• Blanche Neige

    Il y avait une fois un homme qui était jardinier, il se maria avec une cuisinière, et vint demeurer dans une maison qui lui appartenait, et ils avaient un gentil petit jardin dans lequel il y avait deux rosiers.

    Au but d’un an, il leur vint une fille, et sa mère voulut lui donner le nom de Blanche-Neige, à cause de son rosier blanc qui était si beau que tout venait de loin pour le voir. À mesure que la petite grandissait, elle ressemblait au rosier, tant elle était fraîche et blanche.

    Deux ans après, ils eurent une seconde fille, et la mère voulut encore qu’on la nommât Rose-rouge, comme son beau rosier rouge, et en grandissant elle devenait rose comme lui. Tous les voyageurs qui passaient devant la maison s’arrêtaient pour regarder les deux sœurs et se disaient qu’elles ressemblaient aux beaux rosiers.

    Cependant, le pays où ils se trouvaient devint pauvre, et le jardinier, ne trouvant plus d’ouvrage, se décida à aller en Californie, mais en s’embarquant, il emporta les deux rosiers dans des caisses remplies de terre, il emmena une tourterelle et un sansonnet qui étaient apprivoisés.

    Ils étaient en mer depuis six mois, lorsqu’une large voie d’eau se déclara dans leur navire, et ils firent naufrage.

    La mère et les deux filles se sauvèrent dans une grande caisse qui avait surnagé, c’était celle où se trouvaient les deux rosiers et les oiseaux. Deux naufragés s’y réfugièrent aussi et ils dirigèrent de leur mieux leur épave vers une île qu’on apercevait et où ils finirent par aborder. Quant au jardinier, on ne sut ce qu’il était advenu.

    La mère bâtit une cabane avec l’aide des deux naufragés et devant, elle planta les deux rosiers. Les deux hommes qui avaient des fusils allaient à la chasse et partageaient leur gibier avec la femme du jardinier, mais un jour, ils disparurent tous les deux et elle ne sut ce qu’ils étaient devenus.

    L’île n’était habitée que par des bêtes sauvages et par des nains, mais ils ne faisaient point de mal aux jeunes filles qui, en grandissant devinrent belles comme le jour, leur mère se mirait dans elles, et en même temps les rosiers grandissaient, se couvraient de fleurs et restaient toujours frais.

    Un soir, ils entendirent frapper à leur porte :

    - Qui peut venir à cette heure. Dit Rose-Rouge. Jamais il n’est entré ici que les nains et ils ne viennent que pendant le jour.

    - Ouvre, répondit la mère, c’est peut-être quelque personne égarée qui veut se chauffer, car il fait bien froid. Si c’était l’un de nos compagnons qui ont disparu ?

    Rose-rouge alla ouvrir, mais dès qu’elle eut entrebâillé la porte, elle vit apparaître une tête d’ours. Elle jeta un cri, sa mère cria aussi, de même que sa sœur, et les deux oiseaux effrayés se réfugièrent au fond de leur cage.

    L’ours entra en se tenant debout comme un homme, il avait le dos couvert de neige et il dit :

    - N’ayez pas peur, je ne vous ferai pas de mal, secouez la neige que j’ai sur le dos, et laissez-moi me chauffer un peu.

    Les deux filles le débarrassèrent de sa neige, puis il se chauffa, et s’en alla peu après en les remerciant. Tous les soirs, il venait, s’allongeait devant le feu, et les petites filles s’habituaient à lui, et se plaisaient à jouer. Quelquefois en lui secouant la neige, Blanche-Neige frappait un peu dur :

    - Ah ! Blanche-Neige, disait-il, comment vous frappez votre amoureux ?

    - Mon amoureux, répondait-elle en riant, un ours comme vous ?

    Cependant, quand l’hiver fut passé, l’ours dit adieu à la femme du jardinier et à ses deux filles, mais il leur promit de revenir.

    Elles avaient l’habitude de le voir, de sorte qu’après son départ, elles  étaient toutes les trois tristes, mais surtout les jeunes filles.

    Un jour leur mère leur dit :

    - Allez-vous promener dans les bois, et cherchez avec quoi nous chauffer, cela vous désennuiera, et vous oublierez le départ de votre ours.

    Quand les deux jeunes filles furent dans le bois elles entendirent immédiatement des cris, comme ceux d’un homme qui appellerait au secours.

    - Qu’est-ce ? Demanda Rose-Rouge.

    - Ah, dit Blanche-Neige, c’est peut-être mon ours à qui on fait du mal, il faut aller voir.

    Elles se dirigèrent du côté d’où partaient les cris, et virent tout en haut d’un arbre, un nain pendu par sa barbe qui était aussi longue que lui et il ne pouvait se dépêtrer car elle était prise dans une fente.

    - Délivrez-moi, criait-il

    - Comment faire ? Demanda Blanche-Neige.

    - Monte, dit Rose-Rouge, dans l’arbre qui est à côté, et avec tes ciseaux tu lui couperas la barbe.

    Quand Blanche-Neige eut coupé les poils de la barbe qui retenait le nain, il tomba à terre. Aussitôt l’ours arriva et il saisit le nain par le collet en criant :

    - Ah, il y a longtemps que je te guette petit misérable, mais ta dernière heure est venue.

    - Ne lui faites pas de mal, disait Blanche-Neige.

    - C’est lui qui m’a emmorphosé, et pour être  délivré, il faut que le tue. Qu’as-tu fais de mon or et de mon fusil ?

    - Laisse-moi la vie, et je te dirai où ils sont. Je les ai mis dans l’arbre où j’étais suspendu par la barbe, épargne-moi, je t’en prie.

    Mais l’ours le tua, aussitôt, il fut démorphosé, et c’était un beau jeune-homme.

    - Ah, disait Blanche-Neige, il n’avait pas tort de dire qu’il était mon amoureux, puisque que ce n’était pas un ours, mais un homme emmorphosé.

    Le jeune homme abattit l’arbre, et, dans le haut il retrouva sa bourse et son fusil puis il revint avec les filles à la cabane.

    - Ah ! disait la mère, je ne vous enverrai plus au bois, puisque vous en revenez avec un jeune homme.

    Les filles étaient si étonnées de la métamorphose qu’elles ne pouvaient se l’expliquer.

    - Vous ne me reconnaissez pas, bonne femme, disait le jeune homme, c’est moi qui suis l’ours.

    Et il raconta comment il avait abordé avec elle dans l’île sur la boîte aux rosiers.

    - Qu’est devenu l’autre naufragé ? de manda la mère.

    - Il a été mangé par les bêtes, et moi, pendant que j’étais endormi de fatigue, j’ai été surpris par un petit nain qui m’’a volé mon or et mon fusil et m’a emmorphosé en ours. Maintenant que je suis redevenu homme, je viens vous demander Blanche-Neige en mariage.

    - Non, monsieur, répondit la mère, vous ne l’aurez point : elle est trop jeune et aussi trop pauvre pour un beau monsieur comme vous.

    - Me la donneriez-vous, si nous pouvons repasser en Europe ?

    - Nous verrons, mais comment ferez-vous ?

    - Nous allons mettre des signaux dans les arbres, et s’il passe un navire, il nous recueillera.

    Il plaça des signaux dans les arbres, et souvent il montait sur les collines pour vois s’il n’apercevait pas de navire, mais ils furent deux ans sans en voir aucun. Le jeune homme allait tous les jours à la chasse, et il aidait de son mieux la femme et les deux filles.

    Un jour, pourtant, un navire qui aperçut les signaux envoya  une chaloupe à terre, et ils partirent, emportant les deux rosiers et les petits oiseaux.

    Le capitaine reçut de son mieux les naufragés, il ne tarda pas à tomber amoureux de Blanche-Neige, et il la demanda en mariage à sa mère, qui répondit qu’elle était promise, mais qu’elle lui donnerait, s’il le voulait Rose-Rouge.

    Les naufragés débarquèrent justement dans le pays où demeurait le père du jeune homme, il était fort riche, et croyait son fils perdu. Ayant appris qu’un de ceux qui s’étaient embarqués sur le même navire que son fils avait été sauvé, il fit le fit venir chez lui, et partagea avec lui sa fortune.

    Ils se retrouvèrent tous, mais ils étaient si changés, à cause du temps qu’ils avaient passé sans se voir, que le fils ne reconnaissait plus son père, le père ne reconnaissait plus son fils, le jardinier ne reconnaissait point non plus sa femme ni ses filles, et c’est seulement au récit de leurs aventures qu’ils surent que tous étaient heureusement retrouvés.

    Le jeune homme épousa Blanche-Neige, et le capitaine se maria à Rose-Rouge, les deux noces eurent lieu le même jour : rien n’y manquait et toute la ville était à les regarder, et moi comme les autres.

                                                                                                     Paul Sébillot
                                                                                                                                                     Conte populaires de la Haute-Bretagne.
                                                                                                                                                     Contes des Marins, 1882

    © Le Vaillant Martial 

    « Dieu protège l'innocenceCeux des Bois »

  • Commentaires

    1
    Lundi 16 Janvier à 07:55

    Une histoire bien racontée ..on pourrait rester des heures  à te lire..

    Merci à toi 

    Bises 

      • Lundi 16 Janvier à 11:59

        Bonjour & merci Claudine,. Bonne journée .... ♪♪♪ ....

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