• Ar zoner Coz

     

    (Le Vieux Sonneur)

     

     

     

    C’est en pleine nuit que le message m’est parvenu. Je dormais du sommeil du juste – selon l’expression consacrée – et il m’avait fallu vraiment longtemps avant de réagir à la sonnerie du téléphone. Enfin, conscient je descendais l’escalier sans allumer la  lampe, au risque de me rompre le cou. Parvenu toujours dans la pénombre, auprès du combiné mural dont le témoin lumineux s’allumait à chaque sonnerie, je pestai en silence contre l’abruti qui avait le culot de nous réveiller à cette heure indue. Après un dernier bâillement, je prenais enfin l’appareil pour entendre tout à tour les tonalités du fax puis le répondeur mêlée à la voix de mon correspondant. Énervé pour le compte et cette fois tout à fait réveillé, je tentais en vain de capter les propos de mon interlocuteur, dans le brouhaha ambiant. Enfin, chacune de ces machines devait retourner au calme, une fois mission accomplie.

    Allo ! Allo qui est à l’appareil ?


        Allo ! Allo qui est à l’appareil

    Une voix nasillarde et familière  faisait écho à ma question. André ? Ben dis donc, il t’en faut du temps pour répondre ! Puis tes sacrés fichus engins mènent un de ces tintouins ! Et ce n’est pas gentil de me traiter d’abruti !

    Cette réflexion faite à ma colère ne laissait aucun doute quant à l’identité de la personne qui se trouvait au bout du fil : Tadig-Coz : le chef du petit peuple des marais, que nous avions rencontré Nikolaz et moi, la nuit du jour de l’an : lui seul pouvait lire dans mes pensées.

    - Tu as vu l’heure, tu aurais réveillé ma femme et ma fille que je n’en serais pas étonné !

    Bah ! L’heure est sans est sans importance pour nous, puis comme vous les humains, vous n’êtes pas très doués pour la télépathie, j’ai préféré votre téléphone. C’est un peu compliqué pour moi d’atteindre le bâton pour parler et écouter puis de mettre la carte dans la bouche de la machine... mais on m’aide... Enfin il fallait absolument que je t’adresse ce message de la plus haute importance : écoute bien et prends des notes : Rendez-vous demain vers minuit à Loc-Envel dans les Côtes d’Armor : Là, il y a un petit bois qui s’appelle Koat-an-noz, le bois de la nuit et à l’orée se trouve un haut rocher. C’est là que nous vous retrouverons toi et Nikolaz, que je préviens dès maintenant que vous assisterez à une chose extraordin...

    La fin de la phrase ne devait pas me parvenir ! Un bruit terrible dans l’écouteur, accompagné de ce qui me semblait être un juron, puis plus rien, le silence entrecoupé par le bip bip caractéristique d’une communication coupée.

     

     

    De chez moi à Loc-Envel, il y a bien 150 kilomètres. Ce petit bourg d’environ 400 âmes se trouve à 5 kilomètres au sud de Belle-Isle-En-Terre et pendant tout le trajet, je ruminais la conversation de la nuit dernière. Quelle pouvait-être cette chose extraordinaire que nous allons voir ? Mystère ! Nikolaz que j’ai eu au téléphone ce matin, n’en sait pas plus car apparemment, Tadig Coz avait « bissé » sa sortie.

    Nous avions convenu de nous retrouver sur la place de l’église puis de dîner dans une crêperie avant d’aller à notre rendez-vous.

    Pendant le repas entre deux galettes aux oignons et à l’andouille de Guéméné  en sirotant une bière des Korrigans (ça ne s’invente pas !) de la Brasserie de Saint Colombe, nous constatons avec amusement à quel point nos amis Korrigans s’adaptent plutôt bien) notre époque et à certains aspects de notre technologie, même si parfois leur dignité doit ... en prendre un coup !

    Fascinés par les belles flammes de l’âtre auprès duquel nous nous réchauffons, nous échafaudons tout un tas d’hypothèses sur les suites de la soirée puis, réglant notre repas nous demandons au patron de nous indiquer la direction du Koat an noz. Une bonne heure avant celle fixée, nous nous trouvons  à l’orée du bois. Le vent commence à souffler, mais nous sortons de la voiture pour nous mettre en  quête du rocher.

    À peine sortis du véhicule, nous sommes entourés par nos petits amis, porteurs de petits flambeaux. Après avoir respecté un certain protocole, nous sommes face à Tadig-Coz. Son front porte les stigmates de la chute d’hier...

     

    Nikolaz et moi pensons  à la même chose et nous arborons un sourire crispé ce qui met Tadig-Coz de mauvaise humeur. Ayant capté nos pensées, il s’empresse de nous lancer vertement :

    Ayez un peu de respect pour mon âge, ma personne et ma fonction jeunes impertinents. Je ne vous ai pas demandé de venir ici et nous n’avons pas fait ce long chemin depuis nos marais pour avoir à supporter vos sarcasmes. Mais venez plutôt, il est presque l’heure : vous allez voir un spectacle étonnant, rare de nos jours : Suivez- nous !

    Cette injonction ne supporte aucune remarque et c’est en toute discipline que nous suivons la petite troupe. Le vent souffle de plus en plus fort et les arbres grincent comme trois mâts par grand-frais. Les petites flammes des torches s’étirent au risque de brûler les cheveux de nos amis. Le chemin parcouru nous semble long mais nous touchons enfin au but. La masse sombre d’un rocher se dessine sur  le ciel tourmenté de la nuit armoricaine.

    Tadig nous fait signe de nous asseoir sur les pierres qui affleurent. Ses compagnons forment un cercle au milieu duquel se présente l’un d’entre-eux. Il paraît très âgé, fripé comme une vieille reinette. Sous le bras, est coincé une outre de peau d’où pendent des tuyaux en bois. C’est un sonneur de biniou. Il rend une profonde aspiration et gonfle le sac qui émet ses premiers ronflements.

     

     

    Pour nous il joue un antique morceau qui se nomme Tanle feu – fixant le rocher d’un regard blanc. Puis il rejoint le cercle. Le sol vibre, une galopade s’annonce dans un bruit métallique de plus en plus fort.

    Soudain nous voyons le rocher devenir orange puis incandescent. Il se déchire véritablement et là, une vision dantesque nous apparaît.

    Un cavalier de feu jaillit une épée en flamme. Le cheval hennit furieusement, se cabre et reprend sa course. Une odeur de soufre et de chair brûlée nous fait suffoquer et nous sommes paralysés par la vue de ce chevalier. Le halo diabolique dispense ses fumerolles nauséabondes, le brasier vivant prend des formes spectrales. Venus d’on ne sait quel enfer, le guerrier et son coursier s’éloignent et dans une fuite éperdue sur la longue route de l’éternité, pendant que le roc se referme les privant ainsi d’un éventuel retour.

     

     

    C’est Tadig Coz qui nous arrache à l’horreur de la scène.

    Voilà mes mais, vous venez d’assister à l’apparition de ce mystérieux chevalier embrasé. Il n’apparaît dans votre monde qu’une fois l’an, à une date de lui seul connue... et de nous-mêmes. Un jour, nous vous conterons sn histoire pathétique, mais pour le moment, il vous faut retourner dans vos foyers... Si j’ose dire.

    L’humour de Tadig Coz nous fait du bien. Il aide à mieux digérer cette incroyable scène. Alors que nous nous apprêtons le confort séduisant de la voiture. Tadig nous dit encore ceci :

    Nous aurons encore l’occasion de nous revoir. Il vous reste tant à savoir sur nous autres, Gens du Petit Peuple Mais vous avez une tâche importante à accomplir, celle de terminer cette histoire et de bien dire à vos contemporains que nous sommes toujours là, proches de vous...

    Et surtout n’oubliez jamais que la légende, c’est l’histoire, moins le mensonge, plus la poésie !

     

    Kenavo

     

     

     

    © Le Vaillant Martial 

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