• Brécilien

    Brécilien

    Y

     A une auberge au bout du monde, ancrée sur la falaise. Une auberge à pans de bois. Une auberge aux murs jaunis par des générations de fumeurs de pipe. Le plafond tout de guingois est soutenu par une large poutre.

    Cette poutre issue d’un chêne séculaire, est plus vieille que le plus vieux des marins amarré au comptoir. Plus vieille que l’auber elle-même ... Peut-être plus vieille encore que ne l’est la falaise rongée par l’océan des mondes. A la fin du soir, alors que le silence des voyageurs de l’intérieur cède la place au silence d’une nuit profonde, quand la braise du foyer s’éteint doucement, laissant courir sur les bûches calcinées, des colonnes de nains marchant à la lueur de torches minuscules vers des mines invisibles, on peut entendre ...

    On peut entendre la vieille poutre craquer. Pourtant, à bien tendre l’oreille, elle ne craque pas, elle murmure. La poutre en chêne murmure son passé à qui veut bien l’écouter. Elle murmure le temps où le Pen-Ar-Bed, le bout de la terre, était couvert d’une vaste forêt. Une forêt couvrant l’ensemble d’Armorica, « le pays qui fait face à la mer ».

    On marche dans la lumière rayonnante d’un soleil généreux. L’air est doux sur la peau. Les talus d’herbe haute ponctués de ronciers aux baies tièdes. Les bosquets touffus d’arbres entrelacés accompagnent l’insouciance d’une errance champêtre. Ça sent le chèvrefeuille et l’aubépine, ça sent l’ajonc et la bruyère sauvage. Les oiseaux piaillent, chahutent invisible dans l’opacité du feuillage ...Au détour du chemin creux, se découvre l’orée de la grande forêt. Elle s’étend, s’étire, muraille de verdure barrant la campagne sans autre choix que de rebrousser chemin ou de s’y engager. ... s’y perdre.


     

    Brécilien ... Bréchelien. Le nom chante les songes de contrées merveilleuses qu’elle recèle. Au pied de la lisière épaisse s’entrouvre une bouche noire et profonde ... On y pénètre. On y pénètre comme on prend la mer. Ceux qui entreprennent pareil voyage en ressortiront chargés de récits étranges, d’histoires peuplées de créature fantastiques. Ils en reviendront le regard transformé ... Si jamais ils en reviennent.

    Il y a tant de raison de s’égarer en Brocéliande. Effleurer l’herbe d’oubli, si commune en dehors des sentiers battus. Suivre le « Bonhomme Pensée », coquin, facétieux laissant filer derrière lui les rêveries les plus plaisantes. A s’y abandonner, on marche dans l’oubli du temps écoulé, sans tracasserie aucune d’où mène l’incertitude des pas. Pénétrer en Brocéliande, c’est succomber au charme des dames mystérieuses. Autant de fées invisibles, gardiennes de sources et de fontaines aux pouvoirs étranges.


     

    Il faut se faire à l’idée de croiser le chemin du Meneur de Loups, ce faiseur d’ombres à l’haleine fétide. S’enfoncer au cœur de profonds sous-bois : sous-bois hantés par le chant sinistre d’armures rouillées que portaient de sombres chevaliers errants, le regard sans vie.

    Et dans les fossés bruissant du souvenir des saisons passées, craindre l’emprise de l’homme racine. Celui-ci, le fourbe, saisit la cheville pour ne plus lâcher prise. Il entraîne sa proie, dans la moiteur de souterrains humides. Oublié à jamais. Brocéliande, c’est aussi céder à la tentation de tapis moussus tiédis par un soleil diffus. Tapis de mousses épaisses couvrant les géants de granit endormis. S’y allonger, fermer  les yeux. Trouver refuge dans la faune informe des paupières closes. S’assoupir. Laisser venir à soi les chimères qui peupleront la nuit de rêves mystérieux. Ces rêves à l’image d’écharpes de brumes, s’étioleront entre les arbres fantomatiques ... Et chacune de ses apparitions restera captive du monde sylvain, retenu par mille toiles d’araignées tendues entre les herbes et les fougères, jusque  dans la ramure griffue des arbres noueux. Car il faut savoir, il faut savoir qu’en Brocéliande, ces toiles d’araignées si fragiles que l’on fend d’un pas alerte au cours de promenade s matinales, sont autant de pièges à rêves. Elles capturent les rêveries des hommes. Au matin, lorsque la lumière du jour s’invite à grand-peine. Chacune des perles de rosée, tendues sur le délicat fil de soie est un rêve échoué.


     

    Et comme le jour progresse, s’évapore la rosée. Les rêves se transforment, deviennent songes. Alors ils prennent corps et traversent nos pensées. On les voit ainsi dans les vallons perdus, au cœur de clairières ensoleillées.

    On les devine, là-bas, d’entre les troncs tortueux, sous la surface des eaux rougies par le fer d’épées oubliées. Et ces terres mystérieuses, les songes nous habitent ... La vieille poutre de l’auberge se rappelle à notre imaginaire.

    Écoutez le bois comme il craque. Il nous murmure les vieilles histoires du monde, là-bas, au bord du continent ...

     

    © Le Vaillant Martial

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