• Bretagne il y a un siècle ...

    Us et Coutumes en Bretagne entre 1890 et 1940 ...

  • ... Le Linge et quelques Habits au début du siècle...

     

     

    Toutes les semaines pour le linge ordinaire, tous les mois ou les deux mois pour les vêtements et les draps, les femmes se chargent du lavage dans les étangs, douets (« doué »), lavoirs ou rivières.

    Bouilli dans une lessiveuse, le ligne est ensuite lavé à l’eau froide, frappé à grands coups de battoirs de bois, puis soigneusement essoré et mis à sécher  sur des fils ou dans les près.

    Chaque lavandière a sa brouette de bois, ses baquets et sa caisse où, agenouillée, elle est protégée de l’eau quand elle manie le battoir avec vigueur.

     

     

    Telles les voyons-nous à Cesson, Plouay, Châteaubriand ou Dol, et si la tâche est difficile et pénible, on imagine bien que les nouvelles circulent (vraies ou fausses) et que des inimitiés et des réputations se font et se défont au cœur de ces « buées », « buanderies » ou « buillées ».

    Dans les compagnes bretonnes les vêtements de tous les jours changent de forme et de tissus au cours du XIXE siècle en fonction du contexte, des modes et du prix des marchandises.

      


     

    Les vêtements de fête restent peut-être plus stables dans le temps mais connaissent aussi une évolution de telle sorte qu’il est vain de dire en quelques pages la richesse et la diversité des coiffes de Bretagne en 1900.

    On trouve moins de type originaux en Haute-Bretagne mais, plus on avance à l’ouest, plus les costumes se multiplient. Les modes vestimentaires et les coiffes se subdivisent alors en fonction des pays, des statuts familiaux ou sociaux, des jours de cérémonie ou de travail.

    Dans les années 1910-1920, on recense 66 grandes modes vestimentaires ! 3 en Loire Inférieure, 6 en Ille et Vilaine, 13 dans les Côtes-Du-Nord, 16 dans le Morbihan et 27 dans le Finistère, mais le costume de Batz et Guérande connaît plusieurs variantes, celui de Châteaulin une vingtaine, celui de Carhaix une cinquantaine !

     


     

     

    Au risque d’être un peu simpliste, il est tentant de se limiter à des exemples symboliques en opposant par exemple, ces photographies de trois bigoudens et de leurs frères avec ces deux gallèses du Morbihan oriental et leur frère (Malestroit) 

    Un même regard nous fixe encore avec détermination, mais la simplicité et la rigueur des uns contrastent avec les broderies, les velours, les dentelles des autres. Deux familles et des costumes qui résument la Basse et Haute Bretagne d’autrefois.

    L’étonnante floraison des coiffes bretonnes est l’objet d’un méticuleux  travail de broderie que les jeunes filles apprennent massivement et précocement Des ateliers en plein rassemblent plus d’une quarantaine de personnes, depuis les fillettes de 6-7 ans jusqu’aux femmes les plus âgées.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Les matrones de Tréguier initient les jeunes filles, à Audierne, celles-ci manient le crochet avec dextérité. À Fouesnant, les repasseuses de coiffes, comme dans bien des localités exercent leur art en maniant le fer rempli de charbon brûlant.

     

     

        

    La Mode masculine est moins complexe. À pont l’Abbé notamment on change le côté du gilet suivant les jours : dans la semaine le plus sobre et le dimanche le plus brodé.

    Les paysans Cornouaillais abandonnent progressivement les « bragou braz », ou braies qui font d’eux, dans le Finistère et la Bretagne centrale, l’archétype du « vieux chouan ». Leurs culottes bouffantes typiques sont nouées sous le genou sur des guêtre qui tombent jusqu’aux sabots.

    Gilet à bouton dorés, veste courte et chapeau à guides complètent le stéréotype. Les pantalons de toile, puis de velours prennent le relais : le coton remplace les toiles de lin ou de chanvre.

    En pays breton comme en pays gallo on fait durer les vêtements en les raccommodant et rapiéçant à qui mieux mieux pour éviter d’avoir à en acheter trop souvent.

     

    © Le Vaillant Martial 

     


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  • La Maison, Le Mobilier

    La maison rurale bretonne

    Jusqu’au début du XIXe siècle, on continue à construire des maisons de ferme, couvertes de chaume ou d’ardoise, mais d’assez modeste dimension pour la partie habitable car l’usage d’affecter des pièces différentes pour manger, dormir, se laver ou préparer la nourriture se répand que lentement et coûte cher.

    Le nombre de fenêtres est souvent limité et leurs dimension réduites, non par archaïsme ou ignorance des bienfaits de l’ensoleillement, mais parce que le Directoire a créé l’impôt sur les portes et les fenêtres qui subsiste jusqu’en 1917 (les législateurs de l’époque veulent frapper les signes extérieurs de richesse : avoir beaucoup de fenêtre et de couvertures larges en était un car il fallait être châtelain ou notable pour dépenser ainsi son argent, pensait-on...).

    En haut Bretagne, les  maisons de schiste, de gré ou de granit brun dominent. La toiture d’ardoise est la plus répandue mais on trouve les tuiles  à partir de Nantes mais aussi des chaumières comme sur cette photo.

     

    Les maisons des environs de Ploërmel ou de Loudéac sont également de pierre schisteuse, à un niveau avec ou sans comble, comme dans bien des villages de Bretagne-centrale. Les maisons de pierres blanchies à la chaux sont caractéristiques du littoral sud et des îles.

      

     

    La chaumière basse, ici dans un village de Scaër, est un peu le symbole des demeures bretonnes mais possède des variantes dans la forme de sa toiture, le type de pignons et de cheminées, l’appareil, les ouvertures ou la distribution des pièces.

       Force est de constater, sans tomber dans un folklore misérabiliste et masochiste que la grande majorité des maisons rurales sont encore, au début du XXe siècle, exiguës, sombres, effumées et sans grande hygiène. Elles sont parfois très belles, bien construites, bien insérées dans le paysage et leur mobilier est pittoresque, mais c’est loin d’être général et bien des villages de masures ou de taudis peuplent certaines régions.

    Il existe encore des terroirs dont la richesse a permis, à certaines époques, la construction de grandes demeures à étage avec plusieurs pièces et tour-escalier (région de Corlay, par exemple), il y a d’anciens manoirs à l’architecture soignée qui sont devenus des fermes mais l’habitat de cantons entiers est misérables, insalubre et surpeuplé.

    Orientée généralement vers le sud-est, la maison rurale est aveugle sur les autres façades pour s’abriter des vents dominant de Sud-Ouest et de Nord-Ouest, une porte pour entrer (parfois une deuxième pour le bétail), une ou deux fenêtres au rez-de-chaussée, des chiens assis ou une gerbière pour le grenier, telles sont les ouvertures les plus répandues, mais minimales.

    Pour accéder au grenier, un escalier extérieur de pierres (le « degré ») flanque la maison : il y en a deux quand il y a un grenier pour le grain et un autre pour le foin. A défaut d’escalier  on utilise une échelle que l’on accroche parfois sur la longère aveugle..

    Les toits de chaume sont faits de seigle (à condition qu’on l’ait battu au fléau) de roseaux, de joncs ou de genêts mais le danger d’incendies pousse les compagnies d’assurances à en interdire l’usage à partir de 1860.

    Les pays de schiste utilisent l’ardoise qui se répand de plus en plus, il a des ardoisières dans plusieurs régions de Bretagne : Rochefort-en-Terre, Callac. Étables, hangars, fours, puits, lavoirs (douet), caves (« Ti chistr, pour le cidre), appentis et logement de l’employé (le « Penn-Ti ») se répartissent autour de la maison. L’intérieur est constitué d’une ou plusieurs pièces selon les cas.

    On connaît encore en 1900 la pièce unique où l’étable et le logis ne sont séparés que par une cloison de bois, chacun bénéficiant en quelque sorte de la présence des uns et des autres, hommes et animaux.  


     

    Dans son ouvrage La vieille France qui s'en va, le romancier Charles Géniaux publie en 1903 des photographies de ces intérieurs dont l’édition en cartes postales diffuse un modèle assez péjoratif de la vie quotidienne en Bretagne.  Une légende précise même : «  Dans les métairies perfectionnées, une cloison en planches est évidée à la hauteur des têtes des bœufs. »

     



     

    On trouve généralement une grande pièce à vivre flanquée d’une ou plusieurs étables suivant qu’il faille abriter séparément les bovins, les porcins, les chevaux et la volaille. Le grenier à blé est au-dessus de la maison, celui du foin au-dessus de l’étable.

    La pièce mesure en moyenne 10 mètres sur 6 (ou un peu moins) : le sol est en terre battue, les murs blanchis à la chaux mais presque entièrement caché par l’alignement des meubles ; La cheminée occupe un pignon, son foyer est surélevé et flanqué de bois ou d’un fauteuil rustique pour l’aïeul(e).

    Des niches abritent pots de lait ou les cruches. Marmite de fonte, crémaillère, trépied, galettoires, bassines de cuivre, poêle à marrons, bec de résine ou plaque de cheminée  sont disposés dans l’âtre noirci de fumée.

    L’étagère de la hotte et le manteau sont l’emplacement des images pieuses, des statuettes, des fusils, et parfois, des portraits et photographies de la parenté entourés de chandeliers ou de couronnes de la mariée.

     

    L’ensemble est de pierre taillée avec supports sculptés mais dans les régions qui ne peuvent s’en procurer facilement, des coffrages de bois habillent la hotte pour dissimuler une construction de petit appareil.

    Une grande poutre de bois supporte parfois le manteau à la place du linteau de pierre, elle est recouverte d’un rideau à frange ou à broderies dans certaines communes du pays Gallo ou de Brière.

     

     

    Au plafond sont suspendus des ustensiles divers ou de la nourriture : un panier de vannerie, planche à pain à couvercle, garde-manger, charcuteries (saucisse, lard, jambon), pots, herbes séchées, écouvillons  et aussi le porte cuillère qui ressemble à  un candélabre.

     

     

    Le sol est encombré de cruches vernissées, seau de bois ou « buée » en terre cuite, balai, pelle, faitout, sabots, faitouts. Sur le long du mur qui perpendiculaire à la cheminée s’alignent les lits clos et les armoires. Le lit clos permet de gagner de la place, de rester au chaud et de s’isoler dans une pièce destinée à tous les usages. Il est souvent à portes coulissantes ornées de fuseaux ou incrustées de diverses marqueteries et de  clous de cuivre avec une date (I.H.S), une crois... De châtaignier ou de merisier (ou plus rarement de chêne), il est ciré et verni mais parfois teint de couleur rouge sang de bœuf.

    On sait qu’un menuisier d’Inguitel (canton de Plouay, Morbihan)  a réalisé un record en insérant 2360 fuseaux dans un lit clos en 1887, à Berné on est allé jusqu’à 2500.


    Certains sont des lit « demis clos » car  ils ne possèdent pas de portes mas une grande arcade, parfois fermée par des rideaux. D’autres sont à double étage, surtout pour les enfants, mais ce type semble plus rare.

     En Haute-Bretagne, les meubles sont souvent plus colorés de teintes miel ou acajou, utilisant l’If ou le merisier et subissant les influences hollandaise (Région de Dol) ou normandes (Ille & Vilaine en général).

    Le pays Nantais est un peu à part, sauf dans la presqu’île guérandaise qui se rapproche dans ce domaine du pays Vannetais. Dans toutes ces régions, le lit clos n’est pas répandu bien qu’on ait quelques lits fermés mais sans décor.

    Les anciens lits haut-bretons étaient parfois isolés par uen claire-voie mais le plus souvent à colonnes torsadées (ou quenouilles) supportant un dais ou baldaquin.

    Un bénitier de faïence jouxte souvent le lit. La literie imposante par sa hauteur, est faite d’enveloppe de paille et, chez les plus aisés, de balle d’avoine ou  de couette de plume.

    Pour accéder au lit, on escalade des bancs-coffres. Certains possèdent  des accoudoirs et des panneaux à fuseaux ou à  décor mais ils sont indissociables du lit clos. On y place le berceau  de sorte que de sa couchette, la mère peut en saisir les montants pour le balancer sur son fond cintré er faire ainsi dormir son bébé.

     

     

    On s’éclaire souvent à la chandelle de résine, à la mèche de chanvre, que l’on fabrique l’hiver ou que l’on achète aux artisans. On utilise aussi la chandelle de suif et la lampe à pétrole. Un meuble particulier contient la vaisselle, les assiettes de faïence, les écuelles, les plats, les bols, les poteries de terre-cuites, voire les bouteilles, les cruches, les brocs, les plats. Il était à l’origine destiné à égoutter la vaisselle aussi est-il constitué d’étagères ajourées, il est parfois suspendu au mur et appelé « égouttoir » mais de plus en plus, il a une fonction ostentatrice et devient le « dressoir » surmontant le plus souvent un buffet à tiroirs et vantaux avec lequel il fait corps.

     

     

    Les horloges à balancier sont incorporées au mobilier et s’enchâssent dans les coffres et boîtes sculptées, elles sont fréquentes en Haute-Bretagne mais se réduisent parfois à des œils-de-bœuf accrochés au mur..

    Une ou plusieurs armoires se succèdent à côté des lits clos ou des vaisseliers. En pays bigouden ; le « front des armoires » affiche la richesse de la famille, l’une ou l’autre ayant servie de dot de la mariée.

    Certaines sont aussi sobres à deux vantaux simples, à peine mouluré. D’autres particulièrement en Cornouailles et dans le pays rennais ou malouin sont à double cintre, à panneaux multiples (quatre ou six), à pointes de diamants, à quadrilobes ou à motifs végétaux. Elles renferment des provisions (armoires de lait) ou des vêtements.

    La variété est extrême, comme pour les bahuts, les bancs (les bancs-bahut), bancs à dossier, bancs pétrins) et quelques maisons ont aussi des bonnetières, des garde-mangers, des boites à sel...


     

     

    Devant la fenêtre qui lui apporte la lumière, la table est placée à la perpendiculaire, encadrée de bancs, exceptionnellement de chaises. C’est une table-coffre ou huche à plateau coulissant ou à tiroir, elle renferme le lard, le beurre, le pain et autres aliments qui doivent être à l’abri des souris. On ne peut donc pas placer ses genoux sous la table, ni manger trop près d’elle.

     

    À côté, un charnier conserve la viande de porc salée. Les bancs sont décorés de fuseaux et possèdent des accoudoirs dissimulant des boîtes de rangement, ils servent aussi de coffres. Bassines ou auges de pierre tiennent lieu d’évier.

     

    Dans les jours ordinaires, un paysan du Léon consomme quatre à cinq repas. Le matin, une soupe, du pain, du beurre ou du lard. À midi, bouillie d’avoine, pain, beurre et lait à discrétion. En fin d’après –midi une collation est servie comme celle du matin : le repas du soir est à base de soupe et de « kig ha farz » plat de viande et de bouillie. Les jours maigres, on mange du blé noir et des bouillies.

     


     

    Un homme qui travaille aux champs dévore 3 livres de pain par jour, boit 2 litres d’eau et 2 litre de lait (en été 3 litres de lait et 4 litres d’eau). Ces rations de 1912, dont le coût par repas est de l’ordre de 0,30 à 0,45 franc, sont frustres et minimales. Elles sont plus riches et diversifiées dans d’autres cantons : galettes de pomme de terre, poisson, œufs, volaille ou viande fraîche plus rarement. Elles montrent que, dans bien des cas, la cuisine  n’était pas très variée et ne nécessitait pas d’installations développées. On se rattrapait les jours de fêtes : mariages, baptême, fêtes religieuses, tuerie de cochon, fin de la moisson...

    © Le Vaillant Martial 

     

     

     

                                                       


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  • Foires et Marchés

     

    Si les Bretons sont au trois quarts des ruraux en 1900 et vivent donc en majorité à la campagne, ils se déplacent pour aller au marché dans les chefs-lieux de canton ou les petites villes du voisinage où se tiennent les foires et les fêtes locales. Ils sont aussi assidus aux pardons et aux assemblées et certains commencent à emprunter le chemin de fer puisque les grandes lignes sont construites dès 1851 (Nantes), 1857 (Rennes) pour atteindre Quimper en 19864 et Brest l’année suivante. Les réseaux départementaux  s’épanouissent ensuite.

    Il existe donc plus de 800 000 urbains dont la moitié, il est vrai, habite quatre villes : Nantes (200 000), Brest (200 000), Rennes (80 000) et Lorient (45 000).

    À côté de ces grandes villes, quelques cités à dominante administrative, militaire, ouvrière ou commerçante encadrent le territoire breton et sont parfois des relais temporaires entre un exode rurale proche et un autre lointain, vers Paris : les cinq préfectures ou la vingtaine de sous-préfectures comme Quimper, Saint-Brieuc Vannes, Châteaulin, Guingamp, Lannion, Redon, Châteaubriant, Ancenis, Vitré, Ploërmel... des villes ouvrières : Saint-Nazaire, Fougères, Morlaix, des villes de garnison ou d’arsenaux : Pontivy, Dinan, des ports de pêches ou les premières grandes stations balnéaires : Dinard, Concarneau... Ce réseau urbain est souvent l’héritage d’un riche patrimoine monumental.

     

    Certaines halles s’ouvrent sur la place du marché : Le Faouët, huile d’Henri Barnouin. Le marché du Faouët.


     

    Dans une situation moins connue ou moins nette, des dizaines de petites villes, petits bourgs, chefs-lieux de canton ou anciennes villes historiques, rassemblent des populations agglomérées de 1000 à 5 000 personnes qui ne correspondent peut-être pas à la définition statistique de la ville (2 000 habitants) mais en ont toutes les caractéristiques sur le plan des espaces bâtis, des fonctions commerciales ou des catégories sociales.

    C’est souvent là que se tiennent les fêtes et les marchés qui se multiplient au XIXe siècle après l’abrogation des prérogatives seigneuriales, (voire religieuses) qui les caractérisaient sous l’Ancien Régime.

    À ce type appartiennent par exemple La Rocher-Bernard, Baud, Muzillac, La Faouët en Morbihan, Lamballe, Moncontour ou Quintin dans les Côtes d’Armor, Blain, Clisson, Savenay en Loire-inférieure, Montfort-sur-Meu, Plélan, la Guerche-de-Bretagne ou Tinténiac en Ille-et-Vilaine, les communes finistériennes de Rosporden, Carhaix, Lesneven, Scaër, etc.

     

    Dinan, Marché aux cochons

    Les habitants de ces agglomérations dont il est impossible d’énumérer tous les noms, vivent souvent comme  des gens de la ville et sont souvent artisans employés ou commerçants population à laquelle ont affaire les ruraux quand ils viennent « en ville ».

    Se sent-on rural quand on habite Tréguier, Dol ou Guémené-sur-Scorff.

    Les calendriers du début du siècle égrènent du début du siècle nous égrènent les dates des principales foires.

     

     

    Dans la troisième semaine d’avril, il y en a plus d’une trentaine dans le Morbihan, et une dizaine dans les arrondissements limitrophes : une importante foire à Redon (comme tous les deux lundis du mois), deux autres à Guichen et à Lohéac, deux à Rostrenen et Belle-Ile-en-Terre, deux dans la région de Quimperlé où se tient un marché aux veaux tous les dimanches matin...

    Les grandes et moyennes villes sont ravitaillées par des marchés réguliers bi ou trihebdomadaires : Rennes (place des  lices), Tréguier (place du Martray), Auray, Questembert, Le Faouët (halles ou cohues)... On y trouve du beurre, lait, œufs, volailles, légumes.

    Les foires aux bestiaux font la célébrité de plusieurs régions. Certaines villes construisent des foirails, d’autres sont des rendez-vous réguliers pour l’acquisition des taureaux, génisses ou veaux. Lesneven  Locminé a son foirail.

    Au Huelgoat, le photographe a saisi la pesée du veau : de nombreux étalages occupent la place et les curieux s’agglutinent autour de la balance où l’on maintient un petit veau dont certains tâtent la croupe en connaisseurs.

     


    Chapeau ou bérets .., blouse des négociants, coiffes et paniers sous le bras, la foule est vivante et bigarrée

     

    Le comportement des marchands de bestiaux est traditionnel : ils observent les animaux, les examinent de près, tirent sur la queue, palpent la peau des côtes, vérifient le réflexe des jarrets, étudient les dents, les tétines, la croupe... ensuite ils proposent un prix. Refus, discussion, marchandage, départ du client qui revient sur ses pas ou attend quelque temps pour impressionner le vendeur. Le manège peut durer longtemps mais s’achève par une solennelle tape sur la paume et une tournée au débit de boisson.

     


     

    À Ancenis, les porcs sont parqués dans des enclos de bois, à Vitré, Pontrieux, Saint-Brieuc ou Lannion, ils vaquent ou ils sont tenus en laisse à la main des femmes en coiffe qui les mettent en vente. L’humour, le mépris ou la dérision les affublent de surnom en rapport avec le contexte politique ou local.

       

     

    Les marchés au porc sont également très nombreux et très suivis : ils se tiennent dans la plupart des villes, grandes ou petites, car c’est la principale alimentation en viande du début du siècle.

    Dans chaque famille élever et tuer un cochon permet d’avoir au saloir de quoi subsister, la tuerie du cochon est d’ailleurs une grande fête qui donne lieu à des réjouissances et à festins, les uns consommant les boudins, les autres confectionnant saucisses, andouilles, pâtés et autres « cochonnailles » qui durent toute l’année  comme on le voit à l’étalage de la boutique de la marchande de salaisons de Morlaix, garni de saucissons, quartiers de lards et jattes de pâtés ou de tripes.

     

     

     


    On trouve même des marchandes de crêpes qui installent leur foyer sur le bord des routes,

     

    Des cabarets qui débitent des boissons sous des tentes ou en plein air, des marchandes ambulantes vendent des images pieuses ou des allumettes et aussi « des marchandes de rien » qui sous leur parapluie, à Quintin vendant des parts de gâteaux, des parts de viande

     

     Un peu comme cette vieille femme sous son ombrelle que Paul Sérusier a lithographiée en 1894, au Huelgoat.

     

    Sévère sous sa coiffe de deuil, elle ne vend que bonbons et dans l’arrière plans d’autres veuves proposent des tissus pour gagner quelques francs ou quelques sous.

    Pour certaines personnes âgées, vendre ces petits riens, des fruits ou des légumes de leur jardin, des gâteaux, des œufs, des galettes ou des rubans était la seule façon de subsister et ne pas tomber dans la mendicité.

    © Le Vaillant Martial 


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  • Métiers de la Mer et des Canaux

          

    Au début du XIXe siècle,  plus de 50 000 personnes vivent de la mer sur les côtes des cinq départements bretons, soit environ 36 000 hommes embarqués sur les bateaux et  14 000 hommes, femmes et enfants pratiquant la pêche à pied, sans compter les milliers d’ouvrières des conserveries, les 3 000 goémoniers, les paludiers et les mariniers.

    La grande pêche est consacrée à la morue, à la sardine et au thon.

    Sur la manche, de Cancale à Paimpol, 8 000 marins sont employés, principalement dans la pêche à la morue. La vie est très dure pendant les campagnes qui se font de plus en plus loin, à partir du mois de Mars. Le travail est harassant, les conditions de vie déplorables, la promiscuité, le froid, l’absence de soins, d’intimité, de sommeil, les accidents du travail, tout s’accumule pour provoquer une quatre fois plus forte que chez les mineurs de charbon.


     

    La région de Paimpol arme pour les bancs d’Islande, à son apogée en 1895, soixante-quatorze navires accueillent des équipages souvent d’origine rurale.

    La baie de Saint-Brieuc voit cette activité péricliter tandis que Saint-Malo doit se diriger vers Terre-Neuve pour trouver du poisson. En 1913, le port a un maximum de 146 voiliers et grouille d’activités au moment de la campagne de pêche. Les difficultés d’accès aux zones de pêche, le changement des goûts alimentaires des Français et les coûts d’exploitation commencent à menacer l’économie de la morue dans les années 1910. Des milliers  de jeunes ruraux attirés par les salaires, quittent leur terroir pour aller « à Islande » ;

    Un journalier agricole, quand il trouve à s’embaucher, touche au mieux 2 francs pour une journée d’été (non nourri), un homme d’équipage 800 à 1200 francs, un mousse 200 à 500 francs. Mais l’envers du décor est terrible qu’on parle de la « Géhenne[1] »  pour ces six ou sept mois de pêche.

    En 1904, Anatole Le Braz dénonce le sort des « Mousses, enfants martyrs ». Une véritable traite d’enfants, les « graviers » sévit chez les novices d’Islande. Un alcoolisme chronique aggrave la situation.

    La mortalité à bord, les disparitions en mer et les naufrages provoquent plus de 2 000 morts entre 1852 et 1935. En 1902, 50 Islandais ont péri en mer, en 1902 le « Cousins réunis » fait naufrage avec 102 graviers[2]. Les murs des disparus de Ploubalzennec et Plouèzec  attestent ces chiffres terrifiants qui ne font oublier ni les romances de Loti et Botrel, ni les maigres pensions versées aux veuves et aux orphelins.

    La côte Atlantique du Croisic à Audierne, est une des principales zones de pêche à la sardine, puis au thon, offrant des emplois à des milliers de Bretons qui quittent ainsi leurs communes rurales surpeuplées pour grossir la population des ports des trois départements les plus méridionaux.

    Les bancs de sardines sont légion jusqu’au début du XXe siècle sur le littoral de Bretagne Sud. De mai à juin, le poisson remonte de Vendée vers le Finistère et la saison commence alors pouvant s’étaler jusqu’à la fin septembre.


     

    L’invention des conserves  à l’huile permet le traitement des sardines que des milliers de femmes étêtent, vident, salent, sèchent et font frire avant que les soudeurs-boîtiers ne les enferment dans leur boîtes de fer-blanc.

    Les deux tiers de la pêche vont au patron, le tiers restant à l’équipage. Les cinq ou six marins des pinasses ou chalutiers ont aussi droit à un panier de poissons : « la cotriade ».  Les sardinières n’ont que des salaires très faibles : les soudeurs sont mieux payés.

    À l’apogée de cette spéculation vers 1880, la Bretagne avec 132 conserveries sur les 160 de France, est presque en situation de monopole. Elle exporte 90% des conserves mondiales ! Mais déjà certains industriels avisés installent leurs usines en Espagne et au Portugal, où les coûts sont moins élevés. La concurrence se déchaine.


     

    En 1905, il y a 150 conserveries bretonnes (sur les 260 de l’hexagone) dont 33 à Concarneau, 26 à Douarnenez (dont la population est passée de 1800 à 7500 habitants), 16 à Audierne, les autres à Camaret, Etel, Guilvinec, Quimper, Pont-Aven, Port-Louis, Belle-Île, La Turballe, Le Croisic... Mais Vigo en a 137 contre 3 en 1883 !

    A la concurrence étrangère s’ajoutent la raréfaction puis la disparition de l’espèce des côtes bretonnes. Une première crise frappe en 1890-1898 mais c’est surtout celle de 1902-1907 qui s’avère désastreuse et réduit à la misère pêcheurs et ouvrières des conserveries. La motorisation (le premier chalutier à vapeur apparaît en 1898 à Lorient) modernise néanmoins le travail et permet d’étendre les zones de captures.    

       

     

    La pêche au thon se pratique à la ligne sur les deux flancs des « dundees »  reconnaissables à leur voilure élégante et à leurs tangons élancés. Elle connaît un essor à partir des années 1860-1870 sur les côtes du Morbihan.

    En 1900, une dizaine de ports abrite près de 300 bateaux qui totalisent 7700 tonneaux. Groix (Port-Tudy) domine largement avec 200 bateaux suivi d’Etel. Le Croisic et six ports Morbihannais arrivent ensuite : Le Palais, Quiberon, La Trinité ...

    En 1906 Concarneau commence ce type de pêche qui permet une diversification dans le contexte de la crise sardinière.

    Les femmes aident au débarquement du thon qui est vendu dans les criées, construites spécialement à cette époque, ou mis en conserve.

    La rétribution se fait  à la part : Les 11 parts se répartissent en 4 pour l’armement et 7 pour l’équipage, soit 5 par marin et 0,5 pour le mousse et 1,5  pour le patron.

    Une multitude de petits bateaux se livre à la pêche côtière pour le ravitaillement quotidien : maquereaux, mulets, raies, soles ou aiguillettes pêchées à la torche.

    Les Forbans et les Sinagots du golfe du Morbihan, les bisquines de cancale, les chasse-marée du Finistère, les sloops et autres gréements pittoresques se pressent et s’activent sans cesse.

    Certains ports  se sont spécialisés dans la capture des crustacés : homards et langoustes à Bénodet, Guilvinec, Audierne, Loguivy, Belle-Île, Houat, Hoëdic...

    Un peu partout sur le littoral, la pêche ou l’élevage des mollusques et des coquillages permettent de faire vivre les familles bretonnes : palourdes, ormeaux (à Perros-Guirec), bigorneaux élevés en parc au Croisic, crevette, coques, huîtres...

    Dans les estuaires, les filets et les carrelets sont fréquemment utilisés comme à Saint-Nazaire ou dans le vallon du Loch, près de Tréauray.

     

     

     

     À marée basse, pêcheurs retraités, enfants ou femmes arpentent les grèves avec leurs paniers, leurs haveneaux, leurs épuisettes ou les couteaux à débusquer, les palourdes. Il faut parfois porter des « sabots-planches » pour ne pas s’envaser mais, la plupart du temps, c’est pieds-nus et jupes retroussées que les coquetières du Mont St Michel ou les pêcheuses de Cesson se font photographier comme s’il s’agissait d’une mode.

    Les huîtres sont d’abord été pêchées à la drague sur les bancs naturels du Morbihan, de Cancale ou de Saint-Malo où à la « Caravane » des bisquines avait lieu chaque année dans des conditions très strictes.

    Dès les années 1850, à Saint-Brieuc, Damgan et Séné par exemple, sont déposées les premières de mandes de concession pour la création de parcs d’élevage des huîtres. L’ostréiculture gagne alors d’autres sites du Morbihan ou du Finistère Sud provoquant une intense activité.

    La mytiliculture se développe mais coquillages et crustacés ne sont pas encore connus partout : Pierre-Jakez Hélias nous raconte que dans son pays de Pouldreuzic à quelques kilomètres de l’océan si on se faisait une obligation de manger du poisson le vendredi (mais uniquement de la sardine et du maquereau) et d’aller ramasser des coquillages le vendredi saint, on ne savait pas ce qu’étaient les langoustes, nu les huîtres. Personne n’avait voulu des premières qui finirent sur les tas de fumiers, quant aux secondes, la bonne du médecin les avait jetées également croyant que c’était des vulgaire pierres !

    Les fleuves et les canaux bretons – canal de Nantes à Brest -, canal d’Ille et Rance – sont fréquentés par des péniches qui, à une époque où les camions n’existent pas, jouent un grand rôle dans le transport des pondéreux. Halées par des chevaux, mues à la voile et au moteur elles desservent plusieurs ports de l’intérieur et la vue assez étonnante du port de Rennes avec ses bateaux donne une idée de l’importance de ce trafic autrefois.

    Les Marais Salants

     

    Le pays de Guérande mais aussi la région de Carnac, la Trinité-sur-Mer et quelques communes du golfe du Morbihan comme Séné produisent du sel grâce à un système ingénieux et méticuleux de chauffage et d’évaporation de l’eau de mer dans une série de bassins de profondeur décroissante.

    Aux grandes marées l’eau pénètre dans une vasière puis, par des étiers, elle passe successivement dans les cobiers, des vives, des adernes pour parvenir enfin à des vastes étendues de 10 mètres sur sept : les œillets, où la profondeur n’est que de 5 centimètres.

     

    De juin à septembre les paludiers, avec leurs râbles, ratissent le sel qui s’entasse dans des petites plates-formes rondes appelées ladures. Leurs femmes ou leurs filles le transportent alors dans des jarres placées sur la tête et vont décharger sur des tas pyramidaux : les mulons. Le sel est alors mis en sac, et vendu ou stocké dans des grands magasins ou salorges. Un œillet. Un œillet peut produire 1 200 Kg de sel gris et 80 de blanc.

    À la fin du XIXe siècle, les paludiers, qui n’étaient pas propriétaires de leurs œillets, étaient réduits au quart de la récolte et ne gagnaient que 300 francs par an.

    © Le Vaillant Martial 


    [1] Géhenne : enfer, dans les écrits bibliques.   Littéraire. Souffrance presque intolérable ; supplice, torture.

    [2] Les graviers sont ces jeunes hommes embauchés devant notaire pour aller travailler la morue à Saint Pierre et Miquelon ou à Terre-Neuve sur le french shore, la partie du littoral tolérée au traité d’Utrecht en 1713. Vivant à même la grave (la grève en patois bordelais), réalisant un travail exténuant, le séchage de la morue, et transportés dans des conditions épouvantables outre-Atlantique.


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  • Les Travaux de la Terre

    Au début du siècle, la Bretagne était massivement rurale puisque 70 à 85 % des gens vivaient dans les bourgs et les villages.
        Concrètement cela signifie que l’on comptait 4500 ruraux en Ille & Vilaine ou 560 00 dans le Finistère.
        Au total en 1911, 850 00 Bretons vivent en ville et 2 400 000 (74%) à la campagne.

    La majeur partie d’entre eux était des agriculteurs qui, dans la population active, atteignaient 55% en Loire-Inférieure en 1882 ou dans le Finistère en 1911, mais jusqu’à 75% dans les Cotes d’Armor. Le pays est d’ailleurs surpeuplé par rapport à ses capacités et l’exode rural s’intensifie à partir des années 1870.

    En 1911, 400 000 Bretons vivent hors de Bretagne, dont la moitié à Paris.

    Quand les trois quart des Bretons sont ruraux, la moyenne des Française n’est que de 46%. Dans cette population, la majorité est locataire des terres : le fermage représente 45% des exploitations et la moitié du sol cultivé en Loire-Inférieure à la fin du XIXe siècle.


    Les proportions sont supérieures dans le Morbihan. Il se trouve aussi des métayers, mais comme les fermiers, ils peuvent également posséder quelques terres. Le nombre de journaliers et de domestiques est extrêmement important : plus de 670 000 dans le Finistère(1892) et 57400 dans les Côtes-du-Nord à l’époque dont 50 % de servantes de fermes. Celles-ci gagnent 98 francs par an, le maître-valet, 200 francs.

    Le nombre des exploitations est très élevé : plus de 43 000 dans le Morbihan au milieu du XIXe siècle, 89 557 dans les Côtes d’Armor en 1892, mais elles sont pour la plupart très petites.

    A Louvignè-Du-Désert les trois quart on mins de 5 hectares et à la fin du XIXe, près de 70% des exploitations Finistèriennes ont mins de 10 hectares, 62% de celle de Loire Inférieure ont moins de 5 hectares.

         

     

    De grands progrès ont lieu dans les méthodes culturales et dans l’extension des activités agricoles. Si le fermage domine, les baux de type ancien (domaine congéable) sont moins importants, ce qui favorise les nouveaux usages.

    Le partage des communaux, le progrès des moyens de communication, l’essor des techniques et de l’instruction, les défrichements, enfin, contribuent partout à transformer et moderniser lentement l’agriculture dont la production et les rendements augment pour répondre à l’essor démographique.

    Les disettes disparaissent vers 1870. Les exportations se développent.

    Les défrichements concernent le sixième du sol dans la Finistère entre 1850 et 1914 et, dans toute la région, les étendues incultes de landes tombent de 785 000 à 422 000 hectares, au risque de faire disparaître les systèmes de pacages, litières et fourrages de certaines contrées comme les landes de Lanvaux. Les départements d’Ille & Vilaine et de Loire Inférieure sont particulièrement concernés puisque les landes n’y représentent plus que 4,7et 0,8% de la superficie en 1910.

    À l’automne commencent les grands labours : il faut préparer la terre pour les récoltes à venir et la retourner plusieurs fois à l’aide de la charrue quand elle a été en jachère. Les araires de bois ont disparus au profit des charrues modernes ou des Brabants double.

    On voit bien sur les photographies des années 1900, le contraste entre la vieille charrue à soc, timon et manchon tirée par les bœufs et celle à versoir tirée par les chevaux. La première nécessite beaucoup d’efforts et ne fait qu’égratigner le sol, la seconde le retourne en profondeur, ce qui contribue à le rendre plus aéré et permet un meilleur enfouissement des graines, donc plus de rendement. Le nombre de charrues perfectionnées n’étaient que de 1169 dans le Morbihan contre 59 5852 « charrues de pays » en 1872.

    Les terres étaient enrichies de diverses façons : maërl et goémon sur les côtes du Léon, du Trégor ou de Bretagne sud, sable calcaire et chaux transportés par le canal de Nantes à Brest par les chemins de fer à voie étroite qui innervent le pays.

    Partout on utilise le fumier des étables qui a été mélangé pendant des semaines  à la litière de paille, de genêt, de feuilles morte et de lande.

    Le transport sur les champs de ce purin  putride, devenu un riche compost, était une tâche particulièrement difficile. Les vidanges des déchets des villes étaient aussi répandues sur les cultures des légumes.

    L’avoine est semée en octobre ou au printemps, le seigle et le froment en novembre avant les gelées d’hiver. À chaque fois il faut tenir compte de la lune et, sur la côte, éviter de semer  à marée basse. Parfois on asperge le champ d’eau bénite ou on y jette des grains bénis auparavant.

    Pendant l’hiver de décembre à février, les paysans s’occupent à des travaux de coupe de bois de chauffage ou de défrichements. Les arbres sont taillés et émondés suivant un cycle de neuf ans. On fait des fagots, on entretient les talus. On répare les outils.

    En Mars ont lieu les hersages et les roulages de céréales plantées en hiver.

    Le printemps était consacré aux semailles du chanvre et du mail, plus tard aux différents légumes : pommes de terre, carottes, choux betteraves, oignons... aux différents légumes : pommes de terre, carottes, choux, betteraves, oignons...

    Le foin a mûri et sa fenaison se déroule au mois de juin. Les faucheurs par équipes de trois ou quatre homes, manient la faux avec dextérité et force sous la chaleur, dans une odeur caractéristique d’herbe coupée.

    Il faut ensuite « faner » : étendre le foin, le tourner et le retourner à la fourche de bois à deux dents ou au râteau pour qu’il soit bien sec : hommes et femmes sont de la partie.


     

    On charge ensuite les charrettes d’un vigoureux coup de fourche en entassant le plus possible de foin pour remplir les greniers ou les fenils.

     

    La grande affaire, celle qui mobilise le plus les agriculteurs c’est la moisson. Pendant plusieurs semaines, couper les céréales, les battre, les vanner, occupe une main d’œuvre masculine et féminine à plein temps, depuis l’aube jusqu’ à la tombée de la nuit car il faut faire vite à cause du temps qui est précieux, et du ciel, qui peut être menaçant. Les voisins et les journaliers sont appelés à la rescousse.


     


     


     

    Le blé s’est longtemps coupé à la faucille avant l’introduction des moissonneuses-lieuses et des moissonneuses-batteuses. Il faut donc beaucoup de monde, chacun travaillant sous l’autorité du fermier, sillon par sillon, en suivant la cadence.

    Les brassées d’épis sont coupées en gerbes, liées à la main, assemblées en meules puis transportées sur l’aire à battre, espace élevé de la cour de ferme, au sol bien préparé et disposé de telle sorte que les eaux de pluie puissent rapidement s’écouler en cas d’averse.


     

    Le battage sui immédiatement la moisson et se fait au fléau. Les gerbes sont étendues et dispersées sur l’aire et les batteurs placés face à face par rangs de quatre ou six au plus. Quand ceux d’un côté lèvent leur fléau, ceux d’en face l’ont abattu pour frapper les épis et cet exercice se répète en cadence ainsi pendant plusieurs heures.

    En une journée sept ou huit « airées » ont été faites et, à chaque fois il a fallu retourner les couches d’épis pour que tout soit battu.

    On a calculé qu’on levait le fléau trente-sept fois par minute et qu’à raison de dix heures par jour, cela faisait plus de 22 000 coups dans la journée, ce qui donne un aperçu de la fatigue des « batteurs ».

    A la fin battage, on ratisse et on balaie soigneusement l’aire pour ne rien perdre. L’usage du fléau a été surpassé par la mécanisation.

    Des manèges à quatre chevaux permettent de faire tourner les tambours dans lesquels les gerbes  sont broyées pour produire le grain. Cette batteuse va si vite qu’il faut désormais tenir le rythme : délier les gerbes, les enfourner dans la machine après avoir secoué les épis en les faisant défiler entre une haie d’hommes ou de femmes.

    Plus tard la batteuse à vapeur simplifiera encore plus le travail, réduira la peine et la main d’œuvre pour transformer  les gerbes en sac de grains tout prêts.


     

    La batteuse à vapeur simplifie la tâche mais est peu répandue au début du XXe siècle

    En 1892, il y a 7 880 manèges à chevaux et 204 batteuses à vapeur (à peine 3%) dans les Côtes du Nord, en Loire-Inférieure, 3 489 manèges et 215 machines à vapeur. Le Finistère totalisait à la même époque 15 000 manèges.

     

    Une autre opération à séparer la balle du grain et les poussières : c’est le vannage. Il est fait d’abord à la main en utilisant un tamis que l’on incline et secoue doucement face au vent pour faire tomber la balle et garder le grain.


     

    Les femmes sont occupées au vannage pour séparer la balle du grain

    Plus tard on utilise le tarare ou van mécanique : en tournant la manivelle, on actionne des cribles qui font voler automatiquement. Récupérée elle remplit les paillasses et les oreillers.

    La fin du battage donne lieu à un grand et copieux festin appelé « Koèn er frailleu » (souper des fléaux) en pays Vannetais ou « Décolailles » en Haute-Bretagne pour la fête du blé noir.

    Dans le pays bigouden ce « peurzorn » permet de payer les ouvriers du battage en fonction du travail qu’ils ont fourni.

    En général, les céréales occupent 60% des terres labourables.

    Dans les départements Finistère et Côtes du Nord à la fin du XIXe siècle, le blé vient en tête avec plus de 30 % des surfaces, l’avoine(27%), le sarrasin ou le blé noir (18 à 22%), puis le seigle (15 à 17%) qui recule devant l’orge.

    Le blé est de plus en plus produit en Ille & Vilaine mais les rendements n’atteignent que 14 quintaux  à l ‘Hectare.


     

    Les cultures légumières connaissent un grand essor, surtout la pomme de terre (108 quintaux à l’hectare) qui nourrit les hommes et, de plus en plus les porcs : sa production double. Les raves, les choux, les fourrages sont de plus en plus cultivés, permettant à la Bretagne de devenir une grande région d’élevage. En 1914, la Bretagne produit 10% des porcs et 14% des bovins. Et 12 % des chevaux du pays. Elle exporte cidre, lait viande et légumes (artichauts, choux fleurs, carottes oignons, fraises, haricots, petit-pois...)

    Certaines régions sont connues pour leurs spécialités légumières : Roscoff, Saint-Pol-de Léon, Plougastel, Erdeven, Pontivy... Les côtes portent ainsi le surnom de « ceinture dorée », à cause de la richesse de leurs cultures.

    En pays Nantais, la viticulture occupe les coteaux de la basse Loire et du pays de Clisson.


     


     


     

     

    Source : Bertrand Frelaut  Il y a un siècle... la Bretagne.

    © Le Vaillant Martial 

     

     

     

     

     

     


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