• Fiançailles et Mariages vers 1900

     

    Comment les jeunes gens se fréquentent-ils et se choisissent-ils pour se marier ? Dans certaines régions, comme en Cornouailles, à en croire les Mémoires de Jean-Marie Dèguignet, les occasions pour les jeunes filles et les garçons de se rencontrer et de se livrer aux jeux amoureux  lors des fêtes de campagne ou pendant les travaux d’été.

    Si Perinaïg Mignon de Lannion et Morised, de Melrand, ont été assassinées pour avoir défendu leur vertu, les scènes de galanteries sont nombreuses et les histoires d’amour donnent lieu à de délicates complaintes et à des usages charmants.

    Dans la nuit qui précède le 1er mai, les garçons vont accrocher une branche d’aubépine à la porte de la maison où habite leur préférée.

    On cherche les rencontres à l’occasion des fêtes religieuses, des marchés, des travaux des champs ou des veillées.

    Les amoureux utilisent toutes les occasions pour se voir lorsqu’ils se sont remarqués et les chansons sentimentales évoquent à leur façon, tant en breton qu’en français, les tourments et les bonheurs des amours juvéniles :

    «  J’ai une bonne amie à Quimperlé (bis)

    Et j’irai la voir... dimanche au soir ... »

     

    « C’est en passant sur le pont de Morlaix 

    O la oué ! O fair holloway

    La belle Hélène j’ai rencontré... »

     

    On connaît bien l’histoire de Jean François de Nantes : » La plus belle servante l’emmène dans sa soupente... De concert avec elle, elle navigue sur la mer belle.»

     

    Dans les pays de vilaine, on danse sur des romances sentimentales

    « C’est le mois de mai, ne tardez plus car il est temps,

    Belle prenez-moi pour votre amant ! »

     

    Près de Morlaix, sur le pont de Taulé, il existait une foire de fiancés le 29 septembre : les jeunes filles assises sur des parapets, attendent le choix des jeunes gens. Le galant fait des cadeaux à l’élue de son cœur, des bouquets, des rubans, des rubans des pommes, des châtaignes.

    Dans le Morbihan, les couples sont plus poétiques :

    « Me a zob et, va dousig, oùz ho tarempréder

    Evel ma vez an eostig war ar spern gweun kludet. »

    (J’ai été ma douce à vous fréquenter comme est le rossignol sur l’arbre perché)

    Nombreuses sont les coutumes superstitieuses pour un bon mari ou pour se marier toute l’année.

    Au Croisic, comme au Faouët et dans beaucoup d’autres communes, on jette des épingles de bois dans une fente en observant si elles y tombent tout de suite.

     

    Dans la forêt de Brocéliande, les jeunes filles jetaient les épingles dans la fontaine de Barenton : si l’eau bouillonnait, elles se mariaient à Pâques.

    À Clisson, les jeunes Nantaises détachaient une pierre dans la grotte de la Garenne-Lemot pour être fécondes.

    Dans certaines régions de Bretagne, les mariages étaient préparés, voire décidés à l’avance par les familles. Ces « arrangements étaient conclus sur des complémentarités d’intérêts ou de caractère, les choix étant fait par les parents et imposés aux jeunes gens : il fallait faire un « bon mariage ».

    Parfois, quand un jeune homme veut demander la main de la fille qu’il aime ou quand on s’avise de lui trouver une épouse, on a recours à des intermédiaires qui sont les spécialistes, voire les « professionnels » pour ce genre de situation.

    Dans le premier cas en pays breton c’est le « bazvalan », littéralement celui  porte « une baguette de genêts », qui est l’ambassadeur officiel. Il est connu  comme tel et quand il fait sa visite, on sait à quoi s’en tenir. Si la famille refuse d’avance sa démarche, elle s’arrange pour le lui faire comprendre dès le début de l’entrevue pour qu’il n’ait pas peur de poser la question. La conversation porte d’abord sur les banalités : le temps qu’il fait, les travaux en cours, le voisinage et n’aborde les vrais problèmes au cours d’un temps si long que le jeune Pierre-Jakez Hélias, s’était endormi dans le lit-clos d’où il observait ce rituel...

    Exceptionnellement, les jeunes filles avaient la possibilité d’exprimer leur préférence comme dans l’île d’Arz et l’île aux Moines.

    Dans le Morbihan, le marieur s’appelait le kaour (le meneur), l’atropour, le darbodour (l’entremetteur) ou, dans le pays gallo, le bassadour (l’ambassadeur) ou le « Chaussenère » (Chausses noires).

    Ailleurs, on se fiait aux meuniers ou aux tailleurs qui connaissaient bien les familles et leur situation. Les tailleurs avaient la réputation d’être de grands causeurs et de savoir habilement mentir pour mieux présenter la situation.

    Les deux familles doivent se concentrer pour les aspects concrets de l’union projetée : dot de la jeune fille (s’il y en a une), trousseau, mobilier et biens des futurs époux, organisation des fiançailles et du mariage, invitations....

    L’affaire se traite au domicile d la jeune fille, à l’auberge ou chez le notaire si les enjeux sont importants. Un geste rituel symbolise l’accord intervenu : en Ille-Et-Vilaine, les promis s’accrochent par le petit doigt, la demoiselle dit « crochi », l’amoureux répond « crochette. »

    Dans certaines régions du Morbihan, les pères se frappaient dans la main. Ailleurs, on offrait une bague ou une épingle à foulard.

     

    Les fiançailles donnent lieu à un grand repas au pays bigouden : ce « rassemblement » permet de préparer les détails de la fête et de choisir les cavalières. À la Chapelle-neuve, près de Baud, on fait la tournée des cafés le samedi avant les noces.

    Après le repas de fiançailles, chaque famille fait visiter ses biens et ses richesses mobilières.

    Il arrive parfois qu’on se fréquente plusieurs années avant de se marier.

    Enfin, il faut faire les publications à la mairie et les « bannies » à l’église.

     

    Les mariages s’échelonnent sur plusieurs jours mais ont toujours lieu une mardi, le lundi étant réservé aux préparatifs, la noce dure trois jours, le vendredi, samedi et dimanche étant consacré aux rangements.

     

     

    Ainsi la toute la semaine était occupée par cette importante cérémonie qui se déroulait à des saisons était occupée par cette importante cérémonie qui se déroulait à des saisons privilégiées, Le Mardi gras, janvier, novembre, certains temps étant prohibés (le carême, l’avent) et d’autres impossibles car consacrés aux travaux des champs.

    Le cortège arrive à l’église en char à banc ou en défilé, précédé du biniou ou de l’accordéon.

    La cérémonie religieuse (An Eured)  a lei à 10 heures après que le curé eut vérifié que les futurs époux connaissaient bien leur catéchisme et sont de « bons chrétiens ». (Ceux qui se sont laissé aller à consommer leur union avant d’y être autorisé doivent se contenter d’une messe basse à 8 ou 9 heures)

    Après la cérémonie, les mariés vont à la sacristie payer les honoraires, parfois ils reçoivent du pain blanc et un verre de vin.

    Les cloches sonnent à toute volée en proportion de la somme qui a été versée aux sonneurs, et de midi à 1 ou 2 heures les invités et les proches font le tour des cafés des bourgs, s’arrêtant pour danser devant telle ou tel cabaret.

     

    C’est le début de la fête mais le rythme est encore mesuré car il s’agit de montrer sa joie et de montrer ses belles parures devant ceux qui ne sont pas  à la noce...

    Dans le pays Nantais (Saint–Etienne-de-Corcoué), on brûle alors un grand feu de joie.

    Chacun s’est mis sur son trente et un, la coiffe de cérémonie, la jupe la collerette sont propres au nouvel état de la mariée et portent donc des couleurs spécifiques.

    En Cornouailles, la mariée pouvait porter trois costumes différents pour les trois jours de noces. Les plus aisées arboraient une robe rouge à galons dorés d’argent, les plus modestes une robe bleue à galons d’argent. Le nombre de galons correspondait au montant de la dot.

    En Haute-Bretagne, la robe et le tablier sont particulièrement soigné : la jeune mariée porte parfois un châle de dentelle, une chaîne de montre autour du cou, un chapelet à  la main et une fleur d’oranger sur la poitrine.

    Au bourg de Batz, les jeunes mariés ont leurs plus beaux atours. L’homme porte guêtre, braies blanches enrubannées, gilet blanc à liseré rouge et noir recouvert d’une veste rouge ou brune, sur la tête un grand feutre relevé devant. La jeune femme, sous sa coiffe blanche arbore une robe de la même couleur écarlate.

    Les hommes de Pluméliau se reconnaissent à leur veste « mille boutons ». Ceux de Quimper ont trois vestes superposées.

    Un peu partout, les couronnes de fleurs d’oranger des jeunes mariés sont ensuite placées sous un globe ou offertes telles quelles en remerciement à l’autel de Vierge Marie dans l’église ou la chapelle du village.

    Les mariages variaient d’importance suivant les circonstances. Certains ne réunissaient que quelque dizaines d’invités, d’autre pouvaient rassembler des centaines, voire 1500, 2000 personnes.

    Il arrive aussi que plusieurs mariages aient lieu en même temps quand il s’agit de frères ou sœurs.

    S’il fait mauvais temps le repas a lieu sous des tentes, dans un hangar ou un grenier, mais dans la majorité des cas, on dresse des tables sur les tréteaux.

    On peut aussi creuser des fossés parallèles : les gens sont assis sur le rebord, les pieds au fond, les remblais sont utilisés comme table.

     

     

     

     

     A défaut de tables, des échelles dressées et alignées servent de bancs et chacun s’assoit face à face, la nourriture étant posée par terre

     

    Dans une noce de 1400 personnes, six travées doubles de 100 mètres contenaient l’assistance.

    Quand on a les moyens, chacun à son écuelle et son verre, quitte à louer la vaisselle à de spécialistes.

    En pays breton, chacun apporte sa cuillère de bois sculpté et partout l’on se doit d’utiliser son propre couteau. Des pichets de grès abreuvent chacun à discrétion en cidre(ou en vins dans certaines régions).

    Le repas durait quatre à cinq heures aussi chantait-t-on cette invite dans le pays de Ploërmel :

    « Mettons-nous donc à table

    Restons-y longtemps !

    Le plaisir d’être à table

    Est un plaisir charmant ! »

    Pour nourrir autant de participants, on tue plusieurs bêtes et des cuisines spéciales marmites et fourneaux le repas appelé « Fricot » « Chervad » ou « Fest »

    On sert le midi une soupe grasse (ou une soupe aux oignons), un bœuf bouilli et un ragoût. Le menu peut-être enrichi de cochonnailles : pâté de tête, andouilles, tripes et d’un rôti de veau servi parfois le soir.

    Tous ces plats sont accompagnés de chants et parfois d’un d’airs particuliers. L’arrivée du rôti est saluée par le « Son Ar Rost ».

    On termine par le gâteau breton, le far, le café et le lambig.

    Une boîte passe dans les rangs ou chacun passe son écot. A la fin du repas, biniou et bombardes, vielles et violons, accordéons ou clarinettes se mettent à jouer et les invités dansent pendant deux ou trois heures tandis que l’on dessert pour préparer le repas du soir servi à 21 ou 22 heures.

    *Le lendemain, les proches font le « retour de noces » : on mange les restes ou la noce va visiter des proches ou amis.

    Le surlendemain, c’est le repas des « pauvres » ou de ceux qui ont préparé la fête. Les mariés viennent les servir et les remercier.

    Les mendiants ont le droit à une part du festin soit le premier jour, soir à la fin du mariage.

     

    La nuit de noces donne lieu à des usages assez semblables dans toute la Bretagne. Dans les pays les plus religieux, les mariés s’abstiennent de coucher ensemble la première nuit (consacrée à Dieu), la deuxième (consacrée à la Saint Vierge) et même la troisième nuit consacrée à Saint-Joseph ou aux âmes du purgatoire.

    Dans le pays gallo, le marié dort le premier soir chez ses parents et la mariée chez sa marraine. Le premier ou deuxième soir, les maris essayent d’échapper à leurs invités pour se retrouver dans l’intimité.

     

    À Ancenis, la demoiselle d’honneur aide la mariée à se déshabiller en enlevant toutes les épingles de sa robe qui seront ensuite distribués aux jeunes filles comme porte-bonheur. En conduisant la mariée au lit-clos, on multiplie les allusions, les chansons ou les plaisanteries gaillardes et l’on sert aux époux la traditionnelle soupe au lait, agrémentée d’épices, d’ail ou de vinaigre pour évoquer les douleurs et les désillusions de l’amour. Certains la font boire à la jeune femme cuillérée par cuillérée en l’honneur du marié, du parrain de la marraine, etc...

    D’autres réveillent les mariés une heure après leur entrée dans la chambre (pays de Rennes).

    Dans le vignoble Nantais, on sert, dans le vase de nuit, des biscuits trempés dans du vin sucré ou des saucisses (pays de Retz)

    A la Gacilly, les mariés sont visités la quatrième nuit pour consommer la « Pannée » : du vin chaud  à la cannelle.

    Dans quelque cas particuliers quand un veuf se remarie avec une jeunette ou quand un homme assez âgé convole ou se remarie pour la énième fois, des chahuts le prennent pour cible, les « charivaris »

    Source : Bertrand Frelaut  Il y a un siècle... la Bretagne.

    © Le Vaillant Martial 

     


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  • Le Jeunesse

     

    (Dans les années 1880-1890, les manuels de catéchisme en breton ou en français sont obligatoires à l’école)

     

    Ce catéchisme est enseigné aux enfants par les frères, les religieuses ou par le clergé de la paroisse, soit dans les écoles, soit à l’église deux ou trois fois par semaine.

    Il faut apprendre par chœur les réponses aux questions officielles dont l’usage s’est uniformisé dans les années 1880-1890, époque où sont imprimés les manuels de catéchisme en français ou en breton.

    Un certificat d’instruction religieuse est créé en 1891 avec épreuves orales et écrites.

    La première communion fixée à l’origine à 12 ans est abaissée par Pie X à 7 ans, l’âge de raison.

     


    La communion solennelle et la confirmation s’établissent en cérémonies distinctes à partir de cette date. Elles donnent lieu à des processions très importantes où les jeunes, revêtus d’habits de fête, portent avec ferveur un immense cierge, qu’ils tiennent droit devant eux.

     

     

    Procession de communion à Pluméliau.

     

     

    La communion solennelle à Châteaulin 

     

    Jusqu’à leur communion solennelle, les enfants doivent être assidus à la grand-messe dominicale et aux vêpres.

     

    Ils sont souvent recrutés comme enfant de chœur pour servir la messe, accompagner le prêtre dans les processions, le précéder quand il va donner la communion aux malades : le viatique.

    Ils portent les cierges la croix, les lanternes de processions et s’occupent de l’encensoir, certains chantent dans les chorales avant de faire partie des premiers patronages qui apparaissent dans les années 1900 à Saint-Brieuc, Nantes, Rennes, Brest, Morlaix, Fougères, mais aussi dans les chefs-lieux  de canton.

    Les fillettes sont sollicitées pour air partie des « Enfants de Marie » ou de congrégations pieuses.

    Elles portent un ruban et une médaille, leur bannière ou posent pour la photo comme des religieuses avant leurs vœux.

     

    C’est vers 6-7 ans que les enfants doivent aller à l’école apprendre la lecture, l’écriture, le calcul et la morale mais, bien que la loi Guizot ait obligé en 1833 toutes les communes de plus de 500 habitants à avoir une école primaire, la Bretagne accuse un certain retard en 1860 par rapport à d’autres régions comme la Normandie.

    On a pu mesurer l’illettrisme dans les années 1860-1870 grâce à l’étude des archives de la circonscription ou des registres de baptême.

    En 1876, 45% des conjoints ne signent pas leur acte dans les Côtes-du-Nord. Dans le département du Finistère, le nombre des conscrits illettrés passe de 60% en 1859 à 5 % en 1913.

    La carte des conscrits analphabètes en 1899 fait apparaitre une succession d’auréoles concentriques. Le Finistère centre et le sud, le Morbihan de l’Ouest comportent de 40 à 50 d’illettrés et plus on se dirige vers Nantes et Rennes, plus ce taux diminues pour atteindre 12% à Brest, Ploërmel et l’est de la Bretagne.

    Ce contraste entre ces deux parties de la région s’explique par l’efficacité des écoles chrétiennes de Ploërmel, de Saint-Jean-Baptiste-de-la-salle ou des ou cinq congrégations de religieuses qui scolarisent par exemple dans le Morbihan, en 1880, 76% des filles (Sœurs de Saint-Jacut, Filles de la Sagesse, Filles de Jésus de Kermaria...). Jusqu’aux lois Jules Ferry, beaucoup d’écoles primaires communales sont, en effet, tenues par des « bonnes  sœurs » ou par des frères.

    Il n’empêche que la scolarité n’est pas encore obligatoire et les enfants ne vont pas tous à l’école parce qu’ils travaillent très tôt dans l’exploitation agricole ou en ville, soit à cause de l’éloignement des villages et des hameaux du bourg.

    Dans la région de Lannion, un tiers des enfants n’est pas scolarisé pour cette raison en 1877. Dans le Morbihan seul 50% des enfants étaient instruits vers 1850, trente ans plus tard 29% des 6-13 ans ne sont pas scolarisés en Loire-inférieure.

    C’est dire combien la législation de la troisième République qui rend l’école primaire obligatoire laïque et gratuite (1880-1887), qui laïcise le personnel des écoles puis expulse les congrégations, a provoqué des transformations en Bretagne.

    Elle a accélérée la création des écoles primaires et provoqué la naissance et l’essor d’un réseau parallèle qui scolarise parfois la majorité des enfants : 52% dans le Morbihan en 1914. Le Finistère quant à lui, comble vite son retard. Les costumes des classes de fillettes ou d’enfants encadrés par les religieuses ou les vicaires-instituteurs correspondent donc bien à la réalité de l’époque, comme celle des écoliers autour de leur « hussard noir ».


     La classe de la Bouëxière (à l’est de Rennes) en 1897 avec ses vingt-neuf garçons et ses deux instituteurs fait contraste à côté de celle des fillettes en coiffe autour de leur bonne sœur.

     

     

     

    Très tôt, jeunes gens et jeunes filles, en dehors de l’école (ou s’ils n’y vont plus) sont occupés à des tâches plus ou moins rémunérées.

    Dans le pire des cas, on n’a que sa nourriture, à 9 ou 10 ans, quand on est embauché pour garder les troupeaux : chèvres, moutons, vaches.

    Garder les vaches suscite les railleries de ceux qui pensent que c’est un métier d’innocent-incapable.

    Le « bugul » a 15 francs par an, avec sabots, pantalon, blouse et chemise. On peut aider à la moisson, lier les gerbes, battre au fléau, arracher les pommes de terre, faire les vendanges ou cueillir  les fruits.

    L’apprentissage commence très tôt, le travail en usine à partir de de 13 ans. À la conserverie Henaff, en 1907, les jeunes du pays bigouden peuvent gagner beaucoup d’argent à l’époque des haricots. A la brosserie Bullier, à Saint-Brieuc un enfant gagne 90 centimes par jour en 1889.

    Les filles cherchent des places de servantes dans les fermes voisines, les commerces les bourgs. Elles vont parfois travailler comme des domestiques chez les messieurs de la ville, quelques-unes gagnent même Paris pour être « bonnes » ou cuisinières.

    A la campagne, les garçons les plus forts et les plus expérimentés sont très recherchés par les exploitants agricoles. Ils trouvent facilement de l’embauche comme valet de ferme, voire grand valet et sont « réservés »  d’une année sur l’autre.

    Les autres vont se louer à la foire au gage, marché de la main d’œuvre rurale qui se tient  régulièrement dans certaines localités le 1er janvier à Quimper, le premier lundi de mars à Pontivy, le lendemain de la Trinité à Vigneux ou à Rennes.

    Les engagements se font souvent à la Saint-Jean, le 24 juin, pour l’année ou pour la moisson. À Lamballe, on y embauche les domestiques qui reçoivent 5 francs d’acompte.

    Depuis 1889, le service militaire de cinq ans par tirage au sort a été remplacé par un service de trois ans obligatoire pour tous.

    En 1905, il est limité à deux ans, jusqu’en 1914, où il revient à trois ans ; Tous les jeunes hommes de 21 ans sont donc obligés de passer le conseil de révision au chef-lieu de canton. Ce déplacement est un jour de fête pour ceux de la même classe qui, après pesage devant le jury chargé de vérifier leurs aptitudes au service militaire, défilent dans les rues en chantant, font la tournée des cafés, achètent cocardes et rubans pour célébrer  ce « rite de passage » à l’âge d’homme.

     

     

    On prend souvent une photo souvenir, puis les conscrits partent ensuite vers leur garnison, plus ou moins proches, et, dans ces villes, ils découvrent l’instruction militaire, la langue et la patrie françaises, un autre mode de vie, très différent de celui des ruraux.

     La photo avec les camardes en uniforme permet de donner des nouvelles à la famille ou à quelque promise, peut-être un peu inquiète de cet exil dont les prêtres dénoncent les dangers pour la foi et les mœurs.

     

    Cette initiation militaire et civique, ravivée par les périodes et les manœuvres, a été un puissant moyen d’uniformisation  et d’éducation pour les jeunes des diverses provinces françaises.

    Source : Bertrand Frelaut  Il y a un siècle... la Bretagne.

     

    © Le Vaillant Martial 


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  • Naissance & Enfance 

    Selon la morale religieuse, il faut suivre le précepte « croissez et multipliez-vous », le mariage n’ayant d’autre finalité que d’avoir des enfants et toute relation est interdite avant de passer devant monsieur le Maire et monsieur le curé. Les naissances « illégitimes » sont néanmoins fréquentes, en ville comma à la campagne et les nouveau-nés non désirés ont un avenir problématique.

    Pendant longtemps, ils sont abandonnés, c'est-à-dire confiés à un couvent ou à un hospice. Un procédé anonyme, dénommé « le tour », permet de les déposer sans se faire connaître : en 1859 la ville de Saint-Brieuc reçoit 165 enfants au « tour ». On décide de supprimer ce procédé en 1862.

    L’infanticide sévit aussi et les journaux s’en font parfois l’écho d’une manière laconique et bureaucratique : la « mère dénaturée » est déférée à la justice.

    La doctrine populationniste de l’Église n’est donc pas appliquée partout et s’il existe des familles très nombreuses, de 10 enfants ou plus, l’image d’une Bretagne prolifique ne correspond pas tout à fait à la réalité.  À une époque où le nombre moyen d’enfants par famille est de 2,59en France, il est de 3,3 à3,4 dans les départements Bretons.

    En 1891, un tiers des familles bretonnes ont plus de 4 enfants contre un cinquième dans l’hexagone. Finistère et Morbihan sont particulièrement féconds.

    En d’autres termes la natalité est supérieure à la moyenne française mais en recul au début du XIXe siècle : elle évolue de 17 à 23,6% pour la Bretagne de 1890 à 1891, contre 23 et 19% pour l’ensemble du pays.

    La mortalité baisse mais celle des enfants de moins de 1 an est encore forte puisque dans les années 1880, elle touche 13 à 18 enfants sur 100, suivant que l’on e trouve en Loire-Inférieure ou dans le Finistère.

    Les accouchements sont un évènement auquel le père n’assiste pas et le nouveau-né reçoit les premiers soins des accoucheuses qui dit-on n’hésitent pas à lui masser la tête pour remodeler la boîte crânienne.


     

    Sortie de baptême au Folgoët, on se prépare à distribuer les dragées...

    La plupart des femmes accouchent chez elles avec l’aide de « commères » qui connaissent les usages et qu’on va chercher dès les premières douleurs.

    Exceptionnellement on fait appel au médecin et aux sages-femmes qui  sont encore peu nombreuses (en 1890, 8 pour 100.000 habitants dans les Côtes du Nord pour une moyenne nationale de 37).


     

    Sortie de baptême à Plougastel, la cérémonie est simple et ne rassemble que peu de monde.



     

    C’est donc une image idéalisée que nous représente la peinture de l’époque. Le père qui revient du jardin où il a ramassé ses légumes (panier de poireaux) a posé son chapeau, s’est assis sur la banc-coffre pour admirer son enfant qu’il commence à bercer. Il est comblé, comme la jeune maman qui, elle contemple son mari avec un regard amoureux. Admiratif, reconnaissant ou soulagé ?

    Le chien lui-même participe à ce bonheur, le museau dressé vers on maître.

    En arrière, au pied d’un riche vaisselier, la vieille femme dos tourné, pieds nus (grand-mère ou accoucheuse), s’affaire déjà dans quelque rangement, le tout sous un bénitier comme pour rappeler que tout heureux évènement ne saurait venir que grâce à Dieu.

     

    On baptise les enfants le plus tôt possible de préférence le jour de leur naissance, car un bébé mort sans baptême est privé de paradis. Son âme erre à la recherche du salut dans ce lieu vague et incertain appelé les limbes, à moins qu’elle ne vienne importuner les vivants. On croyait parfois qu’elle se transformait en oiseau.

    Les parrains et marraines choisissent le prénom si les parents ne l’ont pas fait, il est d’usage dans certaines communes, qui lui donnent le leur suivi de Marie.

    La cérémonie est simple et rassemble peu de monde : le père, le parrain, la marraine, la matrone qui a fait l’accouchement et quelques parents proches. Le prêtre lui chante u Te Deum, on signe les registres à la sacristie.

    À Saint-Guinoux, la marraine lave les mains du célébrant. Le bedeau sonne trois coups de cloche pour un garçon, deux pour fille, mis à Vitré, les premiers ont le droit à neuf coups et les filles à douze (aucune sonnerie en revanche pour les enfants naturels dans la plupart des paroisses).

    À la sortie de l’église, le cortège réduit à la famille proche, prépare des dragées pour les gamins. A défaut de piécettes, elles seront lancées à la volée.

    Le bébé est porté par la marraine (ou par l’accoucheuse) dans un châle blanc et pendant huit ou neuf jours, il est coiffé d’un bonnet brodé.

    La demi-douzaine ou la dizaine de personnes fait alors la tournée des cafés pour arroser l’événement et, dans certaines régions, un repas plus important que de coutume est servi au cabaret ou à la maison ; Il comporte les aliments habituels mais la boisson est plus diversifiée et plus abondante.

    La mère reprend ses activités rapidement, parfois quelques heures après la naissance.

    Quelques jours plus tard, elle doit se  présenter à l’église pour être » purifiée » : c’est la cérémonie des « relevailles ». La jeune maman est accueillie au porche, on lui donne un cierge, elle entre et reçoit une bénédiction particulière. Il s’agit à la fois d’une action de grâce en remerciement de l’heureuse naissance et d’une autorisation de retourner à ses activités ordinaires, comme si l’accouchement avait constitué une rupture.

    Une consécration à la Vierge-Marie termine la cérémonie.

    Dans les Côtes-du-Nord, les relevailles sont plus solennelles : quinze jours après la naissance, les parents, le parrain, marraine, la matrone, le bedeau et un mendiant participent à un repas de relevailles : « La relevée du pignon ». En Morbihan c’est l’occasion de donner un cadeau au recteur.

    Sitôt le poupon né, il est empaqueté comme une momie dans les langes et les bandelettes qui lui serrent le corps et les reins, car on pense ainsi on pense ainsi lui fortifier ses jambes, éviter qu’il ne boite ou n’ait mal au ventre.

    Il demeure dans son berceau plusieurs mois (dix à douze), allaité et changé par sa mère qui n’hésite pas à le transporter avec elle quand elle dans ses déplacements de travail, quitte à le mettre dans un panier quand elle va aux champs ou à le suspendre à un arbre. En filant sa quenouille, elle peut surveiller le nourrisson, lui chanter des comptines ou des « berceuses » pour l’endormir.


     

    Toute mère se fait une fierté d’avoir du lait : des prières et des dévotions diverses auprès de tel saint ou telle sainte sont fréquemment utilisées.

    Certaines mères allaitent d‘autres enfants gratuitement quand il s’agit de voisin et de parents mais on peut être nourrice appointée pour les bébés de la ville, au risque de négliger sa propre progéniture quand l’appât du gain est trop fort. Certaines femmes peuvent ainsi s’absenter deux ou trois mois ce qui peut entrainer un regain de mortalité chez leurs propres enfants.

    Un bureau de placement est créé à Moncontour, puis s’installe à Saint-Carreuc au début du siècle.

    Là où il n’y a pas d’allaitement, on recourt à des biberons de verre ou de terre munis d’une tétine primitive. On signale même le cas de triplés nourris du lait d’une bouteille à laquelle était fixé un tuyau à trois sorties, à Saint-Guinoux  au sud de Saint-Malo.

    En plus du lait, les bébés commencent à manger d’autres aliments dès les premières semaines, des bouillies notamment. Il existe des cas où ils goûtent aussi très tôt au cidre ou l’eau de vie !

    L’enfant fait ses premiers pas dès qu’il est démailloté et l’on utilise parfois d’ingénieux chariots à glissières, sortes de parcs ou  trotte-bébés, qui se déplient et s’agrandissent au fur et à mesure que la mobilité et la station debout sont acquises.


     

    Quand ils commencent à marcher, les petits, qu’ils soient filles ou garçons, portent la robe brodée ou a plis et franges que l’on se contente d’abattre quand ils deviennent plus grands. Un tablier, des collerettes ou des bavoirs et un bonnet à quartier complètent le costume de tous les jours.

    Le dimanche la robe est plus colorée, elle est brodée comme le bonnet qui est orné de perles de verre et de cabochons. Celui des garçons se termine par un gland de fils et de verroteries sur l’arrière

     

     

     

     

    Source : Bertrand Frelaut  Il y a un siècle... la Bretagne.

     

    « Galerie de portraits... »

     

        

     

    © Le Vaillant Martial 


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