• Bretagne il y a un siècle ...

    Us et Coutumes en Bretagne entre 1890 et 1940 ...

  • Foires et Marchés

     

    Si les Bretons sont au trois quarts des ruraux en 1900 et vivent donc en majorité à la campagne, ils se déplacent pour aller au marché dans les chefs-lieux de canton ou les petites villes du voisinage où se tiennent les foires et les fêtes locales. Ils sont aussi assidus aux pardons et aux assemblées et certains commencent à emprunter le chemin de fer puisque les grandes lignes sont construites dès 1851 (Nantes), 1857 (Rennes) pour atteindre Quimper en 19864 et Brest l’année suivante. Les réseaux départementaux  s’épanouissent ensuite.

    Il existe donc plus de 800 000 urbains dont la moitié, il est vrai, habite quatre villes : Nantes (200 000), Brest (200 000), Rennes (80 000) et Lorient (45 000).

    À côté de ces grandes villes, quelques cités à dominante administrative, militaire, ouvrière ou commerçante encadrent le territoire breton et sont parfois des relais temporaires entre un exode rurale proche et un autre lointain, vers Paris : les cinq préfectures ou la vingtaine de sous-préfectures comme Quimper, Saint-Brieuc Vannes, Châteaulin, Guingamp, Lannion, Redon, Châteaubriant, Ancenis, Vitré, Ploërmel... des villes ouvrières : Saint-Nazaire, Fougères, Morlaix, des villes de garnison ou d’arsenaux : Pontivy, Dinan, des ports de pêches ou les premières grandes stations balnéaires : Dinard, Concarneau... Ce réseau urbain est souvent l’héritage d’un riche patrimoine monumental.

     

    Certaines halles s’ouvrent sur la place du marché : Le Faouët, huile d’Henri Barnouin. Le marché du Faouët.


     

    Dans une situation moins connue ou moins nette, des dizaines de petites villes, petits bourgs, chefs-lieux de canton ou anciennes villes historiques, rassemblent des populations agglomérées de 1000 à 5 000 personnes qui ne correspondent peut-être pas à la définition statistique de la ville (2 000 habitants) mais en ont toutes les caractéristiques sur le plan des espaces bâtis, des fonctions commerciales ou des catégories sociales.

    C’est souvent là que se tiennent les fêtes et les marchés qui se multiplient au XIXe siècle après l’abrogation des prérogatives seigneuriales, (voire religieuses) qui les caractérisaient sous l’Ancien Régime.

    À ce type appartiennent par exemple La Rocher-Bernard, Baud, Muzillac, La Faouët en Morbihan, Lamballe, Moncontour ou Quintin dans les Côtes d’Armor, Blain, Clisson, Savenay en Loire-inférieure, Montfort-sur-Meu, Plélan, la Guerche-de-Bretagne ou Tinténiac en Ille-et-Vilaine, les communes finistériennes de Rosporden, Carhaix, Lesneven, Scaër, etc.

     

    Dinan, Marché aux cochons

    Les habitants de ces agglomérations dont il est impossible d’énumérer tous les noms, vivent souvent comme  des gens de la ville et sont souvent artisans employés ou commerçants population à laquelle ont affaire les ruraux quand ils viennent « en ville ».

    Se sent-on rural quand on habite Tréguier, Dol ou Guémené-sur-Scorff.

    Les calendriers du début du siècle égrènent du début du siècle nous égrènent les dates des principales foires.

     

     

    Dans la troisième semaine d’avril, il y en a plus d’une trentaine dans le Morbihan, et une dizaine dans les arrondissements limitrophes : une importante foire à Redon (comme tous les deux lundis du mois), deux autres à Guichen et à Lohéac, deux à Rostrenen et Belle-Ile-en-Terre, deux dans la région de Quimperlé où se tient un marché aux veaux tous les dimanches matin...

    Les grandes et moyennes villes sont ravitaillées par des marchés réguliers bi ou trihebdomadaires : Rennes (place des  lices), Tréguier (place du Martray), Auray, Questembert, Le Faouët (halles ou cohues)... On y trouve du beurre, lait, œufs, volailles, légumes.

    Les foires aux bestiaux font la célébrité de plusieurs régions. Certaines villes construisent des foirails, d’autres sont des rendez-vous réguliers pour l’acquisition des taureaux, génisses ou veaux. Lesneven  Locminé a son foirail.

    Au Huelgoat, le photographe a saisi la pesée du veau : de nombreux étalages occupent la place et les curieux s’agglutinent autour de la balance où l’on maintient un petit veau dont certains tâtent la croupe en connaisseurs.

     


    Chapeau ou bérets .., blouse des négociants, coiffes et paniers sous le bras, la foule est vivante et bigarrée

     

    Le comportement des marchands de bestiaux est traditionnel : ils observent les animaux, les examinent de près, tirent sur la queue, palpent la peau des côtes, vérifient le réflexe des jarrets, étudient les dents, les tétines, la croupe... ensuite ils proposent un prix. Refus, discussion, marchandage, départ du client qui revient sur ses pas ou attend quelque temps pour impressionner le vendeur. Le manège peut durer longtemps mais s’achève par une solennelle tape sur la paume et une tournée au débit de boisson.

     


     

    À Ancenis, les porcs sont parqués dans des enclos de bois, à Vitré, Pontrieux, Saint-Brieuc ou Lannion, ils vaquent ou ils sont tenus en laisse à la main des femmes en coiffe qui les mettent en vente. L’humour, le mépris ou la dérision les affublent de surnom en rapport avec le contexte politique ou local.

       

     

    Les marchés au porc sont également très nombreux et très suivis : ils se tiennent dans la plupart des villes, grandes ou petites, car c’est la principale alimentation en viande du début du siècle.

    Dans chaque famille élever et tuer un cochon permet d’avoir au saloir de quoi subsister, la tuerie du cochon est d’ailleurs une grande fête qui donne lieu à des réjouissances et à festins, les uns consommant les boudins, les autres confectionnant saucisses, andouilles, pâtés et autres « cochonnailles » qui durent toute l’année  comme on le voit à l’étalage de la boutique de la marchande de salaisons de Morlaix, garni de saucissons, quartiers de lards et jattes de pâtés ou de tripes.

     

     

     


    On trouve même des marchandes de crêpes qui installent leur foyer sur le bord des routes,

     

    Des cabarets qui débitent des boissons sous des tentes ou en plein air, des marchandes ambulantes vendent des images pieuses ou des allumettes et aussi « des marchandes de rien » qui sous leur parapluie, à Quintin vendant des parts de gâteaux, des parts de viande

     

     Un peu comme cette vieille femme sous son ombrelle que Paul Sérusier a lithographiée en 1894, au Huelgoat.

     

    Sévère sous sa coiffe de deuil, elle ne vend que bonbons et dans l’arrière plans d’autres veuves proposent des tissus pour gagner quelques francs ou quelques sous.

    Pour certaines personnes âgées, vendre ces petits riens, des fruits ou des légumes de leur jardin, des gâteaux, des œufs, des galettes ou des rubans était la seule façon de subsister et ne pas tomber dans la mendicité.

    © Le Vaillant Martial 


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  • Métiers de la Mer et des Canaux

          

    Au début du XIXe siècle,  plus de 50 000 personnes vivent de la mer sur les côtes des cinq départements bretons, soit environ 36 000 hommes embarqués sur les bateaux et  14 000 hommes, femmes et enfants pratiquant la pêche à pied, sans compter les milliers d’ouvrières des conserveries, les 3 000 goémoniers, les paludiers et les mariniers.

    La grande pêche est consacrée à la morue, à la sardine et au thon.

    Sur la manche, de Cancale à Paimpol, 8 000 marins sont employés, principalement dans la pêche à la morue. La vie est très dure pendant les campagnes qui se font de plus en plus loin, à partir du mois de Mars. Le travail est harassant, les conditions de vie déplorables, la promiscuité, le froid, l’absence de soins, d’intimité, de sommeil, les accidents du travail, tout s’accumule pour provoquer une quatre fois plus forte que chez les mineurs de charbon.


     

    La région de Paimpol arme pour les bancs d’Islande, à son apogée en 1895, soixante-quatorze navires accueillent des équipages souvent d’origine rurale.

    La baie de Saint-Brieuc voit cette activité péricliter tandis que Saint-Malo doit se diriger vers Terre-Neuve pour trouver du poisson. En 1913, le port a un maximum de 146 voiliers et grouille d’activités au moment de la campagne de pêche. Les difficultés d’accès aux zones de pêche, le changement des goûts alimentaires des Français et les coûts d’exploitation commencent à menacer l’économie de la morue dans les années 1910. Des milliers  de jeunes ruraux attirés par les salaires, quittent leur terroir pour aller « à Islande » ;

    Un journalier agricole, quand il trouve à s’embaucher, touche au mieux 2 francs pour une journée d’été (non nourri), un homme d’équipage 800 à 1200 francs, un mousse 200 à 500 francs. Mais l’envers du décor est terrible qu’on parle de la « Géhenne[1] »  pour ces six ou sept mois de pêche.

    En 1904, Anatole Le Braz dénonce le sort des « Mousses, enfants martyrs ». Une véritable traite d’enfants, les « graviers » sévit chez les novices d’Islande. Un alcoolisme chronique aggrave la situation.

    La mortalité à bord, les disparitions en mer et les naufrages provoquent plus de 2 000 morts entre 1852 et 1935. En 1902, 50 Islandais ont péri en mer, en 1902 le « Cousins réunis » fait naufrage avec 102 graviers[2]. Les murs des disparus de Ploubalzennec et Plouèzec  attestent ces chiffres terrifiants qui ne font oublier ni les romances de Loti et Botrel, ni les maigres pensions versées aux veuves et aux orphelins.

    La côte Atlantique du Croisic à Audierne, est une des principales zones de pêche à la sardine, puis au thon, offrant des emplois à des milliers de Bretons qui quittent ainsi leurs communes rurales surpeuplées pour grossir la population des ports des trois départements les plus méridionaux.

    Les bancs de sardines sont légion jusqu’au début du XXe siècle sur le littoral de Bretagne Sud. De mai à juin, le poisson remonte de Vendée vers le Finistère et la saison commence alors pouvant s’étaler jusqu’à la fin septembre.


     

    L’invention des conserves  à l’huile permet le traitement des sardines que des milliers de femmes étêtent, vident, salent, sèchent et font frire avant que les soudeurs-boîtiers ne les enferment dans leur boîtes de fer-blanc.

    Les deux tiers de la pêche vont au patron, le tiers restant à l’équipage. Les cinq ou six marins des pinasses ou chalutiers ont aussi droit à un panier de poissons : « la cotriade ».  Les sardinières n’ont que des salaires très faibles : les soudeurs sont mieux payés.

    À l’apogée de cette spéculation vers 1880, la Bretagne avec 132 conserveries sur les 160 de France, est presque en situation de monopole. Elle exporte 90% des conserves mondiales ! Mais déjà certains industriels avisés installent leurs usines en Espagne et au Portugal, où les coûts sont moins élevés. La concurrence se déchaine.


     

    En 1905, il y a 150 conserveries bretonnes (sur les 260 de l’hexagone) dont 33 à Concarneau, 26 à Douarnenez (dont la population est passée de 1800 à 7500 habitants), 16 à Audierne, les autres à Camaret, Etel, Guilvinec, Quimper, Pont-Aven, Port-Louis, Belle-Île, La Turballe, Le Croisic... Mais Vigo en a 137 contre 3 en 1883 !

    A la concurrence étrangère s’ajoutent la raréfaction puis la disparition de l’espèce des côtes bretonnes. Une première crise frappe en 1890-1898 mais c’est surtout celle de 1902-1907 qui s’avère désastreuse et réduit à la misère pêcheurs et ouvrières des conserveries. La motorisation (le premier chalutier à vapeur apparaît en 1898 à Lorient) modernise néanmoins le travail et permet d’étendre les zones de captures.    

       

     

    La pêche au thon se pratique à la ligne sur les deux flancs des « dundees »  reconnaissables à leur voilure élégante et à leurs tangons élancés. Elle connaît un essor à partir des années 1860-1870 sur les côtes du Morbihan.

    En 1900, une dizaine de ports abrite près de 300 bateaux qui totalisent 7700 tonneaux. Groix (Port-Tudy) domine largement avec 200 bateaux suivi d’Etel. Le Croisic et six ports Morbihannais arrivent ensuite : Le Palais, Quiberon, La Trinité ...

    En 1906 Concarneau commence ce type de pêche qui permet une diversification dans le contexte de la crise sardinière.

    Les femmes aident au débarquement du thon qui est vendu dans les criées, construites spécialement à cette époque, ou mis en conserve.

    La rétribution se fait  à la part : Les 11 parts se répartissent en 4 pour l’armement et 7 pour l’équipage, soit 5 par marin et 0,5 pour le mousse et 1,5  pour le patron.

    Une multitude de petits bateaux se livre à la pêche côtière pour le ravitaillement quotidien : maquereaux, mulets, raies, soles ou aiguillettes pêchées à la torche.

    Les Forbans et les Sinagots du golfe du Morbihan, les bisquines de cancale, les chasse-marée du Finistère, les sloops et autres gréements pittoresques se pressent et s’activent sans cesse.

    Certains ports  se sont spécialisés dans la capture des crustacés : homards et langoustes à Bénodet, Guilvinec, Audierne, Loguivy, Belle-Île, Houat, Hoëdic...

    Un peu partout sur le littoral, la pêche ou l’élevage des mollusques et des coquillages permettent de faire vivre les familles bretonnes : palourdes, ormeaux (à Perros-Guirec), bigorneaux élevés en parc au Croisic, crevette, coques, huîtres...

    Dans les estuaires, les filets et les carrelets sont fréquemment utilisés comme à Saint-Nazaire ou dans le vallon du Loch, près de Tréauray.

     

     

     

     À marée basse, pêcheurs retraités, enfants ou femmes arpentent les grèves avec leurs paniers, leurs haveneaux, leurs épuisettes ou les couteaux à débusquer, les palourdes. Il faut parfois porter des « sabots-planches » pour ne pas s’envaser mais, la plupart du temps, c’est pieds-nus et jupes retroussées que les coquetières du Mont St Michel ou les pêcheuses de Cesson se font photographier comme s’il s’agissait d’une mode.

    Les huîtres sont d’abord été pêchées à la drague sur les bancs naturels du Morbihan, de Cancale ou de Saint-Malo où à la « Caravane » des bisquines avait lieu chaque année dans des conditions très strictes.

    Dès les années 1850, à Saint-Brieuc, Damgan et Séné par exemple, sont déposées les premières de mandes de concession pour la création de parcs d’élevage des huîtres. L’ostréiculture gagne alors d’autres sites du Morbihan ou du Finistère Sud provoquant une intense activité.

    La mytiliculture se développe mais coquillages et crustacés ne sont pas encore connus partout : Pierre-Jakez Hélias nous raconte que dans son pays de Pouldreuzic à quelques kilomètres de l’océan si on se faisait une obligation de manger du poisson le vendredi (mais uniquement de la sardine et du maquereau) et d’aller ramasser des coquillages le vendredi saint, on ne savait pas ce qu’étaient les langoustes, nu les huîtres. Personne n’avait voulu des premières qui finirent sur les tas de fumiers, quant aux secondes, la bonne du médecin les avait jetées également croyant que c’était des vulgaire pierres !

    Les fleuves et les canaux bretons – canal de Nantes à Brest -, canal d’Ille et Rance – sont fréquentés par des péniches qui, à une époque où les camions n’existent pas, jouent un grand rôle dans le transport des pondéreux. Halées par des chevaux, mues à la voile et au moteur elles desservent plusieurs ports de l’intérieur et la vue assez étonnante du port de Rennes avec ses bateaux donne une idée de l’importance de ce trafic autrefois.

    Les Marais Salants

     

    Le pays de Guérande mais aussi la région de Carnac, la Trinité-sur-Mer et quelques communes du golfe du Morbihan comme Séné produisent du sel grâce à un système ingénieux et méticuleux de chauffage et d’évaporation de l’eau de mer dans une série de bassins de profondeur décroissante.

    Aux grandes marées l’eau pénètre dans une vasière puis, par des étiers, elle passe successivement dans les cobiers, des vives, des adernes pour parvenir enfin à des vastes étendues de 10 mètres sur sept : les œillets, où la profondeur n’est que de 5 centimètres.

     

    De juin à septembre les paludiers, avec leurs râbles, ratissent le sel qui s’entasse dans des petites plates-formes rondes appelées ladures. Leurs femmes ou leurs filles le transportent alors dans des jarres placées sur la tête et vont décharger sur des tas pyramidaux : les mulons. Le sel est alors mis en sac, et vendu ou stocké dans des grands magasins ou salorges. Un œillet. Un œillet peut produire 1 200 Kg de sel gris et 80 de blanc.

    À la fin du XIXe siècle, les paludiers, qui n’étaient pas propriétaires de leurs œillets, étaient réduits au quart de la récolte et ne gagnaient que 300 francs par an.

    © Le Vaillant Martial 


    [1] Géhenne : enfer, dans les écrits bibliques.   Littéraire. Souffrance presque intolérable ; supplice, torture.

    [2] Les graviers sont ces jeunes hommes embauchés devant notaire pour aller travailler la morue à Saint Pierre et Miquelon ou à Terre-Neuve sur le french shore, la partie du littoral tolérée au traité d’Utrecht en 1713. Vivant à même la grave (la grève en patois bordelais), réalisant un travail exténuant, le séchage de la morue, et transportés dans des conditions épouvantables outre-Atlantique.


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  • Les Travaux de la Terre

    Au début du siècle, la Bretagne était massivement rurale puisque 70 à 85 % des gens vivaient dans les bourgs et les villages.
        Concrètement cela signifie que l’on comptait 4500 ruraux en Ille & Vilaine ou 560 00 dans le Finistère.
        Au total en 1911, 850 00 Bretons vivent en ville et 2 400 000 (74%) à la campagne.

    La majeur partie d’entre eux était des agriculteurs qui, dans la population active, atteignaient 55% en Loire-Inférieure en 1882 ou dans le Finistère en 1911, mais jusqu’à 75% dans les Cotes d’Armor. Le pays est d’ailleurs surpeuplé par rapport à ses capacités et l’exode rural s’intensifie à partir des années 1870.

    En 1911, 400 000 Bretons vivent hors de Bretagne, dont la moitié à Paris.

    Quand les trois quart des Bretons sont ruraux, la moyenne des Française n’est que de 46%. Dans cette population, la majorité est locataire des terres : le fermage représente 45% des exploitations et la moitié du sol cultivé en Loire-Inférieure à la fin du XIXe siècle.


    Les proportions sont supérieures dans le Morbihan. Il se trouve aussi des métayers, mais comme les fermiers, ils peuvent également posséder quelques terres. Le nombre de journaliers et de domestiques est extrêmement important : plus de 670 000 dans le Finistère(1892) et 57400 dans les Côtes-du-Nord à l’époque dont 50 % de servantes de fermes. Celles-ci gagnent 98 francs par an, le maître-valet, 200 francs.

    Le nombre des exploitations est très élevé : plus de 43 000 dans le Morbihan au milieu du XIXe siècle, 89 557 dans les Côtes d’Armor en 1892, mais elles sont pour la plupart très petites.

    A Louvignè-Du-Désert les trois quart on mins de 5 hectares et à la fin du XIXe, près de 70% des exploitations Finistèriennes ont mins de 10 hectares, 62% de celle de Loire Inférieure ont moins de 5 hectares.

         

     

    De grands progrès ont lieu dans les méthodes culturales et dans l’extension des activités agricoles. Si le fermage domine, les baux de type ancien (domaine congéable) sont moins importants, ce qui favorise les nouveaux usages.

    Le partage des communaux, le progrès des moyens de communication, l’essor des techniques et de l’instruction, les défrichements, enfin, contribuent partout à transformer et moderniser lentement l’agriculture dont la production et les rendements augment pour répondre à l’essor démographique.

    Les disettes disparaissent vers 1870. Les exportations se développent.

    Les défrichements concernent le sixième du sol dans la Finistère entre 1850 et 1914 et, dans toute la région, les étendues incultes de landes tombent de 785 000 à 422 000 hectares, au risque de faire disparaître les systèmes de pacages, litières et fourrages de certaines contrées comme les landes de Lanvaux. Les départements d’Ille & Vilaine et de Loire Inférieure sont particulièrement concernés puisque les landes n’y représentent plus que 4,7et 0,8% de la superficie en 1910.

    À l’automne commencent les grands labours : il faut préparer la terre pour les récoltes à venir et la retourner plusieurs fois à l’aide de la charrue quand elle a été en jachère. Les araires de bois ont disparus au profit des charrues modernes ou des Brabants double.

    On voit bien sur les photographies des années 1900, le contraste entre la vieille charrue à soc, timon et manchon tirée par les bœufs et celle à versoir tirée par les chevaux. La première nécessite beaucoup d’efforts et ne fait qu’égratigner le sol, la seconde le retourne en profondeur, ce qui contribue à le rendre plus aéré et permet un meilleur enfouissement des graines, donc plus de rendement. Le nombre de charrues perfectionnées n’étaient que de 1169 dans le Morbihan contre 59 5852 « charrues de pays » en 1872.

    Les terres étaient enrichies de diverses façons : maërl et goémon sur les côtes du Léon, du Trégor ou de Bretagne sud, sable calcaire et chaux transportés par le canal de Nantes à Brest par les chemins de fer à voie étroite qui innervent le pays.

    Partout on utilise le fumier des étables qui a été mélangé pendant des semaines  à la litière de paille, de genêt, de feuilles morte et de lande.

    Le transport sur les champs de ce purin  putride, devenu un riche compost, était une tâche particulièrement difficile. Les vidanges des déchets des villes étaient aussi répandues sur les cultures des légumes.

    L’avoine est semée en octobre ou au printemps, le seigle et le froment en novembre avant les gelées d’hiver. À chaque fois il faut tenir compte de la lune et, sur la côte, éviter de semer  à marée basse. Parfois on asperge le champ d’eau bénite ou on y jette des grains bénis auparavant.

    Pendant l’hiver de décembre à février, les paysans s’occupent à des travaux de coupe de bois de chauffage ou de défrichements. Les arbres sont taillés et émondés suivant un cycle de neuf ans. On fait des fagots, on entretient les talus. On répare les outils.

    En Mars ont lieu les hersages et les roulages de céréales plantées en hiver.

    Le printemps était consacré aux semailles du chanvre et du mail, plus tard aux différents légumes : pommes de terre, carottes, choux betteraves, oignons... aux différents légumes : pommes de terre, carottes, choux, betteraves, oignons...

    Le foin a mûri et sa fenaison se déroule au mois de juin. Les faucheurs par équipes de trois ou quatre homes, manient la faux avec dextérité et force sous la chaleur, dans une odeur caractéristique d’herbe coupée.

    Il faut ensuite « faner » : étendre le foin, le tourner et le retourner à la fourche de bois à deux dents ou au râteau pour qu’il soit bien sec : hommes et femmes sont de la partie.


     

    On charge ensuite les charrettes d’un vigoureux coup de fourche en entassant le plus possible de foin pour remplir les greniers ou les fenils.

     

    La grande affaire, celle qui mobilise le plus les agriculteurs c’est la moisson. Pendant plusieurs semaines, couper les céréales, les battre, les vanner, occupe une main d’œuvre masculine et féminine à plein temps, depuis l’aube jusqu’ à la tombée de la nuit car il faut faire vite à cause du temps qui est précieux, et du ciel, qui peut être menaçant. Les voisins et les journaliers sont appelés à la rescousse.


     


     


     

    Le blé s’est longtemps coupé à la faucille avant l’introduction des moissonneuses-lieuses et des moissonneuses-batteuses. Il faut donc beaucoup de monde, chacun travaillant sous l’autorité du fermier, sillon par sillon, en suivant la cadence.

    Les brassées d’épis sont coupées en gerbes, liées à la main, assemblées en meules puis transportées sur l’aire à battre, espace élevé de la cour de ferme, au sol bien préparé et disposé de telle sorte que les eaux de pluie puissent rapidement s’écouler en cas d’averse.


     

    Le battage sui immédiatement la moisson et se fait au fléau. Les gerbes sont étendues et dispersées sur l’aire et les batteurs placés face à face par rangs de quatre ou six au plus. Quand ceux d’un côté lèvent leur fléau, ceux d’en face l’ont abattu pour frapper les épis et cet exercice se répète en cadence ainsi pendant plusieurs heures.

    En une journée sept ou huit « airées » ont été faites et, à chaque fois il a fallu retourner les couches d’épis pour que tout soit battu.

    On a calculé qu’on levait le fléau trente-sept fois par minute et qu’à raison de dix heures par jour, cela faisait plus de 22 000 coups dans la journée, ce qui donne un aperçu de la fatigue des « batteurs ».

    A la fin battage, on ratisse et on balaie soigneusement l’aire pour ne rien perdre. L’usage du fléau a été surpassé par la mécanisation.

    Des manèges à quatre chevaux permettent de faire tourner les tambours dans lesquels les gerbes  sont broyées pour produire le grain. Cette batteuse va si vite qu’il faut désormais tenir le rythme : délier les gerbes, les enfourner dans la machine après avoir secoué les épis en les faisant défiler entre une haie d’hommes ou de femmes.

    Plus tard la batteuse à vapeur simplifiera encore plus le travail, réduira la peine et la main d’œuvre pour transformer  les gerbes en sac de grains tout prêts.


     

    La batteuse à vapeur simplifie la tâche mais est peu répandue au début du XXe siècle

    En 1892, il y a 7 880 manèges à chevaux et 204 batteuses à vapeur (à peine 3%) dans les Côtes du Nord, en Loire-Inférieure, 3 489 manèges et 215 machines à vapeur. Le Finistère totalisait à la même époque 15 000 manèges.

     

    Une autre opération à séparer la balle du grain et les poussières : c’est le vannage. Il est fait d’abord à la main en utilisant un tamis que l’on incline et secoue doucement face au vent pour faire tomber la balle et garder le grain.


     

    Les femmes sont occupées au vannage pour séparer la balle du grain

    Plus tard on utilise le tarare ou van mécanique : en tournant la manivelle, on actionne des cribles qui font voler automatiquement. Récupérée elle remplit les paillasses et les oreillers.

    La fin du battage donne lieu à un grand et copieux festin appelé « Koèn er frailleu » (souper des fléaux) en pays Vannetais ou « Décolailles » en Haute-Bretagne pour la fête du blé noir.

    Dans le pays bigouden ce « peurzorn » permet de payer les ouvriers du battage en fonction du travail qu’ils ont fourni.

    En général, les céréales occupent 60% des terres labourables.

    Dans les départements Finistère et Côtes du Nord à la fin du XIXe siècle, le blé vient en tête avec plus de 30 % des surfaces, l’avoine(27%), le sarrasin ou le blé noir (18 à 22%), puis le seigle (15 à 17%) qui recule devant l’orge.

    Le blé est de plus en plus produit en Ille & Vilaine mais les rendements n’atteignent que 14 quintaux  à l ‘Hectare.


     

    Les cultures légumières connaissent un grand essor, surtout la pomme de terre (108 quintaux à l’hectare) qui nourrit les hommes et, de plus en plus les porcs : sa production double. Les raves, les choux, les fourrages sont de plus en plus cultivés, permettant à la Bretagne de devenir une grande région d’élevage. En 1914, la Bretagne produit 10% des porcs et 14% des bovins. Et 12 % des chevaux du pays. Elle exporte cidre, lait viande et légumes (artichauts, choux fleurs, carottes oignons, fraises, haricots, petit-pois...)

    Certaines régions sont connues pour leurs spécialités légumières : Roscoff, Saint-Pol-de Léon, Plougastel, Erdeven, Pontivy... Les côtes portent ainsi le surnom de « ceinture dorée », à cause de la richesse de leurs cultures.

    En pays Nantais, la viticulture occupe les coteaux de la basse Loire et du pays de Clisson.


     


     


     

     

    Source : Bertrand Frelaut  Il y a un siècle... la Bretagne.

    © Le Vaillant Martial 

     

     

     

     

     

     


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      Ces artisans les sont ceux qui travaillent les produits textiles. La Bretagne était réputée jadis pour ses toiles de lin et de chanvre que l’on fabriquait partout.

    Le chanvre était tissé à Locronan, Merdrignac, Dinan, Romillé  et dans la région de Noyal-sur-Vilaine - Vitré , Châteaugiron, le lin dans plusieurs dizaines de villes de Bretagne du sud et de l’est (Ancenis, Clisson, Nantes, Nort-sur-Erdre, Vannes, Lorient, La Guerche) mais surtout dans le Nord-Ouest où l’on produisait les « Crées » de Landerneau-Roscoff, les toiles de Guingamp-Lannion et les fameuses « Bretagne » de la manufacture de Quintin, Uzel et Loudéac.

     

    Au début du XXe siècle, l’évolution va très vite. Le lin est cultivé dans le Trégor, Léon et Goëlo (Saint-Brieuc). La terre soigneusement préparée est semée en mai, sarclée en juin et la récolte se fait en juillet.

    Des opérations multiples et longues se déroulent en automne pour donner le produit fini : égrenage, immersion dans des « routoirs », séchage, puis la fibre  vendue aux fileuses, doit subir le pilage, le pesselage (assouplissement) et le cardage qui consiste en un peignage dans une machine à dents de fer.

     

    Le lin peut être alors filé, au rouet où à la quenouille, ce qui est la tâche des femmes qui y consacrent tout l’hiver pour fabriquer les écheveaux ensuite achetés par  les tisserands des bourgs ou des villes. Le spectacle des fileuses est assez commun : on en trouve dans presque toutes les campagnes. Le XIXe siècle  a vu s’effondrer cette activité artisanale devant la mécanisation du nord de la France, la concurrence étrangère et la vogue sans cesse croissante du coton.

    En 1890, les derniers tisserands subsistent difficilement à Uzel ou Loudéac. La manufacture de Lin de Landerneau qui avait 2500 ouvriers en 1860, ferme en 1895 et licencie 1000 personnes.

    La production de chanvre pratiquée alors surtout dans le Vannetais, connaît la même transformation.

     

    Après égrenage puis rouissage d’une semaine ou deux dans un ruisseau (voire dans la Loire en pays nantais), la fibre est séchée, blanchie, taillée et peignée. De décembre à mars elle est filée dans les fermes puis confiée aux tisserands.

     

    (Métier à tisser)

    Dans les années 1900-1910, les fileuses et les tisserands se raréfient. Quelques ateliers de confection travaillent encore à Nantes ou Rennes mais les Bigoudens, les plus riches, nous raconte Per Jakez-Hélias  méprisent les toiles locales et lui préfèrent le drap de Montauban, au point d’être surnommés par les Quimpérois les « Montaubaned ».

    Même dans les autres régions, on voit disparaitre progressivement les vêtements de chanvre et de lin au profit du coton.


     

     

    Les Tailleurs

      Connus pour leur savoir-faire, les tailleurs ont une réputation pire que celle des meuniers, qui sont partout mal considérés.

    Ils sont méprisés par ce qu’ils ont les mains blanches et délicates, travaillant dit-on, sans fournir d’efforts physiques comme les cultivateurs. Pire ! Ils sont assis ! Il ne faut pas s’étonner que cela cache quelques défauts physiques. Ne sont-ils pas Bossus ? Cagneux ? Boiteux ?  Il est vrai que leur nom Breton : Kemener fait penser au mot « boiteux », « Kam ».

    Mais ils ont bien d’autres défauts : ils les collectionnent. Ils sont gourmands, menteurs, tricheurs, voleurs, médisants et un peu sorciers. Ils parlent un langage à part. Ils content fleurette aux jeunes filles et font la cour aux femmes... Ce sont des conteurs d’histoires et, comme ils circulent beaucoup, ils connaissent toutes les nouvelles, les secrets du pays, la vie privée des gens, ils colportent les cancans et les rumeurs.

    Cette science les rend tout de même indispensable car ils savent les contes et les légendes, ils chantent tant de ritournelles ! Ne fait-on pas appel à eux pour s’entremettre les mariages ?

    Leur compétence est proverbiale. On les retient huit jours à l’avance et, quand ils arrivent, ils s’assoient dans la grange ou sue pas de la porte, jaugeant d’un coup d’œil  le travail à faire et le réalisant avec habileté et rapidement du moins à l’époque où ils avaient encore du travail.


     

     

    Les Meuniers

      

    Les meuniers sont très influents puisqu’on doit passer par eux pour faire moudre les grains et obtenir la farine. Leur outil de travail parque le paysage. Les Moulins  à vent, à eau sont nombreux, on en comptait 837 dans le Morbihan en 1906, et presque chaque commune en possède sur ses rivières, ses coteaux ou ses étangs avant le développement des minoteries.

    Les moulins à eaux, tributaires du débit des rivières et fleuves, transforment plutôt les grains d’avoine, sarrasin et seigle pour la nourriture des animaux, mais les retenues d’eau leur assurent un travail plus régulier.

    Les moulins à marée ne fonctionnent qu’au moment de flux et de reflux à moins d’avoir stocké l’eau des marées hautes par un système de retenues à vannes.

    Dans les moulins à vent qui sont parfois d’une construction soignée (moulin du Diable) à Guérande, de Kervoyal à Damgan, de Belle-Île...), le meunier est assisté d’un mouleur (malour)  et d’un porteur de sacs (portéour).

    On le soupçonne d’être paresseux car il fait travailler les autres en écoutant le tic-tac de son moulin.

    C’est un joyeux conteur plein de malice mais un peu filou et car on lui apporte beaucoup et en échange on reçoit peu ...

    La coutume veut qu’il prélève pour prix de son travail douze livres sur cent livres de grain.

    On l’accuse d’avoir la main lourde mais aussi de s’intéresser d’un peu trop près aux jeunes filles qui viennent apporter les sacs.

     « Ha pe doste’er bled d’er sah, Toste er milener d’er plah ! »

    « Et quand la farine approchait du sac, Le meunier s’approchait de la fille ! » dit un proverbe Breton.

    Devant la concurrence des minoteries, le meunier fait sa tournée en charrette ou à cheval pour aller chercher les grains à domicile.

     

     

    Les métiers du bois

       Par leurs bois, les forêts font vivre les bûcherons, sabotiers, menuisiers, charpentiers ou tonneliers.

     


     

     

     

    Les charbonniers travaillent à l’écart, dans une chaleur et une fumée permanente, ils placent les rondins en cercle et les couvrent de terre pour que le bois s’y carbonise lentement.

        

     

     

    Les sabotiers sont des nomades car ils exploitent les coupes de hêtres en voyageant d’un coin de la forêt à l’autre ; Ils se construisent des huttes de terre sèche couverte de genêts, appelées des « loges » Un mobilier rustique entoure l’armoire et le foyer central.   

     

     

    Après avoir débité le tronc à la scie, les sabotiers à coup d’herminettes, parois et tarières, fabriquent des paires de sabots qui seront teint en rouge, en noir ou en jaune en utilisant le tanin de chêne, le noir de fumée ou les décoctions de bouleau. Un feu permanent permet de les faire sécher. Dans les forêts de Fougères, le Gâvre, Camors ou Huelgoat, cette population, qui vit de façon tribale – hommes, femmes et enfants travaillent ensemble – e mêle peu aux agriculteurs sédentaires sauf sur les marchés où elle vend sa production. Les artisans de la forêt ont donc une vie à part et sont souvent considérés comme des populations sauvages.


    Villages et campagnes de Bretagne abritent encore beaucoup de de petits métiers. Certains étaient consacrés à la maison et à son mobilier : maçons, couvreurs d’ardoises (ou de chaume jusqu’à ce que les incendies trop fréquents en interdisent l’usage), tailleurs de pierre, fabricants de meubles ou d’ustensiles comme les cuillères en bois ...

    Les chiffonniers qui autrefois achetaient les cheveux de femme arpent les routes avec leur carriole. Ce sont les « Pillaouer » ou les marchands de paillots en haute-Bretagne.

    Les menuisiers vont et viennent à domicile et se logent dans les fermes pour construire les meubles.

    Les potiers sont établis près de la matière première l’argile. Ils étaient particulièrement célèbres dans la région de Redon (Saint Jean la Poterie), à Quimper, à Chartres de Bretagne en Brière (Landieul et Kerbilé)

    Dans chaque commune ou canton se trouvent des barbiers ou perruquiers des cordiers (réputés pour être des descendants de lépreux et tenus à distance) des rémouleurs et aussi des bourreliers, selliers, charrons, forgerons et maréchaux-ferrants qui sont repérables au feu de leur forge et au bruit de leur marteau frappant l’enclume. Ils sont indispensables pour la réparation des outils, le ferrage et l’équipement des chevaux, si nombreux à l’époque. Ils sont réputés et enviés pour leur force et leur compétence.

    La recherche de combustible incombe aux déterreurs de turbe ou aux piocheurs de morta en Grande Brière.

    Dans les îles ou dans certains villages de la côte, l’absence de bois conduit à faire sécher les bouses de vaches pour s’en servir comme combustible.

    Source : Bertrand Frelaut  Il y a un siècle... la Bretagne.

     

    © Le Vaillant Martial 

     

     


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  • L’enfance ...

     

    Très tôt les petits sont appelés à travailler, par exemple en gardant les vaches.

     

    Il n’y’a pas d’école maternelle : dès qu’ils le peuvent, les jeunes aident leurs parents, s’initient aux tâches élémentaires ou donnent des petits coups de main : chercher l’eau à la fontaine de Lanriec dans des cruches ou des dame-jeanne, garder les moutons en tant que jeunes « patours ».

    Ils ne se privent pas pour jouer non plus, d’aller à la découverte des nids pour en gober les œufs, de pêcher la grenouille, faire tourner un moulin dans le courant d’un ruisseau, etc.

    Les jeux d’enfants sont incontournables : billes, saute-mouton, colin-maillard, marelle, toupie, échasses, fronde, exercices d’agilité, lancée de couteau, poupée...

    Les enfants des villes n’étaient pas en reste comme le raconte la complainte Brestoise de Jean Quémeneur.

     

     

     

     

    « Comme tous les petits enfants
                                       Il eut la « cocotte 4 ans
                                       Et la « toque » pendant queq’temps :
                                       Bref son enfance
                                      Fut celle de tous les moutards
                                      Que légitimes ou bien bâtards,
                                      On voit courir sur les remparts.
                                      À Recouvrance. »

    Dans la société rurale du début du XIXe siècle, les enfants et les jeunes gens sont les acteurs principaux d’un certain nombre de fêtes religieuses, au premier des rangs desquelles se trouve Noël.

     

    Une carte postale un peu fantaisie intitulée « Noël de Bretagne » veut nous faire revivre le rêve de la nuit de Noël. Deux enfants dorment dans leur berceau près de leur sœur au pied de la cheminée. Un angelot nimbé d’or, est apparu, et de sa main droite, apporte un cadeau.

    Au-delà d’un sujet posé pour le photographe, se retrouvent pourtant les composants de cette fête intime des familles bretonnes. Le soir du 24 décembre on place dans la cheminée une bûche plus importante que les autres qui doit brûler toute la semaine et, en attendant l’heure de la messe, les grands parents racontent les histoires et les légendes de cette nuit sacrée.

    On dit que les petits qui naissent ce soir-là ont le don de comprendre le langage des oiseaux, on dit que cette nuit-là les animaux peuvent se parler entre eux...

    On dit que tintent les cloches de la ville d’Ys, dans la baie de Douarnenez, celles d’Herbauge dans le Grandlieu.

    On dit aussi que pendant la nuit de Noël quand sonnent les douze coups de minuit les menhirs et les pierres plantées se précipitent pour boire à la rivière et qu’il est possible alors d’aller  chercher les trésors cachés à leur emplacement... (Toujours le conte des pierres de Plouhinec), Mais il faut faire vite car au douzième coup, tout reprend sa place et gare aux retardataires ! Ils peuvent être écrasés sous les pierres...

    Tout le monde va ensuite à la messe à l’église du bourg et y admire la crèche puis, au retour, les enfants trouvent un cadeau que leur a apporté le petit Jésus : des noix, des sucres roses, une orange. Le feu est alors ranimé et un modeste réveillon revigore ceux qui ont encore le courage de veiller si tard. On mange des petits blancs, des fouaces, des pains au miel et des gâteaux

     Les veillées de noël aussi l’occasion de recevoir la visite de groupe de chanteurs qui font la tournée des villages.

    Des enfants ou des jeunes gens s’en vont de porte en porte conter l’histoire de Noël et chanter des cantiques en breton ou en français. Dans la région de Nantes c’est le célèbre : « Entre le bœuf et l’âne gris ... Dors, dors le petit-fils... »

    En pays bretonnant on entendait : « Kanmonb Noël, Noël, Noël, Gannet eo Jezus hor salver Kammonb Noël ! »

    Ces tournées, qui peuvent précéder ou suivre la sainte nuit, permettaient aux mendiants de recevoir aumônes en argent en nature, gâteaux crêpes...

    La dernière  semaine de l’année est appelée la « vieille semaine ». En observant le temps qu’il fait chaque matin et chaque soir, on a une idée de celui qu’il fera les mois de l’année à venir.

    Puis c’est le nouvel  An, occasion pour le uns et les autres d’offrir ses vœux et, pour les chanteurs et les quêteurs, d’aller demander leurs étrennes de maison en maison en entonnant des ritournelles de circonstance, qui se terminent par « Eginane ! »  ou « Aguilaneu ! », dont le sens reste sujet à discussion mais qui employée uniformément par les bretonnants ou les francophones.

    C’est presque un jeu : il s’agit de poser des devinettes ou d’assaillir la personne visitée de sollicitations pour obtenir des étrennes et des bonnes choses à manger : gâteaux, cochonnailles, pain et vin.

    Les échanges de vœu se font par des ritournelles traditionnelles dont une des plus connues en pays breton était :

    « Eur bloavez mad a heètan déoc’h          Je vous souhaite une bonne année
          Yech’ed ha prospérité                             Santé et prospérité
          Hag ar baradoz é finn ho puhé ! »          Et le paradis à la fin de votre vie ! »

          L’année est ponctuée d’autres rendez-vous religieux ou profanes, où se renouvellent d’autres scènes de cette sociabilité villageoise, de cette culture d’autrefois.

    Source : Bertrand Frelaut  Il y a un siècle... la Bretagne.

    © Le Vaillant Martial 


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