux. Entre l’ombre et la lumière. Aussitôt, les deux arbres se mirent à onduler  légèrement, faisant craquer leur bois.

    Leurs branches s’allongèrent
    Encore et encore
    Je les touchais presque.

     - Laisse-les dénouer et démêler les écheveaux de tes mémoires et de tes émotions secrètes.
    Les branches m’effleuraient déjà
    Caressantes, elles m’observaient, me considérèrent, me parcoururent.

    Tendres, elles s’enroulèrent et m’enlacèrent.
    Merveilleuse étreinte.
    Si douce, si délicate.

    Je fermai les yeux
    Et me laissais aller...
    Je me sentis soulevée, emportée vers la cime des arbres.

     J’avais le sentiment que la Terre entière me prenait dans ses bras.
    Un flot de larmes remonta du plus profond de mon être, ouvrant les portes de mon cœur.

    - Vois s’échapper de toi toute cette noirceur, cette colère qui enserrait toute cette noirceur. Paralysé, broyé, il ne pouvait plus  battre à la mesure de ton âme.
    -
    Sens en toi la fleur aux mille pétales qui fut, jadis, radieuse et épanouie mais qui, il y a bien longtemps s’est altérée, flétrie.

    Car ton cœur a saigné.
    Beaucoup.
    La fleur s’est alors éteinte, endormie.
    Pour se protéger.
    Pourtant, elle a sombré dans les eaux profondes de tes douleurs, sans jamais réapparaître.

        L’ombre l’a rongée et tant de mauvaises herbes l’ont envahie. Elles ont noué, scellé toutes ces émotions douloureuses, discordantes en autant de nœuds, de chaines qui, à présent, t’asservissent.

    Les arbres me portèrent au-delà de leur frondaison, au-delà du temps.
    Leur amour infini m’éleva dans un ailleurs sans nom.
    Je dors dans le brouillard...
    Au fil des paroles d’Ezelwen, je sentais mon cœur s’alléger, s’élever.

     - Goûte le suc de la fleur aux mille pétales, le lotus si longtemps amer et qui, à présent, s’adoucit et retrouve la lumière, solaire et lunaire.
    -
    Touche ses pétales fanés qui se regorgent de vie et qui se purifient.

    Je sentis mon cœur s’ouvrir.
    Vraiment littéralement.
    Un torrent de lumière me traversa de part en part.
    Lumière divine céleste.

     - Écoute leur chant silencieux, qui te berce, comme l’enfant que tu as jadis été. Écoute leur chant de rédemption et d’amour. Écoute les voix mêlées de la lune et du soleil qui te révèlent ta nature profonde...
    Ta nature de prêtresse.
    Prêtresse... Moi ?
    J’ouvris les yeux

    Plus d’arbres géants
    Plus de fleurs
    Plus de Dryade.

    J’étais étendue seule dans l’herbe. Seule.
        Avais-je-rêvé ?    

    Ou définitivement sombré dans la folie ?
        J’avais un nœud dans le ventre entre colère et tristesse.
        Entre tristesse et colère
        tristesse de la brusque disparition d' Elzelwen, qui semblait en savoir tant sur moi.
        En colère de tous ces départs précipités et de ces adieux que ne ferais-je jamais.

     

    Ses derniers mots tournaient encore dans ma tête.
        Prêtresse...

     Mes interrogations et mes états d’âme cessèrent-là, à cet instant précis.
         Car un cri strident explosa mon crâne.

     Décidément, cette contrée ne me laissait aucun répit.

     

     Je jetai un coup d’œil autour de moi :
         Une escouade de rongeurs m’encerclait.
         Gulliver cerné par les Lilliputiens.
          Et l’un deux venait de hurler à mon oreille droite.

     


     

     

    Je retenais mon souffle.

     Ils semblent vraiment inoffensifs... Mignons à croquer même. Mais l’idée de ces dizaines de petites incisives pouvant se jeter sur moi comme un seul homme me fit frissonner.

     Le petit délinquant qui m’avait presque rendue sourde sauta sur ma poitrine.

     Il entama ce qui me sembla être un discours – à moins que ce ne fût une sévère réprimande – mais auquel, de toute façon, je ne compris rien, ne parlant pas couramment le hamster.

     Ne souhaitant pas le froisser, j’attendis qu’il ait finit pour m’asseoir.

    Son devoir accompli, le petit leader rejoignit les siens pour ce qu’il me sembla être un casse-graine général.


     

    Ainsi, lui et ses comparses s’avérèrent tout ce qu’il y a de plus pacifiques et je passai le reste de la journée à les regarder gloutonner, s’amuser, puis somnoler mollement.

     Une petite touche de légèreté et de bonne humeur sur cette route tumultueuse... Quel bonheur !
         Je me réveillai au petit matin, avec une bande de hamsters, campagnols et gerboises blottis contre moi.
         Pour me tenir chaud ou avoir moins peur ?
         Qui sait...

     Je souris.

     Petits instants magiques, uniques et merveilleux, à ne jamais oublier.
         Et puis, aux premiers chants des oiseaux, ils s’égaillèrent
         Peu à peu dans toutes les directions.
         Le petit gaillard hurleur fut le dernier à partir.

    Il me tournait déjà le dos quand il se ravisa, fit demi-tour
        Et vint poser dans ma main une minuscule graine.
        Après un dernier petit cri bref, il rejoignit ses compagnons.
         Je souris à nouveau.

     Une brise chaude vint caresser mon vieux visage.
         Conne une invitation à reprendre mon chemin.
         Je déposai délicatement le cadeau du petit rongeur dans la boîte de nacre que m’avait offerte l’Ondine. Estimant que le cadeau d’un hamster bavard valait bien celui d’une Ondine...
        Un jour, peut-être, je saurais quoi en faire.

     

    Machinalement, je sortis mon petit caillou de ma poche...
        Un nouveau glyphe était apparu... Un autre triangle, tête en bas.
          Je soupirais et repris la route.

    Toujours sans savoir où j’allais. Vers mon destin, c’était certain.
         Je ne fus pas seule longtemps.
         Le sentier s’était élargi. Et bientôt, de part et d’autre, les arbres firent place à de grands champs composés de hautes herbes et de fleurs multicolores.

     J’entrai dans le royaume de la couleur... Et des papillons ; Il y en avait tant – de toutes les formes et de toutes les tailles.

    - Que le ciel me faisait l’effet d’une palette de peintre fou.

        Puis, il me sembla que certains d’entre-eux avaient une drôle d’allure.
        Et, à bien y regarder, je pouvais même distinguer de jolis petits visage souriants et de graciles corps miniatures...

     - Ah mais oui !
    Des Fées !

    À peine plus grandes que des papillons, elles voletaient gaiement de fleurs en fleurs, seules ou par nuées.
        Certaines m’ignoraient totalement tandis que d’autres m’avaient déclarée terrain de jeux.

     Elles me tirèrent les cheveux, tentèrent de me soulever – sans succès bien sûr -, me lancèrent toutes sortes de végétaux – fleurs, brins herbe, noyaux de cerise – et finirent par me faire éternuer en frottant leurs ailes sur mon nez.

         Il faisait beau et chaud.
         Joie et bonne humeur m’entouraient.
         Je retrouvais mes vingt ans. Insouciante et heureuse.
         Et puis l’une d’elles vint se placer devant moi et me fixa avec insistance.

    Je me penchai et plissai les yeux pour mieux distinguer ses traits.

     

     

    Aussitôt elle se mit à grandit, grandir, pour bientôt atteindre la respectable taille d’un empan.

    - C’est mieux comme cela ?
    -
    Euh... Oui. Enchantée, belle-fée, fis-je tout naturellement, ne m’étonnant plus de rien.

    Elle était tout en longueur et presque. De microscopiques papillons dansaient autour d’elle.

    - Je suis Inwynn, souveraine de ces près. Je suis le vent et l’insouciance.

    Dans un souffle, je murmure les secrets, mais jamais ne les révèle au monde.
        Puis je m’envole pour mieux les oublier. Car tout est léger car rien ne pèse...
        Bienvenue dans mon royaume !
        Je lis en toi comme dans un livre ouvert et je vois la vie en tout et à respecter le petit comme le grand.

    Tu as appris à écouter ton cœur, à sécher tes larmes et pardonner aux autres et, surtout, à toi-même.
        Tu es morte pour mieux renaitre et les eaux de l’Ondine t’ont lavée d’une partie de ta noirceur.
        Puis, le chant de la rédemption a résonné à tes oreilles...

    Pour qu’enfin, ton cœur se dénoue totalement et que s’ouvre la fleur aux mille pétales, porte vers la lumière et la pureté.
        Car sais-tu qu’il n’y a qu’une seule voie possible ?
        Le sais-tu ?

    - ...
    -
    J’ai un secret à te révéler...

    Tu t’es transformée... À n’en pas douter. Et c’est bien.
        Mais voudrais-tu que les autres en fassent autant ? Souhaiterais-tu façonner les tiens à ton image ?

    Tu t’es transformée, c’est ton choix mais tu dois vouloir la perfection en tout.

    Car même ce qui est sombre t’apprend... Par opposition, il te montre le chemin de la lumière.
        Tu étais parfaite avant de commencer cette quête et tu l’es toujours aujourd’hui. Tu es simplement différente.
        Ton petit caillou t’a aidée à revenir dans cette contrée car il a exaucé un vœu cher à ton cœur et à ton âme. Rien n’arrive que tu n’aies profondément souhaité.

    C’est souvent inconscient, bien sûr, et là, est toute la difficulté.
       Mais surtout retient ceci
       Vois la perfection en tout.
      

    Même en ce qui te déplaît.
       Et alors ton cœur deviendra pur.
        Car il verra la beauté en tout.

    Je vais te faire un cadeau.
        Le-veux-tu ?
        Je vous fais confiance, Inwynn.

     - Alors, suis-moi à l’orée de ce bois...
    -
    Je vais te présenter deux amies.

    Là d’où tu viens, elles ont été  moult fois représentées...

    Voilà nous y sommes.
    Ferme les paupières.
    Respire...
    Attends...

     Tu peux rouvrir les yeux

       

    © Le Vaillant Martial


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    iviane la  Fée, appelée aussi la Dame du Lac, joua un rôle discret mais tout de même majeur dans la geste des chevaliers de la table Ronde.

    Certains la disent fille du seigneur Dymas, bâtisseur du Château de Comper sur les rives du lac du même nom. Mais n’en croyez rien, car sa naissance est bien plus mystérieuse que cela.

    Car Viviane fut bel et bien une fée.

    Née de l’invisible, elle n’était à l’origine pas très puissante mais rêvait d’accomplir de grandes choses. Les fées n’ont pas ces ambitions-là d’ordinaire et c’est ce qui fit d’elle un être à part.

    Oui ce fut une de ces fées qui rêvent du monde des hommes et de leurs merveilleuses âmes immortelles.

    Ce fut une des rares fées, sortie de la cohorte des esprits de la nature et leur rôle protecteur, qui souhaita ne plus être simple spectatrice du théâtre des hommes, mais écrire quelques pages de leurs livres, sinon d’histoires, au moins de légendes.

      Tout ceci aurait pu rester rêverie de fée et s’évanouir avec elle dans les songes d’une nuit d’été[1].
        Mais Viviane aimait se baigner...
        Car cette sublime créature n’était autre qu’une Ondine, une fée de l’eau.
        Elle passait donc le plus clair de son temps près des sources de sa forêt natale, Brocéliande.

      Et c’est près de l’une d’elles, celle qui avait sa préférence - La fontaine de Barenton – qu’elle fit un jour une étrange rencontre.
         Il faisait beau et Viviane rêvassait tout en caressant d’une main paresseuse l’eau claire quand il pénétra dans la clairière.

    C’était un homme d’un certain âge et, tout à ses pensées, il ne la vit pas tout de suite. Attiré par la perspective d’une grande gorgée d’eau rafraîchissante, il se dirigea tout droit vers la fontaine, presque malgré lui.

    Il connaissait cette forêt, c’est certain.
        Viviane eut, ainsi, tout le loisir de l’observer.
       

    Vêtu d’un grand manteau fané comme les fleurs d’automne, il avançait d’un pas bien plus alerte que sa longue chevelure poivre et sel le laissait entendre. Il devait faire partie de ces hommes qui, tout jeunes, paraissaient déjà vieux.
      

    Elle le reconnut immédiatement bien sûr. Comment pouvait-il en être autrement ? Non pas qu’elle l’ait déjà rencontré, mais sa réputation l’avait précédé.

    Car, comment ne pas reconnaître cet homme sans âge ?
        Comment ne pas reconnaître
    Merlin ?
        Et puis les êtres mi-homme mi- démon ne couraient pas les bois, même en forêt de Brocéliande...
        Il émanait de lui ce singulier charisme que seuls les sorciers possèdent, ce charme de la magie humaine, si différente de celle, naturelle des fées.

    L’ensorcelante beauté du pouvoir.
        Elle fut toute de suite séduite. Envoutée même.
        Quelques grands pas plus tard, il était près d’elle.
         Lorsqu’il leva les yeux, il la vit son cœur explosa.
         C’était elle.
         Celle qui était destinée.
         Celle qu’il aimerait éternellement.

     Les destins de l’enchanteur et de la fée étaient désormais scellés.
         Et l’histoire pouvait être écrite.

    Il faisait beau et Viviane rêvassait tout en caressant d’une main paresseuse l’eau claire quand il pénétra dans la clairière.

     C’était un homme d’un certain âge et, tout à ses pensées, il ne la vit pas tout de suite. Attiré par la perspective d’une grande gorgée d’eau rafraîchissante, il se dirigea tout droit vers la fontaine, presque malgré lui.

    Il connaissait cette forêt, c’était certain.
        Viviane eut ainsi tout le loisir de l’observer.

    Vêtu d’un grand manteau fané comme les fleurs d’automne, il avançait d’un pas bien plus alerte que sa longue chevelure poivre et sel le laissait entendre. Il devait faire partie de ces hommes qui, tout jeunes, paraissaient déjà vieux.

    Elle le reconnut immédiatement bien sûr. Comment pouvait-il en être autrement ? Non pas qu’elle l’ait déjà rencontré, mais sa réputation l’avait précédé.

    Car, comment ne pas reconnaître cet homme sans âge ?
        Comment ne pas reconnaître Merlin ?
       

    Et puis, les êtres mi-homme mi- démon ne couraient pas les bois, même en forêt de Brocéliande...

    Il émanait de lui ce singulier charisme que seuls les sorciers possèdent, ce charme de la magie humaine, si différente de celle de la magie des fées.

    L’ensorcelante beauté du pouvoir.
        Elle fut tout de suite séduite. Envoutée même.
         Quelques grands pas plus tard, il était près d’elle.

     Lorsqu’il leva les yeux, il la vit et son cœur explosa.
         C’était elle.
        C’était elle qui lui était destinée.
        Celle qu’il aimerait éternellement.

     Les destins de l’enchanteur et de la fée Viviane étaient désormais scellés.
         Et l’histoire pouvait être écrite.

     Tout ce que Viviane fit par la suite fut par lui ou pour lui. Merlin, amoureux qu’il était, chercha par tous les moyens à prouver à cette merveilleuse créature la sincérité de son amour.

     

     Dans un premier temps, le sorcier certain de son pouvoir de séduction, chercha à éblouir Viviane par de simples enchantements.
         Mais cette fée-là n’était pas comme les autres.
         À vrai dire, il semblait bien que peu de choses l’impressionnaient.
         Et même lorsqu’il eut lancé son plus beau sortilège, la belle ne lui accorda qu’un léger levé de sourcils appréciateur.

    Pour elle, il devait se surpasser, c’était certain.

     Une nuit, lors d’une de ses innombrables insomnies, le magicien trouva enfin comment toucher le cœur de sa bien-aimée.

     Ainsi, le lendemain, il créa de toute pièce un extraordinaire et stupéfiant palais de cristal  au fond d’un vallon qu’il dissimula aux yeux de tous par un lac plus vrai que nature.

     

    On dit même que ce fut l’un des passages qui menait à l’île d’Avalon.
        Viviane fut finalement émerveillée et consentit à un premier baiser...

     Mais l’Ondine désormais appelée la Dame du Lac, en voulait toujours plus et les cadeaux, fussent-ils sublimes, ne suffisaient pas la combler.
         Car ce qu’elle voulait, c’était bien autre chose.
         Ce qu’elle voulait c’était la magie de Merlin.
         Ce qu’elle voulait, finalement c’était le pouvoir sur lui.

     Ainsi, des années durant le sorcier lui enseigna tout ce qu’il savait et à chaque étape de son apprentissage, elle lui accordait une faveur supplémentaire.

     L’amour d’une fée qui rêvait d’une âme et d’un demi-démon qui chercha toute sa vie à rattacher ses origines, demeura éternellement mystérieux aux yeux du commun des mortels.

    Et c’est peut-être cela qui en fit un amour légendaire.

     Grâce à Merlin, Viviane en apprit davantage sur le monde des hommes en particulier sur les chevaliers de la table ronde et leurs dames. Elle comprit aussi, même si cela la dépassait quelque peu, l’importance qu’ils avaient aux yeux du magicien.

     Ainsi, lorsqu’elle aperçut ce nourrisson, descendant d’une lignée, à l’avenir chevaleresque si prometteur et délaissé par sa toute jeune mère, tout juste veuve du roi Ban, elle saisit l’occasion d’impressionner l’enchanteur.

    Elle éleva l’enfant et l’emmena dans son palais de cristal.

    Elle éleva Lancelot, tel était le nom qu’elle lui donna, dans les plus pures valeurs chevaleresques afin qu’il devint le plus grand chevalier du monde et jouât un rôle majeur dans la quête du Graal, si chère à son bien-aimé.

    Cependant, elle n’avait pas prévu qu’elle s’attacherait au petit bout d’homme et que très vite, elle l’aimerait comme son fils...

     Ce fut un déchirement pour Viviane lorsque le jour de ses dix-huit ans elle mena Lancelot aux portes de Camelot pour qu’il accomplît son destin.

    Mais ceci est une autre histoire...

    Merlin avait toujours pressenti que Viviane avait un grand secret, bien protégé par une magie féerique qu’aucun de ces sortilèges ne pourrait démasquer.

    Il devait faire preuve de patience et attendre que la fée lui fit enfin confiance. La supplier, lui forcer la main ou encore tenter de la duper, n’aurait servi à rien car les secrets de fées sont les mieux gardés...

    Un jour ordinaire, pourtant, alors qu’ils se promenaient près du lac de la belle Dame, elle prit un air qu’il ne lui connaissait pas.
        Après un long silence qu’il crut ne jamais pouvoir respecter, elle lui confia enfin son secret.

     

    Viviane était une gardienne...
        La gardienne de l’épée des Dieux.
        L’épée oubliée de tous, l’épée de lumière, l’épée des rois...
        Celle que nul autre que l’élu ne pouvait toucher sans périr, celle que nul ne pouvait briser.
       

    Excalibur.

     

    Merlin n’en crut pas ses oreilles. Il l’avait cherché de longues années, sans y parvenir.
        Le magicien avait même douté de la réalité d’une telle épée, craignant que ce fût une légende, tant il avait cherché en vain.
        Il comprenait pourquoi désormais.
        Il pressa sa bien-aimée de mille questions, bien sûr...

    Trop curieux et trop assoiffé de connaissance pour ne pas tenter d’avoir quelques réponses.

     

    Mais la Dame du Lac fut des plus évasives, comme le sont toutes les fées lorsqu’elles parlent des choses de leur monde.

    Il sur simplement que les fées l’avaient préservé depuis le temps des Dieux et les gardiennes avaient été désignées afin d’en prendre soin jusqu’à ce qu’un roi digne de ce nom, l’élu, en ait besoin et s’en montrât digne.

    Et Viviane savait que ce temps viendrait bientôt et que ce serait Merlin qui mènerait le roi à elle.
        Et il en fut ainsi.
        La Dame du Lac remit Excalibur au roi Arthur, et exigea simplement en retour qu’il la lui rendit.

    Grâce à cette légendaire épée, Arthur devint celui qui fédéra le Bretagne, celui qui réunit les chevaliers autour de la Table Ronde, et sous le règne duquel la quête du Graal fut commencée et achevée.

    Merlin, infiniment redevable et tellement amoureux, redoubla d’effort pour enseigner à sa belle toute la magie qu’elle souhaitait si ardemment connaître...

     Ainsi Viviane la fée devint une grande et redoutable magicienne.
       Les fées sont vraiment étranges...
       Elles sont possessives aussi.

    Probablement lasse de voir son bien-aimé s’absenter si souvent pour interférer dans toutes ces affaires chevaleresques, et ainsi, le partager avec qu’elle ne comprit, finalement vraiment jamais, elle prit un jour une décision lourde de conséquence.

    Un soir Viviane traça neuf cercles magiques autour du magicien endormi, un sortilège qu’il lui avait enseigné peu de temps auparavant et qui permettait d’enfermer un homme à jamais.

    Ce qu’elle ne pouvait prévoir, ce fut que cette prison invisible l’empêcherait de rendre visite à son bien-aimé et de profiter de son amour.

    Merlin demeurait inaccessible aux hommes et à Viviane pour l’éternité...

    Scellant, par la même le destin du roi Arthur puisque l’enchanteur ne put venir en aide à son ami et roi lors de la bataille de Camlann.

    Viviane la fée, Dame du Lac, ne s’en remit jamais et disparut elle aussi, à jamais après avoir emporté Excalibur à la suite de la mort du roi Arthur.

    Tel dut le destin de la fée Viviane, Dame du Lac et gardienne de l’épée des Dieux...

     - Dites-m’ en plus sur Merlin, s’il vous plaît...
    -
    Ah Merlin...

    Il fût tout simplement, le plus grand magicien du monde. Voilà tout...

    - Mais encore....

     

     

    © Le Vaillant Martial 

     

     

     

     



    [1] Titre d’une pièce de Théâtre de William Shakespeare.


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    Arthur Pendragon, roi des Bretons, était un guerrier hors pair mais aussi un homme impulsif, sans pitié, à qui rien de devait résister.

    Or il tomba follement amoureux d’Ygerne, femme de Gorlois, le duc de Cornouailles.

    Et puisqu’elle refusait ses avances et que son époux l’avait mise en sécurité derrière les hautes murailles de Tintagel, Uther déclara la guerre à Gorlois.

    Mais, guerroyer  ne calma pas ses ardeurs et sa grande frustration...

    Fou de rage, l’idée folle d’avoir recours à la magie finit par germer dans son esprit obsédé.

    Il fit donc appel à son conseiller Merlin l’enchanteur qui l’avait déjà aidé par le passé. Le magicien mit alors au point un stratagème...

    Ainsi grâce à un puissant sortilège, le roi Uther Pendragon usurpait l’identité de Gorlois, et le temps d’un soir, pourrait se rendre à Tintagel et assouvir, enfin son violent désir pour Ygerne.

    Cette nuit-là, le duc tomba dans une embuscade et mourut à des lieux de Tintagel.

    De cette mystification, naîtra Arthur Pendragon...

    Merlin vit en lui, le seul capable d’unifier les peuples, et exigea qu’on lui remit l’enfant en paiement de sa magie.

    L’enchanteur confia Arthur à un homme de confiance, Antor, simple et loyal, afin qu’il l’élevât et lui enseignât l’art de la chevalerie.

    Ainsi, Arthur et Keu, le fils aîné d’Antor, grandirent comme des frères, loin des complots et de des menaces de Tintagel.

    Et puis, le roi Uther Pendragon mourut et la Bretagne resta sans souverain.

    Arthur, devenu un beau jeune homme, poursuivait alors sa formation de chevalier en tant qu’écuyer auprès de son frère de lait, récemment adoubé.

    Et lorsqu’on annonça la tenue d’un grand tournoi pour désigner le nouveau roi, Keu voulut y participer, bien sûr.

    La veille, une mystérieuse épée était apparue plantée dans une enclume et le bruit courut que quiconque l’en extrairait deviendrait roi.


     

     

    Le royaume entier – ou presque – s’y essaya...

    Sans succès.

     Pendant ce temps, le tournoi battait son plein et bientôt, ce fut le tour de Keu de prouver sa valeur. Mais son épée demeurait introuvable, vol ou  oubli, peu importe, quoi qu’il en fut, Arthur, en bon écuyer, devrai trouver une solution. Ainsi, il improvisa et, le plus simplement du monde, se saisit de cette étrange épée plantée dans cette non moins curieuse enclume.

    Il ignorait qu’il s’agissait d’une épée particulière.

    Une épée plantée là, par Merlin

     Ainsi, malgré lui, le jeune Arthur démontra qu’il était bien l’élu qu’attendait l’enchanteur et devint de ca fait dans l’instant, le roi des Bretons...

    Le moment était venu pour Merlin de réapparaître dans la vie de son protégé et de révéler ses origines royales.

    Arthur dut tout de même répéter son exploit plusieurs fois avant d’être adoubé et, finalement accéder au trône.

    Malgré l’allégeance immédiate de la majorité des seigneurs, ce ne fut pas chose aisée car nombres de clans bretons, ceux du Nord en particulier, ne voyaient pas d’un bon œil le fait d’être gouvernés par un si jeune chevalier sorti de nulle part.

    Installé dans le magnifique et somptueux château de Camelot, devenu son fief, le jeune roi eut très vite l’occasion de faire ses preuves.

    En effet, un géant du nom de Pellimore, roi des îles, terrifiait la population et défiait quiconque passait à sa portée. Après qu’un jeune chevalier, tout fraîchement adoubé, fût revenu gravement blessé, le roi décida de régler le problème lui-même.

    Mais lors d’affrontement, son épée, vola en éclats sous les puissants coups du géant et Arthur ne dut sa survie qu’à la Magie de Merlin.

    Après quelques jours de convalescence, le magicien conduisit son protégé en une contrée insolite et mystérieuse. Ils traversèrent alors une inquiétante brume et arrivèrent sur les berges d’un grand lac où dansaient d’étranges reflets.

    Le moment était venu pour Merlin... De mener Arthur en Avalon.

    Les eaux frémirent alors et une épée fendit la surface lisse du lac.

    La main qui la tenait était gracieuse et blanche comme le lait et lorsque la Dame fut toute entière sortie de l’eau, Arthur resta coi devant son extraordinaire beauté. Merlin la fixait de son intense regard.

    Toute d’or vêtue, elle s’avança vers un Arthur médusé.

    Sans un mot, Viviane, la Dame du lac, remit Excalibur au jeune roi tout tremblant.

    - Elle n’est pas de ton monde, alors, avant de mourir, tu devras la rendre aux eaux sacrées d’un lac et je serais là pour la reprendre....

    Après qu’Arthur ait juré, elle regagna les profondeurs – insondables – de sa demeure – et disparut.

    Désormais armé d’une épée forgée par les fées, le légendaire règne du roi Arthur pouvait commencer.

    Parti aider Léodagant le roi de Carmélide,  à lutter contre les Saxons, Arthur tomba follement amoureux de sa fille Guenièvre.

    Le mariage fut célébré à Camelot et ce fut le plus fastueux et le plus beau mariage que la Bretagne ait jamais connu.

    S’ensuivit une période de douze années de paix et de prospérité, tandis que le roi Arthur s’entourait peu à peu des plus grands chevaliers du royaume et que naissait la confrérie des chevaliers de la Table Ronde.

    Un jour, un jeune chevalier, comme tant d’autres, se présenta à la cour. Il se nommait Lancelot du Lac, fils du roi Ban de Bénoïc, et ses grandes qualités chevaleresques firent aussitôt grande impression sur le roi Arthur et une grande amitié naquit immédiatement entre les deux hommes. Après moult actes de bravoure, il fut d’ailleurs déclaré le plus grand chevalier du monde.

    Tout serait allé pour le mieux, dans le meilleur des mondes, si Lancelot n’était pas aussitôt tombé amoureux de la reine Guenièvre et si cette dernière ne lui avait pas rendu la pareille. Leur amour adultère resta discret quelques temps, mais ce genre de secret finit toujours par être percé à jour.

    Lancelot réussit à se racheter aux yeux de son ami le roi en sauvant à plusieurs reprises Guenièvre de la convoitise de scélérats, notamment du perfide Méléagant, qui l’’avaient enlevée.

    Ainsi le Calme revint à Camelot.

    Mais Morgane, la demi-sœur d’Arthur, nourrissait une haine farouche envers celui qui lui avait ravi l’amour de sa mère Ygerne.

    Devenue une grande magicienne, elle se présenta un jour à la cour de Camelot sous les traits d’une jeune fille pure et innocente.

    Les amours adultères de Lancelot et Guenièvre n’ayant pas cessé, Arthur se laissa réconforter et aimer par la douce pucelle.

    Cet amour ne dura qu’une unique nuit, mais le mal était fait et cette rencontre naquit Mordred.

    Un jour, l’un des chevaliers de la Table Ronde assista à une surprenante scène dans le château de Pellès, le roi pêcheur, et cela bouleversa la destinée de Camelot.

    Il y  vit passer devant lui une procession silencieuse de jeunes gens porter une coupe, une épée blanche nue et une lance ensanglantée.

    Venait de naître de la quête du Graal.

    Ainsi, les chevaliers les plus purs, Gauvain, le neveu d’Arthur, Perceval et Galaad entrèrent dans la légende.

    Arthur et Lancelot, aux âmes entachées de trop péchés, restèrent quant à eux, spectateurs de cette belle  épopée...

    De son côté Guenièvre fut accusée de mille perfidies et trahisons mais Lancelot réussit l’exploit de toujours la sauver. Lassé par ses infidélités répétées et désormais connus de tous, Arthur la fit même condamner au bûcher. Mais, Lancelot provoque le roi en duel et en sortit vainqueur.

    Une fois de plus Lancelot sauva la reine et une fois de plus, Arthur pardonna son épouse.

    Mais tout cela ne pouvait durer éternellement et le jour vint ou Lancelot fut définitivement chassé par le roi. Guenièvre ne fut plus jamais la même.

    Arthur se réfugia alors dans les guerres et conquêtes en Gaule et confia, naïvement son royaume à son neveu, fils de Morgane.

    Mais Mordred, élevé dans la haine et la perfidie convoita Guenièvre et s’empara du trône de son oncle.

    Découvrant cela, Arthur rentra aussitôt en Bretagne.

    La guerre fut déclarée.

    L’affrontement était inéluctable.

    Encore de nos jours, on se souvient de la bataille de Calann...

     

    La confrontation entre les hommes de Mordred et les chevaliers du roi Arthur fut d’une violence inouïe.

    Beaucoup de chevaliers tombèrent

    Presque tous en fait.

    Ce fut le dernier combat livré par le roi Arthur.

    Mordred et le roi s’affrontèrent, le père tua le fils et Arthur fut gravement blessé.

     

    Dans un souffle, Arthur, mourant, demanda à l’un de ses chevaliers survivants, Girflet de jeter Excalibur dans le lac tout proche.

     La main de Viviane, la Dame du Lac, surgit alors des eaux calmes et saisit au vol la légendaire épée, pour l’emporter, à jamais, dans les profondeurs glacées.

     Peut-être hantée par le remord, Morgane, accompagnée, accompagnée de ses sœurs les fées, emporta le corps de son frère sur l’île d’Avalon.

     Et sur un lit d’or, il s’y endormit, tandis que son royaume s’écroulait...

    De ce profond sommeil reviendra-t-il un jour ?

     

    © Le Vaillant Martial 


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    Morgane

     

     

    ... Et je me souviens ...

    - Je suis Morgane, reine d’Avalon, magicienne et prêtresse celte, déclarai-je.

    Fille du roi de Cornouaille et d’Ygerne, je fus élevée, à la mort de mon père par Uther Pendragon.
        Je fus initiée aux arts, aux sciences et à toutes les magies par
    Merlin L’Enchanteur lui-même, qui devint mon mentor.

    Mais très vite, nos opinions sur l’avenir de la Bretagne divergèrent et nos chemins se séparèrent.

    Alors que je tentais par tous les moyens de sauver le culte de la déesse-mère et par là-même, l’âme celte, Merlin s’évertuait à soutenir mon frère Arthur dans sa désespérante entreprise de christianisation à travers la quête du Graal.

    Condamnant, ainsi la sagesse druidique à sombrer dans l’oubli...
        Aveuglée par le déclin de ce savoir ancestral, je ne vis pas s’obscurcir mes pensées et mes actes.
        Ces sombres années pesèrent lourd sur mon destin.

    Grâce à un sortilège, j’allais même à m’unir à mon frère Arthur dans l’ultime espoir que le fruit de notre union, notre fils Modred, sauverait le culte Celte.

    Ainsi, pour tous, je devins la déesse des ténèbres et de la mort...
        Je n’ai pas voulu ce qui advint.
        J’aimais mon frère.
        J’aimais mon fils
        Lors de la bataille de Camlann, après un combat acharné, tous s’entretuèrent.
        Et mon cœur se déchira.

     

    Dans une ultime tentative de rédemption, j’accompagnais mon frère jusqu’à sa dernière demeure, l’île d’Avalon, je me fis alors guérisseuse, je devins reine de cette prodigieuse île et gardienne de la dépouille du roi Arthur.

    Mais cela ne suffit pas.
        Ivre de chagrin, titubant sous le poids des remords, je m’abandonnais aux noirceurs de la culpabilité.
        L’amour et le soutien de mes sœurs ne suffirent pas je sombrai.

     

     

    À présent, toutes mes sœurs avaient levé les yeux et toutes m’écoutaient avec attention.
        Je repris.

    - Pendant de longues années, je cherchais le moyen de ne plus souffrir.

    Le moyen de ne plus me revoir, encore et encore, fermer pour toujours les yeux de mon frère...

     Par ma faute
        Je pris une nouvelle apparence, celle d’une vieille femme et je me fis appeler Ada. Je parcourus ainsi tout le pays en tentant de
        me racheter, de faire le bien...En toute humilité.
        Mais cela ne suffit pas.

     

    Je partais de plus en plus longtemps, de plus en plus près de la frontière.
        A la frontière de nos contrées.
        A la frontière de la raison.
        Car de l’autre côté, j’étais anesthésiée.
        Je parvenais à oublier un peu...
        Et c’est ainsi qu’un jour, je décidai de ne plus revenir.
        En quittant l’île d’Avalon,
        En quittant ce monde,
        Je quittais mon frère
        Ne pouvant m’y résoudre totalement, dans ma folie, je scellai son cœur dans un petit caillou très ordinaire, gris lisse et rond.

     

    Le temps a passé.
        Lentement,
        Inexorablement,
        Laissant dans son village la trace de son passage.

     

    Le temps a passé.
    Et j’ai fini par oublier qui j’étais réellement.
    Et je suis devenue vieille. Ada, qui marche à trois temps.
    Ainsi lorsque ce galet très ordinaire tomba de ma poche, moi Ada, je n’y prêtai pas attention.

     

    Pourtant je perdis le seul lien qui me lait encore à notre monde :
    Le cœur de mon frère.


    - De l’autre côté, je vécu à un rythme étrange. Toujours vieille et toujours Ada. Régulièrement, je m’endormais pendant quelques décennies  Toujours vieille et toujours Ada. Régulièrement, je m’endormais pendant quelques décennies au creux d’un arbre, invisible aux yeux de tous. Et puis je me réveillais et je m’imprégnais doucement de l’air du temps. Alors je reprenais le cours de ma vie, simple et modeste. Qui se soucie d’une vieille femme qui marche le long des routes ?

    J’aurais pu vivre ainsi éternellement...
    Mais le destin en avait décidé autrement.
    Car, un jour, il a fallu que je ramasse un simple caillou...

     

    Mes sœurs s’étaient rapprochées de moi. Certaines pleuraient
    -
    Tu nous as réellement manqué. Morgane, notre reine.

    Nous nous étreignîmes longuement.

    - Mes sœurs, avant de célébrer nos retrouvailles, il nous reste un rituel important à accomplir.

    Elles acquiescèrent, séchèrent leurs larmes et reprirent leur place dans le cercle.

     Je sortis le petit caillou, orné, désormais de cinq signes géométriques. Je comprenais à présent... Les éléments s’étaient gravés à chacune de mes initiations.

    La terre et Ymirée, le Végétal et Ezelwen, l’Eau et Aylinen, l’Air et Inwynn et, pour finir le Feu et Ysgarane.
        Je sortis également la boîte que m’avait offerte Aylinen.

     Le petit caillou dans une main et l’écrin de nacre dans l’autre, j’entamai le chant du souvenir, suivi en chœur par les dames d’Avalon.

    Le vent souffla de plus belle.

    Lancinante et puissante, la mélodie nous pénétra jusqu’aux tréfonds de notre être... Elle nous envahit toute entière. Grave et profonde, elle nous fit vibrer à l’unisson, nous enveloppa, nous transporta à la fois jusqu’au cœur de la matière et au-delà de nous-mêmes.

    C’était si beau que cela faisait mal.
        Nous n’étions plus qu’une seule voix, unique, forte, puissante, qui montait crescendo jusqu’à...
        Jusqu’à ce que s’ouvrent les mémoires,
        Jusqu’à ce que les pierres nous parlent....

     

     Leurs voix retentirent en moi comme le tonnerre.
        Brusque, herculéennes.
        Les forces telluriques rugirent, puis, se turent brutalement.
        Je les reçus comme un coup de poing en plein ventre.
        Je vacillai.
        Elles avaient délivré leur message, avaient fait volte-face, pour se figer, à nouveau, dans l’immuabilité de la matière originelle.

     

    Je repris mon souffle.

     

    Je contemplai le galet gravé...
        Tant de puissance en une si petite chose.
        Tant de signification dans une pierre si ordinaire.
        Pourtant, mon petit caillou, gris lisse et rond, était la clef.

     

    La clef de mon retour.
         Je repris mes esprits avant de délivrer mon message

    - Ce n’est pas un hasard si nous nous retrouvons toutes enfin ici et maintenant.

    Jamais je n’aurais pu retrouver le chemin du retour seule.
        Mais le cœur d’Arthur que j’avais scellé dans cette pierre,
        M’a rappelé à lui.

     

    Tout d’abord parce le temps des larmes est révolu.
        Je dois cesser de vivre dans le passé, et dans la culpabilité
        De mes erreurs fussent-elles monumentales.
        Il est temps de demander pardon
        À mon frère.

    Je suis revenue dans un pays de femmes...
        Pour l’amour d’un homme.

     

    Mais, au-delà de mon destin personnel,

     

    Le temps de la déesse-mère s’achève.
        Le temps de la dualité est révolu.
       Unissons la lune au soleil,
        L’ancien au nouveau.
        Séchons nos larmes.
       Nous avons trop pleuré.

     

    La déesse-mère, Gaïa, est mourante.
        Mère-Nature va mal.
        Unisson le païen à l’orthodoxe.
        Unissons le féminin au masculin.

     

    Jadis Lune et soleil se sont affrontés,
        Dans une lutte de pourvoir toute aussi fratricide qu’inutile.

     

    Le temps du renouveau est venu.
        Et l’espoir de renaître.

     

    Le petit caillou devint chaud et les symboles s’illuminèrent.
    À cet instant même, la dalle de l’autel bougea légèrement. Le granit devint peu à peu tourmaline, rubis puis, finalement cristal.

    Enfin, il disparut.

     

    Le tombeau était ouvert.

     

    Je me penchai
    Et déposai le petit caillou du roi Arthur.

     

    Pardonne-moi mon frère.
    Pardonne-moi.

     

    Tandis que les dames d’Avalon entonnaient le chant sacré du renouveau, je caressai son visage, toujours aussi beau...

    - Puisses-tu par ce rituel, enfin reposer en paix.

    J’ouvris alors la boîte de nacre, déposai la petite graine, la larme d’Ondine et l’écaille de Mélusine sur le galet sculpté et soufflait sur l’ensemble.

    Les quatre éléments réunis, le petit caillou alors comme un bouton de rose, pour se transformer  en une fleur aux mille pétales écarlates, embrasant toutes mes offrandes. Il tournoya sur lui-même puis s’éleva dans les airs.

     

    Au même moment tout en douceur, comme dans un rêve, la même fleur, mais bleue, sortit de ma propre poitrine. Stupéfaite, je vis les deux fleurs entamer une danse subtile et harmonieuse. Bientôt, elles tournèrent à toute allure, et, très vite, je ne fus plus en mesure de les distinguer l’une de l’autre.

    Après quelques instants, elles finirent par se séparer à nouveau. Cependant, elles possédaient toutes deux autant de pétales bleus que de rouges.

    Puis, dans un dernier éclair, elles pénétrèrent à nouveau nos cœurs respectifs.


     

    - Petit frère....
      Repose en paix.

     

    Au-delà de la mort, tu m’as insufflé ta force.
    Désormais, nous sommes unis à jamais...
    ... Pour que renaisse le monde celte.

    Une incroyable sérénité m’envahit, annonciatrice d’une ère nouvelle.
    L’ère du Soleil et de la Lune.

     Je fus Ada, vieille femme qui marchait à trois temps,
    Un petit caillou, gris, lisse et rond dans la poche.
    Désormais je suis Morgane.
    Porteuse du cœur du roi Arthur.

    Porteuse d’espoir.

     

    Jadis, sombre et trouble...
    Aujourd’hui, sereine et unifiée.

     

    Il me reste beaucoup de chemin à parcourir
    Et tant de choses à accomplir.
    Avec l’aide de mes chères sœurs, les dames d’Avalon,
    Jamais nous ne cesserons d’œuvrer pour que la déesse-mère s’unisse au dieu cornu.

    Et dans le cœur des hommes,
    Je place la lumière du Soleil et de la Lune.
    L’âme et le cœur de Morgane et Arthur.

     

     

     

    © Le Vaillant Martial 


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  • L’Homme sans nom

     

    V

     

    oici l’histoire d’un méchant homme qu’on ne nommera pas, car citer un nom est déjà un souvenir. Il avait tout d’un ours, poilu comme lui, aussi grand et aussi fort, et mauvais comme personne de surcroît.

    Braconnier, il vivait de la vente de son gibier aux villages avoisinant la grande forêt, à l’orée de laquelle il avait bâti sa masure.

    On ne l’aimait guère, pas pour son activité quelque peu illégale, en ce temps-là c’était toléré et il fallait bien vivre. Mais il avait la réputation, d’ailleurs les soirs de beuverie, il s’en vantait assez, de faire souffrir inutilement les animaux : chevreuil, lièvre ou faisan qu’il prenait dans ses pièges, les laissant agoniser des jours entiers.

    Ainsi pendant un certain temps du fait de sa triste renommée, personne ne s’inquiétait de plus le voir dans le patelin.

    Au bout de quelques jours pourtant, les rumeurs, allèrent bon train. Certains s’interrogèrent sur sa disparition.

    Quelques hommes décidés partirent au fin fond de la forêt à sa recherche. Ils ne mirent qu’une demi-journée à le retrouver, ils le regrettèrent bien assez...

    Un peu plus tard, on les vit revenir au village traînant une carriole, dans laquelle on devinait un corps recouvert d’un drap. Les hommes racontèrent à l’assemblée comme ils avaient trouvé le braconnier, mort, déjà raide dans les bras de l’Ankou.

    C’était assez bizarre, somme toute, qu’un homme aussi expérimenté puisse mourir de cette façon, pris à son propre piège...

    Il en avait partout, et de toutes sortes, surtout des pièges à mâchoires qui lui avaient broyé tous les os de des membres.

    On eut une rapide pensée pour son agonie, faut bien, et on se perdit en conjectures.

    Certains pensèrent bien à un règlement de compte, ça en avait toutes les apparences. Mais qui pouvait bien haïr le bonhomme à ce point, bien qu’il le méritait ?

    « Personne, à part peut-être les animaux ! », lança un plaisantin voulant faire de l’humour.

    La plaisanterie fit long feu. Un silence lugubre s’installa, certains se regardèrent entre eux.

    Mais pratiquement tous portèrent leurs regards vers la sombre forêt dont on apercevait le faîte.

    Il y a des choses qu’il vaut mieux oublier, on mit le maraud dans une boîte en sapin et on fit taire les commères.

    © Le Vaillant Martial 

     

     

     


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  • Le Tombeau des Géants...

     

     

       On l’appelle aussi la « Roche à la Vieille ». Non pas qu’une vieille sorcière est amené ces lourdes pierres en ce lieu pour leur faire voir du pays. Dame non, ça, c’est une autre histoire ! La « Roche à la Vieille » parce qu’il fut une époque, pas si éloignée, cette sépulture était visitée par une vieille femme, assez grande, malgré qu’elle fut aussi voûtée que ridée. De longs cheveux jaunis lui tombaient aux pieds de part et d’autre d’un visage creusé.

    Elle apparaissait à la fin de l’hiver, avec un petit bouquet de jonquilles cueillies çà et là, éparses dans les bois environnants.

    La vieille avait le pas fatigué, comme si elle marchait, depuis si longtemps. Elle semblait venir du fond des âges. Au pays elle nourrissait les ragots les plus invraisemblables. Certains anciens affirmaient l’avoir vu tout aussi vieille, du temps de leur propre jeunesse. Et les anciens des anciens rapportaient le même récit.... Et d’autres plus vieux encore avaient transmis le souvenir de cette femme mystérieuse, dont on murmurait à la veillée, qu’elle fréquentait le Tombeau des Géants depuis ...

    Depuis le temps où la terre de Bretagne portait son nom....

    Le royaume de Logres. Le croiriez-vous. Elle était vieille, la vieille.

    Le royaume de Logres « qui fut jadis la terre aux ogres ». Ainsi, désignait-on le royaume du roi Arthur. Ces contrées étaient habitées autrefois par des géants sauvages. S’ils écumaient surtout le territoire de Bretagne. Cinq ou six enjambées leur suffisaient à franchir la mer et à gagner l’Armorique. Ils y semaient alors le trouble, écumaient villes et villages. On raconte que de puissants coups de massues sont à l’origine des Monts d’Arrée. Au terme de leur colère, ils  s’en allaient ravager d’autres contrées, laissant traîner derrière eux leur gourdin tout hérissé de menhirs. Les traces profondes de l’arme redoutable marquaient le sol telle la herse d’une charrue. Ces sillons ont creusé le lit des rivières qui arrosent aujourd’hui nos campagnes. Il fallut donc s’employer à chasser ces créatures.

    Parmi les combats épiques, il est celui du roi Arthur. Lui-même dut affronter l’un de ces colosses. Le terrible Dinabuc avait enlevé la fille du roi Hoël. La belle étouffait sous l’étreint e de son ravisseur lorsqu’ Arthur les rejoignit au sommet du Mont Saint-Michel. Peut-être d’un saut, le géant espérait-il rejoindre l’île de Bretagne, trouver un refuge dans les landes isolées, tout au nord du pays !... Il n’en eut pas le temps. D’un premier coup d’épée Arthur lui coupa sa grande barbe hirsute, puis d’un second trancha l’énorme tête de son adversaire, elle partit rouler pour se perdre dans la mer.

    Ainsi Arthur libéra-t-il le pays du joug d’un oppresseur redoutable.

    Et cet autre roi des Isles du Nord, charpenté comme un bœuf. Cette force de la nature avait mené ses troupes à l’assaut du roi de Carmélide, animé du vigoureux désir de lui ravir sa fille, Guenièvre ...

    On chanta longtemps le combat de Tristan, qui défia et transperça Morholt, lequel exigeait un tribut annuel de six cent jeunes parmi ceux de la cour du roi Marc’h.

    Combien de vaillants héros ont affronté ces géants féroces lesquels ont fini par être vaincus tel Harpin de la montagne, couvert d’une peau d’ours ou Esclados le Roux, tous deux défait par Yvain le chevalier au lion. Est-ce lui, Esclados le Roux, redouté gardien de la fontaine de Barenton qui repose ainsi sous le tombeau des géants.

    Longtemps demeura la légende d’une sépulture où reposait un pareil colosse tant ces dimensions étaient imposantes.

    Jusqu’au jour où des hommes eurent le désir de percer le mystère de ces pierres si anciennes couchées là, sur le sol. Y’en a comme ça, il faut qu’ils sachent. C’est une obsession. Ils ont besoin d’éclaircir tous les mystères du monde. Les hommes grattèrent à proximité des premières pierres, ils fouillèrent, sondèrent, mesurèrent... Ils voulaient ne rien ignorer de ce monument autour duquel régnait une activité à réveiller un mort !

    Rien ne fut trouvé, rien de plus que des petits bouts de morceaux de cela... Silex et poteries brisées. Toutefois quelque chose avait dû être étrange, dans l’harmonie de ce lieu d’éternel repos, quelque chose d’important ! Parce qu’au terme de l’hiver qui suivit les recherches des « hommes qui veulent savoir », la vieille ne vint pas ! Et l’année suivante non plus. L’esprit de la vieille avait disparu.

    À la tombée de la nuit, pour qui a l’oreille attentive, il arrive parfois qu’outre les histoires, le vent draine la plainte des amants perdus. À moins qu’il s’agisse du soupir douloureux de la Dame Blanche dont l’esprit hante toujours l’alentour des étangs de Trécesson.

    Y’en a qui disent.. Ce qu’il faut entendre, c’est la plainte secrète de celui dont on trouble le sommeil, il y  peu, au tréfonds du tombeau des géants.

    © Le Vaillant Martial

     

     


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  • Iseult

     

     

     

     

     seult vint au monde princesse.

    Fille du roi d’Irlande, elle était d’une grande beauté et sa longue chevelure blonde n’avait pas d’égale.
        Mais Iseult n’était pas qu’une princesse.
        Non.
        Car Iseult avait un don.
        Onguents et décoctions n’avaient plus de secrets pour elle depuis longtemps. Car Iseult était guérisseuse.

     

    Toute jeune déjà, d’instinct, elle savait le petit plus qui ferait d’un simple breuvage une potion miraculeuse.
        Et, tout naturellement, sa mère qui toue reine qu’elle fut, était versée dans l’art des simples, lui enseigna tout ce qu’elle savait. Mais l’élève dépassa bien vite le maître et en grandissant, la réputation de la jeune fille dépassa les frontières.
        On venait de très loin pour la voir.
        Et elle faisait des miracles.

     

    Un beau jour, alors que la reine admirait la mer agitée qui s’étendait aux pieds de son beau château, s’éleva jusqu’à elle la plus merveilleuse mélodie jamais entendue. Se penchant par-dessus l’épais rempart, elle aperçut, allongé dans une barque délabrée, un jeune chevalier en bien triste état et qui, avec l’énergie du désespoir, jouait sublimement de la harpe.

    Elle le fit chercher et Iseult, tout naturellement, se mit le soigner.

     Délirant  le jeune homme parla de monstre abattu, de poison et du désespoir qui le poussa à s’embarquer sur ce bateau de fortune, sans voile et sans rame. Seul, avec comme uniques compagnons ses armes et sa harpe, il avait, semblait-il, laissé sa vie entre les mains du destin. Destin qui fit bien les choses puisqu’il le mena auprès la douée et merveilleuse Iseult.

    Le combat avait dû être et rude, car le chevalier était sérieusement commissionné, mais pour la jeune fille c’était un jeu d’enfant ... Par contre, sans son intervention, poison qui coulait dans les veines du jeune homme l’aurait assurément tué.

     Ce qu’ignorait Iseult, c’est que ce beau chevalier venait d’occire Morholt, le frère de sa mère, la reine. Certes, il était géant et terrorisait toute la Cornouailles, mais le jeune inconnu eu l’étonnante prudence de prendre un nom d’emprunt lorsqu’il se présenta.

     Après une courte convalescence, et beaucoup de remerciements, il reprit la mer pour rejoindre son oncle, le roi Marc’h.

    Il était la seule famille qui lui restait ...

    La route du retour fut bien monotone et le jeune chevalier laissa son esprit vagabonder au gré du temps et du vent. La mer et les longs voyages sont propices à ce genre de chose. Et sa vie déjà bien triste mais non moins épique, lui revint en mémoire.

    Sa mère Bleunwenn, la sœur de Marc’h, avait épousé Rivalen, le roi de Loonois ; Alors qu’elle était enceinte, son époux fut trahi et tué par l’un de ses rivaux et, folle de chagrin elle mourut à son tour trois jours après avoir donné naissance à leur enfant.

    Juste avant de rendre l’âme, elle l’embrassa tendrement et murmura son nom ... Tristan.

    Ainsi, il porterait le chagrin de sa mère au plus profond de son être.

     

    L’enfant fut élevé par le maréchal Rohalt, qu’on appelait le roi-Tenant du fait de sa grande loyauté envers Rivalen, le père de l’enfant. Pour éviter que le rival assassin, le duc de Morgan – qui venait de prendre possession du château de Rivalen – ne tuât le nouveau-né, Rohalt le fit passer pour l’un de ses fils et l’aima comme tel..., d’ailleurs ; Puis à l’âge de sept ans, son père adoptif le confia au maître-écuyer Governal qui fut chargé de parfaire son éducation. Ainsi, il lui enseigna le maniement des armes, mais aussi les arts, comme le chant, la musique et tout particulièrement la harpe.

    Mais un jour profitant de la naïveté de Tristan, des marchands norvégiens l’enlevèrent. Pourtant, persuadés que l’incroyable tempête qu’ils venaient d’essuyer – et qui les avait presque tués – n’était autre que punition pour ce rapt, ils l’abandonnèrent sur les côtes de Cornouailles.

     

    Après une longue période de découragement bien légitime pour un si jeune homme, Tristan se reprit et s’enfonça dans les terres.

    Il finit par rencontrer des chasseurs et, après les avoir impressionnés, ils cheminèrent ensemble jusqu’au beau château du roi Marc’h, Tintagel.

    Le roi remarqua bien vite que ce garçon était bien plus que le fils d’un marchand, ce qu’il prétendait être. Sa dextérité au maniement des armes, et sa connaissance des arts trahissaient une éducation de bien plus haut rang. Marc’h respecta le besoin de secret du jeune homme et, bien qu’ignorant tout l’un de l’autre, ils se prirent d’amitié. Si bien que le roi en fit son homme-lige.

    Lorsque fou d’inquiétude pour son fils adoptif bien aimé, Rohalt se rendit à Tintagel  pour ses recherches, toute la vérité fut enfin faite.

    Après que le roi Marc’h l’ait adoubé, Rohalt ramena donc Tristan dans son pays, l’Écosse.

    Là-bas, aguerri par ses aventures, le jeune chevalier défia le meurtrier de son père, le duc de Morgan, et récupéra les terres qui lui revenaient de droit.

    Par soucis d’équité et par amour pour son oncle. Tristan décida de donner ses terres reconquises à Rohalt et, accompagné de son fidèle Governal, prit à nouveau la mer pour retrouver Marc’h à Tintagel.

    Et c’est là qu’il tua le géant Morholt ...

     Oui ... l’histoire de Tristan, pourtant si jeune encore, était déjà très aventureuse. Il portait bien son nom.

    Debout sur le pont du bateau qui le ramenait en Cornouailles, il regarda s’éloigner cette Irlande venteuse qu’il ne reverrait peut-être jamais.

        Il songea à cette reine qui le sauva des eaux.
        Il songea à cette surprenante princesse qui lui sauva la vie ... Les retrouverait-il un jour ?

    La fin du voyage se déroula sans encombre et, de retour à Tintagel Tristan ne démérita pas. À tel point que son oncle, sans enfant, envisageait très sérieusement d’en faire son héritier.

    C’était sans compter sur la jalousie des seigneurs de Tintagel qui poussèrent le roi à se marier pour, enfin donner une descendance directe au royaume.

    Marc’h finit par céder et se résigna, alors à prendre épouse.

    Pour repousser l’inéluctable, il décréta qu’il se marierait à celle à qui appartenait le long cheveu d’or déposé le matin même par une hirondelle.

    Tristan se souvint alors de la splendide chevelure d’Iseult et, naïvement, en fit part à la cour.
        Pressés d’éloigner le jeune chevalier, les barons le désignèrent pour être l’émissaire du roi auprès de cette blonde princesse.
        Ainsi, à peine arrivé en Cornouailles, Tristan reprit la mer pour l’Irlande.
        Tel était son destin.

    À son arrivée en Irlande, il apprit qu’un terrible dragon enlevait une jeune fille chaque nuit. N’écoutant que son courage, il défia la bête. Le combat fut acharné, et, de justesse, le jeune chevalier parvint à vaincre l’affreuse bête. Malheureusement, son trophée, la vénéneuse langue du monstre l’empoisonna.

    La reine qui avait promis la main de sa fille à quiconque terrasserait le dragon, eut vent du combat.

    Et après avoir déjoué la traîtrise d’un autre chevalier qui voulait s’attribuer les mérites de la mort du monstre, elle fit envoyer sa fille Iseult auprès du preux chevalier qu’on disait blessé.

    Une fois sur place, la jeune fille eut quelques difficultés à reconnaitre le chevalier qu’elle avait déjà soigné quelques mois auparavant, tant il était blême. Pourtant une fois de plus, elle fit des miracles.

    La mort devait attendre ...

    Lors des soins, la jeune femme ne put s’empêcher de remarquer une entaille très spécifique dans l’épée de Tristan, qui correspondait très exactement à la blessure de son oncle le géant Morholt.

    Elle comprit aussitôt que le jeune chevalier l’avait tué. Pourtant, elle n’en dit rien. Elle savait ce qu’avait promis sa mère et ce jeune homme était vraiment très beau ...

    Pourtant, lorsque Tristan lui expliqua qu’il était l’émissaire de son oncle, elle accepta tout de même d’épouser le roi Marc’h, afin de sceller l’entente cordiale entre l’Irlande et la Cornouailles.

    Iseult était une princesse et les princesses, en ce temps-là, faisaient souvent preuve d’abnégation ...

    Iseult avait fait ses adieux à ses parents et à sa famille et les au revoir avaient été douloureux.

    La jeune fille avait regardé sa mère, agité son mouchoir jusqu’à ce qu’elle ne pût plus rien distinguer. Son père, plus pudique, était rentré au château bien plus tôt. Brangien, sa suivante toute aussi bouleversée que sa maîtresse, n’avait eu d’autre réconfort.

    Debout sur le pont, de sa belle chevelure dans le vent Iseult craignait de ne plus jamais les revoir, pas plus que son Irlande natale d’ailleurs.

    Elle sentit ses larmes couler sur ses joues blanches et se laissa aller à son chagrin.

    C’était pourtant une merveilleuse journée d’été ... Surtout pour naviguer. Il faisait veau et chaud, pas un nuage à l’horizon ne menaçait le voyage et le vent les poussait vers le large.

    Tristan, lui, avait l’agréable sentiment du devoir accompli. La satisfaction d’avoir trouvé la future épouse de son oncle, et surtout, la fierté d’avoir débarrassé le monde d’un monstre sanguinaire, lui emplissaient le cœur de bonheur.

    Seule la tristesse de la jeune fille venait entacher cette douce joie.

    Alors, il se dit qu’un peu de conversation lui changerait les idées, il se dit aussi qu’aborder la belle sans un petit prétexte serait un peu difficile pour lui car, bien vaillant chevalier, il n’en était pos moins un jeune homme timide.

    Il faisait chaud, il avait soif et il se dut qu’elle aussi. Mais proposer simplement de l’eau à une princesse, cela ne se faisait pas. Du moins, ce fut ce qu’il se dit.

    Il alla donc voir Brangien – qui s’était ressaisie – et lui demanda conseil. Après tout, qui mieux qu’elle connaissait Iseult ? Prévoyant celle-ci avait préparé des fioles de boissons désaltérantes et la servante tendit l’une d’elle au chevalier.

    Son joli petit flacon finement ciselé en main, Tristan aborda enfin Iseult.

    Mais troublée par ces adieux difficiles – car elle aussi avait laissé toute sa famille en Irlande – Brangien fit une erreur.

    Une terrible erreur. Elle s’en aperçut tout de suite, mais c’était trop tard.

    Elle avait donné à Tristan le breuvage que la reine avait confectionné à l’intention du roi Marc’h et de sa fille Iseult. Ainsi, même s’il était affreux et repoussant, sa fille en tomberait amoureuse, et serait malgré tout heureuse. Car en fin de compte, le bonheur de son enfant chéri était tout ce qui comptait aux yeux de la reine.

    Seulement, sous les yeux d’une Brangien tétanisée, la princesse venait de boire ce philtre d’amour avec la mauvaise  personne : Tristan.

    Feignant de s’enquérir de maîtresse, la suivante subtilisa le flacon et le jeta à la mer.

    C’était inutile, bien sûr, mais elle ne trouva rien d’autre à faire sur le moment, si ce ne fit, que de contempler, totalement impuissante, les premiers effets du philtre.

    La fiole au fond de la mer, elle pensa un moment à se taire, mais elle aimait sa maîtresse et ne pouvait pas lui mentir un instant de plus.

    Mais Tristan et Iseult s’étaient immédiatement rendu compte qu’il se passait quelque chose. Surtout Iseult qui connaissait bien l’art des charmes.

    Brangien avoua s faute mais cela ne changea rien.

    Les deux jeunes gens tentèrent de résister, surtout Tristan qui se sentait fautif de désirer si follement la future épouse de son oncle, mais personne n’est plus fort qu’un enchantement.

    Ainsi, avant même d’avoir atteint les côtes de la Cornouailles, Tristan et Iseult avaient succombé à la folle et déraisonnable passion qui s’était emparée de leurs cœurs et, inévitablement, devinrent amants.

    Leur destin était scellé et nul n’aurait pu le prédire.

    Le roi Marc’h accueillit Iseult comme une reine et les noces furent célébrées avec faste et magnificence, comme il se doit d’un mariage royal.

    Pour se racheter, au prétexte d’une pudeur de jeune fille et à la faveur de la pénombre, Brangien offrit sa virginité au roi et l’honneur d’Iseult fut préservé.

    La passion des jeunes amants demeura secrète pendant plusieurs mois, mais certains savent lire les signes qui ne trompent pas, surtout les félons, les perfides et comploteurs toujours à l’affut de la moindre faille qui pourrait servir de sombres desseins.

    Ainsi le nain Frocin et quatre barons particulièrement jaloux, décidèrent d’informer le roi de ses amours interdites. Sûr la loyauté de Tristan, Marc’h ne les crut tout d’abord pas. Mais devant l’insistance de ses seigneurs, finalement, il consentit à éloigner son neveu quelque temps.

    Les félons, se doutant que les amants ne résisteraient pas à l’envie de se voir une dernière fois et, accompagnés du roi, ils tentèrent de les surprendre. Mais Tristan, ayant aperçu le roi dans un reflet de la fontaine ou Iseult et lui étaient assis, fit de rendez-vous torride, une simple et innocent causerie.

    Cependant, après un nouveau piège tendu par les barons félons, Tristan et Iseult furent confondus et le roi les condamna à mort. Tristan serait brûlé sur la place publique et Iseult vouée à une fin plus lente mais tout aussi horrible, serait confiée à un groupe de lépreux. Telle fur la sentence !

    Mais Tristan réussit à convaincre ses geôliers de le laisser prier une dernière fois dans une petite chapelle et réussir à échapper à leur surveillance.

    Puis le jeune chevalier, aidé de Governal, son fidèle maître-écuyer, libera la belle Iseult.

    Ainsi, après, moult rebondissements, les deux amants s’enfuirent et trouvèrent refuge dans la forêt de Morois. Là, ils vécurent tant bien que mal dans des abris de fortune les plus isolés possibles et seul leur amour permit d’affronter ce terrible exil.

    Pourtant malgré toutes ces précautions, l’un des hommes du roi les retrouva.
        Lorsque Marc’h arriva sur les lieux, les amants étaient endormis l’un à côté de l’autre, l’épée de Tristan entre les deux.

    Le roi y  vit une preuve de leur innocence et décida de les épargner. Cependant il tint à laisser un témoignage de son passage et échangea son épée avec celle de Tristan et sa bague avec celle d’Iseult.

    À leur réveil, effrayés d’avoir été retrouvés, les deux amants prirent à nouveau la fuite et se réfugièrent au pays de Galles.

    Mais cela ne pouvait pas durer éternellement.

    Iseult regrettait sa vie d’avant et Tristan se sentait terriblement coupable de sa trahison envers son oncle.

    Ils finirent par consulter l’ermite Ogrin dans l’espoir fou qu’il trouverait une issue. La solution tomba comme un couperet : Tristan devrait trouver la force de laisser partir Iseult afin qu’elle rejoignit son époux légitime. Lui, devrait s’exiler à tout jamais.

    La mort dans l’âme Tristan et Iseult reconnurent que  c’était bel et bien la seule chose à faire.

    Avant de séparer, Tristan confia son chien de garde Husdent à Iseult, qui lui offrit à son tour son anneau de Jaspe.

    Le roi Marc’h accepta de reprendre Iseult auprès de lui – non sans que la virginité de la belle Dame lui fit miraculeusement prouvée – et elle fut reçut en Cornouailles comme la reine qu’elle était.

    Discrètement, Tristan continua çà veiller sur sa belle, notamment lors d’une nouvelle épreuve, soufflée par les félons au roi Marc’h, où elle devait jurer que jamais autre homme que le roi ne l’avait prise dans ses bras. Elle jura que, hormis le roi Marc’h et le pèlerin qui venait l’aider à passer le gué, nul ne l’avait tenue dans ses bras. Le pèlerin en question n’était autre que Tristan déguisé.

    Iseult ne se parjura pas et son honneur fut sauf.

    Tristan pouvait donc rentrer à la cour du roi

    Et les incorrigibles amants reprirent leurs rencontres et s’aimèrent à  nouveau en cachette. Mais cette fois le roi les surprit et chassa définitivement son neveu.

    Ainsi Tristan s’exila définitivement et trouva une terre d’accueil en petite Bretagne.

    Après avoir porté main forte au roi Hoël, lors d’un conflit armé, il se lia d’amitié avec son fils, Kaherdin.

    Ce jeune chevalier avait une sœur, Iseult aux blanches mains, et, parce qu’elle était d’une grande beauté, qu’elle portait ce nom si cher à son cœur et parce qu’il  fallait bien se résoudre à tourner la page, Tristan finit par demander la main de la belle au roi.

    Pourtant, prétextant un vœu de chasteté – fait suite à une bataille prétendument gagnée grâce à une prière à la Vierge Marie – et bien qu’un an fut passé, il n’avait toujours pas honoré la jeune mariée.

    Lorsque le frère de la jeune épouse bafouée l’apprit, il voulut aussitôt passer Tristan par le fil de l’épée.

    Et, devant la fureur de Kaherdin, Tristan dut se résoudre à raconter sa triste histoire et à avouer qu’il en aimait une autre.

    Devant tant de souffrances et d’épreuves, Kaherdin décida que son ami avait été suffisamment châtié et pardonna à Tristan.

    Il l’accompagna même en Cornouailles et l’aida à voir Iseult en cachette. Mais devant les soupçons qui pesaient sur elle et la surveillance accrue à laquelle elle était désormais condamnée, les deux amis finirent par rentrer en petite Bretagne.

    Ainsi, Tristan retourna guerroyer et fut, une fois de plus blessée gravement, cette fois, par une lance empoisonnée. Et une fois de plus Iseult la guérisseuse était en mesure de le sauver d’une mort certaine.

    Il demanda donc, à Kaherdin d’aller jusqu’en Cornouailles et, si elle le voulait bien, de ramener Iseult auprès de lui pour qu’elle le soignât.

    Ils convinrent que si elle acceptait, la voile du navire de retour serait blanche et qu’elle serait noire en cas de refus.
        Son beau-frère prit la mer et brava vents et marées pour rejoindre les côtes de Cornouailles à temps.
        Tristan
    en était sûr, si son ami était aussi bon marin qu’il le prétendait, il arriverait à temps et sa belle et douce Iseult viendrait à lui.

     Mais, dans les châteaux, les murs ont des oreilles ....
         Même les reines finissent par savoir les choses.
         Et la sourde colère d’Iseult aux mains blanches, femme humiliée et folle de jalousie, n’eut pas d’égale.

    Pourtant la reine ne laissa rien paraître et soigna son époux blessé avec une apparente grande bienveillance. Elle se proposa même pour faire le guet ...

    Et lorsque le bateau de son frère fut enfin visible à l’horizon, elle déclara tout simplement à son époux alité que la voile était noire ...

    Tristan mourut dans l’instant.

    Lorsqu’Iseult mit le pied sur la terre Bretonne, elle eut un mauvais pressentiment. Elle se précipita auprès de son bien-aimé et gravit quatre à quatre les marches de la chambre de Tristan.

    Devant le corps sans vie de son amant, elle s’allongea auprès de lui et mourut aussitôt de chagrin.

    Tristan était né dans la tristesse et mourut dans la tristesse.
        Tristan et Iseult furent ramenés en Cornouailles, près du château du roi Marc’h, Tintagel.
        Les deux amants furent inhumés, l’un près de l’autre ...

    Dans la nuit qui suivit, l’on dit qu’une ronce poussa entre les deux cercueils.

    Par trois fois, on la coupa, et par trois fois elle repoussa,  plus vigoureuse et plus belle qu’auparavant, si bien que le roi Marc’h ordonna de ne plus jamais y toucher.

    Ainsi Tristan et Iseult demeurèrent, enfin unis à jamais.

    - Tragique histoire où jalousie et pardon se mêlent....

    - Troublante et déchirante, oui... commença la fée songeuse.

    - J’ai le profond sentiment que cela ne donne jamais rien de bon lorsque la magie se mêle des affaires de cœur, et qu’à vouloir forcer le destin, on déclenche des désastres. De telles tragédies adviennent-elles dans le monde des fées ?

    - Pas tout à fait... Nous avons tellement conscience de ce qui nous entoure, de tout ce qui est vivant, que nous ne pouvons pas vraiment nous consacrer à un seul et unique être. Si ce n’est la terre, bien sûr. Comprends-tu ?

    - Pas vraiment, je l’avoue

    Elle me sourit.

    - Bien les pierres ont parlé... À présent, peux-tu sortir ton petit caillou de ta poche ?

    Je le fis de bonne grâce.

    - Observe bien sa texture. Touche-le. Je vais – Il me l’a dit – que tu l’as longtemps tourné dans ta main, mais as-tu réellement saisi sa nature ? Observe sa  solidité, son énergie si parfaite, qui circule dans cet ovale irréprochable, comme si, perpétuellement, il renaissait à lui-même.

    Il t’apprend à toucher le monde. Unis dans ton esprit à sa matière. Sens les deux énergies fondamentales danser en lui, en toute conscience et qui affirment ce qu’il est : un petit caillou gris, rond et lisse. Un simple petit galet pourtant, clef des mondes, clef de ton passé, de ton cœur et de ton âme.

    Il est la clef qui t’apprend à voir les peurs cristallisées en toi et à les dissoudre avant qu’elles ne deviennent foyers de désordre et de mal-a-dit.

    Il t’apprend à ne faire qu’un avec notre terre. Jusque dans ses plus intimes détails. Il t’apprend à prendre conscience de tout...
        Pour tout respecter.
        Même l’infime.
        Même l’insignifiant.

    Même un petit caillou, gris,  lisse et rond.
        Vois en lui ton frère.
        Vois qu’il signe ra renaissance en ce monde.

     

    Sous, mes yeux, mon petit caillou devint de plus en plus sombre puis vira au rouge.
        Rouge lave et puissant.
        Rouge rubis, secret, enfoui  au plus profond de la Terre.
        Rouge sang, qui coule dans nos veines et, parfois, de nos cœurs blessés.

     

    - Ainsi ont parlé les pierres. Va où le vent te mène, ma sœur.

       Sur ce, elle... s’évapora.
       Comme dans un rêve.

     

     A l’instant même, mon petit caillou redevint gris. Je restai déconcertée en ce moment. Quel étrange personnage que cette petite Ymirée ... Peut-être était-elle encore là à m’observer ?

    Je contemplai à nouveau son étonnant galet. Je notais alors une petite gravure que je n’avais jamais remarquée. Une sorte de triangle barré d’un trait horizontal. Spontanément, alors qu’il n’y avait de sens bien sûr, je le considérai comme ayant la pointe en bas.

    Je passai le doigt sur le glyphe. C’était encore chaud...

    - Petit frère...

    - J’y déposai un baiser et le rangeai soigneusement dans ma poche, en fermant le rabat avec précaution. Trop précieux pour risquer de le perdre.

    - Ne sachant pas quoi faire après une telle expérience, je jetai un dernier regard aux menhirs et je repris ma route.

    Vers nulle part, vers l’inconnu. Vers mon destin...

    Dans l’après-midi, je m’étais arrêtée pour me rafraîchir un peu, lorsque je vis surgir près de moi une petite troupe de lapins et de gerboises.

        

    J’étais cachée derrière un arbre et tout ce petit monde ne semblait pas m’avoir vue tant ils étaient affairées. L’un deux aux oreilles singulièrement expressives, retint tout particulièrement mon attention. Attentif au moindre bruit, il me fit l’effet d’une mère veillant sur sa progéniture. En guise de petits,  toute une ribambelle de gerboises sautillait autour de la maman guetteuse.

     

    Bien sûr, tous étaient ailés ! Je finis par comprendre qu’il devait s’agir d’une sorte d’école et les gerboises étaient en cours de pilotage, en quelque sorte... Je crois bien que le sujet portait sur les difficultés d’atterrissage ! Ainsi les roulés boulés, les dérapages non contrôlés et écrabouillage en en règle se succédèrent, pour ma plus grande joie.

    Je me régalais du spectacle mais, heureusement, le professeur mit fin à sa leçon... Avant que je ne démasque par mes gloussements étouffés.

     

    Je riais encore, lorsque je fis un rencontre encore plus surprenante.

     

    Un dragon miniature....   . Il tenait plus de l’hippocampe que du dangereux reptile, d’autant que le plus délicat scintillement de ses ailes dans les rayons du soleil lui conférait un aspect plutôt féerique.

    Il semblait très affairé, mais je ne us définir quelle activité l’absorbait de la sorte.
        Décidément, il régnait sur cette journée, une atmosphère  particulière irréelle même, où tout semblait possible.

    Le reste de la journée se déroula comme un rêve éveillé déployant ses ailes géantes, vaporeuses et somnolentes sur mon esprit. Entre brume et réalité.

    Méditant inlassablement les paroles d’Ymirée et caressant sans cesse mon petit caillou, j’arrivai en fin de journée sans m’en rendre compte, devant un mur d’herbes hautes.

    Encore dans les pensées, je me frayai un passage entre les joncs et je débouchai sur les rives d’un minuscule lac. Le soleil couchant recouvrait ce véritable petit écrin de nature d’un manteau doré, irréel...

    Des centaines de miroirs avaient avoir été lancés à la surface de l’eau et brillait de mille feux, illuminant littéralement le paysage. C’était incroyablement beau. Féerique.

    Je m’agenouillai et me perdis dans ce spectacle. Je restai là jusqu’à ce que la nuit me surprenne et je me contentai alors de me lover dans les herbes et de m’y endormir paisiblement.

     Le réveil fut tout autre... Un concert de croassements de grenouilles et pépiements en tout genre me réveillèrent trop tôt à mon goût. 

     C’était bruyant d’une mare à l’aube ... J’étais transie de froid, j’émergeai donc tant bien que mal, dans cette cacophonie matinale, tandis qu’un crapaud de belle taille tentait de ma faire la conversation.

     

      ... Je n’étais pas d’humeur.

     La journée commençait mal.

    Je devais faire quelque chose. Je décidai de prendre un bain pour m’éclaircir les idées. Je n’aimais pas me dénuder. Mon vieux corps racorni et rabougri faisait peine à voir. Mais j’étais seule alors ...

    Un orteil à peine mouillé, je sentis aussitôt une vibration anormale dans l’eau. Je le retirai immédiatement.

    La surface du lac demeura pourtant lisse comme un miroir. J’avais peut-être rêvée. Après tout je n’étais pas encore bien réveillée. Circonspecte je laissai passer un peu de temps. Je fis bien.

    Car une tête émergea de la surface. Lentement, très lentement une créature émergea de la surface. Ses cheveux, incroyablement longs, épousaient les courbes de son splendide dos, sensuel et lascif. C’était lascif.

    Lentement, très lentement, elle se retourna.
        Si j’avais été un homme, j’en serais instantanément tombé amoureux. Pour la vie


        Ses yeux noirs se plantèrent dans les miens. Comme on ferre une proie. Lentement elle s’approcha. Comme on ajuste sa cible.
       Mon cœur se mit à battre plus fort. De peur et de joie mêlées. J’étais à sa merci.
        Elle  leva le visage, ferma les yeux un instant et prit une longue inspiration.

    - Alors petite chose flétrie, que fais-tu dans mon royaume ?

    Je déglutis.

    - Je ... vous lais juste..., balbutiai-je.

    Elle me sourit. D’un de ces sourires, énigmatiques et sombres, qui en disent trop ou pas assez.

    Je déglutis à nouveau.

    - Tu n’as jamais rencontré d’Ondine, on dirait. Les filles de l’eau te font peur ?
    -
    À vrai dire, je ne sais pas si vous allez m’embrasser ou me manger, osai-je après m’être remise de mes émotions.

    Elle éclata d’un rire sonore et retentissant.

    - Tu me plais petite femme.

    Elle m’étudia ostensiblement.

    - Beaucoup d’impuretés dans ton cœur. Peurs et angoisses.

    Elle approcha sa beauté à couper le souffle de mon petit corps chétif. C’était insupportable. Je remerciai à nouveau les dieux de ne pas être un homme.
        Elle me lécha le visage. Je m’évanouis.
        Je me réveillai dans ses bras, le corps plongé dans l’eau. Rivé sur moi, ses yeux obscurs, presque occultes, me déchiffraient, me décryptaient, démêlant les écheveaux de mes émotions les plus funestes et les plus secrètes. Pétrifiée, je ne bougeais pas d’un cil.

    - Écoute ton cœur.

     Écoute le battre dans sa poitrine. Métronome de ton être, incroyable machine de vie, il est là pour toi. Ne le fait pas souffrir inutilement sous le poids de tes sentiments passés, lourds d’émotions négatives.

     Ouvre ton cœur et sèche tes larmes.
        Larmes sucrées de tristesse,
        Larmes salées de peur,
        Larmes acides de peur,
        Larmes amères de colère,
        Le temps des larmes est révolu.
        Pardonne.

    Aux autres.
        Mais surtout...
        Pardonne-toi,*Car le temps des sourires est venu.

     Lave ton cœur.
        Tu as trahi. On t’a trahie. Cela n’a pas d’importance.
        Tu as souffert et tu as fait souffrir. Peu importe. C’est du passé.
        Tourne-toi vers le présent et les cadeaux que la vie t’apporte déjà.

    Avant d’ouvrir tes mémoires, avant de savoir qui tu étais, tu dois pourvoir regarder ton passé sereinement, et pour cela, il faut que tu te débarrasses des pensées négatives qui te polluent et forment le sac invisible que tu traînes perpétuellement avec toi.

    Allège-toi.
        Allège-toi... Et transforme-toi.
        Transforme-toit, consciemment et avec amour.
        Avec amour.

    Mais à présent meurs.
        Elle déposa un baiser sur les lèvres gelées et m’entraîna sous l’eau avec elle.
        Ma dernière heure était venue.
        Je me noyais.

    Meurs.
        Et renais à toi-même.
        Dans les eaux de ce lac, œil de la Terre, demeure des Ondines, renais à toi-même.
        Renais à toi-même et purifie-toi.

    Tandis que sa voix résonnait dans ma tête, je sentis tout corps trembler.
        La glaciale morsure m’envahit et pénétra tout mon être.
        Désormais, je n’avais plus froid.
        J’étais le froid

    Noir, profond, sépulcral.
        Et mes larmes coulèrent. Invisibles, larmes parmi les larmes.
        Et toutes mes douleurs remontèrent à la surface.
        Celles de la petite fille que je fus, ici et ailleurs.

    Elles me transpercèrent comme autant de dagues acérées trempées dans le poison
        de la rancœur, de la colère et des regrets.
        Tristesse absolue.
         Il pleuvait en moi.

    J’étais brisée en dedans. Cassée, fracassée, déchirée. Poupée disloquée sous le poids de la souffrance.
        Il pleuvait en moi.
        Pluie salvatrice, rédemptrice.

     Écoute la complainte des Nymphes qui chantent pour toi. Elles content l’histoire de celle qui ne sut pas se laver de ses erreurs et qui se perdit dans les profondeurs des eaux et de son âme. Écoute l’histoire de Dahut....

     

     

    © Le Vaillant Martial 


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