• Ar Hemener hag ar Halvez

    Ar Hemener hag ar Halvez

    Le Tailleur et le Charpentier

     

    P’en em gavas ar hemener er vintinvez-se er Gêrnevez, edo ar wreg oh aoza lzin. Lakeet he-devoa krampouez seh e-barzh ar skudilli ha soubenn da domma war an tan.

    Quand le tailleur se présenta ce matin-là à Guernevez, la maîtresse de maison préparait le petit déjeuner. Elle avait mis des crêpes sèches dans les plats et la soupe à chauffer sur le feu.

     

    « Salud deoh, Gaïd », eeme ar hemener, sichant tre deañ, en euz zond dreist an treuzou.

    « Bonjour à vous Gaïd » dit le tailleur sur un ton enjoué, en franchissant le pas de la porte.

     

    « A ! demad deoh Yann » a respontas ar wreg yaounk. « N’emaoh ket diwezad o tond d’ho tevez hirio. Ha kouezet oh be teuz ho hwele ‘ta p’emaoh war-zao d’an eur-mañ ? »

    « Ah ! Bonjour à vous Yann », répondit la jeune femme. « Vous ne vous êtes pas mis retard aujourd’hui. Vous êtes tombé du lit pour être debout à cette heure ? »

     

    Klask a reas pôtr e nadoz trei ar gôz, rag ne bije ket kalz deañ farsèrèz Gaïd. E gwirionez, evel ar gemenerien-all, e oa eun den dieguz, atô o terhel a-dreñv, hag aliesoh eged e dro da ziweza o vond d’e zevez.

    L’homme à l’aiguille chercha à détourner la conversation, car l’ironie de Gaïd ne  lui plaisait pas. À dire vrai, tout comme les autres tailleurs c’était un flemmard, toujours à traînasser, et en retard à son travail plus souvent qu’à son tour.

     

    « Sell ‘ta » emeañ en eur zelled ouz ar peder skudell a oa war an daol-voued, « ne vin ket va-unan o teveza er gêr-mañ hirio, ‘m’eus aon ? Pa deuan davedoh, he welan, peurvuia, nmed teir skudell war an daol : hoh hini, hini Tin ho kwaz ha va hini-me. Petra ‘zo a-nevez amañ hirio ‘ta ? »

    «  Tiens donc ! » dit-il en voyant es quatre écuelles sur la table. « Je ne pas le seul à faire ma journée ici, j’en ai l’impression ? Quand je viens chez vous, je ne vois pas, le plus souvent, pas plus de trois écuelles sur la table : la vôtre, celle de Tin votre homme et la mienne. Qu’y a-t-il donc de neuf aujourd’hui ? »

     

    Nevez-dimezet e oa Tin ha Gaïd. N’o-devoa ket bugale c’hoaz hag o-unan e labourent o ziegez heb kaoud ezomm euz mevel na matez ebed rag ne oa ket braz o atant.

    Tin et Gaïd s’étaient mariés récemment. Ils n’avaient pas encore d’enfants et ils travaillaient seuls dans leur ferme, sans avoir besoin de valet ni de bonne, car elle n’était pas bien grande.

     

    « Herve an Ti Gwenn », a lavaras Gaïd, « a eo bet goulennet ganeom da zond d’ober eur hastell-karr nevez ha lavaret en deus e vije deuet hirio. E skudell an hini eo a zo aze war an daol e-kichenn oa re-ni. »

    « Nous avons demandé à Hervé de Ti-Gwenn » de venir nous faire un châssis neuf pour la charrette, et il nous a dit qu’il viendrait aujourd’hui. C’est son écuelle qui est là sur la table à côté des nôtres. »

     

    Eun diaoul a zen e oa ar hemener ha natur ‘fall a oa ennañ. Pa helle ober droug n’eo ket vad a ree. Ouspenn, kasoni en-devoa kemenet ouz ar halvez, n’ouzon ket war zigarez petra.

    Le tailleur était un diable d’homme et il avait un fond mauvais. De plus, il avait conçu de la haine pour le charpentier, on ne sait pas pour quel motif.

     

    A-hend-all, yaounk e oa Gaïd ha nebeud a skiant prenet dei. Ma oa bet, pa oa plah yaounk, e breuriez Bugale Mari, n’ne-devoa ket kavet c’hoaz an tu da vond e breunez Sant Tomaz, rag ken kredig e oa ha Yann Zeiteg e-unan.

    Par ailleurs, Gaïd était jeune et elle avait peu d’expérience. Si elle avait fait partie, quand elle était jeune fille, de la confrérie des enfants de Marie, elle n’avait pas encore trouvé le moyen de rejoindre les adeptes de Saint Thomas, et elle était aussi crédule que Simplet lui-même.

     

    « Paour-kêz merh », eme ar hemener d’ar wreg. « ne dalv ket ar boan deoh aoza e lein da Herve an Ti-Gwenn. N’ouzon ket ‘ta ema gouel Sant Jozef a-benn warhoaz. Derhant ar gouel e ra ar gilvizien yun ha viji hag Herve a zo boazet da heuill striz al lezenn-ze.

    « Ma pauvre fille », dit le tailleur  à la maîtresse de maison, « ce n’est pas la peine que vous prépariez son petit déjeuner à Hervé de Ti-Gwenn. Vous ne savez donc pas que c’est la Saint Joseph demain. La veille de cette fête les charpentiers font abstinence et Hervé à l’habitude d’observer strictement cette règle. »

     

    « Feiz vad » a lavaras Gaid, « ne ouien ket an dra-ze ». Hag hi da denna skudell Herve diwar an daol.

    « Ça alors » dit Gaid, « je ne le savais pas ». Et elle de retirer l’écuelle d’Hervé de la table.

     

    Eur pennad goude e totegouezas Herve e kêr. E-leh mond d’an ti e yeas, evel kustum, d’ober eur hrogad-labour d’ar harrdi da hortoz mare lein. Peurvuia ne veze ket dao dezañ deport pell-braz.

    Quelque temps plus tard Hervé arriva  à la ferme. Au lieu d’aller à la maison, il se rendit comme d’habitude, à la remise pour commencer son travail en attendant l’heure du petit déjeuner. Généralement il n’avait pas à attendre bien longtemps.

     

    Dond aa ree an ozah pe ar wreg da lavared deañ e veze ar pred war nadaol. En deiz-se, avad, kaer endevoe gedal, ne zeuas den war e dro hag e rankas ober bouzellan voan e-pad ar  mintin. Eun tamming kas a oa ennañ ha dizamant e lope gand e vaill war ar gizell evid d’ober trouz ha rei da houzoud da dud an ti, en doare-ze, edo oh ober kovig moan.

    Le maître ou la maitresse de maison venait le prévenir que e repas était servi. Ce jour-là, cependant il eut beau attendre, personne n’approcha et il dut se serrer la ceinture toute la matinée. Il s’impatientait et frappait rageusement le ciseau avec son marteau pour faire du bruit et faire comprendre aux gens de la maison que son ventre criait famine

    War dro unneg eur e teuas ar wreg d’ar harrdi. « Eun tamm rubanou ha skolpou am-eus ezomm » emei « da boazzad merenn. ».

    Vers onze heures la patronne vint à la remise. « Il me faut quelques copeaux et spirales », dit-elle, « pour cuire le repas de midi. »

    « Sell ta ! » a respontas Herve, « abaoe pe da vare eo deuet ar hiz er gêr-mañ da boazad merenn a-rôg aoza lein ? »

    « Dites-moi ! », répondit Hervé, « depuis quand a-t-on pris l’habitude dans cette maison de préparer le repas de midi avant le petit déjeuner ? »

     

    « Lein on eus debret pell ‘zo » eme Haid, ‘ha paneve d’ar hemener em-bije lakeet ahanoh marteze d’obereur pehed. Lakeet em-moa eur skudellad-voued evidoh war an daol, med Yann ar Veskenn en-deus bet skiant a-walh da zigas din da zoñj e rank ar gilvizien ober yun ha vijil derhant gouel Sant Josef. »

    « Ça fait longtemps qu’on a déjeuné » dit Gaïd, «  et sans le tailleur je vous aurais peut-être fait faire un péché. Je vous aurais une écuellée de soupe sur la table, Mais Yann ar Veskenn a eu la présence d’esprit de me rappeler que les jeunes charpentiers doivent faire jeûne et abstinence la veille de Saint-Joseph. »

     

    Herve, pa glevas kement-se, a jomas e henou war nav eur. Ouspenn souezet e oa gand tro-gamm ar hemener. Droug ruz a yeas ennañ, med gand aon e vije bet greet goap outañ e kavas gwelloh kuzad war e gounnar. « A ! Yann a zo deuet d’ober eun devez-gwriad deoh hirio ? », eme ar halvez. « Mad, mad... O ! eun den a-zoare eo Yann, avad, daoust d’an oll draou diod a gonter diwar e benn. »

    Hervé, quand il entendit cela, resta interdit. Il était plus que surpris par le tour de cochon du tailleur. Il sentit la moutarde lui monter au nez, mais de peur de se ridiculiser il préféra cacher sa colère. « Ah ! Yann est venu faire une journée de couture pour vous aujourd’hui ? », dit le charpentier. « Bien, bien ... Oh ! Yann est quelqu’un de bien, certes, malgré toutes les bêtises qu’on raconte sur son compte. »

     

    « Traou diod ? » a houlennas Gaid, savet he skouarn ganti.

    « Des bêtises ? » demanda Gaïd en dressant l’oreille.

     

    « Ya ! diotachou, kôziou gwrahidi. An dud o-deus teodou fall, paour merh. »

    « Oui ! Des bêtises, des ragots de commères. Les gens ont de ces mauvaises langues, ma pauvre fille. »

     

    « Ha patra ‘ta leverer diwar-benn Yann ? »

    « Et qu’est-ce que tu racontes donc sur Yann ? »

     

    « O ! nebeud a dra, nebeud a dra... Eun tammig eo troet da vond d’ar merhed, c’hwi oar. »

    « Oh ! Pas grand-chose, pas grand-chose... il est un peu porté sur les filles, vous savez. »

     

    « Ché ! n’em-moa ket klevet kement-se c’hoaz. Ne dalv ket ar boan kaoud fiziañs e-barz lod eus an dud memeze tra ! Feiz ! Brao emaon ganti avad ! N’eus nemedon en ti gant pemoh-se. Tin a zo oh arad douar avalou(douar er Saouleg-Kerh, Petra ‘tin mar deu ar hemener laou-ze da glask afer ourin ? »

    « Eh bien ! J’avais encore jamais entendu dire ça. C’est bien la peine de faire confiance à certains, quand même ! Ma foi ! Me voilà bien alors ! Il n’y a que moi dans cette maison avec ce porc. Tin est en train de labourer, une terre à pommes de terre au champ de Saoulec-kerc’h[1]. Qu’est-ce que je ferai si jamais ce saligaud de tailleur me cherche ? »

     

    « O ! » eme ar halvez, « n’ ho-po nemed beza war evez outañ. War am-eus klevet n’eo ket diêz gouzoud pe da vare e teu e gulad deañ. Pa weloh ar hemener o lammad gand e zent ouz e neud hag o strilla e benn, neuze e vo poent deoh diwall. N’ho-po nemed banna eur geneudenn ouz e benn ha kerkent e wellay deañ. »

    « Oh ! » dit le charpentier, « vous n’aurez qu’à le garder à l’œil. D’après ce que j’ai entendu ce n’est pas difficile de se rendre compte à quel moment « ça « lui prend. Quand vous verrez le tailleur s’en prendre à son fil avec les dents et agiter la tête, alors il sera temps pour vous de faire attention. Vous n’aurez qu’à lui balancer une bûchette à la figure et aussitôt ça lui passera. »

     

    Mond a reas Gaid d’an ti gand he zavañcherad rubanou ha skolpou. E-serr meska he chihouarnad yod kerh e taole a-gorn sellou truilleneg ouz ar hemener. Hemañ a oa e-kreizh an daol-voued o pladorenn war e dorchenn. Mond a ree lijer e nadoz en-dro ha war e vuzell dano e parer eur mousc’hoarz treñk ha goapauz. C’hoanet en-devoa an « troad-leue » d’ar halvez, brao ha kempenn, ha kement-se a ree deañ beza laouen evel eun eostig.

    Gaïd retourna à la maison, le tablier plein de copeaux. Tout en remuant la bouillie d’avoine dans la marmite, elle jetait des coups d’œil très inquiets sur le tailleur. Ce dernier se tenait au milieu de la table de la cuisine, confortablement installé sur son coussin. Son aiguille courait sur son ouvrage et un ricus moqueur marquait ses lèvres minces, il avait joué un tour de cochon au charpentier, propre et net, ça le rendait gai comme un pinson.

     

    « Pelloh ‘zo deuet naon da Herve », emeañ. « Me ‘zo sur ne jomo ket ar pouloud bremaig e toull e houzougé

    « À cette heure Hervé a faim. », dit-il, « Je crois bien que tout à l’heure les grumeaux ne l’empêchait pas d’avaler sa bouillie. »

     

    Hag e-serr lavared ar homzou-ze – biñgn ! hañgn ! – e lamme gand e zent ouz e neudenn o klas he zroha an tosta ‘r gwella d’ar mezer. Eun neudenn vad a oa gantañ en e nadoz pe, marteze, e oa laoskeet e zent en e henou. Ne oe ket evid troha an tamm neud en taol kenta. Hag eñ, neuze, heb diskredi dioutañ, da strilla e benn en eur charoñsa e zent.

    E tout en prononçant ces mots ‘ biñg ! hañgn ! – il se jeta sur son fil avec les dents, cherchant à couper le plus près possible du tissu. C’était du bon fil qu’il avait dans son aiguille, à moins que ses dents fussent mal assurées dans sa bouche. Il  ne put couper le bout du fil du premier coup, de sorte que, sans le lâcher, il se mit à agiter la tête en faisant grincer ses dents.

    Med Gaid a oa war evez :

    Mais Gaïd se tenait sur ses gardes :

     

    «  A ! pitaouer », emei d’ar hemener, « ‘ma ho kulad o tond deoh ? C’hwi ken nebeud, ne jomo ket ar pouloud da waska war ho kalon !  Gortozit ma vezoh dizonet diouz ha tech fall ! »

    « Ah, débauché », dit-elle au tailleur, « Monsieur a sa crise ? Vous non plus les grumeaux ne vous resteront pas sur l’estomac ! Attendez un peu que je vous fasse passer votre sale manie ! »

     

    Hag ho o tistaga eur mell taol-yod deañ e-kreiz e viz ken na strinke ar yod tomm a beb tu.

    Et voilà qu’elle lui décroche un méchant coup de bâton à bouillie en plein milieu du doigt, faisant gicler la bouillie de tous les côtés.

     

    « Forz va buhez ! Forz va buhez ! » a harme ar hemener paour. « Houmañ eo kollet he skiant-vad ganti ! »

    « À moi ! À moi ! » Hurlait le pauvre tilleur. « Elle a perdu la raison ! »

     

    Hag e tilammas diwar an daol da glask tenna ar hrog-yod digand ar vaouez pennfollet.

    Et il sauta de la table pour essayer de retirer le bâton à bouillie à la femme en furie.

     

    « Loustoñ koz ! » emei adarre o razaillad gwasoh-waz, « ha n’ho peus ket bet a-walh ?  Setu amañ eun tamm all evidoh ! » Hag e lope dizamant war chouk Yann ar Veskenn. 

    « Vieux dégueulasse ! » dit-elle encore en vociférant de plus belle, « Vous n’avez pas eu votre compte ? Tenez voilà du rabe ! » Et elle tapait sans retenue sur l’échine de Yann ar Veskenn.

     

    Ne jomas ket pôtr an nadoz da goza en ti, e hellit kredi. Ne oa ket pell o tapa hed e harr hag o skarsa kuit. D’an daoulamm ruz e treuzas ar porz, Gaid war er lerh gand he hrog-yod.

    L’homme à  aiguille ne resta pas faire de vieux os dans la maison, vous pouvez le croire. Il ne mit pas longtemps à prendre ses jambes à son cou et à débarrasser le plancher. Il traversa la cour comme un dératé, poursuivi par Gaïd brandissant son bâton à bouillie.

     

    Pa yajont e-biou d’ar harrdi, e teuas ar halvez da hopal d’ar wreg : « Hep ! Gaïd ! », emeañ, « ma rank ar gilvizen ober yun derhent gouel Sant-Josef, n’eo ket dao, evelato, kaoud yod lesket d’o merenn !  Arabad deoh leuskel ar yod da zuilla !!! »

    Au moment où ils passèrent devant la remise, le charpentier vint à crier à sa femme : « Hé Gaïd ! » dit-il, si les charpentiers doivent jeûner la veille de la Saint-Joseph, ils ne sont pas obligés pour autant d’avoir de la bouillie brûlée, ne laissez pas cramer la bouillie !!! »

     

    © Le Vaillant Martial



    [1] Saoulig > zalouig = (le) champ de chaume

     

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