• Ar Miliner hag he Aotro

    LE MEUNIER ET SON SEIGNEUR.

    Il y avait quatre ans qu’il n’avait pas payé sa Saint-Michel à son seigneur. II était pauvre assez !

    - un jour le seigneur retournant de la chasse et de mauvaise humeur, parce qu’il n’avait rien pris, tira sur la vache du meunier, qu’il trouva dans son chemin, et la tua. La femme du meunier vit le coup, et elle accourut à la maison en criant avec douleur :

    - Hélas ! Hélas ! Nous sommes assez affligés (ruinés) pour le coup ! Voilà notre vache tuée par le seigneur !

    - Le meunier ne dit rien ; mais il était en colère néanmoins. Durant la nuit, il écorcha sa vache, et il alla ensuite vendre la peau à Guingamp.  Comme il avait loin à aller et qu’il voulait être de bon matin en ville, il partit de la maison vers minuit. Arrivé à passer par un bois où, selon le bruit commun, il y avait de grands voleurs, il lui vint peur, et il grimpa sur un arbre, pour attendre le jour.

       Bientôt une bande de voleurs arrivèrent sous cet arbre, pour partager leur argent. Et voilà de la chicanerie et du bruit ; ils ne pouvaient pas s’entendre.

    - Jésus, si je pouvais avoir cet argent-là ! se disait le meunier en lui-même. Et lui de songer à jeter la peau de sa vache au milieu d’eux, pour les effrayer.

       Les voleurs en voyant les cornes et cette peau noire, — car la vache était noire, — crurent que c’était le Diable qui venait les chercher. Et de déguerpir, deçà de-là, en abandonnant là tout leur argent. !

    - Mon coup a réussi, ma foi ! se dit le meunier.

       Et il descendit alors de son arbre, ramassa tout l’argent dans sa peau de vache, et de courir à la maison ! Sa femme et lui restèrent jusqu’au jour à compter de l’argent ; mais ils ne pouvaient venir à bout de faire aucun compte, c’était trop d’argent !

       Le lendemain matin, le meunier dit à sa femme d'aller demander le boisseau chez leur seigneur, pour mesurer l’argent. La femme va, et demande le boisseau.

     - Pourquoi avez-vous besoin du boisseau ? lui demanda le seigneur.
    - Pour mesurer de l’argent, monseigneur.
    - Pour mesurer de l’argent assez ! Vous voulez vous moquer de moi, je crois
    - Non, mon Dieu, mon bon seigneur ; je vous dis la vérité. Venez avec moi, et vous verrez.

     

    Le seigneur va avec elle. Quand il voit la table du meunier couverte de pièces de deux écus, il est bien surpris, et il lui dit :

    - D’où as-tu eu cet argent-là ?
    - C’est de la peau de ma vache, que j’ai vendue à Guingamp, que je l’ai eu, monseigneur.
    - De la peau de ta vache ! Les peaux de vache sont (se vendent) bien cher, alors !
    - Oui, tout de bon, monseigneur, et vous m’avez rendu un grand service en tuant ma vache.

       Et le seigneur (de courir) à la maison, tout de suite, et de faire tuer toutes ses vaches et les écorcher. Le lendemain matin, il envoie un valet en ville avec les peaux, (il y en avait la charge d’un cheval), et il lui dit de demander un boisseau d’argent de chacune.

    Le valet se rend en ville avec ses peaux.

    - Combien chaque peau ! lui demande un tanneur.
    -
     Un boisseau d’argent !
    -
    Allons ! Ne plaisante pas ; combien chaque peau !
    -
     Je vous l’ai dit,  un boisseau d’argent.

       Et comme il faisait la même réponse à tous, les tanneurs se mirent en colère, et le valet fut roué de coups par eux, roulé sur le pavé, et ils lui prirent même ses peaux.

    Quand il arriva à la maison  Où est l’argent ?  lui demanda le seigneur.

     Ah ! Oui l’argent, en vérité ! Je n’ai reçu que des coups de pied et des coups de bâton et mon pauvre corps est tout brisé !

    - Le meunier m’a trompé ! s’écria alors le seigneur, en colère ; mais n’importe, mon tour viendra aussi !
    Le meunier fit un petit festin avec la vache qui lui avait été tuée, et il dit à sa femme d’aller prier le seigneur d’y venir aussi.

    La meunière va ; elle fait son invitation.

    - Comment, (oser) venir se moquer de moi encore, dans ma maison !
    - Jésus, mon bon seigneur, moi (oser) me moquer de vous ! Ni moi ni mon homme n’oserait jamais faire cela.
    - Eh ! bien, j’irai quand même, et je parlerai au meunier. Celui-là pense être plus fin que moi, peut-être !

       Le seigneur vint souper au moulin. Il y avait du fricot, du lard, du rôti à la broche, du cidre et même du vin ! Vers la fin du repas, quand les têtes étaient un peu échauffées, le meunier dit au seigneur :

    - Tout le monde, monseigneur, sait bien que vous êtes très fin, et pourtant, je suis content de parier que vous ne ferez pas ce que je ferai, moi.

    -  Et quoi donc ?
    -
     Tuer ma femme devant vous tous, ici, et la ressusciter ensuite, en jouant d’un violon que j’ai là.
    -
     Parie vingt écus que tu ne feras pas cela.
    -
     Vingt écus que je le ferai !
    -
     Eh ! bien, voyons, dit tout le monde, puisque le seigneur tient le pari.

       Et le meunier de prendre un couteau, de sauter sur sa femme et de faire semblant de lui couper le cou. Mais il ne coupa qu’un boyau rempli de sang qu’il lui avait mis autour du cou. Le seigneur, qui ne connaissait pas le tour, comme les autres, avait horreur en voyant le sang couler. La femme tomba à terre, comme si elle était complètement morte. Le meunier prit alors son violon, et se mit à en jouer. Et aussitôt sa femme de se relever et de danser, comme une affolée. Si bien que le seigneur resta à la regarder, la bouche ouverte.

    - Donne-moi ton violon,  dit-il au meunier,  et je te laisserai le moulin, pendant deux ans, pour rien.

    Voilà le marché fait, Et le Seigneur de courir à la maison, emportant son violon, et bien content.  Ma femme, se disait-il à lui-même, en allant, est un peu vieille, et si je peux la rajeunir !...

    En arrivant à la maison, il trouva sa femme au lit, bien endormie.

    - C’est bon ! se dit-il,  comme cela elle ne saura rien.

       Il prend un couteau à la cuisine, et coupe le cou à sa femme. Et puis, le voilà de jouer de son violon ! Mais il avait beau en jouer, la pauvre femme ne dansait ni ne bougeait ; elle était bien morte !

    - Quel sot homme que ce meunier ! se disait-il ; me faire tuer ma femme, et à présent, j’ai beau jouer du violon, la vie ne revient pas en elle ! Il faut qu’il ait oublié de me dire quelque chose. Je vais, vite, l’entendre de lui.

       Il courut au moulin. Quand il y arriva, il vit le meunier en bras de chemise, tenant un fouet à la main et fouettant une grande marmite qui était au milieu de la cour et dans laquelle l’eau bouillait. (On venait de l’ôter du feu). Il resta à regarder le meunier, la bouche ouverte, et ne songeant plus à sa femme.

    - Que fais-tu donc là, de la sorte, meunier ?

    - Je fais bouillir le bouillon, monseigneur ; venez, vite, voir comme il bout. Le seigneur s’approcha pour regarder dans la marmite et dit :

    - Oui, tout de bon ! Et c’est avec ton fouet que tu le fais bouillir ainsi
    - Oui sûrement, monseigneur ; le bois est cher et serait trop dispendieux pour moi.
    - Tu dis assez vrai. Cède-moi ton fouet, et je te laisserai le moulin deux autres années pour rien.
    - Puisque c’est vous, monseigneur, le voilà.

       Et le seigneur retourna à la maison avec le fouet, et, en revenant, il se disait à lui-même : À présent, je ferai abattre le bois sur toutes mes terres, et j’en aurai beaucoup d’argent.

    - Et il vendit tout le bois sur ses terres...
    - Seigneur, je n’ai plus un seul morceau de bois, ni de fagots ; comment ferai-je, à présent, pour préparer la nourriture ?  lui dit la cuisinière, un samedi-soir.
    - Je saurai bien comment faire, cuisinière ; n’ayez pas d’inquiétude à ce sujet.

       Le lendemain matin, qui était un dimanche, le seigneur dit à tous les gens de sa maison, valets et servantes, d’aller à la grand-messe, à l’exception de Grand-Jean, son premier valet, qui resterait avec lui à la maison.

    - Et le dîner, qui le préparera ? demanda la cuisinière.
    - N’ayez pas d’inquiétude à ce sujet, et partez tous, puisque je vous le dis.

       Les voilà donc partis tous pour le bourg. Le seigneur dit alors à Grand-Jean d’apporter la grande marmite au milieu de la cour, et de la remplir d’eau. Puis il y mit du lard, de la viande salée, des choux, des navets, du sel, du poivre,  enfin tout ce qui est nécessaire pour faire de bon bouillon. Alors il ôta sa veste, prit le fouet du meunier,  et de fouetter la marmite ! Mais il avait beau frapper, l’eau restait froide.

    - Que faites-vous aussi, monseigneur ? demanda Grand-Jean étonné.
    - Tais-toi, imbécile, tu le verras tout-à-l ‘heure.

       Et le voilà de fouetter encore de son mieux. De temps en temps il fourrait son doigt dans la marmite ; l’eau était toujours froide ! Enfin, quand il fut assez fatigué, il s’arrêta et dit :

    - Décidément, le meunier, je le crains bien, se moque de moi !
    - Oui, il se moque sûrement de vous, monseigneur ;  répondit Grand-Jean.
    - Eh ! bien, n’importe ; il n'y a que la mort pour lui !
    - Le bien frotter avec votre fouet serait suffisant, je pense, monseigneur.
    - Non, non, la mort !  se moquer de moi ! Allons, vite, au moulin et apporte un sac, pour qu’il y soit mis et jeté dans l'étang, pour être noyé !

       Grand-Jean prit un sac vide sur son épaule, et ils allèrent tous les deux du côté du moulin.  Le pauvre meunier est fourré dans le sac, puis chargé sur le cheval du moulin pour être porté à l’étang, qui était à quelque distance. Comme ils y allaient, ils virent venir sur la route un marchand qui allait à la foire de Guingamp, avec trois chevaux chargés de marchandise. Le seigneur eut peur.

    - Allons-nous cacher derrière le fossé, dit-il, jusqu’à ce que ce marchand soit passé.

       Et ils vont pardessus le fossé dans le champ. Le meunier, dans son sac, fut déposé contre le fossé, au bord de la route. Quand il entendit le bruit que faisaient les chevaux du marchand en passant auprès de lui, il se mit à crier : Non, je ne la prendrai pas ! Je ne la prendrai pas !

    Le marchand, étonné, s’approcha du sac : tiens ! tiens ! dit-il, que veut dire ceci ?

    - L’autre criait toujours : Non, je ne la prendrai pas ! Je ne la prendrai pas !
    -Tu ne prendras pas qui ? demanda le marchand.
    - La fille unique d’un seigneur très-riche, très-riche, qui a eu un enfant, et que son père veut me faire épouser.
    - Et c’est vrai qu’elle est bien riche
    - Oui, la plus riche de tout le pays.
    - Eh ! bien, moi je suis content de la prendre.
    - Alors, venez, vite, ici dans le sac, et moi j’en sortirai.

       Le marchand se met dans le sac et le Meunier serre bien les liens sur lui ; puis celui-ci prend son fouet et se dirige vers Guingamp, avec les trois chevaux chargés de marchandise.

    Quand il fut parti, le Seigneur et Grand-Jean retournèrent à leur sac.

    - Je la prendrai ! Je la prendrai !  criait le marchand dedans.
    - Tu prendras qui ?  Demanda le Seigneur.
    - Votre fille, Monseigneur
    -Ah ! Fils de P... Va la chercher, alors, au fond de l’étang !

       Et il fut jeté dans l’étang, et depuis, on ne l’a pas revu.

       Le Seigneur et son valet Grand-Jean allèrent le lendemain à la foire de Guingamp. Comme ils étaient à visiter les belles boutiques qui se trouvaient là, ils furent bien étonnés d’y retrouver aussi le Meunier, avec une belle boutique d’orfèvrerie.

    - Comment, meunier, lui dit le Seigneur, est-ce bien toi qui es là ?
    - Oui sûrement, monseigneur,  vous venez m’acheter quelque chose, sans doute  ?
    - Comment, tu n’es donc pas resté dans l’étang ?
    - Comme vous voyez, monseigneur ; je ne me trouvais pas bien là : et pourtant je vous remercie, car c’est de là que j’ai apporté toutes les belles choses que vous voyez ici.
    - Vraiment ?
    - Comme je vous le dis, monseigneur. Je ne regrette qu’une chose, c’est que vous ne m’ayez pas jeté un peu plus loin ; alors, je serais tombé dans la place où il n’y a que des objets d’or.
    - Vraiment ?
    - Aussi vrai que je vous le dis, monseigneur.
    - Et tout est là encore ?
    - Oui, je pense ; mais vous feriez bien de vous hâter, si vous voulez aller voir.

       Et le seigneur de s’en retourner à la maison, avec son domestique, et de courir à l’étang ! Grand-Jean sauta le premier dans l’eau, et, comme il était très grand, il levait encore la main hors de l’eau, pour demander du secours, car il ne savait pas nager.

    - Tiens ! dit le seigneur, il me fait signe avec la main de sauter plus loin ; sans doute qu’il n’est pas allé jusqu’à l’or.

    Et il prit son élan, et sauta le plus loin qu’il put.
    Et depuis on n’en a eu aucune nouvelle.
    Et voilà le conte du meunier et de son Seigneur.

     

    Conté par Barba Tassel. Au bourg de Plouaret, - Décembre 1868.

    © Le Vaillant Martial


     

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       Pewar bloaz a oa n’hen defoa ket paeet he c’hour-mikaël [1] d’he aotro. Paour a-walc’h a oa ! un dez ann aotro, o retorn euz ar chasse, ha drouk en-han, abalamour n’hen defoa tapet netra, a dennas war vuc’h ar miliner, a gavas en he hent, hag a lac’has anehi. Groeg ar miliner a welas ann tol, hag a diredas d’ar gèr o estlammi :

    - Allas ! Allas ! glac’haret a-walc’h omp wit ann dro-ma ! Setu lac’het hon buc’h gant ann aotro !

       Ar miliner na laras mann-a-bed ; met drouk a oa en-han memeuz tra. Epad ann noz, a kignas he vuc’h, hag ec’h eaz neuze da werza he c’hroc’henn da Wengamp. Evel ma hen defoa pell da vont, hag hen defoa c’hoant da vea beure-mad en kèr, a partias euz ar gèr wardro anter noz. Digwêt da dremen ur c’hoad lec’h ma oa ar vrud a vije laeron braz, a teuas aoun d’ehan, hag a pignas war ur wezenn, da c’hortoz ann de.

       En-bezr ec’h arruas indan ar wezenn-se ur vandenn laeron, da bartaji oc’h arc’hant. Ha setu chikan ha trouz ; na oant ket ewit em glewet.

    - Jezuz, ma c’halfenn kaout ann arc’hant-se ! a lare ar Miliner en-han he-unan. Hag hen o sonjal teurrel kroc’henn he vuc’h en ho c’hreiz, ewit ho sponta. Al laeron, o welet ar c’hernio hag ar c’hroc’henn du-se,  rag du a oa ar vuc’h,  a sonjas d’he a oa arru ann Diaoul d’ho c’herc’had. Ha da skara, du-man ha du-hont, hag o leuskel eno oc’h holl arc’hant ! Deut eo ma zol da vad, war ma fe !  eme ar miliner. Hag a tiskennas neuze diwar he wezenn, hag a pakas ann holl arc’hant en kroc’henn he vuc’h, ha d’ar gèr ! Beteg ann dez a chommas he vroeg hag hen da gonta arc’hant ; met na oant ket ewit dont a-benn da ober kont a-bed, re a oa euz ann arc’hant.

    Ann dewarlerc’h ar beure, ar miliner a laras d’he vroeg mont da di ann aotro, da c’houlenn un anterrenn, da vuzura ann arc’hant. Mont a ra ar vroeg, hag a c’houlenn ann anterrenn.

    - Da betra oc’h euz-c’hui ezomm un anterrenn ? a laras ann aotro d’ehi.
    - Da vuzura arc’hant, aotro.
    - Da vuzura arc’hant a-walc’h ! ober goap ouzin a fell d’ac’h, me gred !
    - Nann ma Doue, aotro kez ; ar wirionez a laran d’ac’h ; deut ganen, hag a welfet.
    Mont a ra ann aotro gant-hi. Pa wel taol ar miliner goloët a beziou daou-skoed, ez eo souezet braz, hag a lâr d’ehan :

    - A be-lec’h a t’euz te bet ann arc’hant-se ?
    - Ewit kroc’henn ma buc’h, am euz gwerzet en Gwengamp, am euz bet an-he, aotro.
    - Ewit kroc’henn da vuc’h ? gwall-ger eo ar c’hrec’henn saout neuze eta ?
    - Ia ’vad, aotro ; rekouret oc’h euz an-on o vea lac’het ma buc’h.

       Hag ann aotro d’ar gèr, d’oc’h-tu, hag oc’h ober lac’ha he holl zaout, hag ho c’higna. Ann dewarlerc’h ar beure a kass ur mewel en kèr gant ar c’hrec’henn, a oa an-he samm un aneval, hag a lâr d’ehan goulenn un anterrenn arc’hant ewit pep-hini.  Mont a ra ar mewel en kèr, gant he grec’henn.  Pegement pep-kroc’henn ? a c’houlenn digant-han ur c’hevijer.

    - Un anterrenn arc’hant !
    - Allons ! na ra ket a voap ; pegement pep-kroc’henn ?
    - Lâret am euz d’ac’h,  un anterrenn arc’hant.

        Ha vel ma lâre ar memeuz tra d’ann holl, ec’h eaz drouk er gevijerrienn, hag a oe bac’hatet gant-he, ruillet ha diruillet war ar pave, ha lemet c’hoaz he grec’henn digant-han.

    Pa arruas er gèr :  Pelec’h eman an arc’hant ? a lâras ann aotro d’ehan.

    - Ia da ! arc’hant en eeunn ! n’am euz bet nemet tolio-treid ha bac’hado, ha ma c’horf paour a zo brewet holl.
    - Bourdet ’on gant ar miliner ! a lâras neuze ann aotro, ha drouk en-han ; met na euz forz, ma zro a deuio iwe.

     

       Ar miliner a rez un tammig fest gant ar vuc’h a oa bet lac’het d’ehan, hag a lâras d’he vroeg mont da bedi ann aotro da dont iwe. Mont a ra ar vilineres ; ober a ra he fedenn.

    - Petra, dont da ober goap ouzin c’hoaz em zi !  a lâras ann aotro d’ehi.
    - Jezuz ! aotro kez, me ober-goap ouzoc’h ? na me na ma den na gretfe bikenn ober se.
    - Ma ! mont a rinn koulzgoude, hag a komzinn gant ar miliner. Henes a sonj gant-han ez eo finoc’h ewit-on, marteze ?

        Mont a ra ann aotro d’he goan d’ar vilinn. Friko a oa, kig-sall, rost euz ar beer, jistr ha gwinn iwe. En definn ar pred, pa oa un tammig tomm ar penno, ar miliner a lâras d’ann aotro :

    - Ma ! aotro, ann holl a oar er-vad ez oc’h un den finn , ha koulzgoude ez on kontant da ober ur pa-ri na refet ket ar pez a rin-me- Petra eta ?
    - Lac’ha ma groeg dirazoc’h holl ama, hag hi ressussita goude, o c’hoari gant ur violonz am euz aze.
    - Pari ugentskoed na ri ket se.
    - Ugent skoed a rinn.
    - Gwelomp eta, eme ann holl ; ann aotro a dalc’h ar pari.

       Hag ar miliner o kommer ur gontel, o lampad war he vroeg, hag oc’h ober van da droc’ha he gouk d’ehi. Met na droc’has nemet ur vouellenn leûn a wad hen defoa laket en-dro d’he gouk. Ann aotro, pehini na wie ket ann dro, evel ar re-all, a heuze o welet ar gwad o redek. Ar vroeg a goueas d’ann douar, evel pa vije marw-mik. Ar miliner a gommeras neuze he violonz, hag a em lakaas da zoon. Hag he vroeg da
    zevel kerkent, ha da zansal evel unan penn-follet. Ma chommas ann aotro da zellet, digor he c’heno gant-han.

    - Ro d’in da violonz, a lâras d’ar miliner ha me a lezo ar vilinn daou vloaz ganid ewit netra.

       Setu gret ar marc’had. Hag ann aotro d’ar gèr, gant he violonz, ha stad en-han.  Ma groeg, a lâre en-han he-unan, o vont, a zo un tammig koz, ha mar gallan hi iaouankaad !

    Pa arruas er gèr, a kavas he vroeg en he gwele, hag hi kousket mad.

    - Hag a zo mad ! emehan, evel-se na oufeo netra.

       Tapout a ra ur gontel er geginn, hag a troc’h he gouk d’he wroeg. Ha da zoon neuze gant ar violonz ! Met kaer hen defoa zoon, ar vroeg paour na zanse ha na flache ; marw-mik a oa !

    - Sota den eo ar miliner-se ! eme-han ; lakât an-on da lac’ha ma groeg, ha kaër am euz soon, gant ar violonz, na deu ket a vuhez en-hi ! Rèd eo hen defe ankouet lâret un dra-bennag d’in. Ec’h ân prim da glewet gant-han.

       Redek a eure d’ar vilinn. Pa arruas, a welas ar miliner en korf he rochet, ur skourjez gant-han en he zorn, hag hen o skourjata ur pod-houarn braz, en kreiz ar porz, hag ann dour o virwi en-han. (A-newe diskennet a oa diwar ann tân). Chomm a eure da zellet out-han, digor gant-han he c’heno, hag ankouet gant-han he vroeg.

    - Petra a rez-te evel se, miliner ?
    - Lakaad ar zoubenn da virwi, ma aotro ; deut
    buhan da welet evel ma verw. Hag ann aotro a dos-taas ewit sellet er pod-houarn, hag a lâras :

    - Ia a-vad ! ha gant da skourjez eo a rez d’ehi birwi evel-se ?
    - Ia sur, aotro ; ar c’hoad a zo ker, hag a ve re goustuz d’in.
    - Gwir a-walc’h a lâres. Ro d’in da skourjez, ha me a lezo ganid ar vilinn daou vloaz all ewit mann.
    - Pa eo c’hui eo, aotro, setu-han aze.

       Hag ann aotro a retornas d’ar gèr gant he skour-jez ; hag o tont, a lâre d’ehan he-unan :

    - Breman a lakaïnn diskar ar c’hoad diwar ma holl douaro, hag am bô kalz a arc’hant ewit-he.

    Goerza a eure ar c’hoad holl diwar he zouaro.

    - Aotro, n’am euz ken un tamm koad na keuneud ; penoz a rinn-me breman ewit aoza boued ?
    - A lâras ar gegineres d’ehan, ur zadorn da noz.
    -
    Me a oufed mad penoz ober, kegineres ; n’ho pet ket vorc’hed gant kement-se.

       Ann dewarlerc’h ar beure, a oa ur zul, hag ann aotro a lâras da holl dut he di, mewelienn ha mitizienn, mont d’ann oferenn-bred, nemet Iann-vraz, he vewel kenta, a chomje gant-han er gèr.

    - Ha leinn, piou hen aozo ? a lâras ar gegineres.
    - N’ho pet ket a nec’hamant gant-se, hag et holl, pa lâran d’ac’h.

       Setu int-ta partiet holl d’ar bourk. Ann aotro a lâras neuze da Iann-vraz digass ar pod-houarn braz en kreiz ar porz, hag hen leunia a zour. Neuze a lakaas ebars kig-sall, kig-bewinn, kaol, irvinn, holenn, peb, holl kement a zo rèd da gaout ewit ober soubenn vad. Goude a tiwiskas he chupenn, a kommerras skourjez ar miliner,  ha da skourjata ar pod-houarn ! Met kaer hen defoa skei, ann dour a chomme ien bepred.

    - Petra a ret iwe, aotro ?  a laras Iana-vraz souezet.
    - Ro peuc’h, genaouek, brema-soudenn a weli.

     

       Hug hen da skourjata are, euz he wella. A wez-an-amzer a voute he viz er pod-houarn ;  bepred a oa ien ann dour ! - Pa oe skuiz a-valc’h, a paouezas iwe, hag a lâras :

    - Arsa, ar miliner, ’m euz aoun, a ra goap ouzinn ?
    - Ia, goap a ra ouzoc’h sur, aotro.  a lâras Iann-vraz.
    - Ma ! na euz forz ; na euz nemet ar maro ewit-han !
    - Larda anehan er-fad, gant he skourjez, me gred a vo a-walc’h, aotro.
    - Nann, nann, ar maro ! ober-goap ouzin-me ! eomp buhan d’ar vilinn, ha digass ganid ur zac’h ma vo boutet ebars ha tolet er stank da veuzi.

       Iann-vraz a gommerras ur zac’h goullou war he skoaz, hag ec’h ejont ho daou trezeg ar vilinn. Boutet eo ar miliner paour er zac’h ha zammet war ar marc’h-porté ewit bea kasset d’ar stank, pehini a oa un tammig pell euz ar vilinn. Pa oant o vont, a weljont o
    tont gant ann hent ur marc’hadour, pini a hee da foar Wengamp, ha gant-han tri a gezek sammet a varc’hadoures. Ma teuas aoun d’ann aotro.

    - Eomp da em guza dreg ar c’hleuz, emehan, ken a vo tremenet ar marc’hadour-se.

       Mont a reont dreist ar c’hleuz er park. Ar miliner, en he zac’h, a oe harpet euz ar c’hleuz, war vord ann hent. Pa glewas trouz kezek ar marc’hadour, o tremen a-biou d’ehan, a em lakaas da grial : Nann, na gommerrinn ket anehi ! na gommerrinn ket anehi !

     Ar Marc’hadour, souezet, a dostaas d’ar zac’h :

    - Sell ! sell ! emehan, petra eo kement-man ?
    - Egile a grie bepred :

    - Nann, na gommerrinn ket anehi ! na gommerrinn ket anehi !
    - Na gommerri ket piou ? a c’houlennas ar marc’hadour.
    - Penheres un aotro pinvik-pinvik, a deûz bet ur bugel, hag a fell d’he zad ober d’in he c'hommer.
    - Ha gwir eo pinvik-braz?
    - Ia, ar pinvika euz ar vro.
    - Ma ! me a zo kontant d’he c’hommer.
    - Deut aman neuze buhan er zac’h ha me aïo e-mèz.

       Mont a ra ar marc’hadour er zac’h, ar miliner a skoulm warnehan, ha neuze a kommer he skourjez hag ec’h a etrezeg Gwengamp, gant ann tri marc’h sammet a varc’hadoures.

    Pa oe êt-kuit, ann aotro hag Iann-vraz a retornas d’ho zac’h.

    - Me a gommerro anehi ! me a gommerro anehi ! a grie ar Marc’hadour, a oa ebars.
    - Te a gommerro piou ? eme ann aotro.
    - Ho merc’h, aotro.
    - Ah ! mab gast ! kerz da glask anehi neuze en fonz ar stank !

    Hag a oe tolet er stank, hag a-boe na eo ket bet gwelet.

       Ann aotro hag he vewel Iann-vraz a eaz ann dewarlec’h da foar Wengamp. Pa oant o sellet euz ar staliou-kaer a oa eno, a oent souezet braz o welet ar miliner eno iwe, ha gant-han ur stal aourfredour ar c’haera.

    - Petra miliner, eme ann aotro, te eo a zo aze !
    - Ia ’vad, ma aotro ; deut oc’h da brena un dra-bennag diganen michamz ?
    - Penoz, n’ont ket chommet er stang eta ?
    - Evel ma welet, ma aotro ; na em gavenn ket mad eno ; ha koulzgoude a trugarekann anoc’h, rag a-c’hane eo deut ganen ann holl dreo-kaer a welet ama.
    - Ha gwir ?
    - Evel ma laran d’ac’h, aotro. N’am euz keun nemet da un dra, hag a eo dre ma n’ho poa ma zolet un tammig pelloc’h ; neuze a vijenn kouezet el lec’h ma na euz nemet treo aour.
    - Ha gwir ?
    - Ken gwir ha ma lâran d’ac’h, aotro.
    - Hag e-maint eno c’hoaz ?
    - Ia, me oar vad ; med mad a ve d’ac’h hasta, mar oc’h euz c’hoant mont da welet.

     

       Hag ann aotro d’ar gèr gant he vewel ; ha d’ar stank ! Iann-vraz a lampas da genta en dour, hag evel ma oa braz-kaer, a save c’hoaz he dorn warc’houre ann dour, da c’houlenn zikour, rag na wie ket neuial.

    - Sell ! eme ann aotro, diskouez a ra d’in gant he zorn lampad pelloc’h ; michamz na eo ket êt beteg ann aour.

    Hag a kommerras ke lanz, hag a lampas pella ma c’hallas.
    Hag a-boe na euz bet kezlo a-bed an-he.
    Ha setu aze kaoz ar miliner hag he aotro.

     

                              Kontet gant Barba Tassel. En bourk Plouaret. - Miz kerzu - 1868.

    © Le Vaillant Martial

     

     

     

     



    [1] — Gourmikaël est évidemment une corruption de goel-mikaêl, — mot-à-mot : fête-Michel. — On désigne ainsi la Saint-Michel, qui se trouve le 29 septembre. C’est l’époque où le fermier breton paie ordinairement son seigneur, ou son propriétaire, comme on dit aujourd’hui.

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