• Anne des îles Tradition de la mer bretonne

    Anne des îles

    Tradition de la mer bretonne[i] 

       Il y a bien longtemps, près du lieu où fut bâtie la ville d’Audierne, au département du Finistère, en Bretagne, il y avait un village dont on ne sait plus le nom. Ses dernières maisons touchaient à la grève et baignaient dans le flot le galet de leurs murailles quand venaient les grandes marées d’équinoxe. D’un côté du village était la mer, de l’autre la lande : la lande aride comme la mer, immense comme elle. Le pain manquait souvent dans les cabanes.

       Or, les gens de ce pays ne connaissaient pas, ou avaient oublié le Dieu bon qui aide à souffrir. Ils murmuraient, ils blasphémaient.

       Et quand, de loin, le canon d’alarme grondait dans la baie des Trépassés, ils tombaient à genoux et rendaient grâce au démon ; puis ils descendaient en troupes sur la grève. Plus la tempête était furieuse, plus ils sentaient de joie dans leurs cœurs. C’était pour eux que travaillait la tempête.

    - La mer, disaient-ils, a ses moissons comme la terre ferme ; la tempête est le jour de nos récoltes.

       Ils appelaient ainsi les navires en détresse que la tourmente jetait à la côte. La récolte mûre, c’est-à-dire le vaisseau brisé, ils couraient sus aux naufragés. Ils disaient encore :

    – Partage égal ! À nous l’argent, les marchandises, à nous l’eau-de-vie ! À la mer les cadavres !

       Et sur la grève même, un hideux festin commençait. On buvait, on dormait, puis on buvait encore. Le convive, vaincu par l’ivresse, tombait une seconde fois. On l’éveillait mourant, il buvait encore, et souvent, quand il retombait, c’était pour ne plus se relever.

       Lorsqu’il n’y avait plus rien à boire, on rentrait dans les chaumières. L’inanition succédait à l’ivresse. Ceux qui n’étaient pas tués par l’orgie mouraient de paresse et de faim.

       C’est ainsi que vivaient les gens de la côte avant que fût bâtie la ville d’Audierne.

       On parle des îles d’Amérique qui sont pleines de tabac et d’or, on en parle ; mais où sont-elles ? Qui les a vues, sinon des matelots ? Et les matelots sont conteurs. Ils rêvent dans leurs hamacs de corde ; c’est de leurs rêves qu’ils nous entretiennent au retour. La vérité est qu’il n’y a point au monde d’îles aussi belles que les îles de Bretagne. Ouessant est la plus belle de ces îles.

    Le roi dit un jour à messire Jean [i]:

    – Mon homme, demande-moi une chose que ma main puisse te donner, tu l’auras.

    Messire Jean ne demanda ni Nantes, ni Rennes, ni Saint-Malo, ni même Douarnenez ; il dit :

    – Mon roi, je veux Ouessant, la belle île.

       Le roi sourit ; mais il ne connaissait pas Ouessant. Il ne l’avait pas vue dressant fièrement la tête au milieu de l’Océan soulevé. Il n’avait pas vu le blanc diadème de brouillard qui couronne son front, les matinées d’été. Le roi ne connaissait pas Ouessant.

      Avant qu’Audierne fût bâtie, Ouessant n’avait qu’un village, dont les habitants ne valaient guère mieux que ceux de la côte. Ils vivaient de pillage. Quand les naufragés manquaient, ils mettaient à flot leurs barques et rançonnaient les pieux moines de l’île de Sen. Ceux-ci priaient Dieu nuit et jour pour la conversion des païens leurs voisins ; mais les gens d’Ouessant et surtout ceux de la côte ne voulaient point croire à une religion qui commande de secourir les naufragés au lieu de les achever.

       Voici ce qui se passa un soir d’automne, à la mi-septembre, en marée.

       La cloche du petit monastère de Sen venait de sonner l’Angélus, on avait déjà fermé toutes les portes, tant était grande au couvent la crainte des pirates de l’Yroise[ii] . De rares lumières apparaissaient çà et là aux fenêtres grillées : les cierges s’allumaient dans la chapelle. Au moment où les premiers chants du salut se faisaient entendre, une porte latérale du couvent s’ouvrit et se referma sans bruit ; un vieillard, appuyé sur un long bâton blanc, commença à descendre la rampe sablonneuse qui conduisait de la maison sainte à la mer.

       Il semblait bien vieux et marchait avec peine ; de temps à autre il s’arrêtait pour respirer ; il relevait sa tête alors et contemplait le ciel avec inquiétude.

       La lune, courant sous les nuages comme un blanc navire entouré d’écueils, se dégageait parfois tout à coup et laissait tomber d’aplomb sa lumière sur le front du vieillard. C’était un homme parvenu aux dernières limites de la vie. Son visage était calme et doux, son crâne chauve s’entourait d’une couronne de cheveux blancs si légère qu’on l’eût prise pour ces flocons de brouillards printaniers qui se jouent, au crépuscule du matin, sur les croix des calvaires, et figurent un diadème argenté au front divin du fils de Marie.

       La nuit était calme ; mais, pour un habitant de ces contrées, il y avait dans l’air des signes nombreux et manifestes de tempête prochaine. Les nuages assombrissaient leurs teintes et s’abaissaient à l’horizon ; la brume se fendait et laissait voir par places de longues échappées de mer ; quelques éclairs muets déchiraient au loin le ciel.

       Le moine cheminait toujours ; il se hâtait, le pauvre vieillard ; la sueur ruisselait sur ses joues ridées.

       Au premier souffle du vent de mer qui, se levant tout à coup, vint frapper son visage, il poussa un sourd gémissement.

    – Sainte Mère de Dieu, priez pour lui ! murmura-t-il.

       Et il pressa le pas davantage, trébuchant à chaque galet, et forcé de s’arrêter souvent pour attendre une éclaircie et reconnaître son chemin.

       Tout à coup, au-delà du golfe, sur la côte de Bretagne, plusieurs fanaux apparurent qui se prirent à vaciller comme des lanternes de navire bercées par le tangage[iii] . Tantôt elles couraient en ligne droite, tantôt changeant brusquement de direction, elles imitaient le mouvement d’une embarcation qui vire de bord et prend une autre bordée.

    Le moine s’arrêta comme atterré.

    – Seigneur, mon Dieu ! S’écria-t-il en tombant à genoux, ne permettras-tu point que le démon soit vaincu dans le cœur de ces malheureux sauvages ?

       Anne était fille de Joël Bras, qu’on nommait plus souvent le prêtre des îles. Joël, de son vivant, était le dernier débris d’une communauté jadis puissante et dont les vieillards savaient le nom[iv]. Il conjurait la tempête à l’aide de la neuvième corde de sa harpe, et chevauchait sur un bois de lance pour aller rendre visite aux esprits de l’air. C’était un homme puissant et redoutable : les gens d’Ouessant et ceux de la côte le craignaient. On disait que sa demeure renfermait d’incalculables trésors. Quand les serviteurs du vrai Dieu étaient venus s’établir à Sen, ils avaient d’abord opéré quelques conversions. Mais Joël s’était irrité ; il avait menacé de composer un chant si redoutable que la mer quitterait son lit et blanchirait de son écume les toits les plus élevés du village. On crut Joël, et les saints moines furent persécutés.

        Cependant Joël avait passé de vie à trépas ; et sa fille, la belle Anne des Îles, héritait de toute son influence. Anne était païenne comme son père ; mais elle était douce et compatissante ; plus d’un malheureux naufragé lui avait dû la vie, et si parfois, dans les nuits de tempête, les fanaux trompeurs de la côte cessaient tout à coup de briller et d’attirer à une mort certaine les matelots en péril, c’est qu’Anne avait un arc et des flèches, et que la flèche d’Anne ne manquait jamais son but.

       Comme toutes les prêtresses d’alors, elle était vouée au célibat ; mais la fausse religion qu’elle professait n’avait déjà plus qu’un bien faible empire sur les hommes d’Ouessant et des côtes. Le dernier prêtre était mort ; Anne était belle, les jeunes hommes du pays, qui ne connaissaient d’autres dieux que leurs passions, la regardèrent avec envie.

       L’un d’eux, le plus hardi, Niel Roz de Kermor, sauta un soir dans sa barque et toucha la grève de Sen, au-dessous de la falaise où la fille de Joël faisait sa résidence. Niel amarra sa barque et escalada la falaise. – Le lendemain, des débris de bateau jonchaient les sables d’Ouessant, et nul ne vit jamais plus Niel Roz de Kermor.

       Depuis lors chacun trembla au seul nom d’Anne des Îles. Le sang de Joël coulait en elle. C’était une prêtresse et une magicienne. Malheur à qui la rencontrait sur son chemin !

       Le soir, quand le brouillard enveloppait la baie, on voyait parfois sa barque jouer comme un léger flocon d’écume au plus haut sommet des vagues, puis descendre bondissante, se précipiter dans l’entre-deux des lames, et gravir ensuite leur rampe bouillonnante pour retomber et se relever encore. Les bateaux pêcheurs viraient de bord sur sa route. Pour tout l’or du monde on n’aurait pu déterminer un homme depuis Douarnenez jusqu’aux îles d’Ouessant à couper le sillage de son esquif. S’il fallait faire un long détour, on gagnait le large plutôt que de franchir cette magique barrière où, disait-on, la mort se cachait entre deux eaux pour attendre sa proie.

       Anne elle-même semblait encourager cette terreur, et fuyait les regards des hommes. Il ne lui fallait qu’une minute pour se perdre dans la brume ou derrière un rocher. Ni récifs ni brisants ne pouvaient arrêter sa marche. Une goutte d’eau semblait suffire à son esquif. Peut-être même savait-il bondir comme ces poissons dont parlent les matelots au long cours, poissons qui ont des ailes et qui volent ni plus ni moins que des oiseaux. – Les matelots disent cela.

       Durant la tempête elle amenait sa voile et quittait le gouvernail. On pouvait alors la rencontrer assise à l’arrière de sa barque, immobile, les bras croisés sur sa poitrine, dans l’attitude du fier et intrépide dédain. Là où les bateaux pêcheurs se brisaient, la barque d’Anne passait, effleurant l’eau de sa quille, et mouillant à peine les planches de sa coque dans l’écume de la vague. La tempête respectait Anne, qui était le sang de Joël.

       Nul ne pouvait dire que cette vierge puissante fût un être malfaisant. Si Niel Roz de Kermor avait été puni, c’est qu’il avait été téméraire. Mais tout à coup on vit Anne des Îles monter plus souvent son esquif et venir croiser plus près des côtes. Quand le temps restait calme, elle se tenait, comme autrefois, à l’écart ; mais si le vent du large s’engouffrait dans la baie, elle accourait. Sa barque, toujours sûre de sa route, toujours rapide, sillonnait en tous sens la mer : Anne cherchait des malheureux à secourir.

       Souvent le pêcheur superstitieux s’épouvantait en voyant l’esquif d’Anne fondre sur sa barque en détresse comme l’épervier fond sur sa proie. Il tremblait et invoquait les dieux impuissants de ses pères. Anne approchait toujours ; le pêcheur, brisé par la frayeur, couvrait son visage de ses mains et se laissait choir au fond de sa barque. Quand il se relevait, il se trouvait sain et sauf à la grève. Anne et son esquif avaient disparu.

       Quelques-uns enfin s’enhardirent ; ils osèrent, en ces moments de péril suprême, garder l’œil ouvert et observer cette femme autour de laquelle régnait le mystère ; ils la virent porter la main à son front, puis à sa poitrine, puis à l’une et à l’autre épaule, en murmurant des paroles inconnues, – comme faisaient les moines de l’île de Sen – ils la virent lancer sur leurs barques un petit grappin, bisser sa voile et les prendre ainsi à la remorque.

    Ils allaient, ils allaient si vite que le souffle leur manquait.

    À ceux-là la fille de Joël disait en les quittant :

    - Souviens-toi, et fais pour autrui ce que j’ai fait pour toi, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit !

       Puis son esquif remontait le flot et se perdait derrière les hautes lames.

       Cette conduite avait changé le cours de la superstition : Anne était regardée comme une divinité favorable ; on la craignait encore, mais on l’aimait ; et si elle eût exigé toute autre chose que la pitié pour les naufragés, on lui aurait sans aucun doute obéi.

       Quand le vieux moine arriva au but de sa course nocturne, le ciel était complètement couvert de nuages épais. La marée montait, et ce fracas sinistre, précurseur de la tempête, commençait à se faire entendre au loin sur les flots.

       Le vieillard s’était arrêté sur une falaise aride et pelée, dominant à pic l’Océan. Il poussa un profond soupir de soulagement, comme un homme arrivé au terme de sa tâche, et heurtant le roc de son bâton ferré, il s’assit.

       Rien dans ce lieu sauvage et retiré ne semblait motiver la joie du moine : point de croix, s’il était venu pour un pèlerinage ; nul toit à plus d’une demi-lieue à la ronde, s’il était venu pour un rendez-vous.

       Le vieillard attendit pourtant avec patience ; il avait sa tête entre ses mains et réfléchissait. Une voix d’une douceur exquise, mais forte et vibrante à la fois, prononça ces paroles à quelques pas de lui :

    - Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, dom Geoffroy, je vous salue. Soyez le bienvenu.

       Et comme de larges gouttes de pluie chassées par un vent furieux fouettaient le front chauve du moine, une main douce saisit la sienne dans l’ombre. L’instant d’après, il était assis sur un siège de bois dans une sorte de grotte éclairée par une torche de résine. À genoux, près de lui, était une jeune fille de dix-huit ans, dont le charmant visage disparaissait presque sous une profusion de cheveux blonds épars sur ses épaules.

       Elle courbait la tête et parlait ; le moine écoutait. Quand elle se tut, le moine prit à son tour la parole et, au nom de Dieu, il lui remit les fautes qu’elle venait de confesser au tribunal sacré.

    Anne des Îles, – c’était elle, – se leva et, rejetant en arrière les boucles de ses beaux cheveux :

    - Mon père, dit-elle, je remercie Dieu de vous avoir envoyé près de moi à cette heure ; car la tempête s’annonce terrible et mon devoir m’appelle.

       Dom Geoffroy ne répondit pas. Il contemplait la jeune fille et semblait plongé dans une profonde méditation. Sans doute, il songeait à la clémence divine, qui faisant croître l’herbe salutaire à côté du poison, avait placé, dans le voisinage de ces populations féroces de la côte, un ange de dévouement et de charité. Le lieu même où il se trouvait en ce moment encourageait sa rêverie. C’était une salle demi-souterraine, construite dans une large anfractuosité du roc. Au milieu, une table massive de granit, sur laquelle étaient gravés certains signes à l’usage des sorciers et des prêtres de cette religion sinistre que suivaient les gens de la côte avant qu’Audierne fût bâtie, disait assez quelles cérémonies s’étaient autrefois accomplies en cet asile. Dans un coin, la serpe dorée, dont s’était servie Anne au temps où son père l’initiait aux sciences défendues, pendait, attachée à la muraille, auprès de la harpe et du couteau sacré du vieux Joël Bras.

       Mais la harpe, le couteau et la serpe étaient couverts de poussière, tandis que l’image du Christ, appendue au-dessus de la couche de la jeune fille, brillait et attestait des soins respectueux de chaque jour.

       Du dehors, en haut de la falaise, on ne voyait rien. Le toit de cette demeure souterraine, presque aussi vieille que le sol, s’était couvert à la longue d’une couche de mousse et de fucus semblable en tout à la maigre végétation environnante.

    - Ma fille, dit enfin le moine, vous êtes forte et vous êtes courageuse mais vous ne suffirez pas à votre tâche de cette nuit.

    - Il y a un vaisseau dans la baie, répondit Anne ; je le sais.
    - Il y a deux vaisseaux, ma fille.
    - Que Dieu les protège, murmura Anne. Si l’effort d’une chrétienne peut les sauver, ils ne périront pas, mon père.
    - Noble enfant ! dit dom Geoffroy en appuyant sa main sur l’épaule d’Anne des Îles. Le courage de la foi est en vous ; mais il ne faut point tenter la Providence, et cette nuit vous aurez un auxiliaire.
    - Qui ? demanda la jeune fille avec vivacité.
    - Niel Roz de Kermor, prononça lentement dom Geoffroy en attachant sur elle un regard perçant et inquiet.

       Anne changea de visage à ce nom. Une rougeur subite couvrit sa joue, qui, bientôt après, devint plus blanche que la neige fraîchement tombée.

    - Niel Roz de Kermor ! répéta-t-elle.

    Il va venir, dit encore dom Geoffroy.

    - Ici ! s’écria la fille de Joël avec agitation ; ici, Niel Roz... Jamais !

    Puis, se levant et faisant sur elle-même un soudain effort, elle ajouta avec calme :

    - Niel Roz de Kermor est entré ici une fois, mon père. La porte ne se rouvrira point pour lui.
    - Hélas ! dit le bon religieux à voix basse, que faire pour sauver les malheureux menacés de naufrage ?
    - Écoutez-moi, mon père, reprit Anne des Îles d’un ton tranquille et ferme. Niel Roz est un bon marin ; qu’il monte la barque du couvent.
    - Le couvent n’en a plus, ma fille ; les pirates d’Ouessant l’ont coulée.
    - Alors qu’attendez-vous de moi ?
    - Je voulais, dit le vieillard, je voulais frapper d’une terreur salutaire les cœurs endurcis des habitants de la côte. Niel n’a pas reparu parmi eux depuis cette nuit où il aborda sur le rivage de Sen.
    - Je le sais, mon père.
    - Ils le croient mort. S’ils le voyaient venir à eux tout à coup au moment où, occupés de leur abominable besogne, ils dépouilleront les naufragés, peut-être seraient-ils saisis d’épouvante au point d’abandonner leur proie. Anne réfléchit une seconde.
    - Ils l’abandonneraient, dit-elle, je crois qu’ils l’abandonneraient. Mais il faudrait donner place à Niel Roz dans ma barque.
    - Il le faudrait, ma fille.

    On entendit le bruit d’un bâton ferré frappant contre le roc.

    - Eh bien ? dit le moine.

    Anne s’était levée.

    - Je conduirai Niel Roz en terre ferme, dit-elle.

       Le soir où Niel Roz de Kermor avait quitté la côte pour se rendre près d’Anne, il avait, avant d’escalader la falaise, abandonné sa barque, faiblement amarrée, à la merci des flots. La barque fut détachée par la marée montante et ses débris furent portés à la côte. En fallait-il davantage pour motiver le bruit de sa mort ?

       Après avoir abandonné sa barque, cependant, Niel avait grimpé de roche en roche et, à force de chercher, il avait fini par trouver l’entrée de la demeure souterraine. Niel était robuste autant que hardi ; la porte, violemment ébranlée par lui, céda ; il entra.

       Anne des Îles, dont le père était mort depuis peu, était alors païenne, et accomplissait en secret les rites de sa religion maudite. À l’instant où entra Niel, elle coupait des herbes magiques à l’aide de sa serpe dorée, et composait un charme, suivant les enseignements de son père.

       On dit qu’il était dangereux de troubler, dans l’exercice de leurs pratiques superstitieuses, les sorcières de Sen ; car Sen a eu de tout temps des sorcières. Au temps de leur puissance, si un homme se présentait à leurs yeux, elles le faisaient périr dans les plus atroces supplices. Anne vivait seule ; elle avait fait vœu de ne jamais respirer sous un toit le même air qu’un homme. Nous verrons plus tard si elle savait accomplir ses serments.

       Indignée à la vue de Niel, elle se précipita. Sa serpe dorée se plongea dans la gorge du malheureux jeune homme. Il tomba.

       Anne demeura près de lui, anéantie. Elle jeta loin d’elle l’instrument du meurtre et essaya vainement d’arrêter le sang de sa victime. Niel tourna vers elle des yeux mourants et qui semblaient pardonner.

       Ceci se passait le soir. Au milieu de la nuit, Anne, agenouillée près de Niel dont le souffle s’affaiblissait rapidement, fut frappée d’une idée subite. Elle franchit en courant le seuil de sa demeure, descendit la falaise en quelques secondes, et, gravissant le rocher qui servait d’assise au couvent, elle vint tomber épuisée en dehors de la porte. Par un dernier effort, elle souleva le marteau.

       Les moines, malgré leur situation précaire au milieu de ce pays hostile, ne refusaient jamais l’hospitalité. Bientôt Anne évanouie fut entourée par les bons religieux. Plusieurs la connaissaient ; ceux-là furent obligés de faire appel à leur foi charitable pour réprimer le mouvement d’aversion que soulevait en eux la fille de leur ennemi le plus cruel. Mais pardonner est la vertu du chrétien, et d’ailleurs Anne avait besoin de secours.

    À peine revenue à la vie, elle montra d’un geste désespéré le chemin de sa cabane.

    - Un homme, dit-elle, un homme que j’ai tué !

       Les religieux reculèrent d’horreur. Maie Anne, électrisée par le désespoir, saisit la main de dom Geoffroy et l’entraîna vers sa maison.

       Niel Roz fut sauvé par les soins des bons pères. Ou le porta au couvent, où il resta tout le temps de sa longue convalescence.

    Au bout d’un mois, il était chrétien.

       Anne aussi se fit chrétienne. Son âme pure, son intelligence forte et supérieure, n’eurent besoin que d’entrevoir la vérité pour détester à tout jamais le mensonge. Elle fut baptisée. C’est à dater de ce moment que les hommes de la côte purent remarquer un changement subit dans la vie de la jeune vierge. C’est à dater de ce moment qu’elle devint comme la patronne des naufragés.

       Elle était forte malgré la gracieuse souplesse de sa taille ; elle était plus adroite encore que robuste. Habituée dès l’enfance à faire seule et dans une légère embarcation la traversée d’Ouessant à Sen, elle regardait la mer comme son élément, et, de Crozon au Conquet, on n’aurait point trouvé de pilote plus expert ni de marin plus intrépide.

       Comme prêtresse de Sen, elle avait été vouée à un célibat perpétuel. Une fois chrétienne, elle ne se crut point dégagée de ce vœu. Par un scrupule de conscience que dom Geoffroy était tenté de regarder comme un vieux levain de paganisme, elle voulut tenir le serment fait au démon.

       Mais dans ses longues heures de solitude, soit qu’elle lût, enfermée dans sa demeure, les livres étrangers rassemblés par Joël, soit qu’elle luttât, montée sur son frêle esquif, contre les terribles tempêtes de la baie des Trépassés, l’image de Niel Roz de Kermor venait parfois la troubler. Elle le voyait mourant ; elle eût voulu se souvenir d’une malédiction ou d’un reproche ; mais l’œil de Niel, dans ces visions comme au moment fatal, n’exprimait qu’une pensée d’amour et de pardon.

       Anne était fière. Sa foi nouvelle n’avait pu dompter tout à fait ce vice des natures généreuses. Elle serait morte plutôt que de manquer à son serment ; et ce qu’elle craignait le plus au monde, c’était la vue de Niel Roz.

       Et pourtant, Anne avait promis de conduire, ce soir, Niel en terre ferme. Au brait du bâton ferré heurtant le roc, elle rassembla son courage et monta sur le tertre, suivie de dom Geoffroy.

       Elle se trouva face à face avec Niel, qui baissa la tête à son aspect et croisa ses bras sur sa poitrine.

       Le jeune homme était bien changé. Une teinte maladive remplaçait les chaudes couleurs dont brillaient autrefois ses joues. Il semblait hors d’haleine et respirait péniblement. Anne se sentit oppressée.

       Mais la tourmente avait grandi pendant son entrevue avec dom Geoffroy. La mer brisait maintenant contre la falaise avec une violence inouïe ; le vent apportait jusque sur le tertre une pluie amère et salée. Anne demanda la bénédiction du moine et saisit la main de Niel en disant :

    - Allons !
    - Que la Providence vous conduise ! Murmura dom Geoffroy, qui s’était agenouillé sur le tertre.

       Quand il se releva, un éclair lui montra la barque à plus de cent toises du rivage ; elle semblait de loin une coquille de nautile, au milieu des gigantesques vagues qui la pressaient de toutes parts.

    Le moine reprit à pas lents le chemin de son couvent.

       Il fallait être né sur les rivages de la baie des Trépassés pour oser affronter, de nuit, une mer semblable. La frêle barque de la fille de Joël s’emplissait d’eau à chaque rafale ; sa faiblesse même et sa légèreté l’empêchaient seules d’être submergée.

       Elle allait vers le bec du Raz, pointe redoutée et féconde en naufrages ; elle allait, guidée par ces fanaux perfides qui devaient hâter le trépas des marins engagés dans la baie.

       Niel avait voulu prendre le gouvernail ; mais Anne, le repoussant, lui montra du doigt l’avant de la barque. Niel s’assit aussitôt, et la traversée se poursuivit silencieuse.

       À moitié chemin, un bruit sourd, qui n’était pas celui du tonnerre, passa sur leur tête et leur revint, répercuté par les échos de la côte. Anne et Niel se signèrent. C’était le premier coup du canon de malheur.

    - Le temps presse, dit Anne.

       Niel la comprit. Il s’élança et hissa la voile à mi-mai.

       Il eût fallu voir alors l’esquif voler en rasant l’écume. La pointe du Raz fut doublée en un clin d’œil, et un calme relatif se fit sentir aussitôt. Anne tourna l’avant vers la terre.

    - Anne, dit le jeune homme, qui voyait approcher avec angoisse l’instant de la séparation, faut-il donc vous laisser seule par cette affreuse nuit ?
    - À chacun de nous sa tâche, répondit Anne d’une voix émue. Ici, nous devons nous séparer pour toujours.
    - Pour toujours ! répéta Niel en faisant un pas vers elle.
    - Au rivage, chrétien ! s’écria-t-elle avec force ; au rivage où ton devoir t’attend !

    Niel plongea une rame et trouva le fond.

    -Adieu donc, murmura-t-il.

       Anne s’était levée à son tour ; une larme tremblait aux longs cils de sa paupière. Au moment où Niel allait se précipiter, elle tendit sa main que le jeune homme toucha de ses lèvres avec respect. – Un cri annonça bientôt qu’il avait atteint le rivage.

       Anne pouvait entendre alors les chants de fête et les féroces transports de joie des gens de la côte. Pendant qu’elle rangeait pour la seconde fois la pointe du Raz, leurs éclats de rire arrivèrent jusqu’à elle. En même temps, son œil fut frappé par les sinistres phares qu’allumait la cupidité des Bretons. Il y en avait trois à peu de distance l’un de l’autre.

       Anne se laissa dériver, côtoya un instant le rivage et arriva en face des fanaux. Alors elle prit son arc et tira trois flèches de son carquois. Trois rauques mugissements se firent entendre sur la falaise voisine.

    Anne avait décoché ses trois flèches. Aucune lumière mouvante ne brillait plus au rivage.

       Cependant le canon de détresse précipitait ses signaux. Les coups venaient de deux points différents. Un des navires devait être au large, dans la direction d’Ouessant, l’autre s’approchait de plus en plus de l’île de Sen. Anne hésita un instant. Auquel porter secours ?

       Au plus près de périr. – Elle donna un coup de barre et tourna sa proue vers l’île de Sen.

       En moins de temps qu’il n’en faudrait, par une brise molle, pour faire le quart du chemin de la pointe du Raz à la chaussée de Sen, Anne avait dépassé l’île et se trouvait dans les eaux d’un beau brick de guerre qui, dix minutes plus tard, allait laisser sa caque sur les brisants.

    - Ho ! Du brick ! cria la jeune fille.

       Sa voix perça les fracas divers de la tempête, mieux que ne l’eût fait la voix plus grave d’un homme. Il se fit un grand mouvement à bord du brick, qui laissa arriver sur-le-champ.

    On était alors en guerre. Des deux vaisseaux que dom Geoffroy avait vus dans la baie, l’un était un français marchand, l’autre un ennemi, un anglais, sans doute ; – car l’Anglais est toujours un ennemi.

       Le navire marchand avait pris chasse et s’était jeté dans la baie ; puis, quand l’obscurité était venue, pour donner le change au brick, il avait couru des bordées. Le brick suivait, lui, sa route première. Son équipage, qui le savait fin voilier, eût nargué la tempête en pleine mer ; mais le voisinage de ces côtes hérissées de récifs diminuait sa confiance. Sans connaître toute l’étendue du péril, le commandant avait fait tirer le canon pour demander un pilote. On crut à bord que ce pilote était arrivé.

       Anne accosta le brick. Avant qu’on lui eût jeté une corde, elle avait grimpé le long des haubans et sauté sur le pont.

    - Une femme ! s’écria le commandant avec surprise et dédain.
    - Une femme ! répétèrent les matelots en poussant en chœur un grossier éclat de rire.

       Anne ne prit pas garde. Elle se fit jour au travers des marins, arracha la barre des mains du timonier, et imprima au gouvernail un brusque mouvement.

    - À la mer ! dit l’équipage ; c’est folie ou trahison !

       Le timonier, offensé par l’usurpation d’Anne, qui avait pris d’autorité sa place, s’avançait pour exécuter la sentence, lorsque le navire, obéissant au gouvernail, vint au vent, comme disent les gens de la mer et vira lof pour lof.

       Il se lança dans sa nouvelle direction, craquant sous le poids de sa voilure, et coupant de l’avant la longue traînée d’écume qu’avait soulevée son sillage.

       L’équipage, immobile, retenant son souffle, attendait le résultat, désormais impossible à prévoir, de cette manœuvre téméraire. À ce moment, un éclair se fit. On vit Anne debout à la barre. Son bras tendu montrait, à bâbord, une longue ligne éblouissante de blancheur qui, se courbant à vingt brasses du gouvernail, semblait envelopper le brick à demi. Mais le brick sentait le vent ; chaque seconde l’éloignait de cette ligne brillante : elle s’effaça dans l’ombre.

       Matelots et officiers, tous frémirent en silence, comme on fait à la vue d’un affreux danger évité. C’étaient les brisants de la côte de Sen qui, tourmentant la mer, formaient cette courbe d’écume, vers laquelle le brick, un instant auparavant, se précipitait impétueusement.

       Pendant toute cette nuit, Anne resta au gouvernail. Le commandant et ses marins l’entouraient. Elle essaya de comprendre leur langage et ne put y parvenir.

       Alors elle tourna son regard vers le lieu où, depuis, fut bâtie la ville d’Audierne, comme si ce regard pouvait percer les ténèbres d’une nuit d’orage. – Tout se taisait au loin. Le son du canon d’alarme ne venait plus interrompre la voix de la tempête.

    Mue secoua tristement la tête.

    - Que Dieu vienne en aide à Niel Roz de Kermor, pensa-t-elle. Il n’y a plus à cette heure qu’un vaisseau dans la baie.

       Elle ne se repentait point d’avoir sauvé l’ennemi ; mais elle pleurait sur l’autre navire qui portait ses frères.

       Les gens de la côte étaient rassemblés au bec du Raz. Ils grelottaient de froid sous leurs haillons misérables, et accusaient la tempête de faire mal son devoir. Le canon se taisait, et pourtant nul débris ne venait échouer à la plage.

       Les vieillards racontaient avec de longs soupirs de regret l’histoire des beaux naufrages qu’avait vus leur jeunesse. Et l’eau venait à la bouche des auditeurs qui mettaient l’oreille au vent pour saisir tous les bruits du large.

       Rien ; – rien que le fracas du flot attaquant le roc ; rien que le mugissement du vent dans les fissures de la falaise.

       Le désespoir venait aux gens de la côte ; ils avaient faim, et, se roulant sur le sable, ils invoquaient leurs dieux oubliés :

       « Ô vous que nos pères adoraient, disaient-ils, exaucez-nous, car nous avons repoussé le Dieu nouveau qui mourut sur la croix.

       « Nous l’avons repoussé, nous avons persécuté ses prêtres et dispersé sur le sol les pierres de ses autels.
       « Nous l’avons repoussé, parce que sa loi est la miséricorde et qu’il nous faut pour vivre oublier la pitié.
       « Dieux, soyez propices. Il est à Sen une prêtresse du sang de vos pontifes ; nous en ferons notre souveraine.
       « Nous prendrons dans sa grotte le couteau du saint Joël et la serpe d’or de sa fille. Vienne l’an neuf, nous tuerons les hommes et nous couperons le gui des chênes. »

       Les démons écoutaient. Comme si le charme eût opéré, la tempête redoubla tout à coup de violence. Un cri plaintif se fit entendre du côté du large. En même temps, les gens de la côte virent passer dans l’ombre une masse noire qui courait avec une effrayante vélocité.

    Une clameur d’allégresse sortit à la fois de toutes les poitrines.

    - Il va toucher ! Il va toucher ! disaient-ils.

       C’était le vaisseau marchand qui voguait au hasard, presque désemparé. Il rangea de si près le bec du Raz que les hauts-mâts durent frôler le formidable rocher qui surplombe en cet endroit et se cintre en voûte au-dessus de la mer. Mais il ne toucha pas.

       Les gens de la côte, plongés dans une muette stupeur, n’en pouvaient croire leurs yeux. Un pilote n’aurait pu suivre ce chemin sans se briser dix fois. Et pourtant le navire était sauvé.

       Il y avait là un homme robuste, intrépide et méchant, nommé Jean Cosquer. Il sauta dans une barque de pêche et s’éloigna du rivage sans mot dire.

       Le marchand courait des bordées, Au bout de dix minutes, il revint, ne se doutant pas du péril qu’il venait d’éviter. Cette fois il passa de l’autre côté de la pointe. Il passa sans toucher encore.

    Jean Cosquer le héla et se fit hisser à bord comme pilote.

    - Où sommes-nous ? demanda le capitaine.
    - À deux doigts de la mort, répondit Cosquer.
    - Peux-tu nous sauver ?
    - À une condition.
    - Laquelle ?
    - Voici, dit Cosquer en montrant le vide, voici la
    pointe du Raz, le tombeau de plus de matelots qu’il n’y en a sur toute la flotte du roi.

       Les marins regardèrent. La frayeur leur montra quelque effrayant fantôme de rocher ; ils frémirent.

    - Ici, reprit Cosquer en montrant cette fois le bec du Raz lui-même, ici une route reste ouverte ; je la connais, je puis vous y guider.
    - Fais, au nom de Dieu, dit le capitaine.
    - Quoi que vous puissiez voir, vous ne m’arrêterez pas ?
    - Sois capitaine pendant une demi-heure, mon homme, dit le patron.

    Et il lui donna son porte-voix.

       Cosquer saisit cet emblème de la souveraine puissance à bord et tourna l’avant vers le Raz. Les matelots entendirent bientôt le bruit du ressac, ils virent l’écume phosphorescente, ils virent même la tête noire et gigantesque du rocher.

    - N’ayez pas peur, disait Cosquer.

    Au même instant le navire donna un coup de talon qui fit crier sa mâture.

    - N’ayez pas peur, dit encore Cosquer.

    Puis, poussant un sauvage éclat de rire, il sauta par-dessus le bord.

       L’expédition de Jean Cosquer avait duré quelque temps. Les gens de la côte, ne voyant rien et n’entendant rien, désespérèrent. C’était une nuit perdue.

       Ils reprenaient le chemin du village lorsqu’un hurlement joyeux du faux pilote les arrêta. Cosquer parut au milieu d’eux ruisselant encore d’eau de mer. Les cris d’angoisse de l’équipage tinrent lieu d’explication, et tous, hommes, enfants, femmes, vieillards, se précipitèrent au rivage.

       Le navire marchand s’était brisé à l’extrême pointe du Raz. Cosquer avait bien choisi son endroit : le navire était engagé de telle sorte que pas un débris ne s’en pouvait perdre. L’équipage n’avait qu’un pas à faire pour gagner la côte ; si quelques-uns se noyèrent au moment du naufrage, c’est que, dans leur ignorance complète des lieux, ils nagèrent vers le large, croyant s’approcher de la terre.

        En un instant, une clarté brillante remplaça sur la grève l’obscurité de cette affreuse nuit. Cent torches de résine furent allumées à la fois : à quoi bon se cacher encore ? Le chasseur quitte sa retraite quand sa proie est tombée dans le piège.

       C’était un hideux spectacle que cette foule, où tous les âges et tous les sexes étaient représentés, se livrant à une œuvre de pillage. On s’arrachait les moindres épaves apportées par les flots. Ceux qui étaient forts, sautant de roc en roc, allaient piller la carcasse même du navire, qui se soutenait entière, clouée à la dent d’un récif.

       D’autres, s’occupant des naufragée, les dépouillaient et les garrottaient. Les malheureux, au nombre de dix, étaient couchés, nus, sur le sable glacial, et ne devinaient que trop le sort qui leur était réservé.

    Où était en ce moment Niel Roz de Kermor ?

       S’il se fût montré à la lueur des torches, pâle encore des suites de sa blessure, l’œil brillant de colère et d’indignation, ces sauvages, aussi superstitieux que cruels, auraient lâché prise en hurlant, comme font les démons que chasse l’eau sainte ou le signe de la croix. Les gens de la côte auraient pris Niel pour un spectre vengeur ; les malheureux marins eussent été sauvés. Dom Geoffroy, dans sa charitable sollicitude, avait calculé juste.

    Mais où était Niel Roz de Kermor ?

       Quelques voix, il faut le dire, s’élevèrent bien çà et là en faveur des naufragés ; des femmes demandèrent leur vie. Mais la mer avait fait son devoir : il n’était ni juste ni prudent de frustrer la mer de sa proie.

    - Partage égal ! dit Jean Cosquer ; à nous l’or et l’eau-de-vie, à la mer les cadavres !

    On donna les cadavres à la mer, et l’orgie commença.

       Niel Roz avait bon cœur, et il était chrétien. Il descendit à terre, résolu à remplir la tâche que lui avait imposée dom Geoffroy, et à donner au besoin sa vie pour sauver celle des naufragés. Telle était l’intention de Niel Roz en touchant la terre, non loin de l’endroit où fut bâtie la ville d’Audierne.

    Mais il aimait, et la passion conseille mal.

       Durant de longues heures, il resta fidèle à son poste, guettant les mouvements des gens de la côte et prêt à paraître au moment fatal. La nuit avançait ; nul vaisseau ne se montrait : point de naufragés à secourir.

       Les signaux de détresse avaient cessé ; sans doute les navires avaient sombré en pleine eau ou sur les côtes de Sen. La présence de Niel était donc inutile.

    - Anne, pensait-il, Anne elle-même est en péril de mort peut-être. Elle m’appelle, et je suis loin d’elle. Son bras ne peut résister aux efforts de la tempête, et moi, je suis ici, sain et sauf, attendant une occasion qui ne peut se présenter désormais.

       Ces pensées tyrannisaient son esprit affaibli peut-être par une longue et terrible maladie. Il résista tant qu’il put ; mais enfin une fièvre s’empara de lui. L’obscurité s’illumina tout à coup pour son délire ; il crut voir de loin la barque d’Anne penchée sur l’abîme et déjà pleine d’eau. Il crut entendre la voix de la jeune fille qui prononçait son nom et demandait secours.

       Niel Roz descendit vers la grève ; il luttait encore. En ce moment, le navire français, rasant la côte comme une hirondelle rase la terre un jour de pluie, doubla le cap et disparut. Niel le crut sauvé. Il détacha une des barques du rivage et se mit à la recherche d’Anne.

       À cause de cela, dix pauvres marins moururent sans confession, et Niel ne connut plus de bonheur en ce monde.

       Le matin trouva dom Geoffroy, le bon moine de Sen, en prières au pied de la croix. Le vent avait cessé. Un rayon de soleil levant, perçant les étroits vitraux de la chapelle, vint jeter une pâle teinte d’or sur les cheveux blancs du vieillard. Il se leva, sortit du couvent et gagna la falaise.

       Au large il y avait un vaisseau qui voguait fièrement, vainqueur de la tempête. Le moine fit de l’œil le tour de l’horizon. Il n’y avait qu’un vaisseau.

       Un brouillard épais couvrait la côte, le bec du Raz et le lieu où fut depuis bâtie la ville d’Audierne. Dom Geoffroy avait beau regarder, son œil ne pouvait percer ce vaste linceul de vapeurs qui couvrait une scène de meurtre et de pillage. Un triste pressentiment lui vint qu’il repoussa aussitôt.

    - Tout va bien, se dit-il ; mon fils Niel aura fait son devoir. Que Dieu le récompense !

       Les matelots du brick anglais qui avait été sauvé, harassés de fatigue, dormaient çà et là sur le pont. Le commandant veillait ; il était debout près d’Anne. La houle, que ne poussait plus le vent, se calmait peu à peu. Il faisait nuit encore.

    - Jeune fille, dit le marin, tu as sauvé un vaisseau du roi ; fixe ta récompense.
    - J’ai perdu ma barque à vous servir, répondit Anne ; donnez-moi en échange le plus petit de vos canots, et laissez-moi gagner la côte. D’autres, là-bas, ont peut-être besoin de moi.
    - Ta voix est douce, jeune fille. Non, sur ma foi, tu ne gagneras pas la côte... Dis, combien veux-tu d’or ?
    - De l’or, répéta dédaigneusement Anne. Je suis la fille de Joël Bras des Îles.
    - Et qui est ce Joël des Îles, ma fille ?

       Les gens qui ont étudié dans les livres pourraient dire ce que répondit Anne, car ils savent les noms de tous les faux dieux. Ceux qui racontent aux veillées les récits des anciens temps, comme leurs pères les contaient avant eux, ont oublié ces noms maudits.

       Anne répondit que son père était prêtre des vieilles divinités de ces contrées. Le marin recula.

    - Et toi, dit-il, tu es sorcière ?
    - Je suis chrétienne.
    - Tant mieux, enfant, car ta voix est douce, et c’eût été pitié de brûler vif un si gentil pilote... Or ça, tu ne regagneras pas la côte !

       Anne prit un ton grave, presque impérieux.

    - Je suis venue vers des étrangers, dit-elle, pour accomplir un des commandements de Dieu. J’ai plus d’or, sachez-le, qu’il n’en faudrait pour acheter votre vaisseau. Je resterai avec vous jusqu’au jour, afin que vous ne puissiez m’accuser d’avoir déserté une tâche commencée. Au jour je vous quitterai.

       Anne, en embrassant la foi chrétienne, avait conservé les vêtements de sa caste : elle portait une robe de lin flottante ; son arc et son carquois pendaient sur son épaule, et les tresses de ses longs cheveux blonds étaient retenues par un diadème d’or. L’étranger ne l’avait pas encore bien vue ; mais l’aurore qui se levait alors lui laissa voir le noble et beau visage de la jeune fille, que ce costume antique paraît d’une mystérieuse majesté. Le commandant la trouva si belle qu’il s’endurcit dans le dessein de la retenir à son bord.

    - Demoiselle, dit-il en prenant un air soumis et respectueux, je suis gentilhomme et je puis vous faire maîtresse d’un noble manoir. Quittez ce sauvage pays de tempête et venez avec moi qui veux être votre chevalier et votre époux.
    - Ce sauvage pays est ma patrie, dit Anne, et nul homme ne sera mon époux.
    - Je suis puissant à la cour du roi, reprit l’étranger, vous verrez des carrousels, des joutes et des tournois ; votre beauté vous fera la reine des vaillants jeux de la chevalerie.

       Anne soupira. peut-être pensait-elle qu’il y avait ici-bas un homme qui n’était ni noble, ni chevalier, mais qui seul était capable de lui faire regretter les vœux qui la liaient au ciel. L’étranger entendit ce soupir. Il la crut vaincue.

    - Soyez, dit-il en mettant un genou en terre, soyez désormais la dame de mes pensées, belle damoiselle.

       Anne ne répondit pas, perdue qu’elle était dans sa rêverie.

       Le marin, encouragé par ce silence, tendit ses bras en avant. Sa main effleura le vêtement de la jeune fille. Anne se dressa de toute sa hauteur.

    - Arrière ! dit-elle en portant la main sur son arc. Sur ta vie, Anglais, ne me touche pas !

       Le commandant, riant de la menace, voulut la saisir ; mais Anne, reculant à l’idée d’un meurtre, laissa tomber sa flèche et, sautant sur le plat-bord, grimpa le long des haubans d’artimon et fut bientôt hors de portée. Elle banda son arc.

    - Vois, dit-elle en montrant à l’autre bout du navire une mince manœuvre qui pendait brisée par l’orage de la nuit, vois ce cordage.

    La flèche partit en sifflant et la manœuvre coupée tomba sur le pont.

    - Ta vie est à moi, tu le sais maintenant, reprit Anne ; mais je ne veux point mettre à mort celui que la Providence m’a permis de sauver. Je te fais grâce.
    - Tu ne m’échapperas pas ! s’écria le commandant transporté de colère.

    Il donna un coup de sifflet. Les hommes de l’équipage, réveillés en sursaut, se rangèrent autour de leur chef.

    - Qu’on saisisse cette femme ! dit-il.

    Les matelots s’élancèrent dans les haubans.

       Anne se vit perdue. Elle promena son regard à l’horizon. Loin, bien loin, du côté de la chaussée de Sen, elle aperçut une petite voile blanche qui reluisait aux premiers rayons du soleil. Son cœur battit avec force, elle prononça le nom de Niel Roz de Kermor.

       Cependant les matelots, excités par la voix de leur chef, montaient rapidement. Anne fuyait de manœuvre en manœuvre, sautant avec la légèreté d’un oiseau et gardant toujours son avantage. Les matelots, admirant son intrépide courage et se souvenant qu’ils lui devaient la vie, se sentaient pris de pitié ; mais la voix du commandant les poussait sans relâche.

       Anne s’arrêtait de temps en temps et tournait son regard vers la voile qui grandissait à l’horizon. L’espérance entrait dans son cœur. La barque approchait. On pouvait maintenant distinguer l’homme qui tenait le gouvernail. C’était bien Niel Roz de Kermor.

    Anne, toujours poursuivie, avait atteint les plus hautes manœuvres. Elle se suspendit à un mince cordage à l’une des extrémités de la barre du perroquet d’artimon et cessa de fuir. Aucun matelot n’osa la suivre à ce poste périlleux.

    - Qu’on la saisisse ! criait du pont le commandant exaspéré.
    - Homme méchant et ingrat, dit Anne, Dieu te punira, toi qui rends le mal pour le bien !

    La barque de Niel croisait maintenant à portée de la voix, au vent.

    - À moi, Niel ! cria la jeune fille.

       Et, imprimant à son cordage un mouvement d’oscillation, elle se balança une seconde, lâcha la corde à propos et tomba à la mer.

       Niel Roz avait entendu le cri et reconnu la voix d’Anne des Îles. Ne se fiant plus à sa voile, il saisit ses avirons, et sa barque vola vers le navire. Le commandant avait fait mettre ses embarcations à flot.

       Mais Anne était une fille de la mer. Après avoir plongé profondément, elle revint à la surface, secoua son épaisse chevelure et se mit à nager. La distance entre elle et son sauveur était grande encore ; cependant les chaloupes gagnaient sur elle peu de terrain, et si Anne n’eût été exténuée par la fatigue de sa course aérienne au milieu des cordages, cette dernière poursuite eût été pour elle un jeu.

    Niel faisait force de rames. Il atteignit enfin la jeune fille et la saisit par ses vêtements.

    - Aux roches ! dit-elle en tombant épuisée au fond de la barque.

       Les chaloupes arrivaient. Elles essayèrent encore de poursuivre quelque temps la barque de Niel ; mais celui-ci se riait de leurs efforts. Il s’engagea bientôt au milieu des brisants, qui ne manquent nulle part dans la baie. Les chaloupes n’osèrent le suivre et revinrent vers le navire.

    - Dussé-je mourir, j’atteindrai cette femme ! dit le commandant anglais qui rugissait de fureur.

       Au lieu de gagner la haute mer, il courut des bordées tout le jour dans cette partie de l’Yroise, résolu de tenter une descente à la faveur de la nuit.

       Le vieux dom Geoffroy était encore à son poste d’observation lorsqu’il vit la barque de Niel tourner la pointe de la chaussée de Sen. Il reconnut la robe blanche d’Anne des Îles et descendit sur la grève.

    - Soyez bénis, mes enfants, leur dit-il.

    Anne retourna dans sa demeure, et Niel suivit dom Geoffroy au couvent.

       Tant que dura cette journée, Anne resta en prières au pied de son crucifix. Elle demandait à Dieu de la guider et de la soutenir, car son courage faiblissait : elle aimait Niel Roz de Kermor.

    - Le ciel a-t-il entendu, se disait-elle, le serment que je fis autrefois au démon ?

       Anne allait se répondre que non, lorsque le signal ordinaire du bon religieux retentit à ses oreilles. Elle se hâta de monter sur le tertre.

    Dom Geoffroy était là tout pâle et tout tremblant. Derrière lui marchait Niel Roz, la tête basse et avec l’apparence d’un coupable.

    - Ma fille, dit dom Geoffroy, il nous faut gagner la côte à l’instant.
    - Pourquoi ? demanda-t-elle.

       Dom Geoffroy jeta un regard sur Niel dont le front ruisselait de sueur. Anne suivit ce regard et pâlit.

    - Pourquoi ? demanda-t-elle encore.

       Niel se couvrit le visage de ses mains, et dom Geoffroy tendit les bras vers la côte. Anne leva les yeux.

    - Niel a délaissé son poste, dit-elle d’une voix étouffée ; le sang des naufragés est sur sa main.

    Le jeune homme ne put répondre que par un sourd gémissement.

       Quand la nuit fut venue, on vit de grands feux briller à la pointe du Raz, et une multitude d’ombres, se détachant en noir sur ce fond éblouissant, apparurent exécutant une ronde bizarre et désordonnée : il y avait encore de l’eau-de-vie, et l’orgie continuait.

       Ce spectacle ne pouvait laisser aucun doute, il fallait un naufrage pour approvisionner ainsi les gens de la côte.

       Anne, le prêtre et Niel montèrent silencieusement dans la barque ; peut-être quelques malheureux avaient survécu, peut-être était-il temps encore de les sauver.

       Cependant le commandant du brick anglais s’était obstiné dans sa mauvaise pensée. Il voulait à tout prix retrouver Anne, et, la nuit tombée, il s’approcha de la côte. Voyant un grand feu allumé sur le Raz, il fit mettre une embarcation à la mer et se dirigea presque seul vers cet endroit. Il comptait imposer à ces bonnes gens par sa seule présence, et, dans ce but, il avait revêtu son bel uniforme brodé d’or et d’argent. Ce fut un grand malheur pour lui.

       Le vent avait changé ; il venait maintenant de terre. Par un singulier concours, la chaloupe du commandant et la barque montée par Anne des Îles voguaient presque de conserve sans s’apercevoir l’une l’autre. L’Anglais aborda le premier, et pendant que Niel cherchait un endroit pour prendre terre au milieu des rochers, ses deux compagnons et lui furent témoins d’un terrible spectacle.

       Ils virent l’Anglais prendre terre. À la lueur des torches, ses broderies resplendissaient ; il semblait une statue d’or douée de vie et de mouvement. Les gens de la côte, moitié ivres, éblouis par ce riche costume, entourèrent tout d’abord le nouveau venu avec des cris de joie. C’était encore une épave que leur envoyait la mer.

       Quand le commandant se vit attaqué, il déchargea ses pistolets, puis, tirant son grand sabre, il se défendit en gentilhomme ; mais Jean Cosquer prit une longue barre de fer, débris du marchand naufragé, et en enfonça l’extrémité dans le brasier. La barre rougit. Jean Cosquer la brandit au-dessus de sa tête et s’élança vers le marin. On entendit un frémissement comme si le fer rouge eût touché de l’eau ; puis le noble costume tout brodé d’or et d’argent s’affaissa. L’Anglais n’était plus qu’un tas de chair morte.

       Le navire était si près de la côte que les marins suivaient, eux aussi, tous les détails de cette horrible scène. Tant que leur chef fut debout, ils n’osèrent tirer ; mais quand ils le virent tomber, ils poussèrent un cri de vengeance et tous les canons du navire tonnèrent à la fois, pendant que toutes ses embarcations prenaient la mer.

       Niel n’eut que le temps de repousser sa barque au large. En un instant, la côte fut envahie. Cette foule abrutie par l’ivresse n’essaya même pas de se défendre ; il n’y eut que Jean Cosquer qui, avant d’être tué, fit sentir à quelques marins le poids de son homicide barre de fer. Le commandant fut trop vengé.

       En vain le bon moine Geoffroy se fit déposer à terre ; en vain la fille de Joël se jeta aux genoux des marins anglais.

       Ils repoussèrent le religieux, ils repoussèrent la jeune fille qui était leur libératrice. Ils tuèrent, ils tuèrent jusqu’au jour. Quand ils s’arrêtèrent, c’est qu’il n’y avait plus personne à tuer.

       Ainsi moururent tous les gens de la côte, et le lieu où fut bâtie depuis la ville d’Audierne demeura désert.

       Niel fit pénitence. On pense que les religieux le reçurent dans leur couvent, où il mourut réconcilié avec Dieu. Quant à la fille de Joël, voici ce qui advint d’elle :

       Huit jours après le fatal événement, elle fit venir le bon moine dom Geoffroy dans sa demeure.

    - Dom Geoffroy, dit-elle, il est dans notre famille depuis des siècles un trésor, le trésor des prêtres de Sen. J’ai juré, suivant la coutume, de ne révéler son existence qu’à un seul homme, et je vous ai choisi, mon père.

       À ces mots, elle décrocha la harpe de Joël, qui rendit un plaintif accord, comme pour déplorer l’anéantissement du dernier privilège des prêtres des faux dieux. Derrière la harpe de Joël, Anne poussa une pierre qui céda aussitôt.

       Le vieillard recula ébahi. Anne avait dit vrai au commandant anglais : elle possédait plus d’or qu’il n’en fallait pour acheter son vaisseau et dix autres avec.

    - Quand vous ne me verrez plus, reprit Anne d’une voix émue, vous irez par la Bretagne, mon père, exhortant les chrétiens pauvres et de bonne volonté à vous suivre sur nos côtes, et vous bâtirez un temple au Seigneur.

    - Vous resterez longtemps encore avec nous, s’il plaît à Dieu, ma fille, dit le moine.
    - S’il plaît à Dieu, mon père... et maintenant, il faut que je monte dans ma barque. Exécuterez-vous ma volonté ?
    - Je l’exécuterai, ma fille.
    - Adieu donc, reprit Anne des Îles. Dites à Niel Roz de Kermor que je prierai souvent pour que Dieu lui pardonne, et que peut-être, s’il avait agi en bon chrétien, la nuit de la tempête... Mais non, ne lui dites pas cela, mon père.

       Une larme brillait dans les yeux d’Anne, qui reçut la bénédiction du moine et descendit lentement la falaise, sans se retourner.

       Depuis lors, on ne la revit plus à Sen.

       Dom Geoffroy l’attendit durant une année, puis il prit son bâton blanc et commença son tour de Bretagne. Dans chaque village, il disait aux chrétiens pauvres et de bonne volonté de le suivre. Au bout d’une autre année, il revint à la côte, au lieu où fut bâtie depuis Audierne.

       L’or d’Anne des Îles servit à élever un temple au Seigneur. Quand le temple fut achevé, il y avait encore de l’or.

       Ce que voyant, ceux qui avaient suivi le bon moine dom Geoffroy commencèrent à se bâtir des maisons, et bientôt, au lieu du misérable village des gens de la côte, on vit s’élever une belle ville.

       Ses habitants furent toujours humains et charitables envers les naufragés de l’Yroise. Ils se rappelèrent longtemps leur origine, et le nom d’Anne des Îles fut béni durant bien des siècles.

       Maintenant tout est oublié. C’est à peine si quelques vieillards pourraient dire comment fut bâtie la ville d’Audierne, au département du Finistère, en Bretagne.

     

     

     



    [i] Jean de Rieux, marquis d’Ouessant

     [ii] L’Yroise est un grand golfe compris entre l’île d’Ouessant et la pointe du Raz. La chaussée de Sen ou des Saints le borne au sud-ouest.

     [iii] Plusieurs écrivains ont parlé de cette circonstance, et tout le monde connaît cet usage barbare qui consistait à suspendre des lanternes aux cornes de vaches enheudées, c’est-à-dire rendues boiteuses par des liens qui embarrassaient leurs jambes. Ces animaux, en marchant sur le rebord des falaises, imitaient en boitant le balancement d’un navire sous voiles, et trompaient les marins engagés dans la baie

    [iv] Bardes 

     [i] Cette tradition, qui est presque populaire dans le Morbihan et que les habitants des côtes de l’Yroise ont au contraire oubliée, fut sans doute apportée à Sourdéac (Morbihan) par les vassaux du marquis d’Ouessant, seigneur de Sourdéac. Les anachronismes que les rustiques conteurs ont introduits dans le récit sont de ceux que chacun peut redresser, et nous avons cru devoir les y laisser pour conserver à l’histoire sa couleur. Nous l’avons écrite, autant que possible, telle que nous l’avons entendue souvent raconter en Bretagne, près du manoir ruiné des anciens sires de Rieux, qui furent si longtemps maîtres d’Ouessant.

     

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