• Ar paeron

    Ar  paeron, Le parrain ...


     

    Au hasard des pas perdus, dans les venelles er les ruelles de Locmariaquer, il arrivait parfois de croiser le souvenir d’un vieux marin, encore très droit sur sa bicyclette. Dans le bourg, on l’appelait Ar paeron, le parrain. On le savait ancien Cap-Hornier. Avant de voir l’homme on entendait grincer sa vieille bécane, on entendait ... ballotter les deux sacoches de cuir craquelé, fixées au porte-bagage rouillé par le sel de la mer.

    Parfois on ressortait le bout d’un « pain d’deux «  entamé au quignon. Y’à même des jours, comme ça, où le vent faisait chanter le câble de son frein à la manière des haubans dans la mâture. C’est dire !

    Pour ceux qui ne le connaissait pas, à petits coups de pédales, le vieux venait de nulle part pour y retourner, il avançait à la vitesse que mettait le temps pour s’écouler jadis ... peut-être plus lentement encore. Sombre silhouette, plus sèche qu’un bois flotté, le col du caban relevé sur le cou. Un vrai caban de marin, à l’image de sa casquette élimée vissée en tête, avait connu les embruns du grand large. A la tombée du soir, on aurait, on aurait imaginé An Ankou, le passeur.

     

     

     


     

    Ar paeron, fantôme d’autrefois. Il y avait dans son regard clair les souvenirs lointain de bien des ailleurs. On le croira ou non, à quelque distance de lui, les ailes déployées, il y avait toujours un grand goéland à tournoyer, lançant son appel rauque, comme un écho au couinement de l’antique vélo.

    L’homme ne faisait pas dans le détail ! Pour preuve, cette charmante anecdote ...

    Un jour qu’il arrivait au port, il croise le chemin de jeunes mômes du pays.

    - Dites-donc, les drôles, l’un de vous veut t’y un chaton ? fait-il en sortant deux boules de poils de l’une de ses sacoches. Les deux peluches poussaient d’adorables miaulements aigus ...

    - Alors, en veux-tu gamin ? S’adresse-t-il impatient au plus jeune

    - Bah ! J’voudrais bien mais à la maison n’y veulent pas d’chat, Dame !

    - Et toi, gamine veux-tu un bizic[1] pour emmener chez toi ?

    - J’suis en vacances, et mes parents, ils ne voudront pas non plus, j’aurais bien aimé aussi mais ...

    - Z’en voulez point, donc ... Tant pis !

     

    Et d’un  geste brusque, sans aucune hésitation ... Zou ! Ar paron, le parrain balance les deux bestioles à la mer devant les enfants effarés.

     

    Le cri rauque des goélands ...

     

    On sent l’homme habitué à ne pas tergiverser. On n’avait pas le temps en mer à cette époque. C’était des vies rudes. Il suffisait de regarder ses mains au « parrain », ses mains et son visage aussi.

     

    Le parrain passeur de temps, Ar paeron, passeur d’histoires

     

    C’était un soir, là-bas, tout au bout du bout, au bar de la cale de Guilvin, comme dans tous les bars de mains, y avait ... il y a toujours des habitués, un coude arrimé au comptoir, et l’autre comme la marée, qui monte et descend dans un geste toujours recommencé. Faudrait pas se laisser dessécher le gosier par le vent d’ouest. L’automne était déjà bien entamé et le passeur assurant la navette entre Locmariaquer et Port Navalo venait d’assurer son dernier « voyage ». Au travers des petits carreaux de la fenêtre, on le voyait au loin sur l’eau, s’affairer à son bateau amarré pour la nuit à son corps-mort.

     

    - Tiens donc !... Le passeur a fini sa tournée, observa l’un des types debout au comptoir.

    - En voici un qui a fait le bon choix, tiens ! C’est un boulot plus reposant que de se rompre le dos sur les parcs à huîtres.

    - ... Ne parlons pas de ceux qui doivent sortir en mer tout à l’heure de la nuit pour aller poser les lignes, les casiers et tout le fourbi. À cette heure, le passeur, il est tranquille. Plus personne ne viendra l’embêter avant demain, ricana un autre.

     Silencieux, le parrain était assis à une table, seul devant un ballon de blanc moins sec que lui ... et portant ... Dehors, un goéland semblait assoupi sur une bite d’amarrage maculée de guano.

     

    - Faut pas croire, mon gars ... les choses ne sont jamais si simples qu’elles paraissent, maugréa le parrain sortant de son mutisme habituel.

     

    Les autres, ils ont tous regardé le vieux, mais ils n’ont rien dit. Quand le parrain parle, on ne dit rien, on écoute.

     

    - Mon père était passeur ici même. À cette époque, il faisait la navette avec une plate grée, certes, mais si le vent n’était pas de la partie, c’était à la force des bras qu’il passait ses clients. Et vous le savez bien, vous ... dans le golfe, il a toujours fallu compter avec les courants. Le vieux, vous pouvez me croire, il n’avait pas d’heure. Toujours prêt à prendre la mer. C’était son travail d’homme. L’histoire que je vais vous conter, je peux vous assurer qu’il aurait préféré transporté toutes les huîtres de la terre sur son pauvre dos plutôt que de l’avoir vécue. Même s’il en tiré bénéfice. Écoutez un peu ! Vous causerez après ...

     

    Au dehors le goéland s’ébroua, il déploya ses ailes et prit son envol dorée dans le couchant ...

    © Le Vaillant Martial



    [1] Un chaton

    « Butun ar dilezLe passeur de Locmariaquer »

  • Commentaires

    1
    Lundi 7 Novembre 2016 à 08:15

    Je suis toute ouie ...Bonne journée à toi  

     

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :


================================== 1- jssants.js (external javascript jsfile) ================================== ================================== 2- jssaints.js (external javascript jsfile) ================================== ================================== -3 sants.html (html file) ================================== JavaScript code/Saint's Day
Breton calendar - Saint's Day : 
...Calendrier français :